SUN: Brutal pop 2

France, euh… ben, « Brutal pop », c’est écrit dessus… (autoproduction, 2022)

Brutal pop 2, le nouvel Ep de Sun, sous-entend qu’il y a eu une première salve. Bon, eh bien lançons nous dans cet Ep à la pochette aux couleurs de bonbon acidulé et… Comment dire? La miss possède une voix grave très agréable qui, lors de ses passages en un clin d’oeil de douceur à fureur, peut évoquer Mother’s Finest ou, plus contemporainement, Jinger. Car elle ratisse large, Sun. De la pop rageuse et acidulée à un rock nerveux, en passant par de la pop énervée ou sur fond de rythmes répétitifs et hypnotiques, sur fond de mélodies entrainantes ou de rythmes martiaux, Sun pourrait bien entrainer dans son monde un public varié et hétéroclite. Les influences sont en effet variées, allant de la dance 70’s (on trouve de belles influences Abba) au RnB d’aujourd’hui en passant par des choses bien plus heavy et brutales, grungy et punky. En voici une qui mérite de se faire connaitre, alors allez découvrir son Ep dont la sortie est prévue le 13 janvier !

AS THEY BURN: Ego death

France, Metal/deathcore (Ep, 2022, Autoproduction)

Il y a des trucs, tu sais pas trop comment les prendre… sur Wiki, je lis, au sujet de As They Burn: « Avant de mettre fin à ses activités en 2015″… Et pourtant, me voici avec un Ep 6 titres en mains, Ego death. Plus loin: « groupe qui s’est fait particulièrement remarquer en France au début des années 2010 ». Ben pourquoi mettre un terme à sa carrière au milieu de cette même décennie? Après une longue pause de 7 ans, les coreux parisiens nous proposent donc 6 titres rageurs et rugueux. Ce Ego death débute avec un Unable to connect très bien nommé tant ça dégueule de haine… Ceux qui me connaissent le savent, le « chant » grind, genre dégueuli verbal me rebute au plus haut point. Aors pour moi, ça débute mal malgré la recherche d’atmosphères et d’ambiances heavy burné. Heureusement (pour moi), la suite continue avec des voix plus humaines, alternant entre clarté et hurlements sur fond de rythmes saccadés. On trouve même, ça et là, des passages qui évoquent OMD et Tears For Fears sous acides, passagent qui viennent compenser ces gruiks de cochons qu’on égorge… Tout au long des 6 titres, As They Burn varie ambiances et plaisirs et s’adresse à un public amateur de sensations fortes. Loin d’être mon truc mais l’ensemble est bien foutu et bien produit.

ACOD: Fourth reign

France, Black/Death (Autoproduction, 2022)

Je m’étais laissé prendre au jeu de la séduction avec le dernier album d’ACOD, on ne m’y reprendra pas… L’intro calme, symphonique et presque bucolique, très cinématographique, pour séduisante qu’elle soit, peine à cacher le contenu sombre et explosif de ce cinquième album des Marseillais. Sur d’anciens chemins… cède la place à 9 titres taillés dans un black/death metal qui sait aller chercher une certaine forme de lumière. Alors, oui, ça hurle et ça frappe vite sur Genus vavcuitatis – et son passage plus doux au milieu du morceau – ça se fait plus heavy à la… oh surprise… Amon Amarth sur The profecy of agony et ses chœurs plus légers, ça speede sur Sulfur winds rituals… Acod, malgré un chant typique black, parvient donc à varier son propos tout au long des plus de 50 minutes de l’album. Pas évident de tout ingurgiter en une fois, mais une exploration de quelques écoutes permet de découvrir quelques… « subtilités » mises en son par Linus Corneliusson qui a mixé l’album (et est connu pour son travail avec, entre autres Dark Tranquility ou Ishanhn) comme ce texte narré en français au sein de Nekyia catharsis. Avec ce Fourth reign – over opacities and beyond, le duo français marque un véritable pas en avant et se pose comme l’un des gros espoirs du genre. Une belle réussite doublée, une nouvelle fois, d’une superbe pochette de Paolo Girardi.

