Pas de doute, un nom de groupe qui évoque l’herbe, un titre d’album déjanté, une pochette digne de la SF des 70’s, on va avoir à faire à du rock psyché. Fuzzy Grass, c’est la réunion de 4 musiciens du Sud Ouest qui évoluent dans un univers rock psyché – ce qu’on nomme aujourd’hui stoner – et qui nous proposent aujourd’hui The revenge of the blue nut (La revanche de la noix bleue, ça mérite des explications!), second album après un première essai en 2018, 1971. Un album à fleur de blues qui évoque Led Zeppelin aussi bien que Coheed and Cambria ou encore Kyuss. Les morceaux transpirent l’improvisation contrôlée et partent dans des délires qui évoquent les grandes heures du rock enfumé. La voix chaleureuse d’Audric n’est quelque peu gâchée que par la difficulté à comprendre ce qu’il chante. Fuzzy Grass parvient néanmoins à entrainer l’auditeur dans un voyage sonore d’un autre temps. Un trip avec une noix bleue… ça ne s’invente pas et c’est prometteur !
Le 27 avril prochain, au centre culturel de Thorigny sur Marne, se tiendra la troisième édition du festival In Your Fest avec une affiche 100% française. Et ça va déménager sévère, jugez en plutôt:
DTE – Despite The End – Asylum Pyre, Dust In Mind seront suivi des fous furieux de Loco Muerte avant que Loudblast ne vienne fermer le ban.
Le festival In Your Fest grandit chaque année, et c’est tant mieux. Passé de 3 groupes en 2022 à 6 en 2023 ( les temps de jeu étant alors équitablement répartis pour les 4 premières formations), on peut cette année s’attendre à une tornade dans le centre culturel. Et tout ça pour combien? Seulement 15 euros! 15 euros pour un plateau de cette qualité, c’est cadeau, alors pourquoi se priver 1/ de faire la fête, 2/ de soutenir la scène française et 3/ soutenir les organisateurs de ce type de festival à taille vraiment humaine?
MATW c’est l’acronyme de Me Against The World. C’est aussi le nom d’un quatuor fondé à Marseille qui, avec son « Ep » Through the looking glass, propose un metal hybride qui puise dans nombre de styles énervés, voire enragés. Les 8 titres de ce disque (d’où le fait que EP soit noté entre guillemets – avec des titres qui vont jusqu’à 6′ parfois, on est plus proche d’un album que d’un simple Ep) puisent autant dans le metalcore que dans le punk, le hardcore ou le neo metal et fait quelques incursions dans le metal dit plus « traditionnel ». MATW s’aventure sur divers terrains de jeu sans complexe et parvient à saisir l’auditeur à la gorge (Spoiled, Endless disease) autant qu’il sait se faire séducteur (l’outro romantique de Never look down II, les chœurs doublés du morceau titre) et propose avec un naturel remarquable une variété d’ambiances de laquelle chacun pourra trouver son son. Ce nouvel essai (après Find your way, Ep de 2013, et MATW, premier album en 2015), ce disque quelque peu voyeur (le titre signifie « à travers le miroir sans tain ») présente ce qu’il faut pour avancer d’un grand pas sur l’échiquier.
Certains auront pu découvrir Sierra avec son premier Ep, Strange valley (2017), d’autres avec Gone (2019). Certains auront fait connaissance avec l’univers de Sierra dont l’esprit musical a attiré les créateurs de jeux vidéo (et d’une marque de produits cosmétique de luxe) et ont permis au groupe de participer au Stunfest de Rennes. D’autres encore feront cette découverte avec A story of anger, son premier album qui vient de paraitre – album dont on a pu avoir un avant gout dès le mois de juin dernier avec la parution du single Never right. Pour ces derniers, Sierra c’est l’oeuvre d’une jeune femme qui baigne dans la musique électro et la synthwave. Les ambiances qu’elles développe au travers des 11 titres de ce nouvel album sont à la fois lourdes et oppressantes tout en étant très cinématique. Si la colère est le thème central de l’album c’est pour servir de catalyseur et permettre aux paysages musicaux de prendre toute leur dimension. Si l’électro à la française est surtout connue à travers Daft Punk, Sierra explore un monde plus metallique et pourrait ainsi séduire un vaste public. L’univers sonore est certes froid, distant et sombre, mais on ne s’étonne guère de la participation des très en vue Carpenter Brut (sur Power) pour qui Sierra a d’ailleurs ouvert en Europe et aux USA en 2022, ni que l’album soit soutenu par Virgin music et sa maison mère, Universal. A star is born?
