LETHERNAL UTOPIA: Illusion of time

France, Metal symphonique (M&O, 2025)

Un riff heavy qui fait secouer les cheveux introduit Illusion of time, le premier album des Français de Lethernal Utopia. Puis une voix cristalline vient faire des vocalises. Pas de paroles mais un esprit metal puissant et symphonique. Ce chant féminin se confronte rapidement à la rugosité sombre d’une seconde voix, masculine. L’album explore ensuite des univers qui vont du metal des années 90 à du metal presque core plus contemporain, avec des riffs heavy à la Maiden d’autres plus thrashisants. Les 9 titres plus un bonus sont malheureusement chanté dans un anglais difficilement compréhensible. Dommage car le groupe instille une variété de genres qui enrichit son propos. Malgré cette faiblesse si commune aux groupes hexagonaux (et ces vocalises qui peuvent parfois devenir irritantes – non, tout le monde n’apprécie pas l’exercice), Lethernal Utopia signe un premier album puissant, rugueux et varié, une carte de visite assez prometteuse.

MÜ: Le vertige

France, Rock progressif (M&O, 2025)

Si le morceau titre débute avec beaucoup de douceur et de bienveillance, il sombre rapidement dans un univers de nuances qui transforment Le vertige en un espace protéiforme. passe en effet de la tendresse à la rugosité avec une facilité – et une forme d’évidence – déconcertante. La poésie recherchée par les Français se retrouve tout au long des 6 morceaux de cet Ep qui nous replonge avec bonheur dans un esprit rock indépendant des 90’s tout autant que dans la rage plus récente du metalcore. Le mariage des ambiances est ici très efficace, interpelle, intrigue et attire. Aussi à l’aise en français qu’en anglais (Fate and ashes), la formation explore avec bonheur tous les univers sonores qui l’inspirent. Clairement, Mü se détache d’une scène trop lisse et répétitive. C’est ce qui fait sa force et son intérêt.

ELECTRIC JAGUAR BABY: Clair obscur

Stoner, France (Autoproduction, 2025)

Loin d’en être à leur coup d’essai, les Français d’Electric Jaguar Baby reviennent avec Clair obscur, un troisième album composé de onze titre plus un bonus. en effet, le duo formé par le batteur franck et le guitariste Antoine – tous deux se partageant le chant – a vu le jour en 2015, a proposé plusieurs Ep avant un premier album en 2019 suivi de Psychic death safari en 2022. Le troisième album est souvent celui d’un tournant, celui qui force les artistes à composer de nouveaux titres et à se réinventer. Taillé dans le stoner psychédélique flirtant avec le fuzz et le garage rock, ce nouveau disque semble enregistré dans des conditions minimalistes tant il craque à merveille en tous sens. On est dans le jus du DIY total. Ce qui est un bien pour la musique, certes, vintage, saturée et joliment efficace, mais pas pour l’anglais, incompréhensible et baragouiné avec une patate dans la bouche… Musicalement, cependant, le groupe nous fait planer et voyager dans ces contrées où les champignons font rigoler. Dommage pour la langue qui, à mes oreilles, vient gâcher le plaisir de l’écoute.

HELLOWEEN: Giants & monsters

Allemagne, Heavy metal (RPM, 2025)

C’est sans doute l’une des sorties les plus attendues de ce second semestre 2025, et pour cause! Quatre ans après le splendide album éponyme de la « réunion augmentée » unanimement salué par la critique et le public, Helloween revient avec Giants & monsters, son nouvel album composé de 10 titres, variés et enjoués comme savent si bien le faire les Allemands. A la question « le retour de Kiske et Hansen ne sera-t-il qu’un feu de paille?« , le groupe apporte aujourd’hui une réponse claire: certainement pas! Helloween se montre plus uni que jamais et tout aussi créatif que dans ses meilleures années. Qui plus est, célébrant cette année 40 ans de carrière, le groupe ne pouvait se planter. Si l’on s’attarde volontiers sur la pochette, une œuvre signée Elian Kantor, on se penche avec bonheur sur les nouvelles compositions qui sont un joli condensé de ce que le groupe nous a offert tout au long de ces quatre décennies. Des titres épiques et envoutants (Giants on the run qui alterne entre couplet doux et refrain enlevé avant de monter en puissance, Savior of the world plus foncièrement speed ou Majestic avec son break méditerranéen – ou hispano oriental – second titre le plus long avec ses 8’08 qui viennent clore l’album), des incursions plus popisantes (A little is alittle too much, Hands of god – le titre qui me convainc le moins) ou ses tonalités toujours très festives (We can be gods ou This is Tokyo, déclaration d’amour à la ville citée). On s’attardera surtout sur le grand moment de l’album, ce Universe (gravity for hearts) qui, tout au long de ses 8’24, explore toutes les amours musicales qui ont fait de Helloween la légende que le groupe est devenu. La recette à trois guitares et, surtout, à trois chanteurs a depuis longtemps convaincu et continue aujourd’hui de faire des merveilles. On attend maintenant de retrouver les 7 mercenaires sur scène, notamment celle du Zénith de Paris le 22 octobre prochain.

