Si ça, ça ne sonne pas comme un appel à la nostalgie… 1966, c’est le titre du dernier album du guitariste Chris Savourey qui, s’il s’est un temps adonné aux plaisirs de l’instrumental, revient avec un album chanté, accompagné dans cet ouvrage par de nombreux invités. Si l’intro, 1966, peut sembler étonnante, on tombe rapidement dans un rock vintage qui navigue sur les trace des grands anciens. Ceux du rock, pas ceux de Lovecraft, entendons nous! De la pochette à la calligraphie 70’s au contenu, tout en effet transpire cet amour des années d’insouciance de la génération titre qui atteint aujourd’hui la soixantaine et est passée par l’explosion du disco, du funk, du hard rock et la naissance de toutes les vagues de heavy metal toujours d’actualité. Personne ne s’étonnera ici des clins d’œil tant aux Stones qu’à Thin Lizzy tout au long des neuf morceaux qui suivent. Il y a beaucoup d’amour et d’envie, l’ensemble est bien produit et la présence de voix variées apporte un plus. Ok, tous ne maitrisent pas l’anglais comme le style le voudrait, mais Chris Savourey nous replonge dans une époque pleine de vie, d’audace et de témérité musicale. On ne réinvente rien ici, mais le plaisir est présent, sans prise de tête. Un joli retour, en somme.
Heresy, groupe français de thrash old school, est présenté comme se situant « quelque part entre Metallica et Megadeth ». Formé à Montpellier, le groupe a déjà deux albums à son actif (quoique – je sais, humour de m…. – vu l’écart entre les albums, « actif » semble un bien grand mot… Powered by anger en 2013 et The dark shore en 2019, donc 6 et 7 ans. On a notre Def Lep du thrash!) et revient aujourd’hui avec Ordinary decent life qui regroupe neuf titres qui, tous, font à un moment ou un autre penser plus aux Mets ou Slayer qu’à Megadeth. Sans doute le jazz propre au groupe de Mustaine manque-t-il pour rendre l’influence plus évidente, mais ça n’impacte en rien les qualités de l’album. Ici, au delà d’un anglais pas toujours compréhensible, on a à faire à un groupe qui la connait, son affaire. Très bien produit, ODL tabasse sec dès les premières mesures de Dancing shadows on buried ground. Quand bien même l’esprit du Metallica première mouture (époque Cliff Burton pour ceux qui ne suivent pas) plane, Heresy parvient à poser sa patte et trouver une identité propre. Ok, on se passerait bien des intros de Locked inside your head ou 86 days without sun, qui évoquent directement Metallica dans ses moments calmes, mais on tape du pied et on gratte de l’air guitar en cadence. Il y a incontestablement de belles promesses dans ce nouvel album, à recommander d’urgence.
Un nouvel album des Troyens de Sleazyz c’est toujours la promesse de passer un bon moment de rock’n’roll fun et entraînant. Malgré une absence de 3 ans (Glitter ghoulz from hell remonte déjà à 2023), le groupe revient dans un format quelque peu remanié (au delà des deux membres historiques que sont le chanteur basiste Fred Dee Ceased et la guitariste Pandémonium Rodriguez, on retrouve sur l’album le batteur Fred El Rafale et le guitariste Thomas Healstone, depuis remplacé par Matt Bloodstring) avec un nouvel Ep qui dépote, Rock n roll digger qui porte très mal son titre. Car la bande toujours menée par son duo créateur et créatif nous a concocté 5 nouveaux morceaux de hard rock pur jus, tous différents les uns des autres. La galette démarre en trombe avec le plus qu’entrainant Dead in rock’n’roll sur lequel figurent également Stéphane Labas et Cyrille Hawlicki, tous deux de Charcoal, qui viennent pousser la chansonnette. La suite alterne entre heavy plus lent (Rock n’ roll digger), hard rock dansant (Cowboys in space) ou heavy rock franc du collier (Monster in my closet, See you in hell). La voix de Fred, roc(k)ailleuse à souhait et les ambiances évoquent les univers bien connus d’Alice Cooper ou de Rob Zombie, l’ambiance et l’entrain qui vont avec, le tout dans un anglais parfaitement maitrisé et compréhensible. Ce nouvel Ep se termine par une reprise des Ramones, l’incontournable Blitzkrieg pop et ses « Hey ho! Let’s go! », morceau sur lequel on retrouve nos deux invités. Ce disque est loin, très loin, de creuser la tomber du rock, très loin de l’enterrer tant on se dandine en on tape du pied et lève le poing avec bonheur. Maintenant, Sleazyz nous promet de nous retrouver sur les routes – dont une escapade de quelques dates à… Puerto Rico !
