BLACKBERRY SMOKE live à Paris – l’Olympia, le 28 septembre 2024 (avec Bones Owens)

Mine de rien, depuis quelques années, Blackberry Smoke développe une véritable histoire d’amour avec Paris. A une exception près, à chacun de leurs passages, les Américains investissent – et remplissent – une salle plus grande: Nouveau Casino, Alhambra, Trabendo, Maroquinerie, Cabaret Savage, Bataclan et aujourd’hui l’Olympia… Tout ça en dix ans à peine. On ne peut qu’admirer cette ascension qui, si elle n’est pas fulgurante, stabilise le BS dans le paysage musical des Français amateurs de rock.

Bones Owens, Paris, Olympia, le 28 septembre 2024

Ce soir, contrairement à ce qu’annonce l’affiche, c’est Bones Owens qui a, en lieu et place de The Steel Woods, la charge d’ouvrir et de chauffer la salle. Pendant 45′, le trio propose un rock teinté de cette chaleur sudiste, à la fois rassurante et moite. Il n’y a guère de fioriture ici, et le public dont une grande partie semblé découvrir Bones Owens, le fait savoir en clamant sa satisfaction.

Bones Owens @Paris,L’Olympia

Avec son look improbable, le chanteur guitariste, sorte d’anguille dandy dégingandée, semble concentré mais parvient rapidement à séduire la foule en développant un réel capital sympathie. La communication est aisée, le gaillard clamant sa satisfaction de jouer dans une salle salle aussi mythique que cet Olympia qui a vu tant de grands passer.

Bones Owens @Paris,L’Olympia

Sous ses faux airs de rock sudiste, Bones Owens propose un rock également teinté de country, de blue grass et sonne même parfois comme un Rival Sons en version plus roots. Le résultat est simplement vivant et entrainant comme on aime.

Bones Owens @Paris,L’Olympia
Blackberry Smoke @Paris,L’Olympia

C’est à 21h15 que la salle est de nouveau plongée dans le noir. Heureusement, car la foule s’impatiente depuis un bon quart d’heure. Blackberry Smoke investit donc cette scène déjà tout à sa cause acquise, Charlie Starr arrivant en dernier dans une veste verte à fleurs d’un goût que certains pourraient qualifier de… oui, « douteux ». Ses sourires semblent indiquer qu’il le sait et n’en a cure lorsque le groupe attaque Workin’ for a workin’ man. Et le plancher de l’Olympia se transforme une nouvelle fois en trampoline tant le public saute.

Blackberry Smoke @Paris,L’Olympia

Si Starr est sautillant et de très bonne humeur, hormis Paul Jackson également très heureux d’être là, les autres musiciens du groupe semblent rester cantonnés dans leur espace, ne bougeant que peu. C’est d’autant plus dommage que ce sera le cas tout au long du concert. Mais là encore le dicton résume très bien les choses: let the music do the talking. Et la force des Georgiens est de ne jamais proposer deux fois d’affilée la même setlist.

Blackberry Smoke @Paris,L’Olympia

Le set de ce soir est principalement axé autour du dernier album, Be right here et de l’autre incontournable, The Whippoorwill, chacun se voyant représenté par 5 titres. Etonnamment, avec un seul extrait, You hear Georgia, le précédent album, est presque relégué aux oubliettes…

Blackberry Smoke @Paris,L’Olympia

Pendant que le public se dandine au fil des titres, on admire le gigantesque backdrop – un superbe paillon qui évoque Le silence des agneaux – dont les couleurs varient au gré des éclairages. Charlie Starr a tombé la veste depuis longtemps et s’adresse régulièrement au public, évoquant souvenirs et anecdotes.

Blackberry Smoke @Paris,L’Olympia

Les classiques défilent à belle allure, et même si on peu regretter certaines absences jouer sur d’autres concerts (comme Six ways til sunday) on ne peut que vibrer à l’écoute des Pretty little lie, Rock n roll again, Let it burn ou autre One horse town tout autant qu’applaudir la venue de Spencer Jackson sur le dernier rappel (Pearls) avant que le groupe ne quitte définitivement la scène sur le traditionnel Ain’t much left of me.