Séance de rattrapage: SIGNS OF ALGORITHM: Sunchaser

Belgique, Metalcore (Autoproduction 2025)

Les amateurs de metal Made in Belgium connaissent sans doute déjà Signs Of Algorithm qui sévit depuis maintenant une bonne douzaine d’années. Une période qui a permis au groupe de sortir en 2015 un premier album, New horizons yet to come, suivi un an plus tard de Harbinger. Depuis ses débuts, la formation de metalcore a donné plus de 300 concerts et participé à des festivals de renommée internationale parmi lesquels on remarque les Graspop, Metaldays ou encore Alcatrazz. La crise sanitaire a forcé Signs Of Algorithm a prendre du recul, la formation se retrouvant en 2024 pour enregistrer ce nouveau méfait. Clairement, les amateurs de chant mélodieux et raffiné passeront leur chemin, ce n’est pas le propos musical. Violence et détermination sont, quant à elles, bien présentes au rendez-vous au travers de ces 9 titres explosifs de bout en bout, exception faite d’Apotheosis, douce introduction de l’album brutalement interrompu par la rage du bien nommé Heavenless. Le « chant » guttural est souvent plus proche du black que de la colère et le groupe ne laisse guère de répit jusqu’au conclusif We all bury our sins. Un album qui ne cherche aucune finesse mais se veut direct et efficace.

LUCIE SUE: Battlestation

Rock énervé, France (Autoproduction, 2025)

Après To sing in French qui nous avait déjà bien plu, Lucie Sue revient avec son nouvel album, Battlestation. On peut se demander quand elle a trouvé le temps de l’enregistrer, ce CD, elle qui d’une part a donné un joli coup de main à un Furies en pleine reconstruction mais a également dû se préparer pour remonter sur une scène du Hellfest, cette fois, contrairement à la précédente, pour donner un concert en son nom propre. On pourrait alors imaginer un album bâclé, mais il n’en est rien. Ceux qui ont pu rencontrer Lucie Sue, ne serait-ce que l’espace de cinq petites minutes, savent qu’elle est aussi haute en couleurs que débordante d’énergie. Là, elle a simplement décidé de battre le fer tant qu’il est chaud et Battle Station est un brûlot explosif et varié. Les 13 titres alternent entre énergie et mélodie dans un esprit grunge qui flirte avec le thrash et même parfois, souvent, une forme de mélancolie sans jamais se répéter. Pas un morceau ne ressemble à un autre, et les influences sont tout aussi variées, du punk au rock 90’s en passant par la musique orientale, et si d’aucuns seraient tentés de dire qu’on manque de repères, l’ensemble est d’une remarquable cohésion, d’une authenticité exemplaire. On a même – sans réelle surprise – droit à la participation de Satchel (guitariste de Steel Panther) qui signe le solo de Ride the wired wild tiger. On imagine volontiers la débauche d’énergie sur scène… Il est plus que temps de se pencher sérieusement sur le cas Lucie Sue.

RAVENS CREW: Demain c’est loin

France, Rock hard/Hardcore (Ep autoproduit, 2025)

Formé dans la région des Hauts de France que le groupe a sillonnée depuis ses débuts en 2017, Ravens Crew, déjà auteur d’un Ep, Memoria en 2022, revient aux affaires avec Demain c’est loin, un nouvel Ep de 6 titres qui alternent entre rock et heavy. Navigant sur les terres de Motörhead et de Lofofora souvent, le club des cinq (Arnaud Douay au chant, Paul Belleville et Christophe Cogez aux guitares, Sébastien Lecul à la basse et aux choeurs et Frédéric Samadet à la batterie) propose un rock engagé et agréablement enragé. Il y a, tout au long des Dictocratie, Futur intérieur ou autre Génération pardon une colère qui me rappelle par instants No Man’s Land qui aurait fricoté avec le hip hop de RATM (God bless America) ou Silmarils. Entrainant et efficace, ce Demain c’est loin pourrait ouvrir une jolie 4 voies à Ravens Crew, formation plus que prometteuse. A suivre et à retrouver sur des scènes autres que celles déjà des HDF?