WORKING KLASS HEROES: No excuses, no remorses

France, indus/electro (Autoproduction, 2022)

Interview Working Klass Heroes. Entretien réalisé le 5 décembre 2022 avec Fabien (guitare)

Working Klass Heroes s’est « formé en juin 2010 à Perpignant. Jusqu’en 2015, on était un groupe plus power rock dans le style de Bukowski un peu teinté de metal. Il y a ensuite eu un changement de line-up avec l’arrivée d’un nouveau chanteur, d’un nouveau bassiste et d’un batteur. » C’est ce line-up qui, trois ans plus tard, publie son premier album. Mais arrive 2020 et le confinement pendant lequel « le bassiste et le chanteur sont partis. Ils ont voulu arrêter. Le chanteur à la base est batteur dans un autre groupe et il a préféré retourner vers la batterie. De notre côté, on a profité de la période pour commencer à recomposer et il y a eu l’arrivée d’Adrien, le nouveau chanteur et du nouveau bassiste, Chris, qui est le cadet du groupe, un p’tit jeune de 20 ans. »

L’album est sorti au mois de mars, il est donc assez étonnant de n’en faire la promo que maintenant… Fabien s’en explique : « notre batteur est tombé malade à cette période. Il a eu un cancer de la peau et il a dû se soigner, de la chimio, des laser… Nous, avant d’être un groupe, on est une grosse famille. On a un peu levé le pied et on l’a laissé se soigner. Il va aujourd’hui beaucoup mieux, et on a décidé ensemble de reprendre la promo. »

WKH a intitulé cet album, composé de 11 titres brutaux et très teintés indus/electro agrémentés de quelques touches de death, No excuses, no remorses (ce qui fera sans doute sauter n’importe quel anglophone, Remorse étant généralement à la fois singulier et pluriel dans la langue de Shakespeare et ne prenant la marque du pluriel que pour exprimer divers type de remords. Fin de la leçon, penchons-nous plutôt sur le contenu musical). Comment Fabien décrit-il la musique de Working Klass Heroes ? « Je dis qu’il s’agit d’électro dance metal ! On s’est penché sur le côté electro parce que, dès le premier album, on avait un clavier/machiniste dès le premier album et on n’avait pas exploité toutes les capacités de l’electro. Nos influences font qu’on s’est dirigés dans cette voie. Nos influences ? Ça va de Mass Hysteria à Ministry, en passant par Crossfaith et Prodigy… » On pourrait aussi affilier WKH à ses compatriotes de 6/33, Herrschaft, Punish Yourself, Shâargot… « Oui, mais on a aussi ce côté un peu plus metal qu’on retrouve chez Mass Hysteria ou Sidilarsen. Maintenant, dans le groupe, on a tous des influences différentes, comme Red Hot Chili Peppers, le rock 70’s… on a mis nos influences en commun et ça a donné cet album, un disque plus festif que le précédent. Ce qu’on veut, c’est nous amuser ». S’amuser, oui, mais ça reste dans l’ensemble un disque violent avec quelques passages fédérateurs comme ces « oh oh oh », sur Holy diva qui cache un passage en français – ou celui qui sera obligatoirement bippé et censuré si l’album sort aux USA puisque Children of the porn débute avec un « Come on fuck me » provocateur. Reste que, au-delà de cette brutalité, les guitares sont incisives, la rythmique enlevée et beaucoup de passages sont assez hypnotiques comme une invitation à la transe, d’autres se faisant plus groovy comme sur the end is nigh.

Contrairement à ce que le nom du groupe évoque – les héros de la classe laborieuse – les textes n’abordent pas de sujets politique, mais plutôt des choses du quotidien, la fête et la vie. D’ailleurs, si Fabien devait ne retenir qu’un titre de cet album pour convaincre d’écouter cet album, il retiendrait « The queen of the dancefloor, justement parce que c’est la fête, un titre qui dit qu’on est là pour s’amuser, pour le partage ». Dans le même ordre d’idées, quelle pourrait être la devise de Working Klass Heroes ? « Comme je le dis toujours, ce serait « venez prendre de l’amour dans nos concerts » simplement ! ». Ah, ouais ? Mais il est brutal, l’amour là ! (il rit) « Oui, mais ce n’est que de l’amour, rien d’autre ! »

HIGHWAY: The journey

France, Hard rock (Autoproduction, 2022)

