SWEET NEEDLES: Tormenta

France, Rock (Autoproduction, 2021)

C’est frais et puissant, direct et quelque peu irrévérencieux, varié et énergique. ça s’appelle Tormenta et c’est le premier album des Français de Sweet Needles. Le groupe, qui réunit les jumeaux Bonnot – Oscar (chant) et Arthur (guitare) – Simon Dagallier (guitare), Arthur Calonne (basse) et Hippolyte Bordes (batterie), a vu le jour au début des années 2010. Certains ont pu les découvrir au trabendo de Paris en ouverture de Pop Evil en 2019, d’autres par le biais de leurs publications précédentes entre démo et Ep. Le style est un mélange de rock, de punk, de metal, l’ensemble chanté, scandé et, parfois, hurlé, mais, toujours, l’ensemble se tient. La ligne directrice est clairement tracée par la recherche d’énergie, celle qui fait bouger et qui interpelle. Tormenta, c’est un recueil de 11 titres « qui le font » et qui forment une superbe carte de visite.  Sweet Needles n’invente rien mais propose une musique originale qui intègre totalement les influences de ses musiciens pour les transformer en un son à la fois neuf et traditionnel. En cette fin d’année, c’est une très belle découverte à conseiller.

SYNAPSE: Singularities

France, Rock (Autoproduction, 2021)

Un peu de prog aux relents jazz, ça vous tente? C’est le programme que nous promettent les Franciliens de Synapse tout au long de leur album Singularities. Composé de 9 titres, ce premier album fait suite à un Ep sorti en 2019, l’année de l’arrivée de Thomas au chant. Avec Singularities, le quatuor a « voulu quelque chose de plus rock, se rapprochant du metalcore parfois. c’est d’ailleurs pour ça qu’on a fait appel à Pierre Danel de Kadinja » groupe dont le guitariste Pierre « a bien kiffé les morceaux et a apporté le piment nécessaire, même si tout était déjà composé« . L’album se distingue cependant par la variété des tonalités proposées. Allez, en dehors du chant anglais que j’ai franchement du mal à comprendre, Synapse propose un rock léger et aérien. Puisant autant dans le rock progressif de haute volée que dans des tonalités plus pop, les guitares hypnotiques et la rythmique entrainante accompagnent l’auditeur vers des univers à la fois familiers et novateurs. Il règne ici un esprit festif 60’s, là une ambiance plus 80’s, d’autres moments puisant dans le jazz… Synapses – vous savez, ces espaces vides entre les neurones – s’amuse avec ses influences. Roam, par exemple, navigue entre ces univers a priori contradictoires mais pourtant complémentaires. Le groupe voulait « un son actuel, de notre temps. Avant, j’étais dans un groupe qui criait beaucoup plus. Il a fallu que je travaille ma voix pour le chant clair, j’ai voulu apporter beaucoup de timbres différents« . Cette variété va du chant rappé – sur Brand new sky – à des choses plus puissantes, presque hurlées – 3000 ou Rage. On sent la diversités des influences « de Dream Theater au jazz – on aime vraiment beaucoup le jazz. On a vraiment mis tout ce qu’on aime dans ce disque, avec un son moderne« . On pourrait imaginer voir s’installer l’ennui, des groupes comme Dream Theater et le jazz étant souvent considérés comme « intellectualisant » leur musique, mais non, les mélodies sont accrocheuses et donnent envie d’en connaitre plus. « On se définit comme prog, mais on veut des mélodies catchy. Les structures ne sont pas rocambolesque, ça reste assez « droit »: couplet, refrain, ce qui donne un aspect pop. On oublie le côté intellectuel« . Mais si on évite les termes « metal, jazz ou rock » comment Thomas définirait- il la musique de Synapse à quelqu’un qui ne connait pas le groupe?  » Oula! Je lui dirais que c’est éclectique et « écoute, tu vas forcément trouver quelque chose qui te plaira ». c’est tellement varié qu’on ne s’adresse pas qu’à un public. Oui, je lui dirai de choisir une chanson et d’écouter« . Ben, justement, laquelle choisirait-il, lui, pour m’expliquer ce que fait Synapse en quelques minutes? « Brand new sky, c’est la chanson qui définit le mieux le style. Il y a un riff sec, des influences qui sortent de nulle part, il y a du rock, un passage flamenco, du chant rappé, crié, des envolées lyriques, du piano… Il y a tout, c’est le centre de l’album! » Un album prometteur qui, en effet, regorge de styles et d’influences et propose des morceaux attirants et entraînants. Sérieux sans se prendre au sérieux, Thomas conclut avec la devise qu’il imagine pour son groupe: « restez connectés mai pas trop« . On le comprends

 

Les propos de Thomas Valentin (chant) on été recueillis le 25 novembre 2021.