Il y a deux ans presque jour pour jour, nous avions découvert les glammers français de Sleazyz avec leur album March of the dead, son univers fun, gentiment punk et horrifique prévu pour animer la soirée d’Halloween. Le quatuor revient aujourd’hui avec Glitter ghouls from hell, armé des mêmes intentions. Toujours aussi glam, Sleazyz explore le monde des morts vivants, l’univers de Romero et en propose sa version musicale, rock, rugueuse et tout à la fois joyeuse et inquiétante. Au travers de ces 10 titres, le groupe crée une sorte de BO de soirée déguisée – qui s’adresse certes plus aux grands enfants qu’aux plus petits. La voix rauque de Fred Dee Ceased qui provient d’outre tombe, le visuel « 60’s horror film », les clichés volontaires des titres des chansons (Halloween in Hollywood, Party is not dead, Satan’s school of lust…) tout ici indique que l’on va passer un simple bon moment de détente. Sleazyz est un groupe d’entertainement qui cherche avec sérieux à s’amuser et à offrir du bon temps. Et comme halloween approche, vous savez quoi mettre en fond sonore lorsque la sonnerie de la porte retentira…
Après un premier album, Human Trap, paru en 2018, les Toulousains de Tempt Fate reviennent avec Holy deformity. Dire que la rentrée sera calme serait jouer la politique de l’autruche. Car ce nouvel album n’est que brutalité. Composé de 8 titres aussi volontairement explosif que directement « dans ta face », Tempt Fate ne laisse aucune place à une quelconque possibilité de paix sonore ou de réconciliation de l’humain avec lui même. Du virulent titre d’ouverture, Deadlights, à l’explosive sortie de route Erlebnis, on a l’impression que le combo règle ses compte avec ses pairs (le morceau titre, Filth of life, purge), la religion (God ends here, Grind fate)… Mais Tempt Fate ne nous offre pas qu’un album brutal, il nous propose aussi un disque sombre et inquiétant. Pour public averti et/ou amateur de sensations fortes.
Formé en 2015 à Paris, Paerish propose au travers de ses deux premiers albums – Semi finalistes en 2016 et Fixed it all en 2021 – un rock aussi aérien qu’énergique. Le groupe puise son inspirations aussi bien dans le grunge que le rock dit alternatif. Après un changement de line up en 2022 – Loïc Fouquet, batteur, rejoint le chanteur guitariste Mathias Court, le guitariste Frédéric Wah et le bassiste Martin Dupras – Paerish revient avec un troisième album, You’re in both dreams (and you’re scared). Démarrant sur une touche assez légère et aérienne (Sequoia dont le riff d’ouverture m’évoque un Antisocial remanié), Paerish monte les potards dès Daydreaming, féroce et rentre dedans. La situe est à l’avenant, le groupe exprimant ses angoisses avec une force toute à la fois tranquille et déterminée. Il y a de la dualité et des contradictions tout au long de ce disque, sombre et lumineux, entrainant et oppressant. La douceur du chant s’oppose à la rage des guitares, les mélodies qu’on se surprend à siffloter se frottent à une rythmique directe et parfois syncopée. Des contradictions qui collent parfaitement avec le titre de l’album – les amateurs de David Lynch auront d’ailleurs fait le lien avec son film Mulholand drive – et l’opposition/complicité naturelle entre le poisson clown et l’anémone de la pochette. Si aucun titre ne se détache comme un single potentiel, c’est parce que c’est un album complet et se surprises – le jazzy The luck you had et ses cuivres discrets – que Paerish nous invite à découvrir.
Après une pause de 20 ans, Forest In Blood était revenu en 2018 avec Pirates. Depuis, le groupe semble décidé à ne pas voir son navire couler et propose aujourd’hui le troisième album depuis son retour (après Haut et court paru en 2020), Abyss. Démarrant avec le morceau titre, prologue marin sombre et inquiétant qui se termine sur des cornes de brumes – l’ensemble m’évoque le film d’épouvante Fog – Forest In Blood entre rapidement dans le vif du sujet avec le très brutal Children of the 666. La messe (noire) est dite ou on se met un double dose de ratafiat? FIB ne me jamais le pied sur le frein, la rage est omni présente, brutale, directe et éprouvante comme le supplice de la planche. Si le principal des titres est chanté en anglais, FIB propose cette fois non pas un mais deux morceaux en français (Crève et A la vie, à la mort – Ténèbres est un interlude instrumental) et pourrait bien gagner à explorer plus avant encore cette voie (pas d’eau – ok je sors) tout en maintenant son respect musical pour les grands du thrash et du hardcore. L’album se termine une nouvelle fois sur un titre fun et plus léger, In pirates we trust qui permet de souffler un peu en bout de course. Et là on a envie de hurler « pieds à terre, marins d’eau douce, vous avez bien mérité un peu de repos« . Ca déménage sec, et ça nettoie les esgourdes. A retrouver sur scène très vite!
