ANVIL live à Paris! Le Trabendo, 25 février 2018 (avec Trance)

Voir un Zénith en petite configuration, on en a l’habitude, mais que le Trabendo, club de 700 places, décide de faire de même??? Sans doute le fait que la France entière soit en vacances – certains sont rentrés la veille, d’autres viennent de rejoindre les stations de sport d’hiver – explique-t-il qu’environs 300 personnes soient venues acclamer des miraculés. Trance, les Allemands à l’origine de Break out et Power infusion au début des 80’s, récemment reformés et Anvil qui donne ce soir son premier concert parisiens en… 4 décennies de carrière. 40 ans et pas un seul passage dans la capitale, chacun des concerts ayant dû, pour une raison ou une autre, être annulés. Et, pour l’avoir interviewé juste avant, je peux vous dire que Lips est loin de se décourager malgré la faible affluence. On a même l’impression que c’est le contraire tant le gaillard est remonté comme un ressort!

Trance, accompagné au chant du jeune Nick Hollman, bénéficie d’une demi-heure pour convaincre. Sans surprise, si le public, principalement des quinquas voire plus agés, est également familier avec le groupe formé en 1977 puisque Trance concurrençait directement Scorpions sur le terrain du heavy rock. Séparés puis revenus sous le nom de TranceMission au début des années 2000, Trance réapparaît récemment sous son nom d’origine et semble décidé à reconquérir son public, à qui il propose d’ailleurs un nouvel album, The loser strikes back. La voix puissante et haut perchée de Nickfait son effet, sa jeunesse dynamise la prestation – comme lorsqu’il décide de sauter sur les enceintes pour dominer, prudemment!, le public. Les anciens, Tommy Klein et Markus Berger donnent ce qu’ils peuvent, et l’apport d’Eddie St James, au look glam à souhait, est remarquable. Même si les Heavy metal queen, Break the chains et Looser sont interprétés à la perfection, je ne peux m’empêcher de trouver un sacré coup de vieux à ces compos qui marquèrent mon adolescence… Un prestation sympathique néanmoins, et suffisamment rare pour en profiter à fond.

A 20h30, la tête d’affiche Anvil ne se fait pas prier, d’autant que Lips a fini ses réglages sous les encouragements du public. Les lumières à peines éteintes, Rob Reiner s’installe derrière ses futs et lance la machine. Christ, dernier bassiste en date, se pose face au public tandis que Lips fait une rapide apparition sur la scène, le temps d’annoncer que « ça fait 40 putain d’années qu’on veut jouer ici! 40 ans et à chaque fois, nos concerts ont été annulés!  Pas ce soir! », scène qu’il quitte aussitôt pour réapparaître, quelques instants plus tard, au milieu du public. Phiphi s’en souviendra longtemps de ces minutes passées juste à côté du Canadien qui lance le set avec un March of the crabs qui donne le tempo de la soirée !

La suite mélange avec bonheur morceaux vintage  – à commencer par l’incontournable 666 -et titres plus récents (Doing what I want, This is 13, Bitch in the box…)souvenirs et humour, parmi lesquels Lips évoque ses soirées passées avec Lemmy, et l’imite, lors de la tournée Another perfect tour. Un long discours, mais fun, comme les grimaces dont ne sont avares ni Christ – il a vraiment la gueule de l’emploi, mais se révèle un bassiste exemplaire – ni Lips, jamais dernier à rigoler, même si tout est fait avec le plus grand soin.

Le solo de Free as the wind a l’air si facile et pourtant… Après On fire, Lips a une pensée hommage au producteur Chris Tsangarides, récemment disparu et qui avait notamment travaillé sur Metal on metal ou This is thirteen avant de revenir aux affaire et d’offrir un nouveau joli solo sur Mothra, solo effectué à l’aide – on le savait pourtant, je l’avais oublié, ce coup là! – à l’aide d’un vibromasseur! Les yeux pétillant de Lips en disent long sur son plaisir… Puis il se souvient d’Enfer magazine, souvenir qui ne rajeunit personne, avant d’attaquer Bitch in the box avant que Robb Reiner ne soit enfin mis à l’honneur avec son solo d’une incroyable efficacité sur Sweetie thing. Comme si ce dernier n’avait pas assez donné de double pédale, Anvil livre un Ego – qui parle de ceux qui ont une trop grande impressions d’eux mêmes – dantesque avant un Die for a lie sans doute moins percutant.

Incontournable du répertoire des Canadiens, Metal on metal voit le public mis à contribution version G.O, et sonne les rappels. Robb reste planqué derrière sa batterie et martèle un bord de tom, et Anvil nous propose deux dernières cartouches, Running et un version remaniée de Born to be wild. Pour son dépucelage parisien, et malgré une faible affluence, Anvil aura tout donné deux pleines heures durant. Une soirée mémorable qu’on espère voir rééditée bientôt!

Merci à Roger Wessier et Base prod d’avoir rendu ce live report possible.

Interview: SATAN JOKERS

Interview SATAN JOKERS. Entretien avec Renaud Hantson (chant). Propos recueillis au Dr Feelgood des Halles, à Paris le 14 février 2018

 

 

Metal-Eyes : Si tu veux bien, commençons par parler de ton nouvel album, Symphönic Kömmadöh : pourquoi as-tu choisi ce format de best-of de Satan Jokers dans des versions symphoniques ? Ça a été fait avant par d’autres groupes, ce n’est plus vraiment actuel, ce qui, aussi, peut aider…

Renaud Hantson : Oui, mais attention : on est le premier groupe francophone à le faire. Aucun autre groupe de rock ne l’a fait avec un orchestre symphonique. Mon acceptation de ce projet vient d’une rencontre, avec quelqu’un qui s’appelle Florent Gauthier. Cette rencontre, elle a eu lieu à Aix en Provence après un concert de Satan Jokers dans un club, le Korrigan, à Luynes. Florent vient de Marseille, il vient me voir après le concert pendant lequel il m’a entendu dire : « je continuerais Satan Jokers si j’ai une idée brillante et lumineuse ». Il vient me voir et me dit : « Bonsoir, je m’appelle Florent Gauthier, je vais te faire du Renaud Hantson : ne prend pas mal ce que je vais te dire mais… ton idée brillante et lumineuse, c’est moi ! » Je le regarde et lui dit que, oui, j’aurai pu l’écrire cette phrase, parce que j’aime bien, avec ce groupe, jouer l’arrogance, ce côté mégalo de Satan Jokers qu’on entretient depuis 83, ce que je ne suis pas réellement, pas plus que d’autres artistes. Avec ce groupe-là, on aime bien jouer à ça. Je le regarde et il me dit « je te propose de faire un album avec un orchestre symphonique. Je suis arrangeur classique, prof de conservatoire, et j’ai envie d’écrire des scores pour 40 musiciens. Et je connais ta carrière par cœur ! » Moi, comme je suis à 5 verres de pinard, le concert étant fini, je lui demande son téléphone et lui dit que je le rappellerai le lendemain de Paris. Et on a parlé une heure et quart. Mon expérience, de la vie, et des hommes, de la nature humaine, font que je savais qu’il ferait ce qu’il disait. Je savais qu’il serait à la hauteur, au niveau d’amener le projet jusqu’au bout.

Metal-Eyes : Le projet, il est là, aujourd’hui. Comment avez-vous sélectionné les chansons ?

Renaud Hantson : A table, avec du vin, à nouveau ! Michael Zurita fait aussi partie d’un de mes autres projets qui s’appelle Furious Zoo (je lui tend un des albums) ; yes, exactement, même si celui-là date un peu, et il y en a de meilleurs. Florent est venu nous voir à Dourdan avec une idée assez précise des titres qu’il voulait faire. Je suis tombé d’accord à peu près avec tout. On a dû, Mike et moi, ajouter deux ou trois chansons pour compléter le tableau. On a proposé ça aux autres membres du groupe et ça a roulé tout de suite ! On a commencé à croire au projet quand il nous a envoyé – même si au départ on s’est moqué de lui parce qu’il nous avait envoyé ça fait avec un synthé ! – entre 30 et 40 parties instrumentales auxquelles on n’a rien compris ! Quand j’ai vu Pascal Mulot, le bassiste, Aurel, le batteur et Mike commencer à douter, je leur ai dit « non, justement, c’est là que ça devient intéressant parce qu’il y a du danger. Il faut croire en ce mec parce que je crois qu’il est aussi fou que nous, donc, il faut y aller ! » Après, il y a eu un moment de flottement parce que l’orchestre qu’il avait choisi au départ l’a planté – Pau ou Toulouse, je ne sais plus.

