THE DIRE STRAITS EXPERIENCE live à Orléans (Zénith, le 7 novembre 2024)

Quoiqu’on en pense ou en dise, quand on veut écouter en live la musique d’artistes ou de groupes qui ont disparu ou simplement décidé de mettre un vrai terme à leur carrière, assister au concert de tribute bands est un palliatif plus qu’appréciable. Parce que quand c’est bien fait, que ça ne dénature pas l’esprit originel du groupe, l’hommage est bien réel. Alors ce soir, direction le Zénith d’Orléans pour aller voir et écouter The Dire Straits Experience. Un Zénith, comme souvent pour ce genre de concert, en petite configuration puisque ce sont environ 2.000 spectateurs qui sont attendus ce soir.

Gaëlle Buswel @Zénith Orléans

En première partie, je découvre, seule en scène, Gaëlle Buswel qui s’empare de sa guitare, s’installe sur son tabouret et, déjà, armée d’un simple et éclatant sourire, harangue le public avec un direct « ça va, Orléans? » Tout au long de son set – bien trop court au final – la jeune femme va démontrer plus que son talent avec des titres folks et reprises rock.

Gaëlle Buswel @Zénith Orléans

Persuadée que le public connait son second titre, elle entame Cryin‘ (Aerosmith) avec sa seule guitare comme amie. Et clairement, elle fait le job. Non seulement musicalement – ils sont, d’habitude 5 sur scène, rappelle-t-elle (NdMP: le bon côté, c’est que ça fait des économies en factures d’hôtels, non?) – mais aussi en matière de relations publiques puisque tout est sujet à séduire les quelques 2.000 spectateurs présents ce soir.

Gaëlle Buswel @Zénith Orléans

Après avoir invitée son amie Aymen (qui a déjà participé, précise-t-elle, à deux tournées de la tête d’affiche) à la rejoindre le temps d’une chanson, une reprise de What’s going on (4 non blondes) Gaëlle Buswel conclu son set avec un exceptionnel gospel après avoir demandé au public, qu’elle va constamment chercher et solliciter, de « faire trembler le Zénith » . Lâchant sa guitare, debout, elle invite le public à taper des mains et chanter alors qu’en contre-temps elle tape du pied sur une peau de batterie donnant ainsi un effet proche d’un certain We will rock you. Exceptionnel moment de partage avant que la jeune femme (qui a notamment ouvert avec son groupe pour ZZ Top a Paris en 2019) ne quitte, trop tôt, la scène. Pour moi, Gaëlle Buswel fut une superbe découverte que j’espère revoir bientôt.

Gaëlle Buswel @Zénith Orléans

Il n’est pas encore 21 heures lorsque le Zénith est replongé dans le noir. The Dire Straits Experience est un projet qui a vu le jour sous l’impulsion de Chris White, saxophoniste – et plus encore – ayant rejoint le groupe de Mark Knopfler en 1986 pour l’album Brothers in arms et a accompagné le Dire Straits originel quelques années durant et souhaite perpétuer l’héritage de ce groupe incontournable ayant cessé ses activités en 1995.

The Dire Straits Experience @Zénith, Orléans

Ce soir, pendant un peu plus de deux heures, The Dire Straits Experience va combler un public autant fin connaisseur que simplement amateur qui attend les hits incontournables. Et là, on est servis, car des incontournables, il y en a, à commencer par Telegraph road qui lance superbement ce concert sobre et efficace tout à la fois avec force éclairs et tonnerre.

The Dire Straits Experience @Zénith, Orléans

La musique, quand elle est aussi bien interprétée, se suffit à elle même. Il n’y a pas d’artifices ni de décor, seuls les éclairages, superbes, viennent illustrer les chansons. Chris White a, comme il le dira à la fin du concert, trouvé une perle en la personne de Terence Reis qui tient le role de Mark Knopfler. « Jamais je ne pensais pouvoir un jour travailler avec quelqu’un qui ait la moitié du talent de Mark, et l’ai découvert Terence qui m’a prouvé le contraire« . Car, oui, sans pour autant égaler Knopfler, Reis parvient à convaincre par un jeu de guitare et un chant ultra fidèles à l’original.

The Dire Straits Experience @Zénith, Orléans

Si ces deux-là attirent tous les regards et les oreilles, ils sont superbement entourés du second guitariste, Richard Barrett, de deux claviers, John Maul et Michael Bramwell, du discret Yoyo Buys à la basse et du batteur Luke Naimi.