Interview One Life All In. Entretien avec Clem (guitares) le 13 juillet 2023
Trois ans entre vos deux derniers disques, c’est assez long… En dehors de la crise sanitaire, que s’est-il passé ces trois dernières années ?
Ça a été principalement l’enregistrement de l’album, justement ! On a passé pas mal de temps dessus : on est rentrés en studio courant 2021 et on vient de terminer en janvier ou février dernier. Beaucoup d’échanges avec le studio et entre nous… On est restés en studio jusqu’à la phase de mix et, malheureusement, le mixage ne s’est pas passé comme on le souhaitait. On a récupéré les prises qu’on avait faites au studio et on a finalisé le mix à la maison. On y a passé pas mal de temps parce qu’on n’avait pas toutes les compétences et connaissances pour le faire nous-mêmes. Il nous a fallu apprendre – c’est même plutôt moi que nous, puisque c’est moi qu’i m’en suis chargé…
Comment s’est passé l’enregistrement ? Vous avez pu vous retrouver en studio ou avez-vous travaillé à distance ?
Pour tous les instruments, on s’est retrouvé ensemble, à Lyon. Don a enregistré ses parties chez lui, il a le studio et le matériel pour pouvoir le faire. Il a fait ses prises, nous les a envoyées et on a tout rajouté à ce que nous avions enregistré.
La dernière fois que nous avions parlé, je t’avais demandé si Don vous envoyait parfois des lignes de chant pour que vous travailliez la musique autour de ce tte base. Tu me disais que non, mais que vous souhaitiez pouvoir le faire plutôt que de commencer par la musique pour ajouter le chant ensuite… Ça a pu se faire ?
On n’a pas changé notre méthode, non. On n’a pas travaillé comme ça pour cet album mais c’est certainement quelque chose qu’on va faire pour le prochain pour lequel on a déjà du matériel. Notamment un morceau que Don a composé de son coté, qui est un peu différent. Là, on va travailler autour de sa version pour rajouter les instruments.
Que peux-tu me dire au sujet de Eye of the storm pour me convaincre d’aller l’acheter ?
Eye of the storm, c’est un album de punk hardcore mais pas que (rires). On va piocher dans nos influences, parfois un peu thrash, parfois un peu plus aérien ou mélodique… tout en gardant une ligne directrice qui est le hardcore. On vient de là… On a un morceau « clin d’œil » à SOD qui fait un peu moins de 10 secondes… On a des morceaux un peu plus mélodiques, plus posés, Life of dreams qui fait un peu ballade, qui débute avec une guitare acoustique, un autre, War, qui commence un peu plus post rock et qui évolue vers d’autre choses et on a des morceaux vraiment très hardcore, mais d’autres un peu plus progressifs dans lesquels on essaie de rajouter d’autres nuances… On des morceaux qui peuvent évoquer Suicidal Tendencies ou Life Of Agony…
S’il te plait… Evitez de jouer en concert le morceau de moins de 10 secondes dans les trois premiers titres. Pensez aux photographes !
(rires) Oui ! On l’a déjà joué mais je pense qu’on ne va pas le garder dans le set…
Comment analyserais-tu l’évolution de one Life All In entre Letter of forgiveness et Eye of the storm ?
Entre les deux derniers, on est à peu près sur la même « recettes ». je vais plutôt comparer les deux dernier au premier, The A7 sessions. Sur le premier, on avait des morceaux qui avaient chacun une identité propre. Il n’y avait pas vraiment d’unité. 6 morceaux, mais 6 morceaux différent sans vraie cohésion. A partir de Letter of forgiveness, on a réussi à mettre toutes nos influences dans un seul morceau. On n’a pas six morceaux distincts mais on a un Ep avec une certaine cohérence. Sur l’album, on est parti de notre base, le punk hardcore et on a rajouté toutes nos influences. Il y a des groupes sur lesquels on se retrouve tous : Biohazard, Madball, Sick Of It all, ce sont des classiques, mais chacun a ses influences autres : je suis influencé punk rock, Don, punk hard core, Kevin c’est le metal extrême, Frank c’est du thrash, heavy… on a un point de départ qui est le hardcore et chacun ajoute sa touche aux morceaux.
