Interview SLEAZYZ

Interview SLEAZYZ – entretien avec Ileana « Pandemonium » Rodriguez – propos recueillis le 29 septembre 2023

Metal Eyes : Ileana, j’ai déjà publié la chronique de votre nouvel album, Glitter ghouls from hell, alors entrons dans le vif du sujet : que pourrais-tu dire au sujet de ce second album qui puisse convaincre l’auditeur d’aller acheter cet album directement ?

Ileana: Déjà, c’est un album qui a été fait avec beaucoup d’amour pour le genre, le glam metal. Tout au long de cet album, il y a des passages très glam, punk, horror punk… Il y a beaucoup de titres qui fonctionnent très bien en live – on en a déjà testé quelques-uns sur scène – et c’est surtout un album pour s’amuser. Il y a des guitares entrainantes, des refrains qu’on a envie de chanter… (à ce moment des bruits secs retentissent)

Excuse-moi, mais… les bruits qu’on entend… vous êtes en train de casser des cercueils ?

(Elle explose de rire) Non, non, c’est juste qu’il y a des travaux à côté ! Je suis sortie de la chambre, c’était infernal ! Mais on pourrait dire que c’est des pierres tombales qui tombent… Je te disais donc que c’est un album assez accessible.

C’est aussi le principe du glam, souvent plus accessible que le punk des origines. Vous avez plus un esprit punk américain qu’anglais d’ailleurs…

Oui, c’est ça, à la Ramones.

Tu viens de dire que vous avez déjà testé quelques titres sur scène et j’ai pu en voir quelques photos. Au-delà du maquillage et de la tenue vestimentaire, vous développez tout un décor et un univers visuel…

Oui, on fait attention à tout ça. Là, au Dropkick d’Orléans, on n’a pas pu faire de projection vidéo mais il y en a aussi. Mais sur certains morceaux, il y a des samples pour se mettre dans l’ambiance des films d’horreur. Mais c’est de la dérision bien sûr !

C’est aussi l’idée de base du groupe. J’ai l’impression que l’album est sorti un peu plus tôt que le précédent par rapport à la date de Halloween. Etes-vous en préparation de quelque chose de spécifique pour le 31 octobre ?

Pour l’instant, on a quelques dates début octobre, mais effectivement, on prépare les vidéos de films d’horreur, on va avoir un artiste qui va faire une performance pendant les concerts, donc oui, ça va être très Halloween (elle rit). Même si ce n’est pas le 31 octobre… Et c’est toujours rock ‘n’roll.

Glitter ghouls from hell est le second album de Sleazyz. Le premier était sorti en 2020, donc pas forcément à la meilleure période en pleine période de pandémie – d’ailleurs, ton nom de scène, c’est bien Pandemonium ?

Oui ! (rires)

Ce n’était pas du tout ma question… En revanche, comment analyserais-tu l’évolution de Sleazyz au cours de ces trois années ?

Je pense que le Covid a été très dur pour beaucoup de groupes. Il y a plein de collègues qui ont sorti des albums sans pouvoir les défendre. On a eu la chance de pouvoir faire pas mal de dates en 2021, dont le off du Hellfest (note : Ileana doit parler de 2022, le HF ayant dû annuler en 2020 et 2021). On a fait pas mal de scènes ce qui nous a permis de trouver nos marques. Pour le nouvel album, on a commencé à composer fin 2021 et tout 2022. On a aussi changé de batteur, ce qui nous a apporté un nouveau souffle. Musicalement, on a fait les choses dans notre style, des mélodies de guitares et dans les voix, je pense qu’on s’est améliorés musicalement. Cela malgré le fait que ce n’est pas facile pour Fred, notre chanteur qui est passé par un moment difficile dans sa vie. C’est lui qui arrive avec les compositions et malgré ces difficultés, il a réussi à venir avec des idées très joyeuses, le contraire de comment il était à ce moment-là. Un peu comme faisaient les groupes des années 80. On n’avait des vies pas forcément faciles mais la musique ne le reflétait pas du tout. On est super contents de ce nouvel album, et on a l’impression d’avoir vraiment évolué musicalement. Il y a des faiblesses, mais on a évolué.

