HERRSCHAFT: Le festin du lion

France, Metal indus (Les noires productions, 2019)

OK, dès Technosatan, le message, pour celui qui, comme moi, découvre le groupe, semble clair: les Français de Herrschaft pratiquent un metal électro et industriel violent, brutal et direct. Marylin Manson, Ministry, Rob Zombie et consorts n’ont qu’à bien se tenir… La prod est soignée, le rythme est épileptique. Impossible de ne pas imaginer qu’un morceau pareil ne fasse pas fureur dans une boite de nuit! Les dix titres de ce Le festin du lion font preuve d’une rage non contenue – le chant hargneux de Max est parfois effrayant, les machines bastonnent à tous les étages et les guitares de Zoé H. charcutent genre boucherie héroïque. Heureusement, pour atténuer cette furie, le groupe s’accorde, pardon, nous accorde quelques moments de rare répit, afin de nous laisser souffler. On sent que le groupe sait où il va, et ce quatrième album démontre aussi qu’il sait comment y aller. Le festin du lion est un album puissant à conseiller à tous les amateurs de metal indus et electro surpuissant. Une vraie baffe dont Zoé vous dira tout ce qu’il en pense dans une interview que vous découvrirez très prochainement.

RAMMSTEIN

Allemagne, Metal (Universal, 2019)

Dix ans après la sortie de son dernier album, Liebe ist für alles da, les Allemands de Rammstein reviennent avec un nouvel album sans titre, une pochette blanche ornée d’un seul indice: une allumette. Rammstein a toujours joué avec le feu, et c’est sans surprise que les fans attendent de pied ferme ce nouvel effort studio. Seulement, une décennie, c’est long, très long… Démarrant avec Deutchland – titre clin d’oeil à Amerika sans doute – un morceau froid et martial comme la bande à Till aime nous en proposer, ce nouvel opus démarre sous les meilleurs auspices. Ayant pris le contrôle de la production ( Jacob Hellner, producteur historique du groupe n’est cette fois pas de la partie, la prod étant officiellement attribué à Olsen Involtini) Rammstein s’amuse à parsemer son album de références à tout son passé en agrémentant son propos de claviers bien plus présent qu’à son habitude. Flake est aux anges, sans aucun doute, et s’éclate notamment sur le très dance Auslander. On est également surpris par l’inhabituelle virulence de Till Lindemann sur Puppe. Là où l’on aurait pu s’attendre à un album frisant la perfection, Rammstein se fait cependant paresseux sur des titres plus évidents comme Sex ou Weit weg (sur 11 titres, 2 ou 3 plus paresseux, à ce niveau, ça fait beaucoup quand même…) A part ces moments plus faibles, les Allemands parviennent, tout en puisant naturellement dans leur passé, à nous surprendre avec de nouvelles explorations sonores. Un très beau retour en somme.

TUNGS10: The lost manuscript

France, Metal indus (Autoproduction, 2019)

Un look post apocalyptique à la Mad Max, un titre aussi mystérieux qu’un roman de Dan Brown… Il ne fait guère de doute, dans mon esprit, que Tungs10 évolue dans un domaine indus, sans doute influencé par Ministry, Marily Manson et consorts. The lost manuscript, l’album des Français qui vient de paraître, confirme rapidement cette impression. Les machines sont judicieusement utilisées, les guitares et la section rythmique sont hypnotique et saccadées. Et le chant surprend. De prime abord, tu n’irais pas lui chercher des noises à Madeleine Kowalczyk… Cependant, sa voix douce et enfantine donnerait parfois l’impression d’une échappée de Barbie girl… Cette douceur est contrebalancée par la rage vocale du compositeur et guitariste Cédric Andreolli, qui vient quand même rappeler qu’il s’agit de metal. Si l’ensemble est bien fait, si le son est pile comme il faut pour le genre, je n’arrive cependant pas à accrocher sur la durée. Sans doute parce qu’il ne s’agit pas de mon genre de prédilection… Mais les amateurs d’indus sauront trouver dans ce The lost manuscript ce qu’il faut pour les satisfaire. Et confirmer qu’il existe, en France, des groupes dignes d’intérêt tant visuellement (une affiche avec Tungs10, Punish Yourself et Shaârghot, ça pourrait le faire, non?) que musicalement.

Interview: SHAÂRGHOT

Interview SHAÂRGHOT. Entretien avec Bruno (guitares). Propos recueillis hard Rock Café de  Paris, le 13 mai 2019

Metal-Eyes : Comme il s’agit de notre première rencontre, peux-tu me raconter l’histoire de Shaârghot ?

Bruno: En fait, Shaârghot est un personnage qui est né d’une expérience qui a mal tourné, en s’injectant un produit. Ce produit révèle les faces les plus sombres du personnage, qui deviennent principales, et qui, en plus, développe un parasite qui rend sa peau noire et luisante.

Metal-Eyes : Le groupe est né quand ?

Bruno: Il est né il y a 5 ans, et on est sur scène depuis 4 ans. Sinon, l’histoire est née il y a 7 ans. Ça fait 7 ans qu’Étienne a l’histoire du groupe en tête. C’est Etienne qui a eut l’idée du concept et qui détient toutes les clés de l’histoire. Aujourd’hui, je n’en connais pas la suite…

Metal-Eyes : Visuellement, c’est très marquant, mais quelle est l’idée générale que vous souhaitez développer ?