Blackberry Smoke @Paris,L’Olympia

Ce soir, c’est un public ravi qui quitte l’Olympia, et, même si on peut regretter le manque de dynamisme des musiciens, oui, la musique a parlé. Un grand concert qui vient réchauffer l’atmosphère.

Merci à AEG Presents France d’avoir rendu ce live report possible.

SEX SHOP MUSHROOMS: God doesnt exist

France, Grunge (Autoproduction, 2024)

Grunge’s not dead! Nirvana non plus! Enfin, pas dans l’esprit des Français de Sex Shop Mushrooms qui, avec leur premier album, God doesnt exist, cherchent sans jamais s’en cacher, à faire revivre cet esprit de révolte rock’n’roll que les trois de Seattle avaient insufflé. Oui, c’est toute une génération, et plus, qui fut marquée à vie par Cobain et consorts. Même la photo du livret évoque un concert de Nirvana! Mais non, c’est bien un quatuor de trublions parigots qui nous sert cet album sans fioriture, direct et dans ta face. C’est en 2022 que Timothée Leporini (chant / guitare), Giulia Vinciguerra (batterie), Victor Cresseaux (Guitare) et Cyprien Ortuno (basse) décident de former Sex Shop Mushrooms et rendent ainsi un véritable hommage à Nirvana. Car, oui, il s’agit clairement plus d’hommage que de plagiat même si le chant torturé, les titres titres simples et directs, les guitares saturées sont toujours plus qu’inspirés des grand frères. Aucun des onze titres de ce premier album ne peut laisser indifférent, et l’on se surprend à replonger dans ces années irrévérencieuses à souhaits. On imagine aisément que peu de scènes puissent résister à ces quatre là tant ça déboite sévère!

ASYLUM PYRE live à Orléans (Dropkick bar, le 27 septembre 2024)

Asylum Pyre au Dropkick bar (Orléans), le 27 septembre 2024

C’est dans le cadre de la mini tournée itinérante Triple Metal Storm (vraiment mini avec une date la veille à Paris!) qu’Asylum Pyre fait enfin halte à Orléans. Quel autre lieu que le très convivial Dropkick Bar pour accueillir des formations toujours prometteuses? Si l’affiche de ce soir est alléchante – sont également au programme les locaux de Chaos Rules et Parallel Minds – des obligations m’empêcheront d’assister à l’intégralité du concert. Alors, égoïstement, heureusement que Asylum Pyre passe en premier…

Asylum Pyre au Dropkick bar (Orléans), le 27 septembre 2024

Après une rapide interview – compliquée (avec les balances en bas, pas forcément évident que je puisse tout retranscrire) – je reviens place du Châtelet pour le concert mais tourne tant pour trouver une place que je rate le premier titre, l’intro Lullaby for the clairvoyants suivi de One day (les deux morceaux d’ouverture de leur précédent album, N°4). Si les gens ont décidé de sortir ce soir, on circule assez facilement dans la salle investie par un peu moins de 100 personnes et le groupe est visiblement en forme.

Asylum Pyre au Dropkick bar (Orléans), le 27 septembre 2024

Tellement, d’ailleurs, que rapidement la petite foule se met à trépigner et danser. Si le second guitariste, Pierre Emmanuel Pélisson, est absent, il est remplacé avec brio par Clément Botz, chanteur et guitariste au sein de Attractive Chaos. Il se donne tant qu’on le croirait membre permanent d’AP.

Asylum Pyre au Dropkick bar (Orléans), le 27 septembre 2024

Au-delà d’être en forme, le groupe est totalement complice, et l’on sent que la bonne humeur règne à tous les étages. Même quand un incident vient couper l’alimentation de je ne sais quel appareil de Johan (Cadot, guitare et chant), Oxy Hart (AKA Ombeline Duprat, la chanteuse) vient le taquiner en attendant que le jus revienne.

