SPOUT BIG SPACE: Terrestrial love call

Belgique, Rock Punk (M&O music, 2022)

Un peu barrés les gars de Spout Big Space, combo bruxellois ? Grave… Terrestrial love est leur nouvel Ep doté de 6 titres aussi allumés que variés. Fricotant avec les choses de l’espace, le groupe peut aisément être vu comme un ovni musical tant ses compositions sont étonnantes, déjantées décalées. Si Cloclo tape dans un punk énergiques, Spout Big Space sait aussi se faire plus directement rock (All song long, l’irresistible et très chantant Gone gone), doux (Candy queen) ou tout simplement inclassable (U-babe). Bref un groupe pas sérieux pour un rond mais très sérieux dans sa façon de faire et dont e résultat musical interpelle. C’est frais, complètement déjanté, ça déride, et rien que ça, c’est du tout bon. Un groupe à découvrir et à soutenir d’urgence!

ENLIGHTENMENT: Strange stars

Allemagne, Rock (Autoproduction, 2022)

Inconnu jusqu’à présent, je découvre Enlightenment, un quatuor rock allemand qui porte très bien son nom. Avec Strange stars, le groupe propose un rock varié, puissant qui sonne à la fois moderne et vintage. Normal, les accents parfois un peu psyché font mouche grace à des guitares inventives, des arrangements mêlant avec bonheur mélodies chantantes et rage puissante (Spines). Joyeuse comme ce Bojando, quelque peu hypnotique comme ce Freakshow instrumental, la formation ne se répète jamais maintenant l’attention de l’auditeur tout au long des 9 titres (plus intro et outro) et démontre savoir exactement où il va, alternant entre rock moderne et sonorités 70’s, prog ou psychédéliques. Un album au potentiel énorme à découvrir sans hésiter.

BIRDSTONE: Loss

France, rock (Autoproduction, 2022)

Du blues psychédélique, c’est la promesse musicale que nous fait le trio français Birdstone formé en 2015. Le groupe se penche sur la complexité humaine, le combat intérieur de chacun, l’ésotérisme et aborde au travers de son précédent CD, Seer en 2019, le parcours initiatique d’un prophète jusqu’à sa mort. Trois ans plus tard, Loss porte sur son prédécesseur le regard désabusé d’un enfant spirituel qui remet en cause les préceptes u dit prophète. Démarrant avec l’envoûtant Pyre, ce nouveau disque propose 7 chansons qui montent en puissance, captent et attrapent l’auditeur pour ne plus le lâcher. Les titres sont dans l’ensemble longs mais taillés dans un rock en effet bluesy aux forts accents psychédéliques le tout accompagné d’une rythmique imparable. S’il n’est pas évident de rentrer dans le propos de Birdstone en une écoute, la seconde rend l’ensemble addictif et donne une furieuse envie d’appuyer sur la touche « Replay ». Laissez-vous simplement tenter et séduire.

JULIEN BITOUN & THE ANGELS: Little ones

France, rock (Mistiroux, 2022)

C’est frais, c’est léger, ça sent l’arrivée des jours insouciants… Julien Bitoun, d’ordinaire individualiste, s’entoure de ses Angels – Paul Iron (basse) et Swanny Elzingre (batterie) et le trio nous offre ce premier essai revigorant, Little ones. Les 12 titres de ce Cd explore un rock enjoué allant de la country au rock’n’roll pur jus en passant par la ballade. Ok, si l’anglais n’est pas très compréhensible, l’ensemble fait taper du pied et donne une furieuse envie de se trémousser, de chanter en choeur et tout simplement de se laisser aller. On est souvent en terrain familier avec quelques inspirations classic rock (on pense aussi bien aux Stones, The Who, qu’à Credence Clearwater Revival ou même à un jeune Bryan Adams, aux pionniers du rock énervé, du psyché  voire même au folklore irlandais par instants) mais le jeu de guitare de Bitoun s’inspire aussi de la pure tradition de chansonnier des deux côtés de l’Atlantique. On passe d’un titre à l’autre avec un bonheur non feint, bonheur que le trio semble partager (cf. les photos du livret) dans une forme de simplicité (cette précision intérieure « Julien joue sur des guitares X et Y, des amplis K…, (…). Et il est assez content du résultat. ») Décidément, Mistiroux devient le label qui monte, découvreur de talents et un gage de qualité. Amateur de rock au sens large, fais toi plaisir!