The Dire Straits Experience @Zénith, Orléans

Le public, assis, est sur sa réserve jusqu’à l’arrivée de Walk of life qui voit deux ou trois personnes quitter leur siège pour danser dans les travées. Et retourner s’assoir sagement dès la fin du titre laissant Romeo and Juliet continuer plus tranquillement. Si le public reste attentif sur The man’s too strong, il se réveille sur le final explosif de Private investigations mondialement connu.

The Dire Straits Experience @Zénith, Orléans

On retrouve un quatuor, tel que le fut Dire Straits à ses débuts, sur Wild west end et le moins connu Lady writer avant que le groupe ne se retrouve une nouvelle fois au complet pour entamer le final du concert avec Ride across the river suivi du très rock 60’s et ultra festif Two young lovers.

The Dire Straits Experience @Zénith, Orléans

Place au tiercé gagnant qui verra ensuite DSE quitter la scène, On every street, Brothers in arms et Sultans of swing qui voient, enfin, une grande partie du public se lever et rejoindre la fosse pour acclamer les héros du soir, présentés un à un par Chris White qui rappelle, non sans humour, que le groupe a récemment donné des concerts en Australie, en Nouvelle Zélande et même à Tahiti, précisant, sourire en coin, que « il faut bien que quelqu’un s’y colle, non? ».

The Dire Straits Experience @Zénith, Orléans

Mais il manque l’indispensable, l’incontournable hit qui fit mondialement exploser Dire Straits au milieu des années 80, qui permit, grâce (dans une moindre mesure, convenons en) à la participation de Sting, et au soutien plus que massif de MTV, à Knopfler et les siens de définitivement faire tomber les USA. Alors, après quelques courtes minutes d’absence, DSE offre Money for nothing avec une bonne part de liberté fun prise sur les paroles, suivi de l’instrumental Going home: theme of the local hero.

The Dire Straits Experience @Zénith, Orléans

Ce soir, The Dire Straits Experience a plus que fait le job. Je l’ai écrit, je réitère: même s’il ne s’agit « que » d’un tribute band, quand on souhaite écouter la musique d’un groupe disparu, qu’on ne pourra jamais voir en concert, des formations comme celles-ci sont un parfait substitut. Ce n’est pas et ne sera jamais l’original, mais en fermant les yeux, on s’y croirait. Alors ne boudons pas notre plaisir et sachons profiter aussi de ces moments de communion que nous offrent des musiciens de haut vol comme a su le faire ce soir The Dire Straits Experience.

The Dire Straits Experience @Zénith, Orléans

Merci à Oona et Gérard Drouot Production d’avoir rendu ce report possible

PAINTED SCARS: Kintsugi

Belgique, Heavy rock (Autoproduction, 2024)

Rock’n’roll! Formé en Belgique en avril 2023, Painted Scars déboule avec Kintsugi, un premier mini album de 6 titres qui rentrent dans le tas. Mené par la chanteuse Jassy « Hyacen » Blue, le combo propose un hard rock varié et puissant bien qu’encore marqué du sceau de la jeunesse. Au démarrage de Glow in the dark, on à l’impression de retrouver un Girlschool au top de sa forme doublé d’une hargne digne des sœurs Turner (Rock Goddess). Ne serait-ce l’anglais moyennement maitrisé, on s’y croirait. Won’t give up se fait plus moderne et langoureux tandis que Knock knock (ces deux titres sont mal indiqués sur le tracklisting du CD, respectivement en quatrième et seconde position…) revient à un propos direct et enlevé. Le guitariste Kevin de Brauwer, secondé par Yannick Rottiers, ajoute quelques grognements discrets. La rythmique assurée par Jens Van Geel (basse) et Bram Vermeir (batterie) est plutôt efficace. Il y a ci-et-là quelques indicateurs musicaux des sources d’inspirations du groupe, comme ces premières mesures de Liquid gold qui (me) rappellent un jeune Metallica. Freedom se veut franc et direct avant que ce premier essai ne se termine avec Life and alive, titre qui fut le premier single de la carrière du groupe. Kintsugi, est une jolie carte de visite d’un groupe qui, s’il manque encore de maturité et n’a pas encore trouvé son identité musicale, pourrait voir son nom prendre de l’ampleur. On attend donc la suite.

Interview: THE HELLECTRIC DEVILZ

Interview THE HELLECTRIC DEVILZ. Entretien avec Loïc (guitare) le 9 juillet 2024.

Si mes informations sont bonnes, Loïc, The Hellectric Devilz s’est formé dans le Pays basque en 2017, a déjà sorti un album, mais c’est tout… Peux-tu nous raconter l’histoire du groupe ?