Asylum Pyre au Dropkick bar (Orléans), le 27 septembre 2024

La setlist est quant à elle entièrement axée sur les deux derniers albums en date (N°4, donc, et Call me inhuman, deux indispensables du genre). Les titres enjoués ne cèdent la place qu’à des morceaux de bravoure et hymnes que le public reprend avec cœur et en choeur. les Lady Ivy, There I could die, Fighters côtoient les zombiesques Cemetery road ou les imparables Sex, drugs and scars et Virtual guns qui vient clore un concert d’un peu plus de 45′ dans une superbe ambiance, une partie du public venant même chanter au micro d’Ombeline.

Asylum Pyre au Dropkick bar (Orléans), le 27 septembre 2024

Asylum Pyre fait incontestablement partie de ces groupes à qui il ne manque qu’un coup de pouce du sort pour exploser. Pro, festif et joyeux, ce concert a montré une formation au meilleur de sa forme. Un très beau début de soirée que je dois malheureusement interrompre ici, mais un groupe à revoir d’urgence!

Asylum Pyre au Dropkick bar (Orléans), le 27 septembre 2024

MY OWN PRIVATE ALASKA: All the lights on

France, Metal (Autoproduction, 2024)

Etrange sinon bizarre. Interpellant et intriguant aussi. A l’écoute de All the lights on, leur second album, il est impossible de faire entrer les Français de My Own Private Alaska dans une case, de leur coller une étiquette. Metal? Certes, extrême en plus, dans le chant plus qu’ailleurs. Progressif? Oui aussi, les compositions à tiroirs et les étonnement se trouvant un peu partout. Jazz? Certaines structures l’évoquent également. Pop? Oui, encore, certaines mélodies se faisant volontairement quelque peu acidulées. Bref, Cet album est riche et inventif. Pas facile d’accès, il a avant tout le mérite d’éveiller la curiosité et d’interpeller. On aime ou pas, mais on ne peut certainement pas rester indifférent. L’introduction dans le groupe d’un clavier change certainement les couleurs musicales du groupe d’origine, l’enrichissent pour le meilleur. Les plus curieux et ouverts d’esprit prendront le temps nécessaire pour intégrer et digérer tous les éléments de ce disque à la fois dense et léger. Sans doute une des surprise de cette fin d’année.

LOCO MUERTE: Parano booster

France, Hardcore (M&O, 2024)

Los Locos, Los Chicanos du 91, ou un truc comme ça…, reviennent avec Parano booster qui… booste et ravage tout sur son passage. Démarrant sous de faux airs de douce chanson latino, B91 dévie rapidement vers du hardcore sans concession. Si l’énergie est de mise chez Loco Muerte – un peu d’irrévérence et beaucoup de 36ème degré aussi, tant mieux – les Franciliens savent parfaitement varier les plaisirs. Ainsi, si le hardcore enragé et direct est de mise, le morceau titre s’approche du thrash old school tandis que Demonios se fait plus foncièrement heavy. Trois mamelles que le groupe exploite avec bonheur et envie sur cet album qui transpire de sincérité, d’envie et de fun latino (tout est chanté en espagnol). L’album tout entier speed et charcute (Pura violencia est explicite) et si les Loco changent de tempo, ils semblent ne jamais vouloir mettre le pied sur le frein. On transpire et on gueule de plaisir tout au long de cet album d’une remarquable et brutale festivité. Ils sont de retour et c’est pour mieux nous démonter les cervicales!

Interview: LAST TEMPTATION

Interview LAST TEMPTATION – Entretien le 11 septembre 2024 avec Peter Scheithauer (guitares)

Avant de parler de votre nouvel album, Heart starter, je voulais commencer par ta santé. Lorsque nous nous sommes vus à Nancy, lors du Heavy Week End, tu me disais avoir récemment subi une opération à cœur ouvert, quelques semaines avant…

Même pas, un mois avant à peine…

Que s’était-il passé et, surtout, comment vas-tu aujourd’hui ?