TRANK: The ropes – monolith edition

France, rock (M&O, 2021)

Ils osent tout ces gars de Trank! Un album à peine et voici déjà une version de The ropes en « monolith edition » dotée du CD original – je vous en rappelle tout le « mal » que j’ai pu en écrire ici même? – et d’une seconde galette composée de versions alternatives, étonnantes et originales de certains morceaux de l’album. Plutôt que de reprendre l’ensemble des titres de The ropes, Trank a sélectionné des remix variés, travaux de divers ingés son, DJ et tripoteurs de manettes. In troubled times est ainsi revisité deux fois, tout comme Take the money and run ou Bend or brake.  Quel intérêt me demanderez-vous? Eh bien, ceci: Trank propose des versions alternatives plus techno, plus indus aussi sans pour autant renier son propos d’origine. Alors, certes, il faut être amateur de ces styles plus hypnotiques et « dancefloor » pour totalement adhérer à la démarche. Et reconnaissons que c’est un excellent moyen de s’attirer les faveurs d’un public de boites de nuit! Mais pas que, écoutez cette versions très rock/indus/punk – j’y entends même un peu de The Clash – de Take the money and run dans sa version police and thieves, sa basse et son rythme irrésistibles! Ceux qui, comme moi, ont craqué pour The ropes seront forcément interpellés par ces versions alternatives, qui, avouons le, me séduisent assez. Force est de reconnaitre que Trank a une approche originale et joliment décalée de sa musique – et ça fonctionne comme pas deux!

NEW FAVORITE: Chasing light

France, Rock (Ep, Autoproduction, 2021)

Un peu plus d’un an après nous avoir présenté leur premier Ep furieux, le trio bien de chez nous New Favorite revient avec un nouvel Ep. L’énergie et la fureur sont toujours au centre de ce Chasing sun chaleureux et brillant, le propos se faisant plus rock teinté de punk que hardcore. Résultat? Un Bad milk explosif, un Demon au tempi variés, un God speed punkisant à la guitare moderne, un Sick for sleep rock furieux et rentre dedans avec un pont – on parle de sommeil – cauchemardesque et un Fire, sweet fire  hypnotisant, à la fois lent et speed, le tout chanté dans une langue de Shakespeare parfaitement maîtrisée. Une sacré bonne gifle et une plus qu’agréable surprise, New Favorite mérite toute notre attention. Cinq titres, cinq thèmes, cinq singles potentiels. Le nom du groupe pourrait bien devenir réalité. Bravo, j’adore!

ROZEDALE: Rozedale

France, rock (Autoproduction, 2021)

Déjà auteur de deux albums studio – dont un Wide awake élu « album blues de 2018 » en (…non, je ne vous ferai pas l’affront!), c’est pas rien – Rozedale, le groupe, revient avec Rozedale, son nouvel album concocté au cœur de la pandémie et enregistré à l’ICP studio. Le duo Amandyn Roses (chant) et Charlie Fabert (guitares) nous livre 10 titres d’un rock varié, des chansons aussi acidulées que parfois rugueuses qui puisent dans un blues classieux autant que dans le rock. C’est soft et efficace, l’ensemble se laissant écouter avec une facilité déconcertante. Les guitares de Charlie, fines et racées, accompagnent avec brio la voix envoutante d’Amandyn. Si l’anglais est majoritaire, on notera également un titre en français, Ce soir je t’aime, écrit par Cali, chanson qui s’intègre parfaitement à l’album. Si Ghost ouvre le propos de manière très soft, on se prend vite à chantonner ces mélodies entrainantes et l’album monte progressivement en puissance sans jamais s’éloigner de ce fil conducteur et moteur mélodique. Sobre et efficace, voici un album à défendre live. D’ailleurs, vérifiez les dates sur le site du groupe, il y en a un paquet. Une tournée qui pourrait placer Rozedale dans le peloton de tête national. Bien joué!

Interview: WELCOME-X

Interview WELCOME-X : entretien avec Sam Kün (chant). Propos recueillis par téléphone le 5 juillet 2021

Photo promo

Metal-Eyes : On s’est rencontrés la première fois au Hard Rock cafe en janvier 2019 pour la sortie du premier album que j’avais qualifié de « barré » (il rit). Qu’avez-vous fait depuis, avant Covid ? Il s’est passé une bonne année entre la sortie du premier album et l’arrivée de la pandémie…

Sam : On avait commencé à le défendre sur scène, on a eu quelques dates, des festivals, mais on a été arrêtés en plein élan par l’arrivée du Covid… On a continué à écrire. Cet album s’appelle Vol. 2 parce qu’il est dans la continuité du premier. En fait, les morceaux étaient déjà pensés, et certains étaient même déjà écrit au moment de la sortie du premier album. La plupart des morceaux étaient composés avant le confinement. Covid free, si tu veux (rires) ! Pas un album de confinement. On a juste eu à aller en studio. Le processus n’a pas été impacté par le Covid.