Effectivement, le groupe s’est formé en 2017. A la base, je l’ai formé avec l’ancien chanteur, Rob, et Floch, qui est toujours à la batterie, avec le souhait de créer un univers qui mixait nos multiples influences, sans se fixer trop de limites. Je pense que ce qui se dégage des deux albums, ce sont des influences heavy, thrash, hard, avec un côté punk… Notre premier album est sorti en 2020, pendant la période du Covid, malheureusement – c’était une période un peu spéciale, mais c’est comme ça… On n’a pas lâché l’affaire, on n’a pas donné de concerts comme tout le monde, mais quand c’est reparti, on s’est attelé à la tâche. On avait commencé à travailler sur des compos avant Covid, on a continué pour pouvoir sortir notre deuxième album chez Brennus en 2024, le 10 mai. Entre temps, il y a eu 2 changements de line-up mais il y a toujours cette envie de proposer un mix de tous ces styles.

Le premier album est sorti en plein Covid, tu l’as dit. Vous auriez pu décaler la sortie ou tout était déjà planifié comme ça ?

Tout était déjà planifié pour le 20 septembre… Planifié depuis 7 mois, c’est te dire, avant même de penser à un confinement. On a fait des concerts avant, après, c’était une période fermée à la musique… Je pense que, maintenant, tout le monde a plus ou moins oublié cette période… Je parle d’un point de vue musical, même si ça revient, ça n’impacte plus vraiment les concerts ou les sorties d’albums.

« On a appris à vivre avec »… Tu disais qu’il y a eu 2 changements de line-up. Cela mis à part, comment analyserais-tu l’évolution du groupe entre vos deux albums ?

Le deuxième album est vraiment, pour moi, la continuité du premier, avec ces multiples influences. Par contre, on a profité de la période de covid pour travailler notre son, avoir un son moins roots. C’est-à-dire qu’on a vraiment voulu avoir un son plus gros, mieux produit, et je pense que c’est la différence principale entre les deux albums. Ensuite, au niveau de la couleur de l’album, le changement de chanteur a aussi apporté une évolution. Rob avait ce côté qui oscillait entre le punk et le thrash, tandis que JP, qui est arrivé en 2020, tout en conservant ce côté punk, a amené un côté plus mélodique avec des touches de heavy, qui est aussi son univers.

Tu parles d’univers. Sur la pochette, il y a pas mal de choses qui indiquent qu’on a à faire à un groupe typé heavy rock US, fun, gentiment diabolique. Qu’avez-vous voulu développer comme univers ?

En fait, quand on a défini le nom du groupe, The Hellectric Devilz…

Avec un Z…

Avec un Z, effectivement. Ça, c’était pour qu’on nous trouve très facilement sur les moteurs de recherche, c’est plutôt cool (rires) ! L’univers est né des premières paroles qu’on a écrite. C’est une saga, avec un personnage principal, Jerry Seven, qui est représenté sur les pochettes des deux albums. On va décliner son histoire sur 10 morceaux. L’histoire a été écrite il y a presque 7 ans, mais les morceaux sont écrits au fur et à mesure. Sur le premier album, il y avait le numéro 1 et le numéro 3 de la saga, sur le nouvel album, il y a 5 chapitres, qui sont dans le désordre, d’ailleurs. La fin de la saga sera sur le troisième CD, mais ça définit un peu cet univers qui se situe entre Une nuit en enfer, Hellboy, cet univers un peu diabolique. Voilà : c’est l’histoire de notre héros, Jerry Seven, qui part en enfer et qui revient sur terre parce qu’il est l’élu pour récolter des âmes pour l’enfer. Pour récolter des âmes, quoi de mieux que la musique ? Et pour la musique, il ouvre un club, The Hellectric club, avec un groupe qui y joue très régulièrement : The Hellectric Devilz (rires). C’est un peu ce qu’on a voulu illustrer avec Stan W. Decker, qui a fait les pochettes : mettre en image cet univers.

Qui donc ? Stan Decker ? Personne n’en a entendu parler !

Absolument pas (rires) !

On se demande même quand il a du temps pour lui…

Je crois que de temps en temps il travaille entre minuit et deux heures du matin pour combler les trous…

L’album s’appelle The devil’s playground, « le terrain de jeu du diable ». J’imagine que ce terrain de jeu, c’est ce club où il va récolter des âmes ?

Exactement. C’est la suite directe du premier album, The Hellectric club, où on voyait une version intérieure du club. Sur ce nouvel album, on a essayé de boster la musique, la prod, les paroles, on s’est demandé ce qui devient plus grand, et c’est le club qui devient plus grand. Maintenant, on est sur un empire qui est en train de se créer.  

