ALTAVILLA: The conquest of gravity

Rock, France (Autoproduction, 2017)

Voilà un album singulier, original s’il en est, qui se laisse écouter avec une déconcertante facilité, exception faite d’un chant anglais à chier car incompréhensible. Ce premier album des Français d’AltavillaThe conquest of gravity navigue quelque part entre  le jazz, lerock 70’s, la new wave, l’électro, le rock 80’s, toujours en gardant cet esprit simplement rock qu’on retrouve chez Blur ou Metronomy. Les intonations vocales sont à la fois légères et mélancoliques, évoquent  par instants The Cure tandis que les guitares légères, aériennes, trépidantes ou sautillantes échangent intelligemment avec les claviers, bavards sans être gonflants. Les 12 chansons explorent, ratissent, innovent sans inventer, et donnent simplement envie d’avancer et d’écouter.

STEVE’N’SEAGULLS live à Paris (Le Cabaret Sauvage, le 23 novembre 2017)

Très peu de monde attend à l’entrée du Cabaret Sauvage ce soir à 18h. Bon, il est un peu tôt mais moins de 50 personnes, ce n’est guère rassurant quand même… Pourtant, la salle finira bien remplie, sinon bondée comme on a pu la voir. Heureusement, car les amateurs de metal et de bonne humeur le savent: les reprises version country énervé de standards du metal par Steve’n’Seagulls font toujours du bien.

Mr Yéyé a pour mission de chauffer la salle, encore vide à 19h30. N’ayant aucune info concernant ce groupe, la surprise sera d’autant meilleure dès les premières notes. Mr Yéyé n’a rien à voir avec les 60’s… Il s’agit d’un quatuor qui mélange allègrement rock, punk, chanson populaire , reggae, le tout avec une extraordinaire énergie scénique. Se prenant parfois pour un GO d’un club de vacances, le chanteur au look de clodo altermondialiste échappé de la ZAD de ND des Landes fait bouger le public dès que possible. Les 4 revêtent un T-Shirt rouge, dont 3 sont flanqués d’une étoile noire. Celui du chanteur, barbu, est, quant à lui, floqué des mots « femme à barbe »… Bonne humeur garantie sur final Wall of death sur Mr Le Clown! Tout un programme et une jolie découverte à revoir.

Les amateurs du groupe de tête d’affiche le savent: Steve’n’Seagulls passe à la moulinette country certains grands standards du metal, du rock et du hard rock. AC/DC, Iron Maiden, Metallica, Led Zeppelin, ils sont nombreux à avoir cet honneur. Sans nouvel album à présenter, il n’est guère étonnant d’avoir une setlist quasi identique à celle du dernier passage français. Mais ce soir, ce sont 3 titres de moins (pas de Wishmaster, ni de Out in the fields, et pas de morceau original, Fill up the tank, de mémoire).

Comme l’an dernier, la troupe est joyeuse, et le chant est partagé principalement entre Remmel et Herman, de nouveau héros de la soirée. Puikkonen se fend d’un joli et rapide solo de batterie sur Aces High et partage également le chant sur The Pretender.

La surprise du soir, c’est cette attendue reprise d’Antisocial, chanté, en français s’il vous plait, par Pukki, le contrebassiste qui profite de l’espace pour se promener avec son imposant instrument. La bonne humeur est de mise, le public réceptif comme il se doit. D’autant plus lorsque Remmel dédie You shock me all night long, l’un des trois morceaux d’AC/DC, à la mémoire de Malcolm Young.

La suite nous plonge dans les 70’s avec Black dog, puis dans les 90’s via November rain. Remmel propose ensuite un morceau de 1983, acoustique et idéal pour un moshpit. Enter Seek and destroy avec un pont rappelant Enter sandman et un final anarchique. Si ça commence à sentir la fin de concert, il reste encore un Thunderstuck d’une effroyable efficacité.

Le groupe quitte la scène quelques instants pour entamer un rappel composé d’un seul morceau, l’indispensable Born to be wild. Si la soirée a été dans l’ensemble d’excellente facture et très joyeuse, et si le plaisir d’écouter ces reprises est toujours réel, la prestation de ce soir pourrait montrer les limites de Steve n Seagulls. Mêmes costumes, mêmeschansons, même prestation: si la formation ne se renouvelle pas, si elle ne parvient pas à surprendre son public pour le renouveler, et malgré la bonne humeur dégagée, on est en droit de se demander combien de temps elle pourra durer. Les limites sont des barrières qu’il faut repousser, alors, Messieurs…

 

Merci à Veyshow et Olivier Garnier d’avoir rendu ce report possible.