Nouveau venu sur la scène rock énervé, Discozero s’est formé en 2023 autour du chanteur Matthieu Miègeville, du guitariste Nicolas Foucaud, de la bassiste Katia Jacob et du batteur Zacharie Mizzi. Avec son premier album, It was capitalism all along, le quatuor nous propose un rock faisant fi des codes et des convenances. Au delà d’un chant anglais une nouvelle fois difficilement compréhensible, on sent que Discozero veut imposer au public une sorte d’irrévérence punk, un doigt envoyé à la face de cette industrie à recettes prédéfinies. Aussi dansants que remuants, les 8 morceaux de ce premier album font preuve de rage sinon de maturité, comme si les quatre refusaient de quitter leur enfance. J’ai parfois l’impression aussi qu’ils hésitent parfois, n’osent pas assez souvent, à lâcher la bride et laisser plus de place à une forme de folie enragée qui donnerait plus d’ampleur et d’énergie aux chansons. Un premier pas sympa mais qui ne me marque pas plus que ça. Dommage
No Terror In The Bang, c’est un patronyme adapté d’une réplique de Sir Alfred Hitchckok qui affirmait qu' »il n’y a pas de terreur, seulement son anticipation » sous entendant que c’est chacun qui créé ses peurs et ses angoisses. Le groupe français du même nom a bien compris le principe et dès le premier grognement de Moon pourrait laisser penser que Sofia Bortoluzzi, la chanteuse, va dégueuler sa haine tout au long des 5 titres de cet Ep. Mais, non, il n’en est rien, quand bien même la vocaliste semble très inspirée par des Alicia White-Gulz (désormais ex-Arch Enemy) ou, plus encore sans doute, Tatiana Shmayluk (Jinjer). Le metalcore proposé par le groupe (également composé des guitaristes Etienne Cochin et Clément Bernard, du bassiste Brice Bouchard et du batteur/clavieriste Alexis Damien) navigue entre ombre et lumière, tendresse et virulence tout au long des 5 morceau de cet Ep vivant simplement nommé Existence. Un clin d’œil au monde actuel sans aucun doute. Efficace de bout en bout grâce à des morceaux courts et directs (de 3’16 à 4’31), Existence se veut tout simplement explosif, vindicatif et sans compromis. De ce point de vue, c’est réussi!
Second album des progueux parisiens de Korbo, Amnésiste se veut une œuvre ambitieuse. très ambitieuse même. Avec ses 5 titres pour une durée totale de quelques 42′, on sait qu’on est dans l’univers du metal progressif avec tout ce que cela peut comporter. Composé de Aaron Djélà (chant et guitare), Léa Périgois (guitare), Tim Ansuz (basse) et Gabriel Jaboulay (batterie), le quatuor explore des univers aussi variés, denses et musicalement riches que torturés et sombres. pas étonnant quand on comprend que le thème de l’album traite de la maladie d’Alzheimer. Démarrant de manière assez soft avec une sorte de crissement mélancolique, Néant monte en puissance avant d’alterner avec des temps plus calmes allant même visiter la guitare hispano. Certaines intonations vocales m’évoque le NFL d’Anthrax tandis que les guitares, lorsqu’elles reprennent de l’ampleur me rappellent Maiden ou Metallica. Seulement voilà: si musicalement Korbo se veut irréprochable, ses compositions à tiroirs, faisant souvent le grand écart entre rage et calme plat, s’adressent avant tout, comme très souvent dans ce genre musical, plus à des musiciens ou musicologues qu’à de simples amateurs – dont je fais partie – qui vibrent plus avec des morceaux concis et directs. La palette musicale est ici si variée qu’il faut de nombreuses écoutes pour entrer dans ces univers torturés. Ensuite, le chant d’Aaron, s’il colle sans doute au thème, m’est difficilement supportable. Plaintif, souffrant, pas toujours clair – je n’ai réalisé qu’au second titre, Sans maintenant, le plus court, aussi (4’23), qu’il chantait en français! – il manque de rondeur et de puissance, cherchant parfois des effets « artistiques » auxquels je ne suis pas sensible (la répétition de « Si je ne sais pas alors j’inventerai » sur le morceau titre, par exemple). Enfin, la production assez étouffée ne parvient pas à vraiment apporter à chaque titre l’ampleur et la générosité voulue par le metal progressif. Les amateurs du genre y trouveront certainement de la matière car il y en a tout au long de cet album riche, intense et calme à la fois, plein d’envie et de volonté. Mais, à de rares exceptions, je n’ai jamais été fan de metal progressif trop intellectualisé pour mes oreilles. Pas pour moi, je passe…
C’est frais, c’est rock, énergique et catchy. The Wooden Pearls est un trio palois qui déboule avec Against the tide, un premier album électrique et éclectique bourré de références chaleureuses qui font du bien. Si les premières mesures de Docile m’évoquent Niagara – une intonation vocale à la Muriel Moreno et une guitare qui rappelle celle de son complice Daniel Chevenez période Religion (1990)- TWP trouve rapidement sa personnalité en alternant les tempi et les ambiances. Ici direct, là plus aérien aux inspirations gothiques, le groupe ne se répète jamais offrant ainsi un album riche et varié. Alors oui, tout au long des Step away from the crowd, Brokenhearted, Détermine moi et autres Nothing left of me ou Surf report on retrouve des traces de Patti Smith, Stevie Nicks ou, parmi d’autres, Dolores O’Riordan. Musicalement, TWP se détache de ses influences (on peut évoquer Nada Surf ou PJ Harvey parmi les plus évidentes) et crée des univers sonores qui lui sont propres, avec des guitares incisives, des rythmiques entrainantes et un chant envoutant par sa variété. Surtout, voici enfin un groupe qui s’adresse à tous le publics, français et international, en faisant le choix plus que judicieux de chanter tant dans la langue de Molière que celle de Shakespeare. The Wooden Pearls ose et pourrait bien, grace à son audace et son talent, se frayer un chemein vers les espoirs à suivre de près – et plus encore. A découvrir d’urgence!