Quand on lit le track-listing – tu as dit que c’était dans le désordre – c’est un vrai jeu de pistes : la première chanson est la partie six, et tout est mélangé. C’est quoi l’objectif ?

Il y a deux raisons : la première, c’est qu’on considère que ces morceaux ont une vie propre, chaque morceau est indépendant. Après, il y a ce fameux fil rouge avec l’histoire qui relie les morceaux. Du coup, pour lire l’histoire, il faut lire les paroles des morceaux dans l’ordre qui est indiqué. Les morceaux sur l’album ne sont pas dans l’ordre de l’histoire parce que, quand on l’a enregistré, on voulait un album qui soit agréable à l’écoute, avec un premier titre relativement speed, ceux un peu plus calmes au milieu, etc. On a aussi pensé à une possible sortie en vinyle avec Face A et Face B.

Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de The devil’s playground pour expliquer à quelqu’un ce qu’est l’esprit de The Hellectric Devilz, ce serait lequel ?

Ah… Peut-être que je donnerai une autre réponse demain, mais aujourd’hui, je prendrai… allez, Whiskill. Parce que c’est un titre qui est court, efficace, avec un refrain catchy. Il y a un côté punk, tout en gardant du heavy. Je pense qu’il représente bien qui on est. Le côté punk vient surtout de Floch, à la batterie qui est un gros fan de punk. Il y a pas mal de ses rythmiques qui sont pensées, au niveau de la structure, du jeu, par rapport au punk, et ça influence aussi le chant. Au niveau rythmique – guitare et basse – nos influences viennent plus du thrash. C’est ce mix qui donne un peu notre univers.

Il faut s’attendre à quoi quand on vient voir The Hellectric Devilz sur scène ?

Nous, ce qu’on veut depuis les débuts c’est que les gens qui viennent nous voir s’amusent. Pas de prise de tête, passer un bon moment ensemble. On essaie de dégager pas mal d’énergie, un message positif et fun. On n’est pas là pour se prendre la tête.

Il y a du visuel sur les pochettes, est-ce qu’il y a aussi cet aspect sur scène ?

On a quelques décors, mais il n’y a rien de théâtral. Le but, c’est vraiment d’aller à l’essentiel. La musique, rien que la musique !

Si tu devais penser à une devise pour The Hellectric Devilz, ce serait quoi ?

Ah, ah, ah ! « Viens t’amuser avec nous en enfer ! » (Rires) !

CHARCOAL: Rocks

France, Heavy rock (Ep, M&O, 2024)

Comment ça riffe! Charcoal, c’est la réunion de 4 passionnés de hard/heavy rock couillu qui n’a pour seul objectif que de faire s’agiter les tignasses et taper du pied. Alors – vous me connaissez – hormis l’anglais incompréhensible, les 6 titres de cet Ep, simplement et justement intitulé Rocks, embarquent l’auditeur sur les US highways autant que dans les banlieues crades d’un Londres qui n’est plus avec une bande son totalement et volontairement inspirée du heavy rock de la fin des années 70 ou du hard US de la première moitié des 80’s. C’est vif et vivant, et l’ensemble rend un bel hommage à tous les grands du genre, de Motörhead à Thin Lizzy ou AC/DC en passant du côté des Mötley Crüe, Ratt, Faster Pussycat… Les références aux grands anciens sont d’ailleurs évidentes rien qu’à la lecture des titres: Thin lady Lizzy, Fat bottom girl, Same old dance, même pas un jeu de pistes! Sans jamais se prendre trop au sérieux, Charcoal propose un rock des plus sérieux, et s’en amuse (preuve en est la vidéo pas du tout sérieuse de One night of rock n’roll). On met les potards à 10, on balance la sauce avec des guitares graveleuses, une double à la Animal Taylor, un chant rocailleux forgé à coup de clopes… On laisse le groove et l’énergie positive faire le reste.