Metal-Eyes : Et vous vous êtes retrouvés avec l’orchestre phocéen…

Renaud Hantson : Oui, qui est une escroquerie parce que c’est lui qui l’a monté de toutes pièces ! En fait, il y a 20 musiciens d’un côté, ses 8 chefs de pupitre d’un autre et 10 musiciens qui doivent être des élèves à lui. Donc on a bien le quota de 38-40 musiciens qu’il faut pour monter un orchestre symphonique. C’est ce que je te disais tout à l’heure : je savais qu’il le ferait. S’il n’est pas là, je ne peux pas faire l’album. Il a coproduit l’album avec moi, je ne veux pas m’engager dans des frais avec des mecs qui n’existent pas, mon ingénieur du son ne sait pas enregistrer un orchestre symphonique, alors « tu gères ta partie ». Et il l’a fait.

Metal-Eyes : Peut-on profiter de ce best-of pour revenir sur la carrière de Satan Jokers ? Pour rappel, le groupe est issu de Jartelles qui, en 1980, change de nom. En 1983 parait Les fils du metal, votre premier album, dont sont extraits Quand les héros se meurent et Les fils du metal. Quels sont tes souvenirs de cette époque où tu travaillais avec d’autres musiciens puisqu’il y avait Stéphane Bonneau…

Renaud Hantson : Pierre Guiraud au chant, Stéphane Bonneau à la guitare et Laurent Bernant – paix à son âme – à la basse avec qui j’ai monté le groupe. Il est une des raisons principales pour lesquelles certains journalistes de rock estiment que Satan Jokers a inventé la fusion metal.

Metal-Eyes : A l’époque, d’ailleurs, vous êtes vite entrés dans le trio de tête avec Trust, Warning, comme un certain trio anglais avec, également, 3 styles différents.

Renaud Hantson : Oui, quoique Satan Jokers et Warning avaient des points communs, on était un peu des frères siamois. Il y avait aussi Sortilège, Stocks…

Metal-Eyes : Un peu après, avec plein d’autres.

Renaud Hantson : Oui. Cette époque, ce n’est pas les meilleurs souvenirs, mais quand même, d’excellents souvenirs. Les tensions n’existent pas encore, pas comme en 85 où chacun commence à… Si tu veux, même si je suis à la base de beaucoup de choses, des mélodies, beaucoup de textes, c’est une écriture collective. Si je ne rencontre pas Stéphane Bonneau, je ne fait pas Les fils du metal, je n’écris pas Quand les héros se meurent ; c’est grâce à lui qu’on commence à se barrer vers des trucs nouveau. Avec Stéphane, on a le bon guitariste alors que pendant 2 ans on a galéré à virer des mecs tous les 3 mois ! Pierre n’était pas un chanteur, il n’était pas prêt, n’était pas bon techniquement, mais il était un grand showman, et je savais que c’est lui qu’il fallait. J’ai défendu cette idée jusqu’au bout, c’est lui le meilleur showman de l’époque ! Et je voulais un mec qui soit capable de monter dans les aigus, façon Rob Halford, ce dont je n’étais pas capable à l’époque. Oui, je partageais le chant avec lui, mais comme Coverdale et Glenn Hugues, qui étaient nos héros. Mais on n’était pas prêts. Vocalement, ej suis bien meilleur aujourd’hui. Mais c’est ce groupe qui a fait ces 3 albums.

Metal-Eyes : Justement, en 1984 il y a Trop fou pour toi qui change un peu de registre…

Renaud Hantson : On est passés au hard FM… On a cru que ce serait une grande idée.

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui vous a fait passer à ça, justement ?

Renaud Hantson : J’en suis un peu responsable. Rien n’est jamais acquis dans la carrière d’un artiste, et on a eu la présomption de penser que le fait de s’arrêter à 92-94.000 albums vendus – ce qui était énorme pour l’époque, c’était presque disque d’or – était acquis. Ce qui est faux. Le public voyait en nous un nouveau Judas Priest ou un truc proche de Metallica, enfin, un truc violent, fusion, mais méchant, avec des textes « bariolés », qui parlent de sexualité, et on part vers un hard plus propre, connoté américain, où je rajoute des synthés avec Laurent. En fait, on vend moins, et les journalistes crient au génie mais le public suit moins. Incompréhension totale…

Metal-Eyes : Est-ce que cela peut être dû, on est en 1984, à toute cette vague française qui arrive ? Il y a Axe Killer, Devil’s records, et tous les groupes comme Blasphème, Vulcain, Sortilège qui commencent à s’imposer sur le marché…

Renaud Hantson : C’est pas eux qui nous ont fait du tort, c’était complémentaire tout ça ! C’est juste que c’était… trop tôt. Satan Jokers, ça a souvent été « too much, too soon ». On était trop tout : arrogant, à la Van Halen, on se la pétait faussement, avec des déclarations tapageuses, des looks de scène très virevoltants…

Metal-Eyes : Oui, il y avait de la couleur !

Renaud Hantson : Oui, et avoir voulu faire des chansons plus pop, plus « radio », c’était une erreur de calcul. On revient sur III à un album violent,

Metal-Eyes : Un mini album sorti en 1985.

Renaud Hantson : Un mini album 6 titres, et je prends la direction des opérations. À l’époque, Polygram – nous on était sur Vertigo, qui était le label de Black Sabbath, Rush, Def Leppard… ça rigolait pas, quoi ! – croyait que c’était une bonne idée pour que les disques se vendent de vendre moins cher avec moins de chansons. Ah bon ? Alors nous, ce qu’on a fait, c’était de choisir les chansons les plus longues afin de bourrer les faces, donc on avait 6 titres qui duraient la longueur d’un album de l’époque. Là, je prends la direction des opérations, je commence à écrire seul, sans les gars du groupe parce qu’on se voyait de moins en moins, les premières tensions apparaissent… A mon avis, avec Les Fils du metal, c’est le meilleur album du groupe, de cette première mouture. Pas parce que j’en suis responsable mais parce que je pense qu’on est sur le pic d’un truc, on est en train d’inventer quelque chose. C’est là que la fusion apparait, avec des passages instrumentaux, façon Magma, Rush, des trucs un peu compliqués, naïfs aussi. Mais ça ne le fait pas… Par contre, on fait des concerts !

Metal-Eyes : Ca ne le fait pas, mais pourtant, vous assurez la tête d’affiche du premier soir du France Festival, qui paradoxalement réuni la fine fleur du metal français et marque la fin de cette époque.

Renaud Hantson : 80 groupes et…

Metal-Eyes : Non, il n’y en avait que 24…

Renaud Hantson : Non, il y avait 30 groupes par jour, il y avait la seconde scène…

Metal-Eyes : Deux scènes, oui, mais moins de 30 groupes en tout.

Renaud Hantson : … Je confonds de festival, je confonds avec le Hellfest !

Metal-Eyes : On est d’accord ! Je ne veux pas me mettre Renaud Hantson à dos, mais vous n’avez pas encore fait la tête d’affiche du Hellfest !

Renaud Hantson : Non, non, du tout… Il y avait combien de groupes en tout ?

Metal-Eyes : De mémoire, 24, sur 2 jours, à Choisy-le-Roi. Et ça a marqué la chute du metal français.

Renaud Hantson : La fin d’une époque… Je crois que, à part Vulcain, tout le monde arrête.

Metal-Eyes : Comment tu l’as vécue cette bérézina ? Parce que vous avez été emporté dans le lot…

Renaud Hantson : J’en suis un peu responsable parce que j’avais dit aux mecs que c’était mon dernier concert à part Grenoble qu’on faisait 15 jours après, avec Trust et Sortilège. Je leur ai dit que si, avec 24 groupes on ne fait qu’à peine 2.000 personnes, alors que le même jour Deep Purple faisait 16.000 à Bercy, c’est qu’il y a un problème. On était tous d’accord. J’en parle à Nono et il dit pareil…

Metal-Eyes : Satan Jokers disparait, tu t’engages dans une aventure solo et avec Furious Zoo.

Renaud Hantson : Je démarre ma carrière solo en 86, et Furious Zoo n’apparait qu’en 92 avec Thibault Abrial.

Metal-Eyes : Et Satan Jokers réapparait en 2005 avec le best of live, qui est une compilation de différents concerts.

Renaud Hantson : Oui, oui !  Une compilation de cassettes que j’ai remasterisées avec Anthony Arcon qui est un ingénieur du son de génie, et ça rappelle que être méticuleux peux être très utile dans la musique.

Metal-Eyes : C’est-à-dire ?