Venu tout droit de Finlande, le quatuor Bloodstained Halo s’est formé en 2025 à l’issue d’une discussion entre Lumi Eade, chanteur et guitariste, et le guitariste Toni Tiainen. La machine est véritablement lancée en juillet 2025 après le recrutement du bassiste Jarkko Hämäläinen et du batteur Tuomas Mikkonen. Le quatuor propose aujourd’hui What remains of me, une carte de visite de 5 morceaux aussi rageurs qu’explosifs. Les influences metalcore se mèlent allègrement à des intonations plus mélodiques et à un chant rugueux proche du hardcore américain. Certes, les rythmiques sont enlevées et puissantes mais le groupe se fait un point d’honneur à apporter un peu de douceur et des instants de respiration. Un nouveau venu qu’il va sans doute falloir suivre de près!
Amis amateurs de metal fin, distingué et racé, je vous invite à passer votre chemin. Ceux d’entre vous qui sont, au contraire, séduits par le thrash old school, brutal et direct, c’est une invitation à vous pencher sur le cas Vector que je vous envoie. Vector qui, au travers de Brain collector, nous propose 11 morceaux furieux et rageurs qui nous replongent aux origines du thrash, cette période où les Slayer, Exodus et autre Death Angel dominaient le genre. Vector ne cherche qu’une chose: démonter les cervicales, et ça marche tant ça bastonne à tout va! Alors, oui, on pourra « reprocher » le côté old-school, mais l’ensemble est ici si plein de conviction qu’on se laisse très facilement prendre au jeu. Le chant rugueux de Rémi Duval s’approche du death, les growls en moins, les guitares de Aurélien Pauchet et David Fasquel cisaillent et charcutent à qui mieux mieux, l’ensemble étant porté par une rythmique explosive bombardée par le bassiste Erwan Balotaud et le batteur Jean-François je ne sais comment (aucune mention dans le livret, dommage…). Un décrassage en règle des tympans, en somme!
C’est une soirée quelque peu brutale que nous réserve ce soir Live Nation… Trois ans après son dernier passage en tête d’affiche (le 10 mars 2023 à l’Olympia) Avatar revient à Paris dans un Zénith quasi complet. Le chemin parcouru depuis ma première rencontre avec le groupe – au Hard rock café en 2014 pour la promo de Hail The Apocalypse – est impressionnant et un Zénith n’est rien moins qu’amplement mérité tant les Suédois se font un point d’honneur à constamment renouveler leur show. Ca se traduit même dans le choix des morceaux d’intermède. La première liste n’est composée que de hits des 70’s/début 80’s (de Fleetwood Mac à Joan Jett, en passant par Pat Benatar, Patti Smith, Kim Carnes…)
A 19h, la salle n’est pas plongée dans le noir. Au contraire, elle baigne dans une lumière rouge tandis que trois figures masquées et cornues, des nonnes maléfiques ou maudites, entrent doucement sur scène sur fond de chants plaintifs. Witch Club Satan, trio féminin norvégien, s’empare ensuite de ses instruments et balance avec rage son black metal hurlant et torturé. Le chant partagé permet à chacune de libérer sa colère dans un esprit qui m’évoque l’univers de Zeal and Ardor, d’autant plus sur ce morceau narré accompagné de bades, titre qui évoque le sud des USA en des temps esclavagistes. Les trois se retirent ensuite le temps de se changer et de revenir quasi nues pour une seconde partie de show tout aussi explosive. La bassiste fait quelques effet en frottant un archet contre les cordes de sa basse tandis que sa complice guitariste hurle qu’il n’y a « pas de place pour le génocide » ni pour certains politiques. Si la musique du trio ne me parle pas, WCS propose un show visuel assez intéressant. Les filles quittent la scène après 30′ d’une prestation intense, annonçant qu’il s’agit de leur dernière date de cette tournée.