Je vais très bien, merci. Ce qu’il s’est passé, c’était un problème de naissance : une valve qui était dysfonctionnelle de naissance. Je pensais que j’avais encore du temps devant moi et, pour des raisons médicales que personne ne connait – c’est comme ça – ça s’est calcifié un peu plus vite que prévu parce qu’elle travaillait un peu plus qu’une valve normale. Je pensais que je me ferai opérer vers 70, 80 ans, pas grave. Je suis revenu des Etats-Unis, j’ai fait des tests et le médecin m’a dt que je devais me faire opérer. « Oui, d’ici dix ans… » Il me répond que non, « c’est dans les deux mois » (rires)

Ça a dû te mettre un coup de pression…

Oui, en plus, il y a quelqu’un qui rentre dans la salle et qui me dit : « ah, la douche froide, hein ! » (rires). Super… En même temps, je n’avais pas trop le choix. Ça a repoussé tout ce qu’on avait de prévu pour l’été, mais c’est pas grave. C’est des choses qui arrivent et le plus important, c’est que je sois en forme.

Ce qui est intéressant aussi, ce sont tes tatouages sur les avant-bras. Je n’y avais pas fait attention : Heaven et Hell. Tu es passé par les deux, là…

Ouais (rires). Mes tattoos, ils sont tous un peu en face à face, un effet de miroir. Mais pour ces deux-là, tu ne peux pas les avoir à l’envers. Ce sont deux opposés.

Venons-en au groupe : Last Temptation a radicalement changé. Que s’est-il passé ?

Oui, c’est vrai… Disons que je voulais aller dans une certaine direction qui n’était pas commune à tout le monde – je voulais un retour aux sources – et j’ai décidé de continuer ailleurs et de ne pas… (Peter reste évasif). C’est comme ça que ça s’est passé, aussi simple que ça, on n’allait plus dans la même direction.

On ne peut pas parler de divergences musicales, simplement de visions différentes (Il confirme). Tu viens de parler de « retour aux sources », quelles sont-elles, ces sources ?

Ah ! J’ai grandi avec Van Halen, Kiss… Il y en a tellement, mais tous les groupes des 70’s, de ZZ Top, Cheap Trick à Kiss, un peu plus tard, aussi, Pantera…

Un peu plus brutal aussi…

Oui, mais ils ont commencé avec ces mêmes sources. Il y avait des choses plus rock aussi, Aerosmith, Bryan Adams, Foreigner, des trucs plus heavy, Black Sabbath, bien sûr, même s’ils sont Anglais. Mais il y a énormément de musique américaine qui m’a influencé, notamment, je viens de le dire, Van Halen qui, lorsque le premier album a paru, a foutu une claque à tout le monde. Tu sais, j’ai grandi avec Ted Nugent, Billy Gibbons, Ace Frehley, de très grands guitaristes dans leur style. Mais Van Halen, même s’il était influencé par ces gens-là, a mis la guitare tout à fait ailleurs, à un autre niveau. Il a autant révolutionné que Jimi Hendrix à son époque.

Heart starter est votre troisième album. Avant que nous ne parlions de son contenu, comment définirais-tu la musique de Last Temptation à quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Ah, ah ! Heavy rock, hard rock au départ, même à tendance rock parce qu’il y a des choses similaires. Rock et hard rock sont très proches. Si tu écoutes Def Leppard et Bryan Adams, il y a plein de similitudes…

On fera le lien avec des gens comme Jim Vallance et Mutt Lange, des producteurs communs…

Oui, bien sûr. Maintenant, je voulais retrouver ce côté fun des débuts. Il y a aussi l’influence de Black Sabbath, mais je pense qu’on le ressent moins sur cet album que sur les deux précédents. On est un groupe de hard rock, même si je n’aime pas les étiquettes. On n’est pas metal, même si on peut jouer dans des festivals metal…

Vous l’avez déjà fait, d’ailleurs…

Oui (il sourit). Je dirai qu’on est simplement un groupe de hard rock, ça va de AC/DC à Van Halen, en passant par Cheap Trick.