Renaud Hantson : C’est-à-dire que je suis très collectionneur et méticuleux dans le rangement de ce qui est musical. J’avais gardé de côté des cassettes en pensant qu’un jour, ça pourrait me servir. Des cassettes… Des cassettes audio avec la console de mixage qui donnait un son pourri. On remixe ça avec Antony et à l’arrivée je lui dit « mais ça sonne de la mort ! » Alors on a fait deux trois escroqueries dans l’album, parce qu’il y a quelques maquettes, mais on pouvait pas faire autrement parce qu’on ne les avait pas en public. Mais, comme c’étaient des maquettes enregistrées en live…

Metal-Eyes : Après il ya eu cet album un peu à part, aussi, Hardcore colelctors.

Renaud Hantson : Qui est beaucoup moins bien, parce que c’est toute les chutes que je n’ai pas utilisées sur le Live, toutes les « merdes », on va dire, plus des inédits. Donc, le seul intérêt de cet album, c’est ces maquettes inédites qui devaient être le Furious Zoo… euh, le Satan Jokers 4.

Metal-Eyes : Il y a également l’apparition des musiciens qui vont t’accompagner plus tard.

Renaud Hantson : Oui, alors… Mais dis donc, t’es très rencardé ! Olivier Spitzer qui était au départ rythmique dans la reformation de Satan Jokers…

Metal-Eyes : Et qui était un ex-Stators…

Renaud Hantson : Oui, exactement. Stéphane réappariat dans ma vie, et il y a Pascal Mulot, qui est déjà là. Stéphane ne veut pas faire partie de l’aventure. Je lui dit que Mulot m’a convaincu de remonter Satan Jokers…

Metal-Eyes :Donc l’idée ne vient pas de toi, mais de Pascal Mulot ?

Renaud Hantson : Non, moi j’ai toujours dit que… Tu sais, pour Satan Jokers, je fais du Renaud Hantson, donc comme Mc Cartney l’avait dit pour Lennon « je ne remonterai les Beatles que lorsque John Lennon ne sera plus mort ». Ben moi, j’ai dit que je ne remonterai Satan Jokers que lorsque Laurent Bernat ne sera plus mort…Il est mort juste avant. En fait, j’ai téléphoné à son père avant de m’attaquer à ça (le Best of live) qui me dit « Renaud, c’est formidable que tu fasses ça. Je joindrais bien Laurent, mais ça va être difficile là où il est… Laurent est mort il y a deux ans ». En fait, je ne réalise pas, je fini les mixages, les dernières retouches et je rentre chez moi et là… Je fonds en larmes pendant 6 heures. Je dis à mon ex : « Laurent est mort… » Et je répète cette phrase pendant 4 heures. Au moment où je m’en rends compte, je me rends compte aussi du temps qui passe ; c’est avec lui que j’ai commencé la musique en professionnel, et… J’ai pas beaucoup dormi… tout à l’heure on m’a parlé de France Gall et ça m’a mis un petit coup de blues, et là, Laurent, ça m’en met un autre…

Metal-Eyes :Je ne pouvais pas parler de Satan Jokers sans parler de Laurent non plus. On arriveà 2009 alors que Satan Jokers est remonté. 2009, c’est une grosse année pour le groupe puisqu’il y a une grosse tournée, un nouvel album qui marque le renouveau du groupe, SJ2009… Quels sont tes souvenirs pour ce disque ?

Renaud Hantson : Un groupe bancal… Un bon album avec un groupe bancal. Bancal parce que Satan Jokers n’avait pas vocation  à avoir un guitariste rythmique, ça a toujours été un quatuor, donc un trio musical avec un chanteur. Là c’est un quintette, donc ça alourdi la dextérité de Pascal Mulot, ça alourdi les riffs de Michael Zurita, même si Olivier Spitzer est un très bon guitariste rythmique, c’est pas le problème. C’est juste que ce n’est pas ce que ça devait être… Et mauvais choix de batteur

Metal-Eyes :C’était Marc Varez ?

Renaud Hantson : Oui, il est sympa Marc, mais ce n’est pas le batteur pour Satan Jokers. Il est très bien pour jouer du Motörhead ou du Vulcain, pas ça ne correspond pas à du Satan Jokers. J’en parle avec beaucoup de sympathie d’autant plus qu’il a été mon batteur en solo pendant un an ou deux… Ils ne correspondaient pas à ce qu’il fallait pour le groupe. Dès qu’on s’est séparé d’eux, le groupe a vraiment… C’est à ce moment-là que Satan Jokers renait de ses cendres.

Metal-Eyes :Mais avant, toujours à 5, vous sortez, aussi en 2009 Fetish X…

Renaud Hantson : Oui, c’est là qu’on rencontre Aurèle qui enregistre trois titres avec nous, et là, ça bombarde, on sait que c’est lui. Moi, je sais que je vais arrêter la batterie, ça ne m’intéresse plus. J’ai engendré une génération de cyborgs comme ce mec qui sait qui je suis, qui a voulu faire de la batterie quand il a vu Starmania… Tu vois qu’il a cette culture-là, même s’il ne connait pas Satan Jokers, il se penche dessus et me dit « punaise, ça déboite ce que tu fais… » Mais ce mec, c’est un vrai cyborg, il m’assassine à la batterie !

Metal-Eyes :En plus, les techniques ont changé.

Renaud Hantson : Ouais, c’est des cyborgs, des mecs qui ont radicalisé ce que de gars comme moi faisions… John Bonham, il reste Bonham, mais aujourd’hui, il y a des mecs qui joue encore mieux, comme son fils, par exemple ! Le groupe existe à la fin de Fetish X. D’ailleurs, au moment de me séparer d’Olivier, Marc Varez étant out et en engageant Auréle, je me dis on va arrêter. Si on commence à avoir des problèmes comme ça, on arrête. Avec Aurèle, on ne se comprenait pas, au départ, il faisait un peu session man, et moi je ne comprenais pas. Aujourd’hui, on est comme les doigts de la main, mais au départ, je voulais un vrai groupe, pas de session man. Je ne voulais pas faire comme David Lee Roth entouré de super musiciens quand il a quitté Van Halen. J’avais envie de faire un vrai Satan Jokers, et en fait, on se trouve avec Addictions.

Metal-Eyes :Juste avant, en 2009, il y a aussi le Hellfest, et Axe Killer qui réédite vos deux premiers albums. Quand je disais que c’est une grosse année, il y a vraiment plein de choses qui sont arrivées.

Renaud Hantson : Oui, mais ce « plein de choses » est arrivé à plein de groupes. Eric Coubard, avec Axe Killer, il a ressorti plein de groupes, Warning, Sortilège, il a un peu surfé sur une vague nostalgique qu’il y avait à cette époque-là, et il a eu raison parce qu’on est tous nostalgiques et que la nostalgie, ça ne fait pas de mal. Ça permet de faire perdurer une culture… C’est une grosse année, tu as raison, et l’apothéose, c’est le Hellfest. Pour un groupe, quoi de mieux que le Hellfest ? Pour moi, là où les choses démarrent, c’est avec cet album, Addictions, qui est un sacre. Pour moi, c’est plus important que les Victoires de la musique ou autres Hit Parade, c’est un album qui est validé par la Mission Interministérielle de Lutte Contre les Drogues et les Conduites Addictives, avec la rencontre avec celui qui aura été mon psy et qui est devenu un frère, Laurent Karila.

Metal-Eyes : Mais juste avant, en 2010, tu lances le premier Satan Fest.

Renaud Hantson : Oui, exact, et je vais te dire pourquoi : c’est en réaction à un mec qui avait monté un festival qui s’inspirait du France Festival et pendant 2 ans me dit qu’il nous veut en tête d’affiche. Et ça ne s’est jamais fait… Donc moi, je suis réactif et je me dit « ben je vais faire le mien ». On me dit qu’il en refait un à telle date, et… moi aussi, c’est con. Et l’année où je l’ai fait, il a annulé. Maintenant, c’est le début d’une longue série, on fera le 10ème l’année prochaine où on jouera l’intégralité des Fils du metal, les 35 ans de l’album.

Metal-Eyes : Ensuite, en 2011 arrive Addictions, qui est le début d’une trilogie avec Psychiatric et Sex opera. Tu t’ouvres au monde puisque tu parles, en collaboration avec Laurent Karila, de toutes tes addictions.

Renaud Hantson : Je lui ai ouvert les portes du metal, il m’a ouvert les portes des conférences et du psychiatrique ! Des conférences préventives.

Metal-Eyes : Première question : tu en es où de tes addictions ?