Pendant que les roadies débarrassent la scène, la sono diffuse des morceaux plus costauds et contemporains, puisant dans le metal des années 90 et 2000. Le trois memebres de Alien Weaponry se chargent eux-mêmes des dernières vérifications, le bassiste Turanga Morgan-Edmonds, prenant même le temps de photographier le public. Les trois disparaissent pour revenir quelques minutes plus tard. Comme à leur habitude, les Néo-Zélandais entament un Haka. Henry de Jing s’installe derrière sa batterie et harangue le public tandis que son frère guitariste et hurleur Lewis et Turanga le rejoignent dans cette cérémonie traditionnelle avant de lancer les hostiités. Une demi-heure durant, les pieds tapent et les nuques se déboitent, les ambiances tribales ne laissant personne indifférent. Turanga n’hésite jamais à interpeller la foule, lui demandant ici un circle pit, là de sauter à son ordre ou encore de finir avec un joli wall of death, et ses participations vocales apportent un équilibre certains à la rage de Lewis. Une prestation impeccable de bout en bout.
Nouveau changement de plateau sous des airs plus jazzy cette fois… Une vaste tenture rouge orne le fond de scène comme l’entrée d’un chapiteau de cirque. C’est, après tout, bien à l’image d’Avatar. Deux kits de batterie se trouvent de chaque côté de la scène. A moins que… Des techniciens lèvent une toile cachant leur travail puis s’éloignent révélant une seule batterie.
Lorsque les lumières s’éteignent, la dite batterie se sépare en deux tandis qu’apparait, dans l’ouverture de la toile rouge, une vague forme qui glisse vers l’avant scène. Sur une plateforme se trouvent, serrés, les guitaristes Jonas Jarsbly et Tim Örhström ainsi que le bassiste Henrik Sandelin tous vétus d’une longue cape noire. Lorsqu’ils descendent pour rejoindre leurs positions, l’ombre de Johannes Eckerström tenant une lampe tempête reste figée le temps de Captain Goat. Puis, avec Silence in the age of apes, la fureur prend le pas, les têtes et chevelures des musiciens tournant furieusement. La pyrotechnie entre en jeu entre feux de bengale et lancer de flammes. Puis, les musiciens quittent la scène.
Une première annonce, peu claire, demande au public de patienter. Mais le temps s’écoule, et l’on comprend qu’un incident est en cours. Une nouvelle annonce précise que l’équipe s’attèle pour que le show puisse se tenir normalement ajoutant que « everything’s gonna be okay, hey, hey« . Enfin, après 10′, Avatar revient avec un explosif The eagle has landed et son imparable refrain toujours repris en chœur par le public. A l’issue de cet incontournable, le chanteur s’adresse au public, lui faisant part de son plaisir d’être là, se caressant l’entre jambes et susurrant des mots doux – à sa manière, évidemment!
Naturellement, une large place est accordée au nouvel album. Don’t go in the forest est représenté par 6 titres, le plus ancien Black waltz (2012) le suivant avec 4 extraits. Si la batterie s’ouvre et se ferme avec régularité, laissant entrer et sortir les musiciens, elle est également entourée de spots montés sur des pieds mobiles, donnant ainsi une touche lumineuse et colorée assez basse et du plus bel effet.
Comme a chacune de ses tournées, Avatar a pris un soin particulier à sa mise en scène. On apprécie, juste avant le retour du roi, le temps calme qu’est Howling at the airwaves avec Johannes au piano. Visuellement, jamais le groupe ne se répète, hormis la posture des musiciens, le bidon d’essence qui sert de gourde au joker et le gimmick royal de Kungen qui revient sur son trône pour un direct et brutal Legend of the king. Kungen se débarasse de sa cape et frappe le sol générant une nouvelle explosion d’artifices.
Let it burn et ses flammes en tout genre précède un Tonight we must be warriors qui voit le public sauter en tous sens et accompagner Avatar avec enthousiasme avant un rappel tout aussi explosif. Le concert se termine avec l’indéboulonnable Hail the apocalypse et c’est un public aux anges et exsangue qui quitte tranquillement le Zénith. Avatar continue, tournée après tournée, de s’imposer comme une des plus originales formations du genre qui place le spectacle au même niveau que son exigence musicale. Encore une très belle soirée passée avec les Suédois.
Merci à Live Nation France d’avoir rendu ce report possible.