WOLFEN RELOADED: The ghost from within

Allemagne, Hard rock (Fastball music, 2024)

Formé au début des années 2010, Wolfen Reloaded (en réalité une nouvelle version d’un Wolfen, groupe fondé dans les années 80) publie son premier album Changing time en 2018 et revient à la charge aujourd’hui, 6 longues années plus tard, avec The ghost from within, un album de 10 titres. Présenté comme un groupe de rock progressif, on a plus l’impression, dès Rise of the machines d’avoir à faire à un groupe de metal pur jus plus inspiré par un jeune Metallica que par Dream Theater. Point de structure complexe ou de morceaux à tiroirs ici, Wolfen Reloaded nous propose une jolie collection variée de titres rock à tendance heavy. Les guitares saturées et rapides – tenues par Wolfgang Forstner – évoquent parfois le Queensrÿche de la grande époque et accompagnent une rythmique solide (Thomas Rackl à la basse et Manuel Wimmer à la batterie) tout au long de ce premier morceau. N.W.O (New world order) confirme cette direction avec des envolées saillantes. Seul le chant manque parfois quelque peu de puissance, mais l’ensemble est solide. Point of no return s’oriente vers des territoires plus rock US, entrainants et joyeux – le chant de Christian Freimoser collant ici parfaitement au genre. Wolfen Reloaded varie les plaisirs tout au long de cet album avec des titres rapides (les deux premiers cités, Ghost from within…) et d’autres plus mid tempo (Poison in your veins, Hurricane) voire soft (la ballade Broken) ou plus foncièrement rock (King of fools, Dangerous minds). L’ensemble est efficace, plutôt bien produit (on regrette seulement le manque de rondeurs et de chaleur par instants), Wolfen Reloaded déclinant ses diverses influences en y apportant toute son envie, forgeant sa propre personnalité à force des mélodies entrainantes et de riffs efficaces, allant à l’essentiel sans jamais tomber dans le piège de la démonstration, se créant ainsi une certaine identité musicale.

THE HELLECTRIC DEVILZ: The devilz playground

France, Hard rock (Brennus music, 2024)

Comment prendre cet album qui, visiblement, cherche à tromper l’auditeur? Ok, la pochette donne quelques indications sur le genre de musique que pratique The Hellectric Devilz, groupe basque formé en 2017 et déjà auteur d’un premier album paru en 2020 : du hard rock burné qui lorgne vers le metal et le glam. Maintenant, la lecure des titres de ce nouveau disque, The devilz playground interpelle: dans un premier temps, ils sont logiquement numérotés de 1 à 10 mais on se rend compte que les sous-titres sont en ordre inversé… Double sens d’écoute? A tester, certainement! En tout cas, les basques nous proposent un hard rock burné théâtralisé de bout en bout. « Ladies and gentlemen, welcome… » Si l’anglais est perfectible, le groupe se fait plaisir avec ces 10 chansons qui lorgnent autant du côté du heavy rock de Motörhead période Overkill que du glam/punk irrévérencieux, du metal anglais renaissant de la période NWOBHM ou encore le thrash de la Bay area qui commence à faire son trou. Que ce soit la double grosse caisse qui bastonne, les riffs tranchants, une basse à la Steve Harris, le chant qui s’offre des envolées dignes d’un John Gallagher (Raven) ou des textes gentiment sataniques, tout est réuni pour offrir un bon moment à l’auditeur amateur de décibels et de rythmes endiablés. Sous ses airs parfois effrayants, on découvre souvent un diable séducteur. Laissez-vous tenter…

CRICK FEST 3: SORTILEGE live à Cléry St André (45) – avec hellXHear et PrismA

HellXHear @Crick fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Retrouvez ici la galerie photos du concert

Il y a des dates comme ça, tu sais que tu ne peux pas les rater… Si Sortilège a le vent en poupe depuis sa reformation, le groupe sait devoir continuer d’aller vers son public, où qu’il se trouve. C’est ainsi que, après avoir échangé avec Chris Dannacker, président de l’asso Crick For Zic et instigateur du Crick Fest, les Parisiens, séduits par le propos et le projet artistique, on accepté de venir donner un concert à l’Espace Loire, une salle plus que des fêtes de Cléry St André, commune plus connue pour sa basilique médiévale et pour son son et lumières estival et qui accueille ce soir la troisième édition du Crick Fest.

Située juste à la sortie de la ville, la salle de Loire peut accueillir quelques 350 personnes, dispose d’une vraie scène et d’éclairages dignes des plus grands clubs. Toute une équipe de bénévoles s’affaire à préparer les lieux, loges, merch… pour cette soirée qui s’annonce plus que chaleureuse.

Si les préventes ont permis de compter sur une salle aux 2/3 remplie, c’est finalement un quasi sold out qui sera annoncé en cours de soirée. Oui, il y a des dates à ne pas rater et ce 13 avril en fait clairement partie et le public multi générationnel l’a bien compris.