Quand et où avez-vous composé et enregistré Heart starter ?

Toutes les batteries ont été enregistrées en Italie, chez Flavio Alessandrini, toutes les voix ont été faites à Toulouse où vit Loup Maleville, le chanteur, les prises guitare et basse ont été faites chez moi, dans mon studio.

Il y a dix titres sur cet album. J’aime bien le titre d’ouverture : Get on me… Vous auriez très bien pu l’appeler Turn me on (excite moi), mais là, vous passez directement aux affaires avec « grimpe moi dessus » (il rit). Pour moi, ce titre est purement rock’n’roll, il est direct avec ses trois syllabes qui accrochent et vont droit au but. Qu’as-tu voulu mettre dans cet album ?

Tu parles de Get on me : on a tourné le clip aux Etats-Unis et Loup est très influencé par la country. Il est à moitié Canadien et sa voix m’a tout de suite parlé dans la mesure où tu as l’impression d’écouter du classic rock. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais c’est une des choses que j’ai aimé dans cette voix : tout de suite, elle m’a renvoyé à mon enfance de radio US. Même si c’est vintage, il y a du fun et du renouveau dans notre musique, plutôt que de simplement vouloir être… je sais pas, brutal. On essaie d’apporter un peu de fraicheur.

Ce que je ressens en écoutant l’album, c’est une musique très festive, très… « highway song music » : tu es au volant de ta voiture, tu glisses le CD dans le lecteur – quand il y en a un… – et tu roules.

C’est ça, exactement ça…

On ne va pas faire un titre à titre, mais il y en a un qu’on ne peut pas éviter, c’est Born to be alive (il rit). Vous avez transformé, malaxé ce titre en version rock. Pourquoi avez-vous décidé de participer à la continuité des royalties de Patrick Hernandez ?

(Rires) Pas mal ! En fait, on voulait quelque chose qui représente une époque qu’on aime beaucoup, énormément, même, et qui soit festif. C’est un titre que tu ne peux pas louper, il fait taper du pied, que tu sois dans ce style de musique ou pas. On avait envie de faire une reprise, et en en parlant, on se disait qu’il n’y a aucun intérêt à reprendre un morceau rock. Même si les musiciens sont meilleurs, ça ne veut pas dire que la reprise soit meilleure que l’originale. On voulait quelque chose de français, mais anglais. Ça commence déjà à être un peu plus rare. Il fallait quelque chose que tout le monde connait. J’ai regardé des interviews de Hernandez et, je ne le savais pas, mais ce titre était rock en 1974, et personne n’en voulait. Par la force des choses – et, je pense, des producteurs qui l’ont un peu poussé – il a fini par devenir disco. Au départ, ça n’a pas pris comme il le voulait, mais c’est parti ensuite d’un coup. Il y a ce côté festif qu’on retrouve dans le rock, et on a voulu l’adapter pour que ce soit Last Temptation qui interprète Born to be alive et pas une interprétation un peu trop proche de l’originale. Ça ne nous aurait pas collé, ce côté paillettes, même si c’est festif.

Ça démontre simplement, un nouvelle fois, qu’une chanson, quand elle est bonne, quelle que soit l’interprétation, ça passe.

C’est ça, tu peux faire tout ce que tu veux, du rock, du thrash, du rap, de la pop… tout repose sur les morceaux. Si tu as un bon morceau, il est bon. Tu peux avoir un super batteur, un super guitariste, c’est le morceau en lui-même qui est important. On peut aussi parler des albums de 15 ou 20 titres qui ne servent pas à grand-chose : dans le rock, je préfère un album de 10 titres que j’ai envie de remettre plutôt qu’un album où au bout de 15 titres tu te dis « ouais, OK, il est bien, mais on aurait pu se passer de certains morceaux… »

Nous qui avons grandi avec les vinyles, un album de rock c’est maxi 40’. Sur deux faces… Sur Heart starter, justement, il y a dix titres. Si tu devais n’en retenir qu’un pour expliquer ce qu’est aujourd’hui Last Temptation, ce serait lequel ? Pas ton préféré, celui qui vous représente le mieux aujourd’hui…

Ce serait Get on me… Tu en as parlé, c’est pour ça qu’il ouvre nos concerts et l’album. Les deux premiers même, ils sont très représentatifs de là où on veut aller. Plus que d’autres… Ah, c’est dur, très dur comme question… C’est comme si tu demandais à un père lequel de ses enfants il préfère !