Le plus américain des groupes français de classic hard rock, j’ai nommé Highway, revient avec sa cinquième production, The journey. Un album volontairement étonnant car acoustique. Etonnant aussi car on aurait pu s’attendre à plus d’électricité de la part d’un groupe qui sort un album tous les… trop rarement. Mais voilà, Highway a cette classe qui fait les grands (qu’il na malheureusement toujours pas réussi à rejoindre). On trouve sur ce The journey des titres originaux – Like a rockstar et ses cuivres, One, super mélodique et plein de belles émotions, The journey – ainsi que des titres déjà présentés sur ses précédentes productions. Alors c’est vrai qu’avec les sudistes il faut s’armer de patience. IV, le précédent album date de 2017 (son prédécesseur de… 2011!) mais une nouvelle fois, l’attente en valait (largement et plus que cela!) la peine. Car tout ici fleure bon le travail soigné, sérieux et plus que pro. Les arrangements, les chœurs sont dignes de ce qui, dans le genre, se fait de mieux outre Atlantique. La voix de Ben Folch est toujours aussi profonde, superbement accompagnée par Morgane Cadre à la douceur bienveillante (écoutez ces canons sur One, si vous ne fondez pas, vous n’êtes pas humains!), la guitare de Ben Chambert reste simple et directe superbement accompagnée par la rythmique de son frère Romain à la batterie et de Sam Marshal à la basse. Le blues est aussi de sortie car on se refait pas. Highway revisite ses albums depuis Have a beer, son Ep de 2002, avec Motel in Alabama (qui évoque un certains Black velvet d’Alanah Myleset Have a beer ). In the circus of madness, ses accents hispanisant et clins d’oeil au flamenco vient lui de Goodbye money (2005), freedom (ah ces choeurs gospels et bluesy!) revisite le superbe United States of Rock n Roll (2011) tandis que Chemical trip représente le dernier en date, IV. L’album se termine sur le morceau titre, ballade à fleur de peau, superbe de bout en bout avec ses arrangements très cinématographiques. En nous proposant ce type de production, fun, plus que généreuse et sincère, Highway s’offre la possibilité de toucher un vaste public, amateur de rock, de grands espace, d’acoustique et de chansons ultra efficaces (en tout cas qui me touchent comme et là où il faut) et de bonne humeur constante, l’invitant à se plonger dans sa (trop courte) discographie passée qui mérite plus que d’être redécouverte. On ne peut qu’espérer que Highway trouve enfin un vaste public pour lui apporter cette fraicheur et cet enthousiasme communicatif qui reste l’apanage des grands. Allez, il est temps qu’une vraie bonne fée se penche sur ce groupe et le porte aux sommets! A quand de grandes scènes?

Tous les albums sont disponibles sur le site du groupe: http://www.highwayrocks.com/ ou directement sur le shop (https://www.highwayshop.kingeshop.com/Albums-CD-Vinyle-cbbaaaaaa.asp) alors faites vous plaisir en soutenant un des meilleurs groupes du genre made in chez nous!

NEAT: Neat

France, Metal Electro/Indus (Autoproduction, 2022)

Amis amateurs de sons électro et déjantés, une oreille portée sur ce premier album de Neat pourrait vous satisfaire. Au delà d’une pochette qui mêle graffiti et Matrix, le contenu est tout aussi furieux que varié. Il y a partout, tout au long des 12 titres proposés, un mélange de genres dans une fusion improbables. On y retrouve la folie d’un Faith No More qui fricoterait avec des musiciens de jazz progressif, la rage d’un chant de colère, des instants plus heavy ou simplement rock. Les guitares peuvent être aussi saturées qu’épurées, et toujours on retrouve ces sonorités indus et électro. Voici un premier album intriguant qui nécessite plusieurs écoutes pour bien se l’approprier. Un disque risqué, donc, qui ne s’adresse pas aux purs amateurs de metal mais bien aux amateurs de Shâargot, Punish Yourself, Herrschaft, Rob Zombie, Ministry et consorts. A découvrir.

MIND AFFECT: Deep marks

France, Rock (Autoproduction, 2022)

Mind Affect, trio parisien déboule avec son premier album, Deep Marks, et nous propose 11 titres d’un rock à la fois soft, aérien et obsédant. Si le groupe cherche avant tout à travailler les ambiances, sa musique peut parfois présenter des guitares énervées et des rythmes plus enlevés. Je retrouve l’influence de grands du genre, de U2 à the Police pour les plus anciens, Muse ou Coldplay pour les plus récents, toutes parfaitement ingérées et intégrées. S’ajoutent à cela un chant légèrement torturé, mélancolique, parfois doublé d’une douce voix féminine, et des sonorités électro qui apportent à l’ensemble une touche moderne, cinématique et spatiale tout en restant sobrement festif. Une jolie bande son de soirée entre potes, somme toute. Ce premier essai autoproduit et financé via Kisskissbankbank est une jolie carte de visite et une jolie promesse pour les amateurs du genre.