HellXHear @Crick fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Je découvre ce soir HellXHear, une formation qui propose un hard rock puissant et mélodique. Formé du côté de Blois en 2020, le batteur Manu recrute ses compères afin de proposer des compositions taillées pour la scène. HellXHear déniche une double arme secrète: le guitariste Tim, qui a notamment collaboré à General Lee et High Scream et le chanteur Poy qu’on a pu écouter au sein de Fairyland, Voodoo Smile ou, également High Scream. La formation tient cependant la barre grâce au second guitariste Gulch’ mais a du mal à trouver un bassiste stable…

HellXHear @Crick fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Reste que le heavy proposé par le combo fait mouche, et même si le public n’est pas encore très dense, les présents en profitent totalement. Ces cinq là, c’est clair dès les premiers instants du concert, sont allés à bonne école et vantent ouvertement les 80’s avec un son résolument moderne.

HellXHear @Crick fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Comme d’autres plus tard, Poy n’a de cesse (ou presque) d’exprimer sa fierté d’être là ce soir et de pouvoir jouer avec Sortilège. Le gaillard n’hésite jamais à aller chercher le public et impressionne avec son chant clair qui se révèle aussi puissant qu’il peut monter haut. Heureusement qu’il y a ce contact, car Lolo, concentré comme jamais, reste trop peu mobile, ce qui peut casser quelque peu l’énergie musicale et scénique de la formation…

HellXHear @Crick fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Au delà de compos originales, HellXHear propose deux reprises dont la première ne sera plus jouée par le groupe. « Vous connaissez Squealer? On a l’habitude de jouer des titres de groupes qui ne sont plus là, mais eux, ils se reforment », c’est ainsi que le chanteur présente Suicide girl (extrait de l’album de 1991 This is what the world is all about). Puis, avant de clore le concert, c’est un furieux Youth gone wild, reprise du premier album de Skid Row (qui n’arrive pas à stabiliser son chanteur, soit dit au passage…) qui vient finir de convaincre un public conquis. Le chanteur en profite pour disparaitre tandis que le public scande les « oh, oh ohoh oh, oh » pour se glisser dans la foule, revient sur scène pour un dernier titre explosif. Une belle découverte et une plus que très agréable mise en jambes et en voix en somme !

HellXHear @Crick fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Après un rapide changement de plateau, c’est au tour de PrismA, groupe dans lequel sévit le guitariste Christophe Dannacker, par ailleurs président de l’association Crick For Zik et organisateur de la soirée, d’investir les lieux.

PrismA @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Avec PrismA, on retrouve un style quelque peu différent bien que tout aussi pêchu. une seule guitare et des claviers font la différence. Si tout le monde s’applique, le chanteur Philippe Sanfilippo (c’est un critère de fratrie, le chant, les gars?) est très à l’aise et entraine le public avec lui.

PrismA @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Dès les premiers titres, Freedom or war et Crazy night, ça groove sec, PrismA semblant décidé à choper le public par la gorge. Les morceaux sont clairement taillés pour la scène, à la fois festifs et entraînants.

PrismA @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Sans doute une question de génération ou de perception… il y a aussi des groupes qui, heureusement, semblent soutenir le travail des autorités, forces de l’ordre, sécurité et PrismA l’exprime au travers de Heroes of the night.

PrismA @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Puis arrive le temps calme du concert avec la ballade No more tears. malheureusement, avec le titre suivant, le public semble moins réceptif, se fait plus épars, et le concert connait une baisse d’intensité avant que D Day memories ne vienne rebooster l’ensemble.

PrismA @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Le final, composé d’une triplette rock énergique qui démarre avec un Rock now sur lequel le public est mis à contribution, redonne la patate avant que Prisma ne cède les planches à la tête d’affiche du soir, à qui un nouvel hommage est rendu par Philippe qui, lui aussi, exprime tout son bonheur de jouer ce soir.

PrismA @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Tranquillement mais surement, la salle se rempli. Clairement, le public présent – beaucoup « d’anciens », certes, mais de nombreux jeunes également – attend la venue de la légende Sortilège. Car, malgré les déboires connus de sa reformation, le line-up actuel affiche une forme, tant scénique que créative au top (Apocalypso, le dernier album en date, et son pendant live Coram populo font plus qu’en témoigner).

Sortilège @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Alors qu’Olivier Spitzer, l’un des guitaristes, signale un problème de retour rapidement remplacé, la bande son d’intro annonce le début imminent du concert. Le public se masse devant la scène et hurle son contentement à l’arrivée d’un élégant Zouille, chateur, fondateur du groupe et instigateur de cette version d’un Sortilège qui mérite amplement son succès actuel.