C’est la question « choix de Sophie » !

Ah, ah ! Je reste avec Get on me, alors !

Revenons au groupe : comment as-tu dégoté ces musiciens ? Fabio est connu pour avoir sa participation, entre autres, avec Jeff Waters dans Annihilator, mais Loup et Franz ?

Franz était déjà notre bassiste sur la tournée 2022. C’est Loup qui me l’a présenté en me disant qu’il ne pourrait pas assurer toutes les dates de 2022. Il avait un choix à faire. Je ne savais pas que je serai hors compétition six mois plus tard, on a fait des tests, et c’est venu très naturellement avec Franz. Fabio, ça fait très longtemps qu’on se connait, qu’on parle, on avait déjà fait des démos beaucoup plus heavy. Ça ne s’est pas fini comme on voulait puisqu’il y a eu le Covid… mais on voulait faire des choses ensemble. Loup, en fait, c’est une vidéo que j’ai vue. J’ai fait « waow, je voudrais bien que ce groupe soit en France ! » Je ne savais pas qu’il était ici, de par l’accent de Loup. J’ai découvert qu’il vit à Toulouse, on s’est appelé, il est venu ici, on a vite accroché et on a commencé à bosser ensemble.

Je sais que de toute façon – Butcho me l’avait dit lors de la promo de votre premier album – que tu voulais un chanteur français mais qui soit parfaitement bilingue, sans accent. Ce qui reste la grande faiblesse de nombreux groupes français qui chantent en anglais…

Dans des styles plus heavy, ça peut passer, mais si tu veux chanter une ballade… Scorpions, il a un accent Klaus Meine, et c’est aussi ce qui fait le charme de Scorpions, on ne peut rien dire, ça a marché (rires) ! Mais à la base, c’est très dur quand tu entres dans le hard mélodique : s’il y a le moindre petit accent, ça passerait très mal, même en Allemagne où on dirait que ce n’est pas un groupe de rock… On n’a pas encore démontré avoir un groupe comme Scorpions. On a Gojira, certes, mais on n’a pas Scorpions.

Gojira, ce n’est pas le même chant… Tu écoutes sans comprendre les paroles, comme dans ce genre-là…

Ça n’a rien à voir… Et tu ne distingues pas si c’est anglais ou non. C’est très bien fait, c’est une grosse machine, mais ce n’est pas du tout le même genre.

Je crois que c’est Doro qui disait avoir adoré Trust, mais uniquement en français, elle trouvait les versions anglaises affreuses…

Oui, Anthrax aussi, d’ailleurs… (rires) C’est difficile.

Tu parlais plus tôt du clip de Get on me. Où a-t-il été tourné ?

Il a été filmé dans une ghost town à 30’ de Las Vegas. On a trouvé cette place absolument fabuleuse. Même si c’est dans le désert, quand on l’a filmé, il faisait super froid (rires). On l’a filmé en janvier, il y avait du soleil, mais c’est tout ce qu’il y a de « chaud » dans ce clip….

Ça, on ne le ressent pas sur la vidéo. En revanche, ce qu’on constate, c’est qu’il y a une chorégraphie : l’angle change mais les gestes sont les mêmes, synchronisés… Quelle était la volonté derrière cette chorégraphie ?

Simplement de voir que le décor change, pas le groupe. Les décors, on est sur la même place, tout le temps.

J’ai l’impression que vous avez à peine tourné la caméra.