DIRTY SHIRT: Get your dose now!

Roumanie, metal punk folklorique (Autoproduction, 2022)

Surfant sur la « vague pandémie », Dirty Shirt revient 3 ans après Letchology avec Get your dose now! qui se révèle rapidement addictif. Après une intro qui évoque à la fois westerns et Pulp fiction, le groupe roumain entre dans le vif de son sujet avec un rock teinté de punk et, surtout, doublé de cet esprit folklorique ultra dansant et entrainant. C’est festif de bout en bout et jamais la chemise sale ne lasse. Les rythmes hypnotiques proches parfois de la techno se mêlent à des guitares à la fois sautillante, trépidantes et syncopées sur fond de rythmes joyeux. Les voix se mêlent et se démêlent au gré des titres. On n’est pas étonné, d’ailleurs, de la participation de Beni Webb, le chanteur allumé de Skindred (Pretty faces) tant le style lui ressemble. Passant de titres très folk (Dope-a-min) à un esprit plus heroic metal (la première partie de Hot for summer qui sombre vite dans une folie ravageuse), Dirty Shirt se plonge même dans le bel exercice de la ballade (Cand-s-o-imparit norocu’ (part 1)).Impossible de rester de marbre face à cette déferlante de puissance et de bonne humeur qui se termine avec quelques bonus « spécial pandémie ». Trop sérieux, s’abstenir. Et tu sais quoi, lecteur? Les Roumains seront au Hellfest – part 2, sous Temple, le vendredi 24 juin. pour moi, rendez-vous est pris!

BRYAN ADAMS: So happy it hurts

Canada, Rock (BMG, 2022)

J’ai toujours beaucoup aimé la musique de Bryan Adams , cette puissance des Cuts like a knife et autres Reckless (on parle du Live! Live! Live!?) mais je l’ai moins suivi après ses errances en BO cinématographiques. Le gaillard  a cependant toujours su composer des chansons qui se retiennent et font bouger. Même si ses attirances pour le rock tendance pop, c’est toujours un plaisir de le retrouver. So happy it hurts, son dernier album en date, ne déroge pas à la règle, proposant des morceaux allant du rock à la ballade, variant ses plaisirs et ceux de l’auditeur. Premier constat: aucun des 12 titres  de ce nouveau disque ne ressemble à un autre. Alors, tout s’écoute, d’une traite, et lorsqu’on se plonge dans les paroles, on se dit qu’Adams a laissé parler ses tripes, qu’il a puisé son inspiration dans une (nouvelle?) déception amoureuse et règle ici quelques comptes (le morceau titre et Never gonna rain) avant de renouer avec l’espérance (You lift me up, I’ve been looking for you). Et aussi, il se souvient de qui il est, un musicien de rock qui a été, comme tant d’autres, privé des plaisirs de la route qu’il retrouve enfin, cette route où il est vraiment lui-même (On the road). Et il s’amuse avec « Dieu », redéfinissant la création. Non, non, Kick ass n’est pas une chanson de bigot mais bien la prise de conscience que ce soi-disant créateur a pris conscience que quelque chose manquait, que l’Homme s’était quelque part fourvoyé. Et ce n’est rien d’autres que cette musique rock qui te botte le cul. bref, Bryan Adams nous offre un album vrai, simple et qui ressemble à celui qu’il est aujourd’hui avec ses plaisirs et ses souffrances. Un beau retour qui, espérons le, nous permettra aussi de le retrouver sur scène. Ouais, j’aime bien Bryan Adams.

EDDIE VEDDER: Earthling

USA, Rock (Seattle surf, 2022)

De temps à autres, il y a des surprises qui arrivent comme ça. Le nouvel album solo du chanteur de Pearl Jam qui a publié Gigaton il y a à peine deux ans – arrivent dans les bacs. Earthling nous propose 13 titres d’un rock ici doux et léger, là plus énervé et qui puise son inspiration chez les grands classiques. Rien de particulièrement original mais les Invicible (un pied de nez au Covid?), Brother the cloud et autres The haves rappellent tout autant David Bowie que les premières heures de ce mouvement appelé grunge. Eddie Vedder n’a rien perdu de sa voix charismatique et chaleureuse et sait se faire plaisir avec des titres aisément mémorisables. Earthling se laisse écouter d’une traite sans aucune prise de tête. Un joli retour solo mais si certains attendent un retour à la BO de Into the wild ou une répétition de Pearl Jam, attention: on est sur un registre plus personnel bien que très généreux. Du EdDie Vedder comme on l’aime.