Sortilège @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Est-ce le fait de jouer dans une « petite » salle qui donne au groupe tout entier, en plus de son énergie naturelle, ce sentiment d’un contact encore plus facile et relax avec le public? Les enjeux ne sont certes pas les mêmes que lors du concert du Bataclan en octobre dernier ni même que pour le Heavy Week End de Nancy qui arrive au mois de juin.

Sortilège @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

En tout cas, le public est à fond, reprenant en chœur Amazone et Phoenix, deux titres après lesquels Zouille commente: « Ok, vous connaissez les paroles par cœur Voyons si c’est pareil avec le dernier album!« . Ben, oui… Il y a des fans qui chantent à l’unisson ces mélodies imparables tant sur les nouveaux titres que les plus anciens – en l’occurrence Le sacre du sorcier et Chasse le dragon.

Sortilège @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

La formation actuelle est solide et unie comme jamais, le duo Bruno Ramos et Olivier Spitzer étant complice et parfaitement soutenu par la section rythmique qui tient toute cette architecture composée du bassiste Sébastien Bonnet et du batteur Clément Rouxel.

Sortilège @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Les titres de bravoure défilent et c’est un Zouille, dans une resplendissante forme vocale, qui se montre de plus en plus en forme et détendu. Le gaillard fait plus que sourire, il blague (se moquant gentiment des musiciens qui se ressourcent après Toujours plus haut: « Il faut laisser le temps à nos musiciens de s’hydrater… Et pendant ce temps, je brode…« ), se marre bien et danse même semblant se surprendre lui même. « Faut être complètement dérangé pour danser comme ça » lance-t-il fort à propos en guise d’introduction de Délire d’un fou de nouveau chanté par la foule après un magistral et lourd Marchand d’hommes et un inquiétant Vampire.

Sortilège @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Sortilège propose ce soir un concert sans aucun temps mort, Zouille et ses comparses tenant le public dans le creux de la main grâce à une bonne humeur communicative, une complicité réelle au sein d’un groupe plus en forme que jamais.

Sortilège @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

On approche de la fin du concert, et les deux titres sur lesquels intervient (sur l’album) Stef Buriez sont de sortie – Attila et La marche des centaures – avant que deux classiques n’annoncent les rappels, D’ailleurs et Mourir pour une princesse.

Sortilège @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Plutôt que de conclure ce concert haut en couleurs de manière « normale », Zouille interpelle le public: « on pourrait sortir, vous nous rappelez, et on revient, alors on ne va pas sortir… mais vous pouvez nous appeler quand même! » ce que le public ne manque pas de faire à « la grande surprise » du chanteur. Et c’est parti pour le final composé de Civilisations perdues et de l’incontournable hymne Sortilège.

Sortilège @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Ce soir, devant une foule compacte – la salle affiche « complet » à une vingtaine de places près – Sortilège a donné un superbe et plus que chaleureux concert, efficace de bout en bout. Inutile de préciser que le public sera gâté sur les quelques dates qui arrivent et qu’il serait dommage de rater ces concerts. Un public heureux qui reste pour rencontrer le groupe qui se présente de longues minutes durant dans la salle allant de stand en stand, s’offrant aux demande de photos et signatures diverses. Une très belle soirée que nous a concocté et offert Crick For Zik dont le président annonce que « c’est sûr, il y aura un 4ème Crick Fest l’an prochain« . Yes!

Sortilège @Crick Fest 3, Cléry St André (45), 13 avril 2024

Merci à l’asso Crick for Zik et son président, Christophe Dannacker, à Veryshow et sabrina Cohen Aiello et Marc du management de Sortilège d’avoir rendu ce report possible et l’interview à suivre.

Retrouvez ici la galerie photos du concert

BRUCE DICKINSON: The Mandrake project

Angleterre, Heavy metal (BMG, 2024)