Exactement. En fait, on ne le savait pas à l’époque, mais il y a des films qui ont été tournés là-bas. On a discuté avec les propriétaires, déjà pour leur demander si on avait le droit de tourner là. Ils nous ont dit que oui, que d’autres avaient tourné ici. Kevin Costner, je crois, il fait exploser un avion, des clips, des séances photos de Journey… On a essayé d’utiliser toutes les scènes présentes. On n’a pas tout fait, mais c’était vraiment impressionnant. On voulait différentes scènes, mais que ça reste le même groupe. C’était marrant à faire.

D’autres clips sont prévus ?

Oui, mais pas avant octobre. Il y aura des clips, et d’autres surprises. Peut-être un clip de Born to be alive, on verra…

La pochette de Heart starter est rose foncé, il y a une boule à facette… C’est tout sauf rock’n’roll…

Elle est rouge en fait… Mais non. Elle est au milieu du désert, il y a cet objet que tout le monde connait mais qui n’a rien à faire là. C’est presque une affiche de film de science-fiction. Elle dit « c’est là, mais c’est pas forcément là »…

On pourrait en effet penser à une lune qui n’est pas tout à fait à sa place. Elle m’évoque un peu Rencontre du troisième type…

C’est un peu ce qu’on voulait. Un peu décalé.

Autre sujet : tu as décidé de travailler cette fois avec Angie de NRV promotion qui s’occupe plus, habituellement, de groupes émergents. Or, c’est votre troisième album. Pourquoi ce choix ?

On a discuté, on a bien aimé ce qu’elle nous a proposé, ce qu’elle envisageait de faire. Après, cet album c’est un peu un renouveau. D’ailleurs, Heart starter n’a rien à voir avec ce qui m’est arrivé, mais tout est un renouveau. On va relever de nouveaux challenges, pour l’instant ça marche bien, très bien même, mais on avait envie de quelque chose de frais. Elle ne s’occupe que de la promo, en France, pas du management ni de la promo internationale.

Un groupe de rock, c’est aussi un groupe de scène. Même si tu ne peux pas tout dire- j’imagine que tu as interdiction de dire que vous allez refaire le Hellfest (il sourit) – mais il y a des projets de tournées ?

Oui, en France, mais on a aussi eu des opportunités pour tourner en Europe, Allemagne, Suisse, Autriche… En plus avec un groupe – je ne peux pas dire qui, mais un groupe des années 80 qui était connu – le tourneur travaille avec eux et il nous a demandé si ça nous convenait de tourner avec eux dans des pays où on n’a pas encore joué. Ce sont des marchés très rock, comme la Suède et les pays nordiques, mais ça, ce sera plus tard. On commence par Suisse Allemagne Autriche parce que le label est basé là-bas, en Allemagne. Et la France, on est impatients de jouer en France aussi. Peut-être avec ce même groupe, d’ailleurs… Les premières dates confirmées sont en mai, mais ça vient à l’envers, donc on devrait en avoir avant… Ce qui nous permet aussi de travailler la logistique, une tournée comme ça, ça se prépare, pas comme une première partie de dernière minute…

En même temps, le mois de mai, c’est la période où débutent les festivals européens. Ça peut s’enclencher… On vous verra à Nancy ?

J’espère… ah, ah, ah ! Oui, oui, j’espère !

De ton point de vue, en dehors du changement de line-up, quelles sont les évolutions principales de Last Temptation entre Fuel for my soul, paru il y a deux ans, et Heart starter ?

Déjà, l’interprétation. Fabio apporte énormément au niveau batterie. Il a cette frappe forte très seventies mais il a aussi une vraie finesse. Il a l’intelligence de ne pas trop en mettre, mais d’en mettre là où il faut. Loup amène une grosse différence au niveau mélodies vocales. Ça vient aussi du fait que les riffs sont un peu différents. On avait repris sur scène Fuel for my soul quand on a ouvert pour Hollywood Vampires, donc il peut mettre ce genre de titre à sa sauce. Il y a moins de lourdeur, il est plus… je n’aime pas dire « joyeux » …

Je le trouve très festif.

Voilà, « festif », c’est le bon mot.

En dehors du groupe, avez-vous d’autres activités professionnelles ?