 

Metal-Eyes : Si on prend un peu d’avance, ça sous-entend que votre prochain album ne s’appellera pas forcément Vol. 3…

Sam (il rit) : Alors, je vais te dire… On a composé plusieurs morceaux dont un qui n’apparait ni sur le Vol. 1 ni sur le Vol.2 et qui est dans la continuité. Donc il apparaitra forcément sur le volume 3…

 

Metal-Eyes : Vous avez 7 titres plus un instrumental. On retrouve la même folie que sur le premier. On ne peut pas parler de fusion, les choses sont assez distinctes, et comme tu l’as dit, c’est dans la continuité du premier album. Qu’avez-vous mis dans ce nouveau disque et comment se distingue-t-il du premier album ?

Sam : Déjà, il y a une personne qui est venu enregistrer cet album, Martin Antiphon (Note de MP : analysez l’étymologie de ce nom – « Contre le son » –  Un merveilleux non-sens, sinon un oxymore, pour quelqu’un chargé de la réalisation sonore et du mixage) qui s’est chargé de la prise de son de tous les instruments, qui a tout mixé, donc c’est une oreille extérieure à nous. Il a mis sa patte sur l’album, et c’est déjà beaucoup. Il y a aussi le fait qu’il y ait un nouveau batteur, Julien Charlet. Après, l’album a été enregistré presque en conditions live – les instruments ont été enregistrés ensemble, moi j’ai enregistré mes voix juste après – on était tous les 5 en studio pendant 6 jours. Voilà les différences par rapport au premier et, en plus, on était tellement contents de pouvoir se retrouver, tous, en studio, que tu sens peut-être une sorte d’explosion…

 

Metal-Eyes : La différence principale c’est donc d’avoir travaillé avec une oreilel extérieure et un nouveau membre ?

Sam : Tout à fait.

 

Metal-Eyes : Il y a la même variété que ce que l’on trouvait sur le premier album sans que ce soit une redite. Il y a quelques moments qui me marquent comme la partie introductive de Thalacyne blues, très courte avec des intonations qui évoquent à la fois AC/DC et du doom, une rage vocale sur Inevitable collapse. Qu’avez-vous voulu mettre dans cet album ?

Sam : Il est construit en trois parties, en fait. Une première partie très rentre dedans avec les deux premiers titres, et cette respiration au milieu avec Everesting light prelude, Sent of Sakura et Everesting light part II, qui sont en fait un même morceau, un peu plus aérien, et une troisième partie plus brut et mélodique, assez années 90 qui se termine par un instrumental.

 

Metal-Eyes : Vous avez aussi, sur les photos promo, développé un look assez terreux…

Sam : Ben écoute… C’est comme ça qu’on est tous les jours (il explose de rire) !

 

Metal-Eyes : Le livret aussi est assez riche, même s’il est petit. Qui en est à l’origine ?

Sam : C’est Paul, Paul Emagalaï. Il avait déjà travaillé avec nous sur le premier album. On a cette pochette un peu sobre… La première était très brute, métal, là le bleu fait penser au lit d’une rivière, il y a des éléments qu’on aime beaucoup, et l’intérieur tu découvres ce qui illustre les morceaux. On a fonctionné de la même manière : il venait nous voir en répète, on lui fournissait les morceaux et il nous a proposé ces croquis. Il a tout fait à la main, avant de numériser et de coloriser.

 

Metal-Eyes : Et ça colle bien à l’esprit visuel que vous développez depuis le début. Puisqu’on parle du visuel, il y a une dédicace au dos du CD « à James ». De qui s’agit-il ?

Sam : Il s’agit de James Mac Gaw qui a été guitariste de Magma pendant très longtemps, avec qui Philippe (Bussonnet, basse) a beaucoup travaillé. C’est un de ses amis d’enfance. James était là depuis les débuts de Welcome-X, il nous a toujours soutenus, est venu nous voir en répète. Il aurait dû participer au deuxième album mais sa maladie a été diagnostiquée et il nous a quittés. C’est un peu un autre membre à part entière de Welcome-X même s’il n’a jamais joué avec nous. Je conseille à tout le monde d’aller écouter James Mac Gaw, que ce soit avec One Shot ou avec Magma, il a toujours été fantastique.

 

Metal-Eyes : Il y a beaucoup de choses sur votre album. Comme tu l’as expliqué, il y a trois parties distinctes. Ces ambiances, vous en parlez entre vous ?