L’album est assez varié, maintenant, si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Eyes of the storm pour expliquer ce qu’est One Life All In aujourd’hui, ce serait lequel ?
Je dirais Despair. Je crois que c’est le plus représentatif parce qu’on a tout dedans. Le hardcore, la mélodie, le solo, il y a tous les éléments qui font One Life All In.
Il y a une autre évolution, cette fois visuelle : la pochette précédente avait une illustration très arty, celle de Eye of the strorm est dans l’esprit du titre et m’évoque aussi bien l’œil du cyclone, avec ses courbes, que le film Inception et un monde post apocalyptique.
Je suis d’accord avec ce que tu dis. On a voulu un peu changer, comme à chaque fois, d’ailleurs. On cherche à aller un peu plus loin. Il a fallu trouver quelqu’un et il y a un illustrateur français que j’aime beaucoup, qui s’appelle Aurélien police qui fait des illustrations de livres de science-fiction. J’ai demandé aux autres membres du groupe ce qu’ils pensaient de son travail, si ça pouvait coller pour la pochette de l’album et ils ont répondu pourquoi pas… je l’ai contacté, je lui ai demandé si ça l’intéressait, je lui envoyé nos idées, les paroles… et il nous a rapidement proposé quelque chose qui reprend le titre Eye of the storm. Il y a l’effet circulaire et l’œil du cyclone c’est aussi là que tout explose. Ce que dit Don dans ses paroles, c’est qu’aujourd’hui on vit dans un monde où il y a partout et entre tout le monde de s problèmes de communication. On est tout de suite dans le jugement, la prise de position, la confrontation… Il n’y a pas de vrais échanges, communication, discussion… on le voit de plus en plus, notamment sur les réseaux sociaux… Derrière ça, on en arrive à des émeutes, les gens ne se parlent pas, ils cassent… on est en plein dedans aujourd’hui. Après la destruction, il faut reconstruire… L’idée c’est comment faire ressortir le positif de toute cette négativité, réussir à reconstruire quelque chose avec d’autres valeurs, en tout cas, ne pas reproduire ce qui n’a pas fonctionné.
Ce qui est intéressant, c’est que lui vivant aux Etats Unis fait le même constat que ce que nous voyons en France.
Oui, absolument…
Si tu devais penser à une devise pour One Life All In, ce serait quoi ?
Euh… « Qui ne tente rien n’a rien » … Pourquoi ? Parce qu’avec One Life All In c’est un peu ce qui se passe. Quand on a commencé avec Frank, on avait besoin d’un chanteur. On pensait à Don, on n’osait pas lui demander et finalement, on lui a demandé, ça l’a intéressé, il nous a rejoint. La même question s’est posée avec le batteur, on a demandé à Kevin… et il a accepté. Si on n’avait pas tenté, on ne serait pas là aujourd’hui.
Vous avez la difficulté d’être des deux côtés de l’Atlantique. Vous prévoyez des concerts ?
C’est vrai que ce n’est pas évident de se retrouver. Mais on a la chance d’avoir des contacts des deux côtés. On a fait deux dates à Philadelphie et à New York, grâce aux contacts de Don. Aujourd’hui, on travaille sur une petite tournée, courant novembre, aux USA, mais aussi sur une tournée européenne début 2024. Pour le moment, rien de confirmé, mais c’est en cours.
Originaire d’Angers, Van Der Val est un duo constitué de Tom Lecomte (chant et guitare) et Lucas Manchette (batterie) qui unissent leur talent et leur amour du rock vintage dans une musique à la fois brute et envoutante. Le résultat, c’est Relentless, un Ep de 6 titres chantés dans un anglais rugueux, étouffé et maitrisé. Van Der Val replonge l’auditeur au cœur du rock naissant des 60’s, ajoutant une touche de folie et de modernité qui évoque parfois Royal Blood, une de leurs influences commune. Cet Ep est une carte de visite convaincante qui donne envie d’en écouter plus – et de découvrir le duo sur scène.