Bruno: C’est d’offrir aux gens, au public, de a musique et plus que ça. Le projet est né en se demandant ce qu’on aime quand on va voir un concert. On aime la musique, certes, mais aujourd’hui il y a une grande part de show. Il faut offrir, à mon sens plus que de la musique, sans tomber dans le cirque rock’n’roll, mais offrir une histoire, une  atmosphère. Que le public puisse s’évader, s’immerger dans un autre monde. Comme quand on va au cinéma. Là on cherche à poser une ambiance.

Metal-Eyes : Votre musiqeu est très metal, très indus et électro. Elle est assez violente, à l’image du visuel des disques. Comment la décrirais-tu pour quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Bruno: Quelqu’un qui a des références musicales, d’éclectique ? Je mettrais en avant le coté électro avec des renforts guitares, le chant en anglais, mais je reviendrais sur le côté visuel, qui, en fin de compte, est la base du groupe. Le spectateur, s’il vient en concert, verra différents tableaux, en fonction des titres. S’il a envie d’acouter une musique très énergique, qu’il vienne tenter.

Metal-Eyes : The advent of shadows… que peux-tu m’en dire pour me convaincre d’aller l’acheter en sortant d’ici ? En dehors de me menacer avec la batte de base-ball…

Bruno: Ah, c’est ce que je voulais faire… Non, elle n’est pas là, c’est relâche aujourd’hui. C’est encore assez délicat parce que pour aller courir l’acheter, il faut venir nous voir. On a beaucoup d’exemples de gens qui sont allés voir un groupe dont on faisait la première partie et après… leur vie n’a plus du tout été comme avant. Ils sont vraiment devenus fans.

Metal-Eyes : Donc c’est l’expérience scénique qui va convaincre le fan…

Bruno: Exactement, le convaincre d’aller acheter le disque.

Metal-Eyes : Scéniquement, je peux imaginer ce à quoi on peut s’attendre, beaucoup d’énergie, un show très visuel… Quels sont vos projets de tournée ? Il y a déjà le Hellfest…

Bruno: On a déjà une date par mois, le Hellfest en juin, la guerre du son en juillet, et ensuite, le festival 666, un festival metal à côté de Bordeaux, où joue Dagoba, et en octobre, on a une date parisienne. Il y en a d’autres qui suivent. C’est sur scène qu’on s’exprime le mieux. Et aussi par l’intermédiaire des clips qui nous permet de communiquer notre visuel.

Metal-Eyes : Le Hellfest est un gros événement. Comment vous préparez vous ?

Bruno: Comme on se prépare pour les autres concerts. Pour nous, c’est une belle étape de faire le Hellfest, ce n’est pas neutre… Là on a 30’ pour convaincre, sous une tente et en plein jour. Alors nous qui privilégions le côté sombre… On l’a déjà fait, et ça met encore plus en valeur nos personnages.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de The advent of shadows pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ?

Bruno: Je dirais Kill your god. Parce qu’il mélange les côtés metal, indus, électro et énergique.

Metal-Eyes : Pour le message ?

Bruno: Non, pour le message, ce serait plus Shadows. Un titre rassembleur. Notre force, c’est qu’on commence à avoir une fan base, et on implique nos fans. C’est une chanson qu’on a fait pour eux…

Metal-Eyes : Au niveau de la composition, vous avez une méthode particulière de travail ?

Bruno: Oui. Il y a toute une histoire, et c’est Etienne seul qui en détient les clés. C’est lui qui sait quoi raconter sur quel album. Ensuite, la méthodologie de travail est simple : il a les idées, ensuite, quand il a commencé à les travailler, j’interviens pour voir si la voie est la bonne, et chacun ajoute sa patte. Parfois il y a des choses à changer, à rajouter, certaines choses peuvent être gênantes, donc je l’exprime. C’est un travail qui est très collectif parce qu’on intervient tous.

Metal-Eyes : On fait souvent le lien avec des groupes comme Punish Yourself, avec qui vous avez tourné. Ça fait quoi de voir les deux groupes sur une même scène ? Ca doit être un joyeux bordel…

Bruno: C’est un joyeux bordel, et on se dit… Au début, on avait quelques craintes, nous en noir, eux en couleurs… Quand on a commencé avec eux, ils ont fait leur tournée noir et blanc. Et en fait, on s’est aperçu  qu’on était dans deux univers complètement différent malgré quelques point communs, comme le coté cyber punk, un peu fluo. Mais on sent qu’on n’est pas pareil. On est plutôt complémentaires, en fait. Et c’est deux groupes français. Ce qui montre qu’en France, on peut avoir des groupes atypiques, créatifs, avec un show, un visuel. Donc oui, c’est un joyeux bordel ! (rires)

Metal-Eyes : En 2019, quelle pourrait être la devise de Shaârghot ?

Bruno: Tu as des questions… Ma devise serait « ne rien lâcher. Et toujours continuer avec passion »