Sam : On n’en parle pas du tout… Philippe s’occupe des compositions, je m’occupe des paroles et chacun apporte sa patte ensuite, mais il y a un ressenti naturel qui se fait sur scène. S’il y a quelque chose qui ne passe pas, on mettra le morceau à la trappe. Philippe connait par cœur le jeu de guitare de Joe et de Tom, donc il leur propose des parties de guitare qui leur correspondent. On se connait tellement par cœur, on aime tellement jouer ensemble que les choses viennent naturellement. C’est du ressenti.

 

Metal-Eyes : Est-ce qu’on peut considérer, comme nous en avions parlé pour le premier album, que ça se fait dans un esprit de jam continuelle ?

Sam : Oui, d’une certaine façon, mais… Il y a le côté improvisation sans improvisation. Bizarrement, c’est étrange, mais tout est écrit… C’est un peu paradoxal d’avoir ce côté ressenti de liberté et d’improvisation, mais c’est aussi comme ça qu’a été conçu le groupe. On s’est connus en jammant. Joe, le guitariste, est un bluesman, c’est ancré, c’est en lui…

 

Metal-Eyes : Un chose que j’ai remarquée : sur le premier album, pas un titre ne durait moins de 6’. Là, la moitié des morceaux n’atteint pas les 5’. Vous avez voulu le pied ? Il y a ce temps calme au milieu avec des titres de 3’ environ…

Sam : En fait, comme je te le disais, ces trois morceaux n’en font qu’un, que nous avons découpé sur l’album pour une question pratique. Mais sur scène, tu retrouveras Sent of Sakura et Everesting part II en un seul et même morceau.

 

Metal-Eyes : Finalement, il ne reste que 5 titres plus un instrumental…

Sam (il rit) : voilà ! Un instrumental qui a été composé par Tom (Thomas Coeuriot), qui est notre titre d’intro sur scène.

 

Metal-Eyes : Parlons en un peu : cet instrumental, 32GE, est très sabbathien, très doom, je trouev (il confirme). Il y a cette lourdeur indéniable qui correspond aussi à votre esprit. Mais 32GE, c’est quoi ?

Sam : Ah ! Alors, c’est comme ça qu’il l’a appelé au départ, ce qui était provisoire, mais c’est resté comme ça. 32GE, c’est le symbole chimique du germanium, qui est un composant qu’on retrouve dans les pédales de fuzz, pédales qu’on retrouve et qui a servi à faire ce morceau-là. On a décidé de garder ce titre parce qu’on voulait avoir cette résonnance de guitare, avec ce riff qu’on entend au départ et qu’on retrouve à la fin. Pour nous, c’est quelque chose de très organique, donc on a gardé ce côté « élément ».

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de ce Vol 2 pour expliquer ce qu’est Welcome-X aujourd’hui à quelqu’un qui ne vous connait pas, ce serait lequel ?

Sam : Ah, c’est difficile… Pour quelqu’un qui ne nous connait pas ? Je dirais Thylacine blues parce que c’est sans doute celui dans lequel tu retrouves tous les éléments, ou alors ça pourrait être…

 

Metal-Eyes : Non, non, un seul, Sam ! Ne jouez pas l’enfant, un seul titre !

Sam (il se marre) : Ok, je ne joue pas … Ce sera Thylacine blues, alors.

 

Metal-Eyes : Ce n’est sans doute pas pour rien qu’il est placé en début d’album… Une dernière chose : quelle pourrait être la devise de Welcome-X aujourd’hui ?

Sam : Notre devise ? C’est toujours « bienvenue dans l’inconnu, bienvenu à tout le monde ». On ne se met pas de barrière, alors ne vous en mettez pas non plus, soyez curieux, entrez et écoutez. Ce n’est pas du jazz, du rock, ce n’est pas avant-gardiste, c’est ouvert à tout le monde. On n’a pas de route prédéfinie, on prend celle qu’on veut, alors, faites la même chose.

PARPAING PAPIER: Croire au printemps

France, Rock/Punk/Metal (Autoproduction, 2021)

Ils sont de retours nos Frenchies frapadingues de Parpaing Papier! De retour avec un album complet, le très bien nommé Croire au printemps, qui débarque le 18 juin. « Très bien nommé » parce que 1/ le mois de mai a été si pourri qu’on espère vraiment que le beau temps va revenir et 2/ parce que la vie elle même, paralysée par la crise sanitaire, à besoin de retrouver un printemps, un nouvelle jeunesse. Sont-ce là les préoccupations premières de PP/PP? Certes non! Nous avions eu droit à une belle carte de visite avec l’Ep Tester des casques et les gars continuent dans cette veine d’un rock furieusement entraînant aux textes d’un humour fin et recherché. Rien ne peut ici laisser indifférents, le sourire pointe à chaque riff et chaque parole. Démarrant avec le morbide imparable et impayable de Entrée plat décès que ne renierait certainement pas Hannibal L. Parpaing Papier donne le ton. Son mélange de rock, de punk et de metal fait mouche. Et derrière un fun apparent se cache un sérieux sans pareil. Oui, il semble aisé d’écrire des « débilités » comme Acheter un œil, Dans ma fusée (clin d’œil – justement ^_^ – à Thomas Pesquet?), Cadeau de cowboy, ou après les casques, ce sont maintenant le vestes que le quatuor veut tester, mais il y a beaucoup plus que ça. « Metal marrant »? A rapprocher d’Ultra Vomit ou des Princesses Leya? Non, même si PP/PP ne dénoterait nullement sur une affiche avec ces deux groupes. Fun, sérieux et efficace en diable, ce Croire au printemps est une vraie bouffée d’air frais et de bonne humeur dans le paysage actuel.