Renaud Hantson : Pff… J’ai fait le yoyo… Lemmy et Ozzy n’ont rien à m’apprendre… C’est pas un sujet que j’ai très envie d’aborder…

Metal-Eyes : Pourtant tu l’abordes, tu te livres entièrement avec ces disques…

Renaud Hantson : Oui… Oui, mais le problème c’est qu’un ancien addict  reste toute sa vie un ancien addict. Il faut qu’il ait une vraie force de caractère, un vraie volonté, et moi, il y a énormément de moments où les doutes de cette profession et de mon propre métier ne me mettent pas à l’aise avec moi-même, me gênent, et quand, en 20 piges le seul pansement que tu connais c’est la fuite en avant avec des choses qui te détruisent la santé, c’est très compliqué… Il y a eu plein de rechutes, plein de faux pas…

Metal-Eyes : Le fait d’en parler, de te livre de cette manière…

Renaud Hantson : C’est pas de l’exhibitionnisme, hein !

Metal-Eyes : Non, c’est avant tout préventif comme démarche…

Renaud Hantson : Oui, parce que si mes conneries à moi peuvent servir à d’autres pour se dire « je vais éviter d’aller sur ce terrain-là », la mission aura été accomplie et ce ne seront pas des années perdues. Les quelques connards qui s’imaginent que c’est un fonds de commerce ou de l’exhibitionnisme, ils n’ont rien compris, parce que c’est une vraie souffrance. Une véritable souffrance… On ne sait jamais jusqu’à quel degré on aura une propension à une addiction. Tant que tu n’es pas rentré dans un processus addictif, tu ne peux pas savoir… Ton cerveau à toi, il se rappelle qu’une entrecôte, c’est bon. Moi, mon cerveau, il se rappelle que ma première prise de coke, c’était une excitation extraordinaire. Enfin, pas la première, la cinquième, une excitation sexuelle ; même si ça marche pas, ça te fait une bite comme ça (NdMP : il montre 2 centimètres). Mais j’ai recherché cette excitation à connotation sexuelle pendant… Et mon cerveau se dit « Putain, j’ai 5 jours sans rien à faire… »

Metal-Eyes : En réenregistrant les morceaux de cette trilogie, est-ce que ça t’a replongé…

Renaud Hantson : Je n’ai pas voulu les rechanter, elles font partie des 5 chansons que je n’ai pas voulu rechanter. Je ne me sentais pas de le faire.

Metal-Eyes : Pour quelle raison ? Par peur, manque de motivation ?

Renaud Hantson : Parce que j’avais tout donné pour ces chansons avant. J’ai demandé à mon ingénieur du son si c’était gênant que je ne les refasse pas parce que je en ferais pas mieux…

Metal-Eyes : ET tu les fais, en concert ?

Renaud Hantson : Oui, mais c’est pas pareil. Appétit pour l’autodestruction, en concert, je la sors avec une violence terrible, c’est viscéral. Ma vie sans, jai aussi gardé la  voix initiale, Substance récompense pareil, qu’est-ce que je pouvais faire de mieux dessus ?

Metal-Eyes : Donc c’est la partie symphonique qui a été rajoutée.

Renaud Hantson : Et les musiciens du groupe qui ont aussi refait leurs parties. Sur les 16 chansons, il y en a 5 où je n’ai pas refait les voix, on les a remixées, rééquilibrées différemment. C’est ce qui est bien de bosser avec un génie comme Anthony.

Metal-Eyes : Deux dernières choses parce que je sens que nous allons être interrompus bientôt : Quelle pourrait être la devise de Satan Jokers aujourd’hui ?

Renaud Hantson : La devise ? (Il réfléchit) « Certains groupes font leur truc. Nous, on le fait encore mieux ! » (rires) Mais ça fait 30 ans que je dis les mêmes conneries pour ce groupe. Mais comme c’est un vrai groupe de techniciens, on peut se permettre de dire des trucs comme ça parce qu’on peut démontrer que c’est vrai ! Mulot, quand on fait un festival, il dit un truc du genre « c’est bien ce que vous faites. C’est moins bien que nous, mais c’est bien’ ! J essais qu’il le pense en plus, ce salaud !

Metal-Eyes : Tu as passé la journée en promo. Jusqu’à maintenant, quelle a été la question que tu as préféré, la plus surprenante, étonnante ?

Renaud Hantson : LA tienne ! La devise… Mais il y en a eu beaucoup des sympas. C’est très flatteurs de recevoir et de parler avec des mecs qui ont préparé, qui se sont intéressés à l’histoire de Satan Jokers, et c’est très agréable à vivre. J’ai dormi 3 heures et tant pis. ET c’est vrai que la question qui diffère, c’est « quelle serait la devise du groupe ». On m’en a posé une dans le même genre… Donner 3 expressions qui me définiraient. Ce sont les deux questions qui étaient vraiment différentes. J’évite de faire de la redite, même si je suis obligé d’en faire un peu !

 

MANIGANCE: Machine nation

Heavy metal, France (Verycords, 2018)

Les fans le savent depuis la sortie de ce nouveau disque: Machine nation est le dernier album auquel Didier Delaux, chanteur historique de Manigance, pose sa voix. A peine ce CD est-il sorti qu’on a appris son départ, volontaire, et son remplacement par une chanteuse, Carine Pinto. En quelques années, ce sont donc deux des formations masculines qui font ce choix, Nightmare ayant décidé de collaborer avec Maggie Luyten. Mais il est une différence de taille: ces derniers ont toujours chanté en anglais, Manigance conserve le chant français.
Mais revenons à la musique, voulez-vous? Machine nation est, comme chaque album de Manigance, à la hauteur des attentes: mélodique en diable, le travail des deux guitaristes est toujours d’une précision chirurgicale (ah, ces soli de Bruno Ramos! Et cette efficacité rythmique de François Merle!), le chant de Didier toujours aussi puissant. Les textes sont d’une saisissante actualité, et les apports novateurs. Carine Pinto semble un choix évident, sa participation sur Face contre terre, qui ouvre l’album, est plus que convaincante, son timbre semblable à celui qu’elle remplace. Machination surprend aussi par des growls inhabituels chez les Palois. D’ailleurs, quelques riffs thrash (Loin d’ici) accompagnent des airs presque FM (La donne doit changer). En bref, Manigance nous offre un nouvel album de haute volée, diversifié et enchanteur, et Didier Delsaux peut partir l’esprit tranquille: le boulot est fait, et bien fait, jusqu’au bout!

SAXON: 1979-1988 – Decade of the eagle

Heavy metal, Royaume-Uni (BMG, 2017)

Quelques semaines avant la parution du nouvel album studio des vétérans anglais de Saxon, BMG publie 1979-1988, decade of the eagle, une compilation retraçant les dix premières années discographiques du groupe. Notons avant tout que Biff Byford a été associé à ce produit, dans la conception de sa pochette et la sélection des titres; Saxon ne se voit donc pas acculé ou trahit par de vils capitalistes voulant se faire du fric sur son dos. Un peu quand même, mais là n’est pas la question. Existant en version CD simple ou double et quadruple vinyle, BMG ne se moque de personne: ce sont ainsi 34 chansons extraites de la période Carrère et EMI qui nous sont ici offerts, soit la meilleur période et le début de la moins inspiré. La meilleure, c’est celle constitué de cette sainte trilogie Wheels of steel / Strong arm of the law / Denim and leather / Power and the glory. Je sais, ça en fait 4, et alors? Vous jetteriez lequel, vous? Le premier album se voit aussi mis à l’honneur, aux côtés de Crusader, tous deux indispensables également. A cette époque, Saxon et Iron Maiden sont au même niveau de popularité, et les choix faits pour les premiers seront malheureux. Car malgré leurs qualités, Rock the nations suivi de Destiny voient Saxon changer de son et, pire que tout, de look, dans le but managérial de séduire le marché US.  Opération raté qui décrédibilisent un groupe jusqu’alors irréprochable dans son approche prolétaire du metal. Pourtant, si le public tourne un peu le dos, certains morceaux méritent qu’on se repenchent dessus. les fans de la première heure ne découvriront sans doute pas grand chose, ceux qui rejoignent les rangs ont ici un beau résumé d’une carrière quasi exemplaire. En tout cas, celle d’un groupe qui n’a jamais rien lâché. Le livret, riche de textes et de photos (24 pages) est un plus à ce produit.