REJECT THE SICKNESS: Signs of the end

Belgique, Death/Black metal (Autoproduction, 2025)

Avec un patronyme pareil – Reject The Sickness – une pochette comme celle-là et un titre d’album qui en dit long – Signs of the end – on se doute bien qu’on ne va pas avoir à faire à des enfants de choeur. Bien que les Belges de Reject The Sickness aient choisi un nom tout droit issu de la crise sanitaire, le groupe existe depuis 2008 avec l’union du hurleur enragé Guy Vercruysse et du guitariste Ruben Van Der Beken qui finalisent le line-up deux ans plus tard et publient une première démo, Slack muscles heal. 2010 marque ainsi la vrai naissance de Reject The Sickness qui célèbre aujourd’hui son 15ème anniversaire. Pour l’occasion, le groupe publie Signs of the end qui puise autant dans le hardcore enragé que dans le death/thrash, tout en lorgnant du côté du black malsain. On retrouve ici des traces de Amon Amarth ou de Hypocrisy dans des versions volontairement brutales. Le groupe (complété de Zoran Van Bellegem/guitare, Jonas Messiaen/basse et Jannick Govaert/batterie) ne met jamais le pied sur le frein mais parvient à créer des ambiances sombres et inquiétantes (pessimistes?) offrant ainsi une palette violemment variée. Brutal et efficace.

DEBATONIC: Slow fuse

France/Suisse, Metal (M&O, 2025)

A mi chemin entre le metal pur jus et le metalcore, les Franco-suisses de Debatonic débarquent avec Slow fuse, un premier Ep de 6 titres. Dès le morceau titre, massif et organique, le groupe puise dans le metal direct autant que dans un rock groovy empreint de hip-hop. Le chant alterne entre clarté et rugosité, l’ensemble ne perdant jamais de vue l’essentiel de son objectif : l’efficacité directe. Dynamite évoque avec son intro quelque peu tribale un Iron Maiden qui se serait égaré sur les chemins d’un metal/punk moderne, impression que l’on retrouve avec Jibe in a storm, qui, lui, lorgne du côté de Linkin’ Park. Si Debatonic ne réinvente rien – et si on peut une nouvelle fois reprocher un chant dans un anglais difficilement compréhensible – le groupe a le mérite de proposer un patchwork de styles intelligemment mélangés offrant un résultat varié et intriguant. Out of my mind en est un parfait exemple et Snowy sunday, qui suit, confirme cet attrait pour la diversité, puisant dans le rock alternatif des 90’s. Revolution vient clore cet Ep sur une touche à la fois enragée et groovy. Une découverte qui interpelle et un Ep qui appelle une suite.

NEUROBLADE: Desert claw

Belgique, Heavy/Thrash (Autoproduction, 2025)

Tout dans ce Desert claw, premier Ep des Belges de Neuroblade, absolument tout respire le heavy old school. Issu de la réunion de membres de Enchantress (Jochen Mouton au chant) et Shocker (David Vandewalle aux guitares et autres instruments), Neuroblade voit le jour en 2023. Riff après riff, le duo ajoute du chant, une rythmique plombée et la nce véritablement son projet avec ce qui devient Desert claw. La naïveté de la pochette – très 80’s et évocatrice, hormis la tenue du lutin, d’une certaine forme d’intérêt pour Dune – peut donner une première impression mitigée. Le duo taille dans le gras dès Endless slaughter, titre aux allures quelque peu slayeriennes mais avec un chant plus haut perché « à l’ancienne ». La suite ne fait guère de place à la concession et l’oppressant In the darkness of my mind, qui porte parfaitement son nom, est le moment plus calme bien que d’une lourdeur proche du doom. Neuroblade fait partie de cette vague « old school revival » qui se fait plaisir en se foutant, espérons-le, de ce que le marché pourra lui offrir. Du plaisir brut est amplement suffisant.