IN ELEMENT: Victory or defeat

France, Metal (M&O Music, 2022)

Allez, encore un de ces groupes français qui gueule et qui chante dans un anglais incompréhensible. Un trio masqué mais correctement habillé donnant un visuel assez peu original – hormis la pochette que je trouve superbe. Ceci étant In Element, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous propose un mini album de 7 titres pour 29′, Victory or death, forgé dans un electro metal alternant entre colère rageuse et moments plus calmes et aériens. Scorpions paradox ouvre cet album en présentant les différentes facettes musicales du combo. Clairement pas mon style mais une chose interpelle: In the air 2nite, reprise du tube de Phil Collins quelque peu remaniée version électro furieuse. Le résultat est… surprenant pour le moins. Le chant se calme sur Until your last breath, plus rock (et plus compréhensible, c’est à noter). Is noise reprend le tube pré mentionné en en proposant une autre version plus calme et tout autant retravaillée pour un résultat dancefloor de boite de nuit. Pas mon truc, mais un effort à noter. I will break your neck renoue avec le metalcore hurlant au rythme enlevé et au chant mélangeant voix claire et hurlante, chemin suivi par Fear is the virus. Ca cartonne sec et c’est brutal, très brutal, avant de terminer avec Your own heart, plus léger, proche de la ballade. Sans doute le titre le plus passe partout du lot. Victory or defeat est un patchwork de beaucoup de choses, trop sans doute pour donner une vraie couleur musicale à ses géniteurs. Car à trop vouloir explorer, démontrer l’étendue de ses influences, le groupe ne risque-t-il pas de ne capter aucun public? Ceux qui craqueront pour la reprise ne sont pas forcément sensibles aux aspects les plus brutaux du gang, et inversement. Ok, on pourra prétexter « l’ouverture d’esprit » ou des « esprit étriqués » mais là, clairement on parle de grand écart facial. Et ça, sans entrainement intensif… Pour public averti.

NOTHING BUT ECHOES: The sixth extinction

France, Metal (Autoproduction, 2022)

Un message apocalyptique… Only waste démarre calmement, dans un esprit très progressif et mélancolique. Il démarre plutôt bien, cet album de Nothing But Echoes. The sixth extinction, c’est son titre, nous offre, en plus d’une superbe illustration de couverture, 8 morceaux qui alternent entre passages aériens et tempi plus relevés. Le chant est à l’avenant, ici rassurant, là rageur et explosif. Bon, on passera sur l’anglais, de nouveau mal maitrisé – faudrait que je m’y habitue avec les groupes français, mais je ne peux pas… Le mix des voix s’avère assez efficace bien qu’aujourd’hui peu original. Alors penchons nous plus sur le contenu musical qui puise autant dans le rock progressif (plus de la moitié des titres dépasse les 6’30, allant même jusqu’à presque 11′!) que dans le metal rugueux sinon core. Les constructions souvent alambiquées interpellent et étonnent pour un résultat dans l’ensemble réussi. Certains moments sont tribaux, martiaux même, d’autres évoquent la SF de 2001, l’Odyssée de l’espace, c’est dire la palette de couleurs de ce disque qui pourrait séduire un public assez large. A découvrir et à suivre.

DO(e): Serial killer

France, Metal (M&o music, 2022)

Voilà un album d’approche peu évidente. Do(e), groupe originaire de Créteil, nous propose avec son second album, Serial killer, un disque protéiforme aux inspirations musicales variées. Les 9 titres de ce disque racontent l’histoire, je vous laisse deviner?, d’un tueur en série. Démarrant sur le narratif Just another night, Do(e) se lance dans son propos avec le très hard rock et syncopé The first time. puis arrive une variété de styles et d’influences qui vont du prog avec le long Dream at dusk (plus de 9’15) qui propose diverses ambiances et permet une mise en scène vocale intéressante entre voie masculine et féminine. Seulement, je ne trouve pas de point qui accroche particulièrement mon attention. Sans doute est-ce lié à la construction même des morceaux, peut-être trop « jazz » et pas assez directs pour moi. Les guitares se font cependant plus agressives sur The chase, incisives même, et accompagnent une section rythmique enlevée. Cet instrumental est un pont entre deux parties, la seconde démarrant avec Fame, titre heavy et mélodique. Si Do(e) pêche parfois – ou pour certaines sensibilités comme la mienne – par une forme de approche musicale quelque peu intellectualisée, il propose cependant une musique variée qui fait que chacun des 9 titres peut être pris séparément. En cela, il s’adresse à et peut toucher positivement divers publics.