NIGHT DEMON : Darkness remains – expanded edition

Heavy metal, USA (SPV, 2018)

Face au succès rencontré par l’édition originale de Darkness remains, et plutôt que de proposer une nouvelle réédition sans rien, les Américains de Night Demon, sous l’influence de leur label, ont choisi de profiter de leur tournée en ouverture d’Accept de proposer une édition « expanded » de leur second album. Rappel, pour ceux qui ne connaissent pas le groupe: Night Demon est un trio californien qui excelle dans un Heavy metal totalement inspiré de la NWOBHM et de la dernière vague anglaise des années 70. L’album en entier, chant inclus, puise dans ces influences légendaires que sont Judas Priest, Iron Maiden (avec un titre comme Maiden hell, dire le contraire serait osé…) Def Leppard ou encore, par ses aspects bluesy, Thin Lizzy. Au delà du format power trio qui évoque Motörheéad, on pense aussi à la folie de Raven avec qui Night Demon a fait sa première tournée. Rien à dire de ce côté, donc, car si c’est musicalement daté, c’est volontaire et assumé. On se penchera donc sur le second CD qui propose les mêmes titres en versions brutes, ce qui en soit n’apporte pas grand chose, mais qui propose surtout un commentaire audio chanson par chanson. Alors si vous voulez tout connaitre des méandres de cet album remarqué, vous savez ce qu’il vous reste à faire! Metal rules!

Interview: NIGHT DEMON

Interview NIGHT DEMON. Entretien avec Jarvis (chant, basse). Propos recueillis à l’Elysée Montmartre de Paris le 1er février 2018

Metal-Eyes : Jarvis, je ne connais pas très bien le groupe. D’après ce que j’en sais, Night Demon s’est formé en 2011, a publié un Ep et 2 albums. Que peux-tu me dire d’autre sur la genèse du groupe ?

Jarvis : On a formé le groupe en 2011 avec la simple intention d’enregistrer un Ep. Ce qui s’est fait très rapidement. On n’a pas rejoué véritablement avant 2012… On peut dire, alors, que le groupe a vraiment débuté en 2013, un simple trio heavymetal très influencé par la NWOBHM. Ensuite, on a tourné pendant 4 ans, ça a été super, venir en Europe a été génial… Tout se passe bien pour nous, vraiment !

Metal-Eyes : Comme tu viens de le dire, Night Demon est très influencé par la NWOBHM, tant dans le son, dans ta manière de chanter, également… les premiers groupes auxquels j’ai pensé sont, naturellement, Iron Maiden – il y a d’ailleurs un morceau intitulé Maiden hell sur votre dernier album – mais aussi Raven – vous avez d’ailleurs le même format de power trio –mais je ressens aussi des influences de Thin Lizzy dans ses aspects bluesy…

Jarvis : Absolument !

Metal-Eyes :Qu’y a-t-il d’autre ?Que mettez-vous de plus dans votre musique ?

Jarvis : Difficile à dire, on écrit ce qui nous vient… On écoute beaucoup de rock 70’s. Tout ce que tu as cité fait partie de nos influences. On a d’ailelurs fait notre toute première tournée avec Raven ! Quelques shows aux US, mais on a pas mal joué avec eux autour du monde, ils sont un peu comme nos grands frères.

Metal-Eyes : Parlons de Darkness remains, paru en 2017. Vous venez de le ressortir dans un format expanded. Pourquoi ce choix ?

Jarvis : Le label le souhaitait. En fait, ils voulaient sortir un « tour edition », pour cette tournée. L’album se vend vraiment bien, il est toujours en réimpression… On s’est dit qu’on pouvait sans doute faire les choses différemment, entre autre parce que sur cette tournée nous jouons devant de nombreux nouveaux fans. Je me suis demandé ce qu’est vraiment un » tour edition » : faut-il mettre des versions live ? C’est ce que je voudrais, mais on enregistre dans le cadre d’un live qui va paraitre cette année. Alors on s’est dit « faisons maintenant ce que les autres groupes mettent 20 ans à proposer aux fans ! On a ce qu’il faut, alors, allons-y ! » Tout simplement…

Metal-Eyes : Ce sont donc les mêmes chansons, dans des versions différentes…

Jarvis : … Avec des commentaires au sujet de chaque titre.

Metal-Eyes : Tu viens de dire que vous avez beaucoup tourné ces 4 dernières années. Alors comemnt décrirais-tu l’évolution de Night Demon entre vos deux albums ?

Jarvis : Pas tant dans un changement de style… Mais je pense que notre manière d’écrire et de composer est devenue plus mature. Avant, j’acrivais les chansons que je souhaitais, avec beaucoup d’imageire que je souhaitais utiliser, parfois un peu cliché, mais en avançant, c’est devenu un peu plus « réfléchi », tu vois ? La musique est devenue un tout petit peu plus « progressive », juste pour éviter de nous répeter, ce qui est assez facile àn faire.

Metal-Eyes : Comment enregistrez-vous vos albums ? A l’ancienne ou…

Jarvis : Oui, oui, on n’utilise pas de clic, d’isolation ou ces trucs là… On entre dans la pièce et on enregistre, c’est tout. Live, c’est la façon de faire !

Metal-Eyes :De quoi traitent vos chansons ? Tu viens de parler de clichés, alors…

Jarvis : Oui, on parle de plein de choses, plein de clichés metal ! Le mal et l’obscurité, principalement ? Ce genre de choses, des monstres, des fantômes, des choses bibliques…

Metal-Eyes :Y a-t-il, au contraire, des thèmes que tu ne souhaites pas aborder ?

Jarvis : Oui, je ne veux pas aborder des sujets religieux ou politiques, on laisse ça à d’autres. Je ne veux pas être une sorte d’influence, nous voulons être un groupe qui libère les gens de ce genre de choses!

Metal-Eyes : un groupe d’entertainement, donc?

Jarvis : Oui, totalement! On veut être un groupe important, et nous le sommes aux yeux de certains. Mais sans prise de tête, sans politique… Il y a trop de merde dans le monde. Tu sais, le monde se fout en l’air depuis qu’il existe, et ça ne va pas changer. Je n’ai pas le sentiment que nous, en tant que groupe, en faisons assez pour prétendre pouvoir précher à ce sujet. Il y a plein de gens qui pensent que sous prétexte de ma position, j’ai plus d’audience que mon voisin de pallier. Ce qui est vrai, mais je ne crois pas pour autant que j’ai suffisamment d’influence pour tenir ce genre de dsiscours. On vit nos vies, on essaye, jour après jour, de nous en sortir, pas de créer un changement social. Nous serions des hypocrites si nous tentions de faire autre chose.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Darkness remains pour expliquer à ceux qui ne connaissent pas Night Demon ce que vous êtes, ce serait laquelle?

Jarvis : Alors, je choisirais sans doute… Peut être Hollowed ground. Elle a beaucoup d’éléments different: des tempis varies, des harmonies vocals, de beaux solos, un bridge galopant…

Metal-Eyes :Si mes infos sont correctes, il s’agit ce soir de votre second concert à Paris, après un passage il y a quelques mois au Klub.

Jarvis : Oui… C’est peut-être notre troisième passage à Paris. Non, tu as raison. On est passé à cette emission télé, Un dose 2 metal il y a 3 ans. Donc, c’est notre second concert mais notre troisième passage.

Metal-Eyes : Et quells souvenirs gardes-tu du Klub?

Jarvis : Il faisait chaud! (rires) On était au sous sol, et c’était blindé!

Metal-Eyes :C’est une sale qui est blindée avec 30 personnes!

Jarvis : C’est vrai! Mais c’était cool… Tu sais, ce qui est dommage avec une ville de cette taille, c’est que la culture heavy metal a disparu. Pour le metal classique, c’est vraiment dommage, mais il y a le meme phenomena à Londres. Pour quelqu’un comme moi qui vient de Los Angeles, tout y est populaire, il n’y a pas un style qui domine, tous les genres ont leur public. Mais tu dois faire le boulot, et visiblement, le show de ce soir va être gros. On est ravis de jouer pour de nouvelles têtes!

Metal-Eyes : En fait, le metal n’est pas vraiment mort, en France; il n’a jamais vraiment été vivant, il a toujours été considéré comme une sous culture. On met en avant le rap, la musique facile à écouter, c’est ce que proposent les medias au public. Heureusement, en France, nous avons un bon nombre de festivals pour rattrapper ça. Vous allez tenter de participer à un festival en France cet été?

Jarvis : On adorerait ça, on en fait partout ailleurs. Tu sais, j’organise mon proper festival alors je sais ce que c’est! Nous sommes en contact avec de nombreuses personnes, le Hellfest serait super mais on n’a pas encore reçu d’appel de leur part.

Metal-Eyes :Comment vous-êtes vous retrouvés à l’affiche de cette tournée?

Jarvis : Un animateur radio de Cleveland a mis leur management en contact avec nous, ils ont voulu voir ce que nous donnions, leur agence nous a vus au Rock Hard festival en Allemagne et nous avons insisté. Les discussions ont commence là.

Metal-Eyes :A quoi devons nous nous attendre de la part de Night Demon ce soir?