BEBLY: Déconne

Rock, France (Bebly records, 2017)

Brut et direct, Déconne est tout le contraire de son titre. Taillée dans une veine rock énervé et sans fioriture, les 5 titres de ce Ep de Bebly, trio composé de Benjamin Blin (chant et guitare), Guillaume Ley (basse) et Fabien Rault (batterie), propose des guitares simplement efficaces, un chant légèrement torturé. Evoquant ici Téléphone, là Noir Désir, le groupe va droit au but, s’énerve sur les trois premier morceaux qui tous commencent par la lettre D, avant d’entamer un Regarde qui je vise plus varié pour terminer sur l’acoustique Un fantôme au chant à la Bruel. Si elle n’invente rien, cette carte de visite sent simplement la franchise et l’envie de partager. Un beau début.

 

DIABLO SWING ORCHESTRA: Pastifisticuffs

Rock barré, Suède (Spinefarm, 2017)

Certains appellent ça du metal avant-gardiste, je dis que c’est un mélange complètement barré de différents genres musicaux. Incontestablement rock, Diablo Swing Orchestra, joue sur les genre en nous proposant sur ce troisième album, un joyeux mélange de genres. On retrouve un bel esprit country « à la » Steve’n’Seagulls, un chant féminin totalement énervant, des rythmiques enlevées, proche du ska, des influences slaves et tziganes, le tout dans un esprit très cirque et cartoonesque, inspiré par l’univers Disney des années 50 et 60. Le jazz est omni présent, les swing aussi. Remarquable, le chant, masculin et féminin, est aussi traditionnel que dingue – pas de hurlements, non, mais de la profondeur abyssale masculine à une certaine dinguerie narquoise féminine, tout y passe. Déjanté à souhaits, complètement décalé, ce Pacifisticuffs (c’est pas un titre à la Mary Poppins, ça?) s’écoute avec délectation et plaisir. Une joyeuse détente de 13 chansons destinées à égayer nos fêtes de fin d’années? Une chose est certaine: cet album donne la pêche!

CYLEW: Mot3l

Rock, France (Autoproduction, 2017)

Cylew fait partie de ces groupes qui apportent une véritable crédibilité au rock français chanté en anglais, trop souvent décrié chez nos voisins anglo-saxons en premier lieu. Tout est pensé pour faire mouche. Le titre de cet album: Mot3l. Avec un 3 en guise de E comme « 3ème album » ou « 3 membres du groupe ». Cylew a déjà publié deux albums, Not so sleeping not so beauty en 2008 et Black lace prophecy en 2012. Mot3l nous offre une variété de tons, entre rock déterminé et ballade romantique, avec quelques escapades du côté de la cold wave, de la soul et du rock US version LA. Rien que de très normal quand on sait que la chanteuse franco américaine, Lady Cylew, a grandi dans la cité des anges. Ce qui explique aussi cette diction anglaise sans reproche. La simplicité reste maitresse de l’oeuvre, et, comme tout acte simple, ce qui en ressort, c’est l’efficacité, le plaisir de donner et d’écouter. C’est tendre, rock, lumineux, envoûtant. Bref, on se (je me) laisse tomber sous le charme de ces instants sobres (Western sky, Sun), soul (Like a flare), simples et moqueurs (Take it all) qui égrainent cet album tout en finesse et détermination suave et veloutée.

Convaincus? Alors, pour ceux qui le pourront, rendez vous au Dr Feelgood des Halles (rue Quincampoix, à Paris) pour la realease party qui se tiendra le 15 décembre.

STONE OF A BITCH

Rock, France (Autoproduction, 2017)

Oh, les gars, heureusement que musicalement Stone of a Bitch m’interpelle parce que le chant anglais en ferait rire plus d’un! Non, sérieusement: si on vise l’international (c’est bien pour ça qu’un groupe français chante en anglais, non?), autant se donner les moyens de ne pas se faire lapider sur la maîtrise de la langue de Shakespeare, je pense… D’autant plus que la voix de Chris Go est plus que sympathique. Cela dit, les 10 titres de ce premier album éponyme sont taillés dans un rock direct, teinté de punk, parfois un brin mélancolique. Romantisme quant tu nous tiens… Ajoutez à cela une belle dose de groove et d’impertinence, une variété de rythmes et vous aurez une petite idée de ce que vise SOAB. On notera également un livret sobre regorgeant de jolies illustrations. Un effort, et ça le fait.