CHEAP TRICK: In another world

 USA, hard rock (BMG, 2021)

En ces temps bizarres, moroses, étonnants, l’arrivée de ce nouvel album de Cheap Trick, le très bien nommé In another world, fait un bien fou. On dit que ce n’est pas au vieux singes qu’on appren. à faire la grimace? Eh bien, ce n’est pas aux vieux rockers qu’on apprend à composer des chansons qui font systématiquement et immédiatement mouche. Cheap Trick nous propose une de ces oeuvres simplement rafraîchissantes qui ne peut laisser de marbre. En plusieurs décennies d’existences, la bande menée par Rick Nielsen et Robin Zander en a vu passer des groupes, des styles et des modes. Les influences sont nombreuses, allant des Beach boys avec le très festif The summer looks good on you aux Rolling Stones (Boys & girls & rock n roll) en passant par Kiss période Destroyer (Here’s looking at you) ou Alice Cooper (The party), toujours en apportant sa propre marque de fabrique: cette joie de vivre et de jouer, d’entraîner l’auditeur dans une ronde envoûtante. Imparable de bout en bout, on notera également cette originalité qu’est Another world, présentée en deux versions différentes: d’un côté ballade, de l’autre rock festif, chacun a le choix de sa version. Cheap Trick propose avec In another world un des meilleurs albums rock, tous genres confondus et en profite même pour annoncer un retour scénique en France après 40 ans d’absence. Avec un tel album, il est certain que ce sera l’événement à ne pas manquer! Ce sera à l’Alahambra de Paris le  9 février 2022

AYRON JONES: Child of the state

Rock, USA (Big machine, 2021)

Discuter avec lui fut l’occasion de découvrir Ayron Jones (cf. l’interview ici). Un gars simple, ouvert, bavard doublé d’un musicien de talent. Child of the state, son premier album, nous présente toutes les facettes de son talent. Au travers de 12 titres, Ayron fouille ses inspirations musicales, les retranscrit à sa sauce, les réinvente. Et elles sont vastes, variées, allant de Rage Against The Machine pour les plus dures à Michael Jackson (cette voix! On croirait entendre the king of pop à plus d’une reprise…), Prince ou encore Lenny Kravitz (cette guitare! on croirait entendre… hein, je me répète? ^_^) en passant par Jimi Hendrix. Se faisant tour à tour très rock, soft, tendre ou direct, le Child of the state – ça pourrait bien devenir son surnom – nous offre un premier album franchement emballant qui laisse espérer une belle carrière. Vivement qu’on puisse le voir live. une belle et franche réussite pour un coup d’essai! Et une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, le gaillard sera présent au Hellfest 2022!

Interview: Ayron JONES

Interview Ayron JONES (chant, guitare). Propos recueillis par Skype le 6 mai 2021

 

Il y a de bonnes surprises, parfois. Ayron Jones en fait incontestablement partie. A l’heure de notre apéro, lui, en direct Skype de Seattle, en est encore au café. Son premier album, Child of the state, qui parait le 21 mai, est une pépite aux références multiples. Un panel musical varié qui puise aussi bien dans le rock, le grunge, le funk. Metal Eyes a échangé sur de nombreux sujets avec ce jeune et talentueux musiciens aussi charmant que bavard. Une belle découverte musicale et humaine.

Photo promo

Metal-Eyes : Commençons par ceci : qui est Ayron Jones ?

Ayron JONES : Je ne suis qu’un gamin de Seattle qui, un jour, a pris une guitare et appris à en jouer ! Si on parle de mon passé, il n’y a aucune raison pour que je sois ici aujourd’hui, mais la guitare est devenue ma passion, mon amour… La musique et la guitare ont trouvé une place très spéciale dans ma vie, alors… voilà en gros qui je suis…

 

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui t’a amené à attraper une guitare ?