Jarvis : Beaucoup d’énergie de la part de trios mecs épuisés! (rires)

Metal-Eyes : Parlons de toi: quell a été ton premier choc musical, le groupe ou l’artiste qui t’a fait dire “viola ce que je veux faire”?

Jarvis : Van Halen, que j’ai écouté vraiment, jeune. Deep Purple, Smoke on the water. And justice for all de Metallica, ce sont les principaux, ceux qui m’on donné une claque.

Metal-Eyes :Qu’est-ce qui t’a amené au chant, alors?

Jarvis : Pendant des années, j’ai joué dans tant de groupes, j’ai beaucoup tourney. Des groupes vraiment prometteurs qui se sont séparés parce que l’un des members principaux, comme le chanteur se barrait. Je mettais ma vie dans les mains de ces groupes, et tout reposait sur quelqu’un d’autre. A un moment je me suis dit” je vais être le gars qui ne peut être remplacé”. J’ai appris à faire les chose que le gars qui ne peut être remplacé fait, et j’ai appris à chanter et à écrire la musique.

Metal-Eyes : Une dernière question: quelle pourrait être la devise de Night Demon?

Jarvis : Oh… “Pas de scène trop grande, pas de scène trop petite”.

Metal-Eyes : J’aime bien! Merci et je vous verrais sur scène d’ici un peu plus d’une heure.

Jarvis : Avec plaisir!

 

ACCEPT live à Paris (l’Elysée Montmartre, le 1er février 2018)

On vit une époque formidable… La forme qu’affichent les anciens, les groupes à la carrière multi décennale est simplement bluffante. Je n’ai presque jamais été déçu par un concert d’Iron Maiden, Saxon ou Accept. Alors ces derniers de retour à Paris, dans un Elysée Montmartre qui célébrait en début de décennie leur résurrection, avec le chanteur Mark Tornillo en lieu et place de « l’indispensable » Udo Dirkschneider, eh ben… 9a ne se rate pas. J’arrive tôt à l’Elysée afin d’interviewer Night Demon, trio US qui ouvre ce soir pour les Germano Américains. Jarvis, le bassiste chanteur, a malheureusement la voix quelque peu enrouée, ce qui se ressentira sur la seconde moitié du set.

Losque le power trio – une configuration qui évoque le line-up de Raven ou Motörhead (un bassiste chanteur, un guitariste et un batteur) – monte sur scène, le public ne sait pas vraiment à quoi s’attendre. Night Demon est simplement habité de l’esprit de la NWOBHM et cela transpire tant dans sa musique qu’on sait que les amateurs du genre, nombreux ce soir, vont apprécier. Le groupe explore ses deux albums, faisiant une belle place à son petit dernier, Darkness remains, récemment réédité en format « expanded ». Les influences sont évidentes et l’on s’amuse de ce jeu de piste qui nous renvoit dans une époque qui continue d’en faire réver beaucoup. Maiden estde la partie (Maiden hell, facile), mais également Diamond Head ou, moins évident, Thin Lizzy dans les aspects les plus bluesy du combo. Le riff de Run for your life évoque ouvertement le Waisted de Def Leppard , période Pete Willis (sur son premier et superbe album, que le groupe a trop tendance à oublier, On through the night). Malheureusement, la voix de Jarvis commence à souffrir, et son chant devinet très limité… Un extrait de quelques mesures d’Overkill, en hommage à Fast Eddie récemment disparu, un final avec la venue d’une faucheuse qui rappelle quelques mascottes (Iron Maiden, Grave Digger ou Megadeth), et Night Demon s’en retourne backstage laissant un public ravi. Quelques couacs, mais un set efficace quinous a fait découvrir un groupe plus que sympathique.

Après une intrigante mais remarquée première partie de Sabaton l’an dernier, Peter Baltes et Wolf Hoffmann réinvestissent les planches avec bonheur. Accept fait en effet partie de ces groupes qui maîtrisent tant leur sujet qu’on sait ne pas pouvoir être décus par leur prestation. Même Mark Tornillo, habituellement silencieux entre deux chansons, est bavard ce soir. Les petits nouveaux ( le discret Uwe Lulis et le plus expansif Christopher Williams, respectivement guitariste et batteur) arrivés en 2015 sont parfaitement intégrés. On sent ce line-up particulièrement confiant et très enjoué: la complicité entre les musiciens fait plaisir à voir.

Sans surprise, Accept sort l’artillerie lourde dès le départ avec un décor militaire (à quand le retour des treillis? Non, je blague…), des fumigènes en pagaille et des lights irréprochables (enfin le retour des poursuites dans une salle moyenne!). En alternant titres speed et morceaux heavy, en piochant dans quelques raretés (Objection overruled est une belle surprise, notamment complété de ce duel entre les deux anciens – Wolf et Peter), en jouant avec un public tout acquis à sa cause, Accept prouve une nouvelle fois l’excellence de son professionnalisme. Il n’y a rien à redire, sauf ce petit écart qu’est l’interprétation en solo que fait maitre Wolf du Bolero de Ravel… Ce même Wolf Hoffmann ravi d’exhiber une collection de guitares toutes plus flashy les unes que les autres – on est au royaume des paillettes bleues et rouges! – est, comme à son habitude, le maitre des lieux.

Cependant, avec 5 titres d’affilée issus du dernier album (The rise of choas, Koolaid, No regrets, Analog man et The final journey), même si le groupe est là pour le défendre  (dont il aura présenté 6 titres sur 10), c’est peut-être beaucoup pour ceux qui ne connaissent pas The rise of chaos. Heureusement, c’est du lourd, et Accept a tout loisir de se concentrer sur ses classiques attendus (au hasard? Princess of the dawn, Balls to the wall, Restless and wild, Fast as a shark) ou ses morceaux les plus récents (Stalingrad, Shadow soldiers, Teutonic terror, Pandemic…), faisant la par belle à la période dorée que le groupe vit depuis son retour avec Tornillo.

Deux heures durant Accept séduit un public ravi avant que Mark ne lance un « Thank you Paris, we’ll see you at Hellfest ». Oui, Messieurs, le rendez-vous est noté et hors de question de rater ce rendez-vous avec l’un des derniers monstres sacrés du metal allemand!

Interview: SAXON

Entretien avec Biff Byford (chant). Propos recueillis à Paris le 11 janvier 2018

Interviewer un personnage comme Biff Byford est toujours un plaisir. L’homme est bien plus que l’incarnation de Saxon, il est l’image, l’une des dernières qui soient, d’un rocker dans l’âme. Il est, vit et respire le metal, tant son attitude et son verbe son ceux de la passion. Et aujourd’hui l’homme est plus que de bonne humeur: il est joyeux et jovial.

Biff Byford, Paris, 11 janvier 2018

Metal-Eyes : Biff, pour commencer, nous sommes en début d’année, que je te souhaite très bonne !

Biff : Merci, bonne année aussi, ou comme on dit en français ? Bon anniversaire ou peu importe…

Metal-Eyes : Non, anniversaire, c’est Birthday, ça viendra plus tard…

Biff : Oh, d’accord, le mien est bientôt…

Metal-Eyes : La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était rapidement au Download Paris…

Biff :  Ah oui ! Le Download ! Il a encore lieu ?

Metal-Eyes : Il y a eu la seconde édition l’an dernier, et une troisième arrive cette année, en juin, encore une semaine avant le Hellfest.

Biff : Tu veux parler de…Baby Metal ? Ils ont eu des problèmes… C’était assez marrant, en fait, que tout « plante » comme ça… A l’époque du digital, passe encore. Mais, non, ça n’a pas été vraiment frustrant. On n’a plus rien à prouver… Je pense que le concert du Hellfest, l’été dernier, nous a donné une place correcte, même si j’aurai préféré jouer plus tard. Mais c’était un bon concert, au Download, les gens ont aimé, et c’était un bon concert pour Saxon. Pas autant pour Baby Metal, mais c’est ça, le Rock n Roll. Ils doivent apprendre aussi…

Metal-Eyes : Et quels sont, justement, tes souvenirs de votre dernier Hellfest, l’été dernier ?

Biff : C’était super ! J’ai adoré. Il y a des vidéos de ce concert, il y avait une bonne ambiance, le public était en forme. Certains disent que nous étions le meilleur groupe du festival, et je en vais pas les contredire… (rires)

Metal-Eyes : Au moins dans mon Top 3. Je me souviens de ton étonnement quand tu as vu cette personne en chaise roulante portée par le public : tu t’es exclamé « those are wheels of steel ! » C’était la première fois que tu voyais ça ?

Biff : Oui ! Tu ne vois pas souvent de chaises roulantes voler au-dessus du public, faire du crowdsurfing !