Tu disais que vous avez eu un grand changement avec le remplacement de Dominique Speed par Kevin Shadows. Mais, il vient d’où ce monsieur ?

Eh bien, il vient lui aussi de la ville de Troyes. Musicalement, il a des goûts qui rejoignent les nôtres, mais il est plus fan de « grove metal », de Parkway drive, et ça s’entend dans ces morceaux. C’est un excellent musicien, on est super contents avec lui. Il est complètement investi avec notre projet, il est disponible. On a commencé avec lui en février et on a enregistré en mars…

Il n’a pas participé à la composition, mais il a apporté sa touche…

Oui, il a apporté sa touche personnelle, on lui a donné l’espace pour qu’il fasse ses parties de batterie.

Tu disais que Fred arrive avec les compositions, mais j’imagine que chacun apporte aussi sa personnalité dans le résultat final…

Bien sûr. Il a l’habitude de fonctionner comme ça. 2022 a été très compliqué pour lui, il a perdu sa mère et il a fallu qu’il délègue. On a revu, lui et moi, tout ce qu’il avait proposé, j’ai apporté ma touche dans la composition de pas mal de morceaux. David a aussi apporté beaucoup d’arrangement dans ses parties de guitares et dans sa rythmique, ce qu’il n’avait pas forcément fait sur le premier album – sur Monster a gogo et Hellbox. On a plus collaboré avec Fred, mais c’est toujours lui qui propose les compos de base.

Vous pensez poursuivre dans cette voie à l’avenir ?

Je ne sais pas… Fred est un excellent compositeur, il a une façon de faire qui nous plait bien. Là, on a collaboré un peu plus, mais… on verra pour la suite.

Si tu devais ne retenir qu’un seul des 10 titres de l’album pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Sleazyz aujourd’hui, ce serait lequel ?

Ah ah ! Je dirais Halloween in Hollywood. Pourquoi ? Parce que c’est un titre qui montre tout l’esprit de l’album. Il y a des parties metal, d’autres plus glam, d’autres encore plus punk… C’est dans notre ligne horror metal.

Je ne suis pas surpris. C’est un titre qui est très cliché et votre album est bourré de clichés. J’imagine que c’est volontaire et pensé…

Bien sûr, et on les assume totalement (rires !)

En dehors de Romero, quels sont les autres auteurs/réalisateurs d’horreur qui vous inspirent ?

Il y a plein de film, comme Le retour des morts vivants. C’est plus Fred, ça, d’ailleurs, il aime beaucoup les films de série B. Moi aussi, mais je préfère les « vrais » films d’horreur (rires). Tob Hopper, Argento, Carpenter, il y en a beaucoup !

Si tu devais penser à une devise pour Sleazyz, ce serait quoi ?

Une devise? Fun, fear and rock n roll, ça nous ressemble bien!

Une dernière chose : on sait très bien que très peu de musiciens en France vivent de leur musique. Quels sont vos métiers dans l’autre vie ?

Je ne fais que ça, de la production, des concerts, j’ai aussi une association. Mais oui, on a plusieurs professions : notre batteur est livreur, Fred travaille dans le sport pour la mairie de Saint Ouen – il fait les allers-retours tous les jours entre Troyes et Saint Ouen à 4 heures du matin ! – et notre autre guitariste a plusieurs boulots.

Merci à Roger Wessier d’avoir organisé cet échange téléphonique. On s’est bien marrés!