Ayron JONES : Le hasard, mec, c’est arrivé comme ça ! Il se trouve que, à 13 ans, j’étais chez un ami qui avait une guitare, je l’ai prise et le reste… c’est de l’histoire ! Ça m’a semblé si naturel, je jouais dès que possible…

 

Metal-Eyes : « Le reste c’est de l’histoire » … Pourtant, tu vas sortir ton premier album, Child of the state…

Ayron JONES : Mon premier album important, oui…

 

Metal-Eyes : Donc l’histoire ne fait que commencer…

Ayron JONES : Absolument, oui…

 

Metal-Eyes : Nous ne connaissons pas en France, alors comment décrirais-tu ta musique à quelqu’un qui ne te connais pas ?

Ayron JONES : Je dirais Michael Jackson rencontre des guitaristes comme Jimi Hendrix et Kurt Cobain (il rit) !

 

Metal-Eyes : La description que j’ai notée est : Michael Jackson rencontre Prince, Rage Against The Machine et une part de la scène grunge des 90’s (il sourit largement).

Ayron JONES : Tu vois, on y est, toi et moi, on se rejoint ! C’est une très bonne description ! Je suis un enfant des 90’s et tous ces genres musicaux existaient au même moment. Tu rajoutes du hip-hop, du rock… Je suis redevable à tous ces styles musicaux !

 

Metal-Eyes : Les articles de presse que j’ai pu lire te comparent à la scène grunge. Comment l’expliques-tu, à quel point en es-tu proche, hormis le fait que tu sois aussi originaire de Seattle ?

Ayron JONES : Je suis très proche de la scène grunge, j’y suis très impliqué, notamment par le biais de mon association. J’ai travaillé avec de nombreux artistes de cette scène, je suis très impliqué localement.

 

Metal-Eyes : Tu as parlé de Jimi Hendrix… Non seulement était-il un guitariste gaucher, ce que tu n’es pas (rires), mais il était aussi Américain. Il a surtout révolutionné le monde de la guitare. Que considères-tu être ta touche personnelle de guitare ?

Ayron JONES : Oh, je dois beaucoup à Jimi, c’est évident, nous sommes issus du même quartier, tu sais, je côtoie sa famille qui m’encourage beaucoup. Ma touche personnelle ? je ne sais pas si j’ai assez de recul pour le dire… Mmhh… Je crois que je suis plus sur le fil que Jimi – et il l’était déjà énormément. Je n’ai pas vraiment grandi avec le grunge, mais je pense apporter ma touche à ce style, avec un peu plus de punk…Cependant, le jeu des accords, ce qu’il a développé, son jeu m’a particulièrement inspiré.

 

Metal-Eyes : Tu parles de bruit dans ta musique. La première chanson de ton album, Boys from the Pudget town, est très noisy, très agressive. Le reste de l’album est quant à lui très diversifié. Qu’as-tu voulu mettre dans cet album ? Il y a de la colère, de la douceur…

Ayron JONES : Oui… J’ai voulu mettre du contraste dans ma musique, différentes dynamiques. Pour moi, cet album représente le chemin que j’ai parcouru à la recherche de mon identité. On se cherche tout le temps… La vie que j’ai vécue a alimenté cet album avec toutes ces émotions. Parfois il y a de la colère, parfois de l’amour, parfois d’autres sentiments… J’ai simplement voulu mettre toutes mes émotions dans ce disque.

 

Metal-Eyes : Et tu te situes où émotionnellement en ce moment, en pleine pandémie ?

Ayron JONES : Je me sens bien en ce moment ! Mon premier album est sur le point de sortir, et je suis impatient de pouvoir de nouveau jouer pour le public, ce que je ne peux pas faire en ce moment.

 

Metal-Eyes : La pandémie a-t-elle eu une influence sur l’enregistrement ou la conception de cet album ? C’est désormais une question classique…

Ayron JONES : Elle a certainement eu un impact… Ne serait-ce que par le fait que toute ma concentration, mon énergie étaient centrées sur l’enregistrement, sans distraction possible. En d’autres circonstance, ç’aurait été « oh, je dois enregistrer ça maintenant, j’ai ce concert à tel endroit… » Mais non, tout ce que j’avais, c’était cet album sur lequel focaliser mon attention. La pandémie m’a permis de vraiment e concentrer sur cet album, et je lui suis redevable de cela !

 

Metal-Eyes : Parlons un peu de musique. Même si Mercy débute par les mots « see my brothers falling » (vois mes frères tomber), je peux imaginer que George Floyd est dans tes pensées…

Ayron JONES : Oh, oui, toujours !

 

Metal-Eyes : Mais pas seulement : tu parles aussi d’armes à feu et d’artillerie lourde. De quoi parles-tu plus précisément dans tes paroles.