Metal-Eyes : Tu devrais rester tout le Hellfest alors. Rien que la journée du samedi, j’en ai compté, devant les mains stages, pas moins de 9 ou 10. C’est impressionnant, surtout quand elles arrivent au niveau du pit…

Biff : Oui, impressionnant. On a donné un très bon concert, il y avait de belles lumières…

Metal-Eyes : Revenons à la musique. Battering ram est sorti il y a un peu plus de deux ans, vous avez beaucoup tourné depuis. Quels sont les moments les plus marquants de ces deux années ?

Biff : Tourner avec Motörhead, sans aucun doute. Ça a été douloureux, lorsque Lemmy est mort… J’ai eu la chance de passer du temps avec lui avant son départ. On a beaucoup tourné pour Battering ram, on a  tourné avec Fastway – Fast Eddie est mort la nuit dernière…

Metal-Eyes : Pardon ? Il est mort la nuit dernière ?

Biff : Oui… On a pu passer du temps avec lui, également…

Metal-Eyes : Attends… ça signifie qu’il n’y a plus un seul membre du Motörhead des grands jours encore en vie…

Biff : Oui, c’est triste… Dans l’ensemble ces deux ans ont été super pour nous. Saxon est très en vue en ce moment. Je crois que notre position à l’affiche du Hellfest était parfaite pour Saxon, nous avons joué à une heure parfaite…

Metal-Eyes : Et le bon jour, samedi était très orienté Heavy metal et Hard rock…

Biff : Oui, aussi.

Metal-Eyes : Puisque nous parlons de concerts, j’ai vu que vous allez bientôt ouvrir aux USA pour Judas Priest, ce qui est une autre belle affiche. Y a-t-il des chances pour que ce package vienne aussi en Europe ?

Biff : Euh… Je ne crois pas. Nous voudrions le faire, oui. Nous en avons parlé avec Judas Priest… Ce serait fantastique, pour les fans. Pas forcément pour l’équilibre financier (rires), mais pour les fans, oui ! Nous verrons bien ce que nous réserve l’avenir !

Metal-Eyes : J’ai également vu un coffret publié par BMG, centré sur les années 80. Saxon a-t-il eu son mot à dire dans ce projet ?

Biff : Un peu. Pas trop : BMG a voulu récupérer le vieux catalogue de EMI. J’ai supervisé la couverture, et un peu la sortie du produit. Ils vont sortir une bonne partie de notre back catalogue, repenser le packaging et d’autres choses. Je pense que c’est une bonne chose de ressortir ce matériel des années 80.

Metal-Eyes : Qui reste très puissant, aujourd’hui encore.

Biff : Absolument.

Metal-Eyes : Parlons un peu de votre nouvel album. Thunderbolt va paraitre dans quelques jours. Comment décrirais-tu l’évolution du groupe entre Battering ram et Thunderbolt. C’est toujours très heavy mais il y a, selon moi, plus de mélodie et de passages chantants, c’est moins foncièrement brut.

Biff : Tu as sans doute raison… On a voulu… En fait, on n’a pas cherché quoi que ce soit, tout s’est mis en place assez facilement pour Nibbs et moi, qui avons, une nouvelle fois, travaillé ensemble. Je cherche toujours à écrire des textes « intéressants » et des mélodies que les gens peuvent chanter, « anthémiques » si je puis dire. Je crois que c’est un des éléments qui crédibilisent Saxon. Je crois que, dans le ressenti, Thunderbolt est plus « British heavy metal » que Battering ram. Je ne peux pas vraiment te parler de l’évolution, tu le pourrais mieux que moi. On n’écoute pas nos anciens albums, on se concentre sur le nouvel album, ce que j’ai fait ces deux dernières années : écrire les textes, tester différentes idées. J’attends que l’inspiration vienne, je ne cherche pas à la forcer, à me forcer à écrire. Tout sonne, selon moi, naturel, rien ne sonne forcé. Ces textes, et ces mélodies, sont ce qui pouvait se faire de mieux pour cet album. Nous n’avons pas fait les choses à la va-vite, j’ai pris le temps d’écrire, Andy a pris le temps de le produire… J’ai travaillé de mon côté, chez moi, pour enregistrer les voix, le groupe s’est réuni pour taper le bœuf et répéter, Andy et moi avons passé du temps à tester les lignes de chant. Dès que nous avions un peu de temps libre, on travaillait. Entre 2016 et 2017, on a travaillé à l’album.

Metal-Eyes : Tu viens de mentionner le fait que tu cherches à écrire des paroles intéressantes. Tu abordes des thèemes différents, pas forcément habituels pour Saxon : la mythoilogie, voler, le fantastique… Qu’est-ce qui t’a inspiré dans cette écriture ?

Biff : Ce sont simplement, à mes yeux, des histoires intéressantes… Juste ce qui sort de mon esprit. Parfois la mélodie dicte ce que je dois écrire, parfois c’est l’inverse. Et ça devient une chanson. Ce qui me vient à l’esprit… Ca déconne là-dedans ! (rires) Je veux seulement que ce soit intéressant. J’ai passé du temps sur Nosferatu : cette chanson doit évoquer le roman de Bram Stocker, le film de la Hammer. Il mort toujours des femmes, jamais des hommes. En gros, ça traite de tous ces aspects sexuels entre Dracula et les femmes… Je voulais utiliser le concept de Dracula et je crois, je n’en suis pas sûr, que Nosferatu est le nom romain de Dracula, mais ça sonne mieux. Je voulais que ce titre soit très gothique, s’inspirant de ce film des années 20.

Metal-Eyes : L’horreur, le fantastique, ce ne sont pas des thèmes habituels pour toi.

Biff : Non, C’est assez nouveau, en effet. Les choses de la nuit, les créatures de la nuit…

Metal-Eyes : Non, les créatures de la nuit (Creatures of the night, en anglais), c’était Kiss.

Biff : Oui… Oui (rires)! Mais ce titre se devait d’être gothique !

Metal-Eyes : Une chose qui n’a pas changé depuis quelques albums, c’est que vous débutez par une introduction, ce qui est parfait pour débuter les concerts, avant de lancer la machine metal.

Biff : Oui… cependant, l’intro est toujours un morceau à part. Il y a une raison à cela : les gens peuvent la zapper et passer directement aux chansons (rires) !

Metal-Eyes : Donc, aujourd’hui, Saxon enregistre des choses qui pourraient ne pas figurer du tout sur un album? Vous passez du temps à composer des choses en pensant que les auditeurs ne vont pas écouter…

Biff : Non (il sourit)… sérieusement, je pense que ça participe à l’atmosphère générale. Ça évite de commencer très fort… Thunderbolt est un gros sujet, un thème massif. Ce qui est inhabituel avec l’intro, c’est qu’elle est entièrement jouée à la guitare.

Metal-Eyes : Tu as aussi decide de traiter de mythologie. Quelle était ton idée avec Sons of Odin ?

Biff : En fait, l’histoire des Vikings est liée à la nôtre. Ils ont envahi la Bretagne et y ont régné longtemps. Les hommes du nord et nous avons toujuors été en guerre… Je crois que depuis une trentaine d’années, les gens découvrent plus de choses au sujet des vikings que le simple fait de piller et ravager. Les vikings ont les mêmes origines que les saxons, et j’ai trouvé que le parallèle était intéressant. Les échanges, la navigation autour du monde… Il y a quelques connotations religieuses, païennes. Tu sais, les mythologies nordiques et grecques sont assez proches. C’est du bon matériel à traiter et à chanter. On la voulait dans l’esprit de Crusader, un peu plus lente et lourde.

Metal-Eyes : Qu’en est-il de The secret of flight ?

Biff : Là encore: si tu penses au fait de voler, ça ne fait pas si longtemps que l’on a découvert comment voler. C’est à peine croyable de se dire qu’il y a à peine 100 ans des gens volaient dans une caisse de bois alors que maintenant on envoie des choses sur Mars, et au-delà. J’ai tenté de relater tout cela, en 4 strophes (rires).

Metal-Eyes : Pas évident, depuis les frères Wright

Biff : De Vinci, les frères Wright, Einstein…

Metal-Eyes : Ce n‘est d’ailleurs pas la première fois que tu abordes ce thème. Le titre de cette chanson en appelle d’autres : 747, Flying on the edge, Eyes of the storm, notamment qui traitent des dangers d’un vol en avion. As-tu peur de voler ou, au contraire, voudrais-tu, comme d’autres, devenir pilote ?

Biff : Je n’aime pas voler, je l’avoue. Non, je n’ai pas envie de devenir pilote ! Je pourrais être le chauffeur de mon groupe, mais pas son pilote, jamais ! Je n’ai pas peur voler, simplement, je n’aime pas le fait de voler.