NATURE MORTE: Oddity

France, Shoegaze (Frozen records, 2023)

Formé en 2015, Nature Morte publie son premier album, NM1, en 2018 et propose trois ans plus tard Messe basse. Avec Oddity, le troisième album du trio, celui de la transition, Nature Morte entraine l’auditeur dans un univers onirique, planant et inquiétant à la fois. Inquiétant par ce chant black metal qui hurle une souffrance mal contenue sur des airs souvent aériens et contemplatifs. Le groupe semble influencé par une certaine forme de New/Cold Wave et explore des sonorités aériennes, légères et proche de la nature (ces gazouillis d’oiseaux sur Nothingness…) On peut être rebuté de prime abord par ce chant crié, mais si on pousse l’écoute au delà des Bruises & lace et The pier, les deux premiers titres du disque et aussi les plus longs (8’31 et 9’31, il faut tenir!), on découvre une autre facette vocale de Chris Richard, bassiste et vocaliste du groupe. Il sait se faire doux et discret, presque triste (Here comes the rain, Monday is cry day, Nothingness) et sait aussi se faire attendre. New dawn débute avec 4 minutes instrumentales avant d’être brutalement interrompu par une forme de sauvagerie vocale… Oddity est donc un album varié qui s’adresse aussi bien aux amateurs de sensations fortes qu’à ceux qui préfèrent une séance de méditation au cœur de la nature.

SYNAPSE: Alter echoes

France, Metal (Autoproduction, 2023)

Nous avions pu découvrir fin 2021 Synapse avec son ambitieux album Singularities. Alter Echoes, le nouvel effort des Franciliens – paru courant juin – présente une toute autre facette du groupe qui, au travers de cet Ep 6 titres, se fait plaisir en revisitant et réinterprétant des chansons totalement extérieures à l’univers du metal. Naturellement, Synapse approte une jolie touche de guitares et de rage. Immaginez Alain Souchon sorti de sa joviale candeur lorsque sur Et si en plus y’a personne lorsque Thomas Valentin (chant) se met à hurler. Le résultat est étonnant, dans le bon sens du terme. Synapse s’attaque ainsi à La Bikina (Luis Miguel), au classique de Mariah Carey All I want for Christmas is you, au méga hit de A-Ha Take on me, à la BO du jeu Final Fantasy VIII au travers de Force your way ou encore à I’ll be there for you de The Rembrandts. Des univers totalement différents qui, retravaillés à la manière de Synapse, sorti de leur contexte souvent plus pop, trouvent une couleur nouvelle et une saveur acidulée avec un arrière gout de reviens-y. Des versions aussi intrigantes et joliment déroutantes qui prennent l’auditeur à contre-pied, un peu comme l’avait fait Shel avec sa version de Enter sandman de vous savez qui. Malaxées, repensées, électrifiées et quelque peu durcies, ces versions démontrent une nouvelle fois que quand une chanson est bonne à la base, peu importe son interprétation, elle restera bonne. Synapse nous offre ici un moment de plaisir étonné. Une vraie bonne idée.

LISATYD: Life is shit and then you die

France, Stoner (Autoproduction, 2023)

Déjà le titre de cet Ep d’un humour noir d’un cruel réalisme plante le décor. Clairement, puisqu’on y passera tous, autant faire les choses à fond, non? C’est ce que semble penser le quatuor Lisatyd qui nous présente ce Life is shit and then you die, un ep enregistrer dans on peu se demander quelles conditions… Qu’avaient-ils bien pu consommer ces quatre là pour nous proposer 7 morceaux aussi alambiqués que planants, aussi rentre dedans que déroutants, aussi entrainants que dérangeants? La force de ce premier Ep réside dans cette contradiction qui semble laisser penser qu’il n’y a pas de direction musicale à proprement parler, que l’ensemble est un joyeux foutoir ou fourre-tout bordélique, mais non… plus on avance dans l’écoute de ce disque et plus on est convaincu que Lisatyd sait exactement où il veut mener son auditeur. Les chemins de l’étrange s’ouvrent devant nous avec une jovialité mêlée de sérieux. Life is shit and then you die est le type même de disque qui s’apprivoise ou plutôt qui apprivoise son auditeur. Stoner, certes, rock, également, vintage sans doute, Lisatyd n’hésite pas à explorer et prendre des risques pour ne ressembler à personne.