Ayron JONES : Je suis un grand fan de mots… Comme je te le disais, j’ai grandi dans les années 90, avec le hip-hop, une époque dorée pour les paroles. J’ai toujours voulu proposer des textes qui amènent à réfléchir, plutôt que de tout livrer directement. Parfois c’est le cas, sur les chansons plus lentes. Mais sur Mercy, je voulais dire les choses telles que je les ressentais, dire ma vérité dans ma situation, faire en sorte de t’amener dans mon histoire, ma situation. Toutes ces paroles m’ont permis de m’exprimer, d’exprimer mon ras-le-bol de voir, chaque matin, quelqu’un comme moi battu ou tué, de vois des gens déshumanisés par l’autorité.

 

Metal-Eyes : D’un autre côté, y a-t-il des sujets que tu ne souhaites pas aborder aujourd’hui ?

Ayron JONES : je ne crois pas, non. J’ai atteint ce moment de ma vie où je me rends compte que même les gens de mon entourage ne me connaissent pas si bien. Ce disque est vraiment un moyen de m’ouvrir aux autres, pas de me cacher derrière une guitare, de me livrer et de raconter mon histoire. J’ai envie d’être comme un livre ouvert pour les gens… Donner la vraie image de qui je suis.

 

Metal-Eyes : Nous avons tous les deux dit qu’il y a du Michael Jackson dans ta musique et tu sonnes vraiment comme lui sur un morceau comme Take me away (il approuve). Ce que j’ai également noté, sur Supercharged, ton chant et ta guitare sonnent comme un autre chanteur noir : Lenny Kravitz.

Ayron JONES : Oui, oui… C’est marrant que tu dises ça parce que ce n’est pas volontaire. Ce qui est intéressant avec la musique c’est que tu avances dans la vie, et les choses bougent aussi. Un jour, on m’a demandé quel était le premier riff de guitare que j’ai appris. J’ai répondu Fly away, de Lenny Kravitz. Alors oui, Lenny Kravitz a fait partie de ma vie, m’accompagné depuis mon adolescence. J’ai écouté et analysé son travail, jusqu’à maintenant. Franchement, je me mentirais et je mentirais à tout le monde si je disais que Lenny Kravitz n’est pas une influence. Il est sans doute une des plus importantes influences de ma vie !

 

Metal-Eyes : Tu te rends compte que si je cite toutes ces références, c’est dans le seul but de te faire comprendre que j’ai écouté ta musique…

Ayron JONES : Ouais, mec, et je t’en remercie, c’est cool…

 

Metal-Eyes : J’ai dit « écouté », hein, je n’ai pas dit que je l’ai apprécié… (il explose de rire) Et naturellement, avec le décalage horaire, tu prends ton café, et pour moi, c’est l’heure de…

Ayron JONES : Ouais, c’est l’heure d’un whisky !

 

Metal-Eyes : Non, non, j’ai arrêté le whisky… J’y reviendrai mais pas tout de suite.

Ayron JONES : Oh… non, si tu arrêtes ces trucs, il ne faut pas y revenir…

 

Metal-Eyes : Ah, non, rien à voir, c’est juste qu’il faut que je diminue le sucre dans mon sang si je veux éviter le diabète. Un verre de vin, ça ira !

Ayron JONES : Ah, oui, ok…

 

Metal-Eyes : Revenons à ta musique si tu veux bien !

Ayron JONES : Oui, oui, ok !

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de Child of this state pour expliquer ce que tu fais, laquelle serait-ce ?

Ayron JONES : Je pense… Mince, c’est compliqué, ça… Ah, shoot… Je dirai soit Take me away, soit My love remains, une des deux. Je penche plus pour Take me away qui résume en quelques sortes tout ce que j’ai accompli en musique jusqu’à présent. Tous ces éléments qui se mêlent et c’est toujours du rock.

 

Metal-Eyes : OK. Et si tu devais penser à une devise, laquelle serait-ce ?

Ayron JONES : Une devise ? Oh, mec, « ne sois pas un trouduc » (rires), ce serait ça ma devise ! C’est une des choses que j’ai apprises dans la vie : tout le monde dans sa vie a des opportunités. Certains les saisissent, d’autres non. Mais c’est autre chose de maintenir des relations tout en voulant réussir sa vie. La devise que je me suis toujours appliquée c’est d’être gentil, généreux et vrai envers les autres, ceux qui m’accompagnent. Ils sont tes pairs, tes égaux, alors maintenons de bonnes relations, c’est tout…

 

Metal-Eyes : « Ne sois pas un trouduc » peut être une devise personnelle ou plus générale, mais ça s’applique également à la politique (il approuve). Comment analyses-tu le changement entre 2020 et 2021 ? Suis mon regard…

Ayron JONES : Mince… Tu as des questions profondes, j’aime ça, mec ! Je ne vois pas tant de changement pour le moment. J’ai vu des petits pas, mais rien de vraiment palpable pour le moment, pas d’un point de vue politique, en tout cas. J’attends, nous attendons tous de voir un vrai changement…