NOTHING BUT REAL: lost in the world

France, Metal (M&O music, 2021)

Un riff rock et entrainant introduit ce Lost in the world, second album des Français de Nothing But Real, déjà auteur d’un premier essai éponyme paru en 2020. Une arrivée sur Terre qui va explorer ses divers horizons musicaux. Le groupe propose avant tout un mélange de rock traditionnel (est-ce volontaire? On entend même des guitare à la Qu’on me laisse le temps d’Océan en intro de Snake eyes, un morceau soft qui monte moins en puissance cependant – il y a plein de références au rock des 80’s et après), de fusion, d’alternatif, dans esprit souvent jazzy, prog et légèrement heavy qui laisse de la place à chaque instrument. Mais voilà, je ne peux que déplorer de ne pas comprendre un mot (ou très peu, si peu, « m’enfin!« …) du chant anglais, chant pourtant agréable et puissant.  Le groove est toujours présent, la formation aime d’ailleurs présenter sa musique comme « du rock alternatifs avec des mangas ». Tout un programme qui passe donc de la douceur à l’énervement tribal (Untold), alliant rock et électro sans hésiter (Scars and burden) et dont certains visuels laissent entrevoir une certaine attirance pour le monde de Hollywood Undead. Cet album a tout de visuel, d’ailleurs, de la pochette aux paroles, puisqu’il raconte l’histoire de Sakar qui débarque sur Terre et croit arriver dans un monde amical. Que nenni, et il va aller de découvertes en déceptions… Lost in this world est un album entrainant et joyeux, qui s’écoute tranquillement sans jamais se ou nous prendre la tête.

JACK AND THE BEARDED FISHERMEN: Playful winds

Rock Punk Noisy, France (Autoproduction 2022)

Dificile de classer ce quintette aunom aussi barré que sa musique. Jack and the Bearded Fishermen nous propose Playful winds, son 4ème album. Mais également son premier depuis 2014. un nouveau départ? En tout cas, les pêcheurs barbus naviguent sur plusieurs eaux, allant de l’énergique au plus calme. Si tous les morceaux sont basés sur des guitares saturées et l’énergie, les inspiration puisent autant dans le metal que dans le punk. Parfois simplement grunge, à d’autres moments noisy, Jack And The Bearded Fishermen nous convient à un voyage en eaux pas si troubles et s’amusent à voguer entre calme (Périscope) et orages (Beware of birds, From above, Lips as martyr) se transformant parfois en tempête (Season, Playful winds). Il n’est ici pas forcément besoin d’avoir le pied marin pour jouer les moussaillons et se laisser entrainer au creux des vagues. Même si, marin d’eau douce comme moi, vous avez le mal de mer sur un pédalo, le capitaine Jack et ses marins barbus sauront prendre soin de vos sens.

Live report: TEXAS au Zénith d’Orléans (le 11 avril 2022)

Enfin, oui, enfin! Les concerts reprennent et après deux reports, comme tant d’autres ont dû le faire également, les Ecossais de Texas posent leurs flight cases à Orléans, dans ce Zenith, en petite configuration qui, en ce 11 avril, accueille un peu moins de 3000 spectateurs. Un Zénith dont le public – varié, trois générations sont présentes – n’attend que de pouvoir célébrer le trentième anniversaire de l’incontournable album Southside. Un premier disque qui a accompagné nombre d’entre nous, amateurs de Rock au sens large, dans nos années de jeunes adultes qui mérite bien qu’on se repenche dessus (l’album, pas nos jeunes années…), un disque, surtout, entré dans la légende grâce à des chansons chaleureuses, douces et tendres, rock et variées. Ce soir, alors, Sharleen Spiteri et sa bande ne nous réservent sans doute pas de surprises si ce n’est dans le spectacle lui même. A voir.

La scène du Zénith affiche un immense backdrop noir flanqué du nom du groupe, blanc sur fond rouge, rappelant la pochette du premier album. Des tabourets, des instruments rapprochés… et voici que sonne 20h05. Exctinction des feux. Deux spots sur les côtés de la scène en éclairent le centre où s’installent les musiciens. Sharleen, vêtue d’une veste en jean et d’un bonnet de laine orange – oui, on dirait Charlie, en plus facile à trouver! – s’empare de sa guitare. Les premiers accords de I don’t want a lover résonnent et c’est parti pour tout l’album. Les classiques suivent les classiques – Everyday now, Prayer for you, Faith... – dans cette ambiance sobre et feutrée.