ALEA JACTA EST: Ad augusta

France, Hardcore (UPR, 2023)

Alea Jacta Est avait disparu depuis des lustres de nos écrans radar – depuis le remarquable Dies irae en 2016, plus précisément. Mais voici que le combo toulousain formé en 2006 redéboule avec cet Ep, Ad augusta. Six titres (sept si l’on compte MMXXIII qui n’est autre qu’un extrait de la fin de Terminator – le fameux « I’ll be back« ). Dès FFWF – pour Fight fire with fire – le sort en est jeté (ouais, je sais, elle est facile celle là!). Le quintette est en forme et propose des titres thrash au possible au chant enragé et fédérateur tout à la fois. Impossible de ne pas se laisser entrainer sur Get revenge, de ne pas avoir envie de scander Enough is enough, de rester de marbre sur As fast as I can (avec la participation de Flo de Lvndmarks) ou de ne pas sourire à l’écoute de ces extraits de films qui viennent ponctuer les chansons. Une réussite totale de bout en bout qui vient marquer de la plus belle des manière un retour qu’on espère durable. Bravo!

FURIAPOLIS: HOH – Hope Or Hate

France, metal (M&O music, 2023)

Nous avions pu découvrir Furiapolis lors de la sortie de son premier album, Déesses, premier essai rock teinté de pop. C’était il y a 5 ans, déjà… et en quelques années, un groupe a le temps de se réinventer. Démarrant furieusement avec Twister au chant enragé, le groupe se montre rapidement d’humeur variée avec des titres qui mélangent douceur, changement de rythme et de thème, énervement… Les guitares se font à la fois saturées et claires, la rythmique martèle aussi sec qu’elle se fait dansante… Tout au long de ce second album, H-O-H (Hope or hate), Furiapolis honore la première partie de son nom tant la fureur est de mise, malgré certains passages plus doux. Si, sur le premier, album Furiapolis avait fait le choix d’un chant en français, il commet cette fois l’erreur de s’exprimer dans un anglais pas forcément compréhensible. Dommage, car pour le reste, le groupe se forge une jolie identité sonore, alliant grunge, metal moderne, thrash, ballade, rock, swing… Une variété qui interpelle et maintien en éveil mais qui, malgré la variété et la richesse des influences, peut également marquer un manque d’identité musicale et déstabiliser l’auditeur. Il faudra un peu plus d’une écoute pour bien comprendre la démarche de Furiapolis.

DARKEN: Welcome to the light

France, Metal (Autoproduction, 2023)

Les plus anciens et fervents amateurs de metal made in France seront ravis du retour de Darken, groupe formé à la fin des années 80, qui a pu tourner intensivement en compagnie de nombreux compatriotes d’alors (Vulcain, Loudblast, No Return, Squealer, Jumper Lace…). Trois décennies après s’être séparé, Darken se reforme donc autour de trois de ses membres d’origine (le chanteur Stephan Monceau, les guitaristes Lorenzo Barbier et Philos Prud’homme) qui se sont adjoint les services d’une section rythmique jeune et moderne (Liam Barbier, le frère de Lorenzo, à la batterie) et Henri-Pierre Bohers à la basse. Le groupe enregistre Welcome to the light, un album puissant qui lorgne sans conteste vers l’avenir avec ses sonorités contemporaines, son dynamisme incontestable et ses mélodies à la fois entrainantes et entêtantes. L’ensemble a été mis en boite par David Potvin qui connait son affaire et pousse Darken à ne jamais regarder derrière. Le résultat, c’est cet album moderne, forgé dans le heavy metal pur jus, parfois teinté d’indus, qui s’écoute d’une traite et entraine l’auditeur dans un maelstrom parfaitement contenu et régulé. Un très beau retour à suivre de près et à soutenir sans hésiter.

Interview: DARKEN

Interview Darken. Entretien avec Lorenzo (guitare), propos recueillis le 14 septembre 2023

Darken a existé pendant quelques années avant de disparaitre pendant quelques décennies et vous revenez aujourd’hui. Première question qu’on n’a encore jamais dû vous poser : qu’est-ce qui a motivé ce retour ?