DAISY DRIVER: Nulle part

Rock, France (Autoproduction, 2017)

Forcément, les plus cinéphiles d’entre vous ont fait le lien avec le film Miss Daisy et son chauffeur. Et le titre de ce t album arrive comme un clin d’oeil: « On va où Miss Daisy? » « Nulle part« … Daisy Driver s’est formé en 2015 et les quatre ont mélangé leurs influences, variées, pour concocter cet album enlevé, diversifié, enragé et tendre à la fois… Le quatuor français nous offre une jolie plongée dans des univers torturés à la Noir Désir et enjoués et directs à la Rolling Stones, première période. C’est un ensemble prenant, principalement chanté (avec quelques intonations torturées à la Bruel!) en français auxquelles viennent, de temps à autres, se greffer quelques paroles en anglais. Un voyage sonore qui fait mouche, une invitation à parcourir un bout de chemin avec ces gars. Du beau travail qu’on espère voir sublimé par les gros médias… A noter, deux reprises figurent sur ce disque: Morgane de toi de Renaud et Elle a les yeux revolver de Marc Lavoine. Quand on vous disait que les influences de Daisy Driver sont variées…

MIGASO: MeKaNiKa

Rock, France (MML music/Socadisc)

Pour moi, c’est une découverte… Antonio Martino est à l’origine de Migaso, groupe rock multi facettes dont l’une des plus intrigantes reste cet usage de l’italien pour le chant tout au long de ce MeKaNiKA qui a tout d’un futur classique. Intrigante tout  autant qu’attirante, aussi. Car l’italien a ce charme naturellement chantant et entraînant qui colle ici parfaitement au rock de Migaso. Chaque titre ressemble à un récit poétique ou mélancolique sur fond musical varié, alliant rock n roll, hard rock ou metal moderne à des sonorités plus proche du folk italien et ses incontournables sérénades ou de ce que certains désignent comme le blues de Calabre. C’est cette singularité culturelle, ce mélange des genres, des codes et des cultures musicales qui fait de ce disque un album à part. Et l’on vient d’apprendre que Migaso est triplement nommés aux Victoires de la musique. Pas étonnant, et une affaire à suivre.

MOLY BARON

Heavy rock, France/Irlande (Autoproduction, 2017)

Me voilà dans l’embarras, car voici pile le type d’album pour lequel je ne sais par où commencer. A chaque écoute je craque un peu plus, à chaque fois, je me dis « mince, ça me rappelle… Ah! quoi??? » Étonnamment, le seul groupe que j’ai mentionné sont les Espagnols de Heroes del Silencio… C’est sans aucun doute une des grandes forces de ce premier album: avoir su transformer d’évidentes influences en personnalité propre. Formé par le guitariste Gary Kelly, Irlandais depuis des années installé à Paris qui s’est entouré de jeunes musiciens français, Moly Baron propose un rock heavy, dont les racines sont ancrées dans le metal autant que dans le rock des années 80 ou le grunge des 90’s. Superbement produit, par Gary himself, cet album propose 10 chansons enlevées et envoûtantes qui entraînent l’auditeur dans un univers à la fois familier et nouveau, aussi lumineux souvent que parfois sombre. Les thèmes abordés sont inspirés de l’actualité (le très judicieux Fear is a better business than love ou The apocalypse shop) ou se font plus personnels (Dance, et ses rythmes de boites de nuit, Let’s die together). La rage est toujours présente et monte en puissance au grès des morceaux, tels Incognito. Une superbe réussite, un groupe à suivre de très, très près dont vous découvrirez les secrets dans une prochaine interview.

PROPHETS OF RAGE

Rock, USA (Caroline records, 2017)

Je ne sais trop par où commencer avec ce premier album plus qu’attendu de Prophets Of Rage… Avec deux passages très remarqués dans l’Hexagone en juin dernier (Download Paris et Hellfest), on était impatients de découvrir l’album. Et, c’est une évidence, la réunion de ces furieux de Tom Morello à la guitare toujours aussi rageuse et fine à la fois avec Chuck D et B-Real au flow vocal souvent imité offre un résultat intriguant. On ne va pas revenir sur cette union a priori contre-nature d’ex-membres de Rage Against The Machine avec ceux de Public Ennemy et Cypress Hill. Rage était un groupe ouvert à tout, et intégrer des influences rap, rock ou metal semble ici naturel. Je n’ai jamais été fan de rap, cependant, je dois reconnaître que le mariage de ces monstres est efficace. Les titres sont variés dans les rythmes et ambiances. Du rageur Unfuck the world au psychédélique Legalize me, il y en a pour tous les goûts. POR parvient au gré des morceaux à rassurer quant à sa capacité à séduire. Et même si j’ai du mal avec le flow rap, l’ensemble se laisse plus que facilement écouter. Pas prise de tête pour un rond, engagé et critique de notre monde (et de leurs USA d’origine) Prophets Of Rage s’avère aussi efficace, groovy et entraînant sur CD que sur scène, ce qui n’est pas une mince affaire. Le groupe sera au Zénith de Paris la Villette le 10 novembre 2017, et ça va déménager sévère!