Un constat s’impose d’emblée et il tient en deux mots: quelle voix! Sharleen n’a rien perdu de cette clarté et de cette puissance vocale. Son chant cristallin, bluesy, grave, groovy, bref… son chant varié fait vibrer le public qui scande et applaudit son appréciation de la performance tout autant que l’humour de la chanteuse qu’elle égrène tout au long du set (se questionnant notamment sur le bien fondé de sa tenue, on la comprend).

Si l’on peut regretter que les musiciens ne bougent pas, Sharleen, pas plus mobile que les autres, communique longuement, souvent, très souvent , en français avec le public, faisant preuve d’humour et d’auto dérision. 54 ans c’est vieux, selon elle… Ce qui l’oblige à avoir les paroles sur un chevalet – « perte de mémoire » – et l’empêche de bouger tant son « corps est rouillé« … Ce que nous pourrons constater dès le second set. Ou pas. Pour le moment, ce premier set se conclue avec l’argument justifiant le peu de lumière et de mouvement des musiciens, un « hey, nous ne sommes que le groupe de première partie. Après, il y a le grand Texas qui va jouer »! Ceci explique donc les conditions minimalistes dont dispose Texas. Encore la faute de la tête d’affiche! Pause, donc.

Le changement de plateau est rapide – l’espace entre les musiciens se fait plus large, les tabourets disparaissent exception faite d’un seul. Le public reprend place, certains malins profitant de l’entracte pour venir squatter le devant de la scène transformant cette soirée en (presque) vrai concert de rock. Le second set, qui se veut électrique et rock, démarre à 21h30 lorsque le groupe reprend place et que son leader réapparait, vêtue d’un costume bordeaux et armée d’une superbe Gretsch verte aussi imposante qu’elle. La célébration des 30 ans de Southside cède la place à la tournée Hi! et débute pied au plancher avec Summer son. Quelle énergie! L’ambiance monte d’un cran et ne faiblira pas pendant les 90 minutes qui suivent.

Plus sérieuse et appliquée, Sharleen continue de s’adresser en français au public, présentant des excuses pour sa mauvaise connaissance de la langue. N’empêche, le public est sous le charmes des flatteries (remember La Fontaine) que sont les « Orléansss, c’est très magnifique », « Orléansss, c’est très génial » et autres compliments forts justes et mérités, reconnaissons le très humblement.

Lorsqu’elle lâche sa guitare, elle bouge, invitant le public à danser, chanter, l’accompagner, le tenant simplement dans la paume de sa main. Elle se fait cependant plus sérieuse en abordant la fin du concert lorsqu’elle explique, longuement et sérieusement, à un public attentif que « nous avons vécu 2 ans et demi difficiles. Pour certains, c’est plus difficile que pour d’autres (…) et ce sont ceux qui ont le moins qui donnent le plus. Je veux dédier cette chanson aux organismes humanitaires, aux associations caritatives, à ceux qui distribuent de la nourriture, qui donnent de leur temps. cette chanson s’appelle Unbelievable ». Instant émotion, sans doute accentué par la guerre qui fait rage au coeur de notre continent, à deux encablures de chez nous, en Ukraine.

Tout aussi émotionnelle est la suite: un In demand avec, pour seul accompagnement du chant, une simple rythmique guitare batterie. Superbe. On s’approche de la fin et Sharleen s’en amuse après Inner smile, annonçant qu’il ne reste qu’une chanson. Et faisant un faux teasing en annonçant un possible « encore » avec une autre chanson. Ou deux… ou trois.

Ce rappel démarre avec l’incontournable vous savez lequel (Ok… I don’t want a lover pour ceux qui ne suivent pas) suivi de l’impeccable et implacable Black eyed boy. Pour rapporter un peu de calme, le concert se clôt avec Suspicious mind, sans doute pas le final le plus explosif mais qu’importe… Le public, une fois les lumières rallumées, quitte la salle tout sourire dehors.

Deux sets, deux ambiances, plus de deux heures trente de musique d’un groupe qui, c’est une constante chez les anciens, ne lésine pas et se donne entièrement à son public. Superbe soirée.

Merci à Adeline Catineau et AZ Production pour avoir rendu ce report possible.