On ne m’a pas posé cette questions une seule fois aujourd’hui… C’est bizarre (rires) ! ce qui a motivé ce retour, c’est l’envie de refaire de la compo pour ma part – j’ai un autre groupe de reprises d’ACD/DC, c’est super bien mais c’est frustrant de ne pas écrire de musique. La difficulté de trouver d’autres musiciens pour former un groupe aussi et cette envie de finaliser un groupe qui avait fini en queue de poisson, l’envie de finaliser un travail inachevé.

Cette fois-ci le travail n’est pas forcément achevé, il est même plus proche de commencer avec la sortie de ce premier album…

Oui, mais on relance une machine qui aurait pu aller plus loin à l’époque s’il ne s’était pas passé ce qu’il s’est passé… Il y avait des ambitions, une envie et… Voilà, quoi… J’avais envie d’aller plus loin, et ce qu’il fallait absolument, c’est avoir le chanteur qui suive et au moins un autre membre du groupe pour pouvoir remonter Darken.

Une majorité des anciens membres, donc. Tu disais « s’il ne s’était pas passé ce qu’il s’est passé ». Souhaites-tu revenir dessus pour que nous puissions comprendre la fin prématurée de Darken il y a trente ans ?

Des relations humaines qui ne fonctionnaient plus. Le chanteur a décidé d’aller vivre sur Paris et voilà, c’était fini…

Vous revenez avec cet album Welcome to the light, qui est un titre assez explicite d’exposer le groupe. Un clin d’œil que j’imagine être volontaire…

Oui, mais c’est aussi un rappel du passé puisque la dernière démo s’appelait Welcome to the dark. Ça nous a semblé naturel d’appeler cet album Welcome to the light.

Il y a aussi une certaine forme de dualité : déjà entre ces deux titres que tu viens de citer, mais aussi avec la pochette de l’album qui est très sombre avec ce visage juvénile qui, sans irradier, me semble plein d’espoir. Qu’avez-vous voulu illustrer avec cette pochette ?

C’est le côté « dark » de l’époque qui est toujours présent dans notre identité mais avec l’espoir de lumière. C’est de ça dont parlent les textes de Stéphane : on part d’une base sombre et on essaie de rediriger les gens vers la lumière, vers quelque chose de plus positif.

En ce moment, c’est un peu d’actualité… Tu le disait, le groupe a pu se reformer car trois des anciens membres se sont retrouvés. Vous avez recruté deux nouveaux membres : peux-tu nous les présenter ?

Il y a mon fils, Liam, à la batterie. Ça s’est fait tout naturellement : je lui ai proposé sachant qu’il a aussi son projet. Quand je lui ai dit que je remontais Darken et lui ai proposé de jouer avec nous, il m’a regardé avec un grand sourire et m’a dit « ben, bien sûr ! C’est un rêve de gosse de pouvoir jouer avec son père ! » Donc, ça c’était fait. Le bassiste, HP, c’est un pote de Laval, un peu plus jeune que nous. A chaque fois qu’on se croise en concert ou ailleurs, il y a toujours eu un bon feeling. On se disait qu’il faudrait qu’on joue ensemble, et voilà !

Il y a là encore une forme de dualité avec ces générations différentes…

Oui, mais le mélange est juste magique. Ils ramènent de la jeunesse, de la fougue, de la puissance aussi dans notre musique. HP a des influences hardcore, Liam c’est plutôt metalcore, donc des styles très puissants et physiques. Ils ont aussi une autre écoute…

J’imagine que le mélange des influences de ces différentes générations est quelque chose qui peut qualifier l’identité de Darken aujourd’hui ?

Oui, c’est une très bonne alchimie, ça fonctionne très bien. Et comme on n’est pas les vieux briscards qui décident tout et disent « non, c’est comme ça qu’on fait », ben… ça se passe à merveille !

Quel a été le process de composition, l’apport de chacun ?