The Mandrake project ou chronique d’un succès annoncé… Depuis des mois déjà, c’est toute la planète metal qui s’émeut à l’idée de la sortie du nouvel album solo de Bruce Dickinson. Une promo comme seuls les plus grandes stars – et le chanteur d’Iron Maiden fait incontestablement partie de ces privilégiés – peuvent se la permettre, une promo soigneusement pensée et faite pour exciter les foules. Un battage fait de pubs dans la presse, tournée des radios, rencontres avec les (« des », le nombre de rencontres étant limité) fans pour des séances de dédicaces, production d’une version collector pour l’occasion… Comme si la promo officielle ne suffisait pas, même les fans les plus hardcore s’y mettent, se faisant le relai du décompte avant la sortie, des résultats des ventes, des témoignages lors de ces rencontres organisées… Bref une promo jusqu’à l’overdose qui pose une question: il est où le loup? Car oui, avec autant de remue-ménage, on peut avoir des a priori quant au résultat final de cet album que les fans auront attendus près de 20 ans. Certes, son retour au sein du giron Maiden l’a plus qu’occupé, mais force est de reconnaitre, à l’écoute de cet album, que ça valait le coup d’attendre. Une nouvelle fois, Bruce collabore avec Roy Z, qui tient ici guitare et basse et avec qui il compose la plupart des titres. D’emblée, on comprend que Bruce cherche à s’éloigner de l’univers purement heavy metal de la vierge de fer. Il nous propose un album au relents cinématographiques avec des chansons taillées pour le 7 art. La variété des genres, allant du heavy rock au metal symphonique, voire à l’acoustique est rafraichissante et interpelle plus qu’à son tour. L’émotion mise en scène est palpable, et Dickinson module et varie ses intonations avec un bonheur qu’on ne trouve plus forcément dans son autre groupe, même si certains moments évoquent naturellement Maiden. The Mandrake project s’en distingue cependant largement au travers de cette œuvre impressionnante et plus que réussie. Alors oui, voici un disque qui méritait bien un peu de tapage et on attend maintenant de retrouver le légendaire chanteur sur scène – un Olympia puis un Hellfest en bien meilleure position que British Lion…

MICK MARS: The other side of Mars

USA, Heavy rock (1313, 2024)

Quatre décennies après avoir co-fondé Mötley Crüe, alors que le mythique groupe avait contractuellement décidé de « ne plus jamais jouer ensemble sous le nom de Mötley Crüe » mais… (on connait la suite). Mick Mars revient aujourd’hui aux affaires avec son premier album solo, The other side of Mars. Ceux qui espèrent retrouver l’esprit du Crüe, ce hard rock populaire et festif vont à la fois se régaler et être surpris. Car, non, on ne jette pas un esprit aux oubliettes aussi facilement mais un artiste se doit également de se réinventer et de remettre ses acquis en cause, proposer de nouvelles choses. pour ce premier album, le guitariste s’est entouré d’une équipe plutôt expérimentée au sein de laquelle on retrouve notamment le claviériste Paul Taylor (ex-Winger et Alice Cooper), le batteur de Korn, Ray Luzier, ainsi que le bassiste Chris Collier, qui se charge ici du mix et du mastering de l’album. La vraie surprise vient du chanteur retenu par Mick, Jacob Bunton, chanteur de L.A. Guns dont le timbre et la variété collent parfaitement à l’esprit général. Parfois très puissant, à d’autres moments rentre dedans, parfois encore suave et tendre, le chanteur est également rejoint par Brion Gomba sur des parties plus sombres et oppressantes le temps de deux chansons. La force de The other side of Mars réside en la variété de ses 10 titres. On y retrouve des lignes de guitares à la fois puissantes, agressives et épurées, des guitares qui ne prennent jamais le dessus sur le propos général. L’album se partage entre heavy rock direct et agressif (Broken on the inside, Ain’t going back again), des références à son ancien groupe, tant textuelles (les deux titres cités plus haut, certaines paroles à double sens comme « I’m lost in your lies » sur Memories) que musicales (Ready to roll et ses « hey » simples et fédérateurs, l’instrumental LA noir qui évoque autant Crüe que Satriani), des moments plus lourds et sombres (Killing breed) ou plus tendres (la heavy ballad Alone et la ballade romantique Memories). Avec ce premier disque solo, Mick Mars se rappelle avec bonheur à notre bon souvenir. Son retour est bien plus artistique que purement pécunier. Une vraie réussite.

DIRTY FONZY: Full speed ahead

France, Heavy/punk rock (Kicking music, 2023)

Bientôt 20 ans que les joyeux énervés de Dirty Fonzy distillent dans la bonne humeur leur punk rock tendance US teinté de heavy rock. Full speed ahead, leur dernier album en date, nous propose 13 chansons funs et entrainantes. Si le morceau titre m’évoque d’entrée de jeu les compatriotes de Sticky Boys, la suite lorgne autant du côté de The Offspring ou Sum 41 que des Ramones ou Motörhead. De belles références, non? Pas une seconde d’ennui, Dirty Fonzy, parvenant à entrainer l’auditeur dans son délire gentiment irrévérencieux et toujours plein de vie. Une chose seulement m’étonne: les longs crédits et remerciements ne mentionnent nulle part les noms des musiciens. Un détail qui n’ôte rien à l’entrain généré par ce Full speed ahead qui porte très bien son nom!