Metal-Eyes : Pourtant, il le faut, lorsque tu vas partout dans le monde…

Biff : Oui, je dois prendre l’avion, mais je ne trouve pas ça intéressant.

Metal-Eyes : Qui est à l’origine de la pochette de Thunderbolt ?

Biff : Paul Gregory… C’est son interprétation de la mythologie, avec Zeus qui domine et l’aigle qui transporte cet éclair. C’est une pochette très old school, qui aurait très bien pu illustrer Power and the glory en 84. J’aime cette relation avec l’ancienne école.

Metal-Eyes : Il y a aussi un lien avec l’aigle qui apparaissait souvent à vos débuts…

Biff : L’aigle représente la puissance et la liberté, n’est-ce pas?

Metal-Eyes : Bien sûr. Ma question cependant est de savoir si on aura de nouveau l’occasion de voir votre « Fuckin’ pigeon » sur scène en France?

Biff (rires) : On l’utilise encore… On voulait l’utiliser au Hellfest. On l’avait partout ailleurs, mais je ne sais pas pourquoi ça ne s’est pas fait… Je crois que les équipes de production scénique ne voulaient pas de l’aigle, « trop de boulot »… C’est ce que je pense… Je crois que l’orga le voulait, mais les techniciens ont dit « non… ». Ils ont eu tort, car il était là, dans le camion. On aurait pu le mettre. Tu sais, les gens en ont peur, ils croient qu’il est plus grand qu’il n’est en réalité, plus lourd… Pourtant, il est auto suffisant : il a ses propres lumières, son propre générateur. Tout ce qu’il faut faire, c’est l’accrocher, il n’a même pas besoin de voler, on peut simplement le laisser pendre en fond de scène. Ce n’est pas comme le Bomber, qui doit bouger, voler, l’aigle non… Donc pas de pigeon au dernier Hellfest (rires)

Metal-Eyes : Quelles sont vos prévision de tournée ?

Biff : On commence avec 8 concerts en février, avant d’aller tourner aux USA avec Judas Priest. Ensuite, on fera quelques festivals, pas trop, avant de sillonner l’Europe en octobre. La France sera visitée en octobre, ce sera bientôt annoncé.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Thunderbolt pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Saxon aujourd’hui, laquelle serait-ce ?

Biff : Euh… c’est difficile comme question… Il faut que ce soit une chanson à la fois 8O’s et moderne. Probablement Sniper, une chanson avec différents mix. « Old school but new school » en somme.

Metal-Eyes : Saxon est sur les routes depuis 4 décennies. Je sais qu’il y a des chansons que vous ne pouvez pas ne pas jouer, mais y en a-t-il que tu souhaiterais pouvoir ne plus jouer parce que tu t’en lasses ?

Biff : Non… Les chansons ont un impact différent selon les pays : Strong arm est très puissante en France, mais pas vraiment aux USA. Différentes personnes réagissent différement et font de nous ce que nous sommes.

Metal-Eyes : Y a-t-il, au contraire, des chansons que vous ne jouez pas et que tu voudrais pouvoir interpréter ?

Biff : Oui, il y a toujours quelques chansons qu’on voudrait jouer, mais on n’a pas le temps. Parfois, en festival on le fait, parce qu’on n’est pas en  train de promouvoir un album. On tente de les inclure, puis on les retire… La setlist de Saxon évolue toujours. Il n’y a pas deux concerts de Saxon identiques, on change toujours deux ou trois titres.

Metal-Eyes : Et comment vous occupez-vous sur la route ?

Biff : Comment on s’occupe ? Putain, on est toujours occupés sur la route : on fait des VIP, on donne des interviews, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Le seul moment de tranquillité, c’est quand on va se coucher. Après le concert, on boit un peu et on va dormir.

Metal-Eyes : Je sais que tu apprécies le vin rouge, quel est ton vin préféré ?

Biff : Hum… Un Saint Emilion. Mais c’est cher…

Metal-Eyes : Remontons dans le temps: quel fut ton premier choc musical?

Biff : Je suis allé voir les Small Faces et Canned Heat, ce fut mon premier concert et ce fut un vrai choc. C’est probablement Canned Heat qui m’a donné envie de faire ce métier. Quand j’étais ado, dans les années 60, il y avait les Kinks, aussi.

Metal-Eyes : Même si j’ai déjà mon idée, quelel pourrait être la devise Saxon ?

Biff : La devise? “Never surrender”, bien sûr !

Metal-Eyes : C’est ce que je pensais, je l’avais noté en français si jamais tu avais voulu regarder mes notes! Quelle a été la meilleure question qu’on t’ai posée aujourd’hui, ou la plus surprenante ?

Biff : Euh… « Quel est le dernier message que tu as enregistré sur ton téléphone ? » Et j’annonçais la triste nouvelle de la mort de Fast eddie.

Metal-Eyes : Je te verrais en fn d’année sur scène, en attendant, Biff, merci beaucoup.

Biff : oh, tu pourrais nous voir en festival avant, aussi, on continue d’en booker, alors, on verra. Nous ne sommes qu’en janvier !

 

 

RUNNING WILD: Rééditions

Heavy metal, Allemagne (BMG, 2017)

Souvenez-vous: en 2016, BMG publiait une série de doubles compilations de groupes qui figuraient, au cours des années 80, sur le mythique label allemand indépendant Noise. Intitulées Nosie lebt! ces compilations résumaient la carrière de groupes aussi variés que Helloween, Kreator, Grave Digger, Tankard, ou encore Running Wild. Eh, bien, les inventeurs du metal pirate sont aujourd’hui à l’honneur puisque BMG a décidé de rééditer pas moins de 5 albums aussi légendaires que le label qui mit au jour le groupe de Rock n Wolfe. 5 albums dans des versions expanded – rallongées, donc – bénéficiant chacun de titres supplémentaires et d’un lifting du livret, dont les notes retracent en profondeur la genèse de l’album et l’histoire du groupe. Under Jolly Roger, sans doute l’album le plus marquant puisque inventeur du genre, est le seul présenté sous la forme d’un double CD – et dispose sans doute du livret le moins attractif du lot . On se délecte à l’écoute – la redécouverte pourrait-on dire – du metal fortement influencé par Maiden, Priest ou Motörhead, légèrement diabolique aux débuts jusqu’à ce coup de génie qui vit le groupe devenir les pirates du metal. les versions réenregistrées de certains morceaux valent au moins autant que leurs versions originales, et sont au goût du jour. Aucun fan ne passera à côté de ces documents dont on regrette seulement le manque d’enregistrements live inédit ou d’un bonus vidéo/DVD. N’empêche, vous savez ce qu’il vous reste à faire, moussaillons!

SATAN JOKERS: Symphönïk kömmandöh

Heavy metal, France (Brennus, 2018)

Je ne suis pas étonné… Que Renaud Hantson veuille revisiter les grands morceaux de son Satan Jokers pour en proposer des versions symphoniques semble d’ailleurs naturel. Pourquoi les grands de ce monde l’auraient-ils fait et pas les légendes hexagonales? Ce Symphönïk kömmandöh (faudra m’expliquer les trémas, un hommage à Motörhead, peut-être?) revisite ainsi 16 morceaux de la carrière de SJ, toutes époques confondues. Accompagné de son groupe actuel (Michael Zurita à la guitare, Pascal Mulot à la basse et Aurélien Ouzoulas à la batterie), Hantson fait appel à l’orchestre symphonique Phocéen (Marseille, donc) pour réinterpréter sa vie d’avant (les glorieuses années 80 avec 4 chansons) et son monde actuel, celui du dévoilement de ses addictions et de son travail psychiatrique avec le Dr Metal, Laurent Karila. Je me jette sur les deux derniers titres, les classiques parmi les classiques que sont Pas fréquentables et Les fils du metal. Verdict: la voix de Hantson est toujours puissante, et le résultat est globalement intéressant. Mais il n’est pas évident, même pour un guitariste aussi talentueux que Zurita de reproduire le travail de Stéphane Bonneau, guitariste originel du combo. Si l’apport d’arrangements classiques offre une autre couleur à l’ensemble de ces morceaux, il n’en révolutionne pas totalement l’esprit originel. La sélection des chansons de sa période « je me confie en musique » (Ma vie sans, Substance récompense, Appétit pour l’autodestruction, Club 6 sex 6, Milfs, Phobies) résume bien cette psychothérapie musicale. Même si on aurait préféré être plus surpris, cet album est un plaisir que s’est fait Satan Jokers et qui séduira sans aucun doutes les fans.