J’ai écrit toute la musique. Je pense que j’étais tellement frustré de ne pas composer depuis des années que ça sortait tout seul. Encore aujourd’hui, on a trois nouveaux morceaux pour la suite. En fait, je m’enferme dans mon studio le matin, et le soir, j’ai le morceau. Si je n’ai rien ou si ce n’est pas abouti, je le réécoute le lendemain et si je pense que ça ne marchera pas, je le mets de côté. Ensuite, j’envoie ça à Steph, le chanteur – j’enregistre tout, guitare, basse batterie, mais je ne mets que des samples pour boucher des trous, pour la basse, je prends une ligne toute simple histoire qu’il y en ai un peu – Stéphane pose ses lignes de chants. Une fois qu’on a validé ça tous les deux, il écrit un texte. On envoie ensuite tout ça à Liam en virant la batterie et il pose sa batterie comme il le sent.

Au-delà du fait que tu composes tout, il y a quand même un travail de finalisation en commun.

En commun mais à distance. Quand on a commencé, on était en plein Covid, donc il était hors de questions de se retrouver dans la même pièce. On a commencé à travailler comme ça, et ça a bien fonctionné. Encore aujourd’hui, les nouvelles compos sont faites comme ça.

L’enregistrement s’est aussi fait à distance ?

Non, non, on est allés au Dôme studio au mois de janvier. On a enregistré nos parties séparément mais ça a été un travail de groupe en studio. On était parfois trois ou quatre au studio, chacun donnait son avis, et ça s’est hyper bien passé avec beaucoup d’échanges. David du studio nous a aussi beaucoup aidés sur le travail, il a ramené des idées et nous a fait un son… ben qui sonne !

David Potvin est connu pour son travail en tant que membre de Lyzanxia et One Way Mirror, mais aussi comme artisan du son. Comment en êtes-vous arrivés à travailler avec lui ?

J’aime beaucoup One Way Mirror, et comme j’ai pas mal trainé dans le milieu metal de la région, j’ai pas mal d’amis notamment sur Angers, des amis musiciens qui m’ont dit que pour ce qu’on faisait, on devait aller chez david. On l’a appelé, on a eu une première rencontre avec lui, on lui a fait écouter nos démos et il y a eu bon feeling. Aussi bien musical qu’humain. On a vraiment adoré travailler avec lui, que du positif. Ce mois en studio, ça a été vraiment génial !

Comment décrirais-tu la musique de Darken à quelqu’un qui ne vous connais pas et qui va découvrir l’album ?

Ecoutes… Je lui dirais que c’est du metal, certes, maintenant la couleur… Tu te débrouilles ! Rien qu’avec les interviews d’aujourd’hui, on a eu des ressentis différents, des adjectifs différents autour du mot « metal ».  Je trouve ça génial, il y a même quelqu’un qui nous a dit « on ne sait pas ce que vous faites comme metal » ! Tu as ta réponse… C’est du metal, maintenant libre à chacun de se faire son idée.

Si tu devais maintenant ne retenir qu’un seul titre de Welcome to the light pour expliquer ce qu’est Darken aujourd’hui, lequel choisirais-tu ?

Je dirais The end of time. C’est un morceau qui est très accrocheur, et, surtout, il parle de l’avenir qu’on laisse à nos enfants. Il faudrait peut-être nous réveiller pour ne pas leur laisser que de la merde… On a des enfants dans le groupe et c’est quelque chose qui nous touche beaucoup. On a d’ailleurs fait intervenir une chorale de gosses sur le clip et sur l’album parce que c’est quelque chose qui nous touche beaucoup. Faut arrêter de ne penser qu’au fric, il faut penser à la planète.

Un groupe de rock, c’est aussi un groupe de scène. Avez-vous des choses prévues pour défendre cet album ?

Alors là… On a juste, pour l’instant, la date du 29 septembre à Laval pour la release party. C’est une salle de 300 places. En plus, étant un groupe de Laval, on fait partie du livre qui a été écrit il y a une dizaine d’années sur l’histoire du rock lavallois, donc pour nous c’était normal de faire cette release party à Laval, dans cette salle. Maintenant, il y a deux personnes qui vont commencer à démarcher pour pouvoir nous trouver des concerts. On espère que ça va aboutir…

Pourrais-tu penser à une devise pour Darken aujourd’hui ?