 

Metal-Eyes : Mais ça ne fait que 5 mois que Biden est en poste…

Ayron JONES : Oui, c’est vrai, c’est vrai, il reste du temps. L’histoire de George Floyd… Le flic qui l’a tué vient de perdre le procès, mais il pourrait échapper à la prison. Et il pourrait faire appel, le système est ainsi fait. Même s’il y a des progrès pour condamner ces personnes qui commettent des crimes contre l’humanité (Note : ce n’est pas tout à fiat la définition officielle, mais je vois ce qu’il veut dire), il leur est impossible de vraiment décrocher, changer. Cet officier de police et ceux qui pensent comme lui vont continuer de commettre ces actes. J’apprécie les avancées, mais il reste tant à faire…

 

Metal-Eyes : De notre point de vue, ici en France, ce n’est pas que la police qui doit changer, c’est la population toute entière qui doit apprendre à voir les choses différemment.

Ayron JONES : Oui, absolument. Je suis entièrement d’accord.

 

Metal-Eyes : Il y a également une ballade sur cet album, My love remains. Pour qui ton amour demeure-il ?

Ayron JONES : Pour qui ? Mec, tu me poses de ces questions ! J’adore ça… Je ne sais pas si beaucoup de gens se rendent compte à quel point ton enfance détermine les relations que tu peux avoir ensuite. Que ce soit avec toi-même, avec tes parents, tes amis… Que se passe-t-il pour quelqu’un qui n’a pas eu de parents, qui n’a pas reçu de repères parentaux ? My love remains traite de ça, de la tristesse que j’ai ressentie de n’avoir pas reçu cet amour, cette relation qui m’a manquée. Cette chanson parle de cet amour que j’ai pour ma mère, pour mon père, qui sont des personnes que je n’ai jamais vraiment connues. Je continue de m’accrocher à cet amour même si je ne sais pas trop quoi en faire…

 

Metal-Eyes : Et c’est une réponse profonde et intense également…

Ayron JONES : Merci, mec !

 

Metal-Eyes : Culturellement, quelle est la situation actuellement aux USA ?

Ayron JONES : Culturellement ? Ça va, ça vient… Certains endroits commencent à rouvrir, mais pas partout. Les Etats-Unis, c’est un pays qui est vraiment divisé en 4 : nord, sud, est et ouest… Les Etats du sud de la guerre de sécession, ceux du nord de cette même période, et ils continuent plus ou moins d’agir de la même manière politiquement. En gros, les Etats du sud se dresseront contre toute mesure : ils ont déjà tout réouvert, « on s’en fout de vos consignes » … la côte ouest est plus raisonnable et respectueuse des règles pendant la pandémie… Bref, il y a de tout partout ! Mais je pense que les choses vont redevenir normales : les cinémas commencent à accueillir des groupes de personnes sur réservation… On va s’en sortir, à un moment ou un autre…

 

Metal-Eyes : Tu as des concerts prévus ?

Ayron JONES : Oui, j’ai quelques dates prévues en juin, une tournée en automne… Les choses se planifient petit à petit.

 

Metal-Eyes : Tu as déjà joué à l’étranger ?

Ayron JONES : Non, je n’ai pas joué à l’étranger. J’ai joué au frisbee à l’étranger, mais pas de musique (rires), mais j’en ai envie. J’en ai rêvé toute ma vie, principalement en Angleterre, en Europe, là où Jimi Hendrix a joué, Eric Clapton… J’ai toujours voulu jouer en Europe et voir la réaction des gens là-bas.

 

Metal-Eyes : L’album sort le 21 mai. Que dirais-tu aux gens, à part « je te collerai mon poing dans la figure » (rires) pour les convaincre d’aller acheter ton album ?

Ayron JONES : Ah, mec, c’est une question difficile ! J’en sais rien… « fume-ça et va acheter mon album » ! (rires)

 

Metal-Eyes : Et si je ne fume pas ?

Ayron JONES : Et si tu ne fumes pas (rires) ? Ok, alors… Que dirai-je ? Qu’avec la pandémie, il y a de nouvelles personnes qui sont en train de créer de nouveaux sons, et je suis l’une d’elles : nouveau son, nouveau mode de vie, et cet album en est l’introduction. Alors, donnez lui une chance et allez l’écouter !

 

Metal-Eyes : As-tu quelque chose à rajouter, Ayron ?

Ayron JONES : Rien de particulier, j’espère que les gens en France vont prendre le temps d’écouter et de découvrir ma musique, et j’espère vraiment venir jouer pour vous dès que possible et que nous puissions tous nous rencontrer. Merci pour cet échange, et… profites de ton verre de vin !