Une devise… J’en ai une pour moi, c’est que je vis avec l’argent, je ne vis pas pour l’argent. Pour Darken… Je dirais, le partage, le fun et le partage. On n’est pas des stars, on profite au jour le jour de ce qu’on a avec plaisir, on prend ce qui arrive. On se laisse porter par ce qu’il se passe.

Depuis la crise sanitaire, la question revient de façon récurrente et, en plus, on sait qu’on ne vit pas de sa musique en France. Dans vos autres vies, quel sont vos vrais métiers ?

Moi, je suis graphiste, HP, le bassiste, est en même temps frigoriste et graphiste, le chanteur est dans l’administration, l’autre guitariste est musicien – il a joué dans Starmania – et mon fils, Liam, est en voie de devenir intermittent du spectacle.

As-tu quelque chose à rajouter pour clore cette interview ?

Simplement merci à toi d’avoir prêté une oreille à notre album et d’avoir fait cette interview. C’est génial de voir qu’il y a des gens qui s’intéressent à ce qu’on fait et c’est déjà beaucoup pour nous !

Déjà, il faut qu’il y ait des gens comme vous qui fassiez ce que vous faites pour qu’il y en ai comme moi qui s’y intéressent. Là aussi, c’est un échange, du partage…

Ouais, mais c’est super bien de voir comment ça se passe en ce moment !

Après, tu m’as remercié, mais attends de voir la chronique de l’album, tu changeras peut-être d’avis !

(Il rit) On verra, mais, tu sais, je ne cours pas derrière les compliments. Toute la journée s’est passée comme ça, on a rencontré des gens adorables, je ne pense pas qu’il y ait un crabe dans ce panier !

UNSPKBLE: Reconstruction

France, Metal (Autoproduction, 2023)

Réunion improbable de musiciens d’horizons variés – ça va du punk au jazz – Unspkble débarque avec un premier album bourré d’énergie qui suit un Ep « carte de visite », Friction, paru en juin 2020 alors que le groupe n’avait que quelques mois d’existence. Reconstruction, titre qui naturellement fait penser à tout ce que la pandémie à pu détruire autour de nous en 2020/2021, c’est un premier album qui puise son inspiration dans la rage irrévérencieuse du punk tout en conservant un sens de la mélodie catchy propre au rock. 10 titres qui tabassent autant qu’ils fédèrent, tout ce qu’on attend d’un groupe de rock, justement; non? Struggle (catch the elite) est à ce titre un parfait exemple qui fait taper du pied et agiter la nuque. on n’attend maintenant que de voir ce que Unspkble donne sur scène pour y défendre et y faire vivre son album.

RASPY JUNKER: Bad queen

France, Heavy metal (M&O music, 2023)

Formé dans la première moitié des années 2010, Raspy Junker se fait rapidement remarquer en décrochant le prix du meilleur show Emergenza en 2013, en proposant un Ep, Board the junker, en 2015 lui-même suivi en 2017 de World of violence, son premier album. Le line up évolue jusqu’à l’arrivée de Nathalie, chanteuse à la voix puissante qui s’intègre parfaitement au heavy metal tendance thrash du combo. Débarrassons nous de son seul défaut, encore trop habituel chez nous: si elle semble maitriser la langue de Shakespeare, sa diction est telle que je ne comprend qu’à peine 10% des paroles de ce nouvel album, Bad Queen. C’est d’autant plus flagrant sur le morceau clame de l’album, We are rising. Mais le reste… Les guitares cisaillent et charcutent soutenues par une rythmique imparable, l’ensemble montant en puissance tout au long des 10 titres. Si le groupe est présenté comme influencé par Metallica, Alice In Chains et Halestorm, il faut aller chercher aussi du côté des autres géants du genre. Certes, le riff de poison, qui clôt ce disque, évoque directement celui de Holier than thou, mais Raspy Junker s’inspire également de Maiden, Priest ou encore Slayer tout en apportant sa touche personnel. Résultat, on tient un album plus que solide, véritable invitation à headbanger. C’est bigrement efficace et on n’attend que de voir ce que donne le groupe en live. Ca tombe bien, une release party est prévue le 21 septembre au Dr Feelgood. Vous savez ce qu’il vous reste à faire!