Loup est intermittent, Fabio aussi, il ne fait que ça. C’est pour ça qu’on le retrouve dans d’autres groupes, Bonfire, d’autres… Hanz est photographe de métier. Et moi, je ne fais que de la musique aussi.

Quels sont les 5 albums que tu as le plus écouté dans ta vie ?

Waow… Pour commencer, sans doute celui qu’on n’attend pas : Wish you were here, de Pink Floyd. Cet album m’a emporté… Quand tu l’écoutes, tu ne peux pas n’écouter qu’un morceau, tu es obligé de tout écouter… C’est ce que j’aime avec ce disque. Après, l’album qui m’a vraiment donné envie de faire de la musique, c’était Kiss Alive ! La folie qu’il y a sur cet album, même s’il n’est pas vraiment live… Tu sens qu’il y a derrière quelque chose, un vrai groove… Je pense que c’est le début de tout le hard rock américain qui a suivi. Même Aerosmith n’était pas aussi fou ! Troisième… Ah, c’est dur… Très très dur (rires). Je dirais l’album 4 de Foreigner. Il n’y a pas de « bon » titres, ils sont tous excellents, il n’y en a pas un – même si tout le monde connait Urgent et Juke box hero – pas un qui ne passerait pas en radio. Et la voix de Lou Gramm… Van Halen, forcément. Woment and children first

Bien, j’adore cet album !

Moi aussi, on retrouve… Il est encore plus réel que le premier, je ne sais pas comment l’expliquer. Au niveau rythmique, il y a quelque chose de phénoménal… Et le dernier… Ouais… J’écoute quoi dernièrement qui est vieux ? Même si je l’écoute moins aujourd’hui, je dirai le deuxième Ozzy Osbourne, Diary of a madman. Il y avait des morceaux dessus…

Pour terminer, quelle pourrait être aujourd’hui la devise de Last Temptation ? Et ne me dis pas le dollar américain, s’il te plait !

Ah, ah, ah ! Il faut aller voir les concerts. Mais avoir du fun dans ce qu’on fait et dans ce qu’on veut. Si tu écoutes cet album, c’est pour être de bonne humeur. Allez voir les concerts et amusez-vous ! Et soutenez les groupes. En une devise ? Get on me ou Get it on !       

Séance de rattrapage: EXA: Left in shards

Allemagne, Thrash (Autoproduction, 2024)

Ils ne sont pas là pour rigoler, nos amis allemands de Exa! Dès les premières mesures de Return to madness, les Berlinois nous font entrer dans leur boucherie sanglante. Le riff est tranchant autant que rapide et précis, le chant rugueux et la rythmique martèle sans relâche. On pense immédiatement à une rencontre entre Slayer, Exodus et Testament pour les (une partie des) influences d’outre-Atlantique, et à Sodom ou Kreator, grands pourvoyeurs et défenseurs du thrash teuton. Exa sait cependant varier ses plaisirs – et le notre – en proposant des titres aux tempi variés, et cette alternance permet de ne pas fatiguer l’auditeur trop rapidement. Formé au lycée en 2016, le groupe sort Ignite en 2018, Ep leur valant d’être élu meilleur espoir par les lecteurs de Metal Hammer et lui donnant par la suite l’opportunité d’enregistrer un premier album, Cut the past. Aujourd’hui composé du guitariste chanteur Tom Tschering du guitariste rythmique Johannes Lortz, du bassiste Tamino Bosse et du batteur Leon Pester (aucun lien familial connu avec notre Lorie nationale !) Exa démontre, et avec quel brio, sa maitrise et son amour du thrash old school. La production sans faille est moderne tout en rendant hommage à l’esprit conquérant 80’s, Exa apportant sa personnalité (une basse slappée dans le thrash, pas si fréquent, hein?) Le sérieux du groupe lui a permis de signer avec un tourneur en 2023. Espérons que ce dernier permette au quatuor de franchir les frontières afin de nous rendre visite. Un espoir à prendre très au sérieux. EN tous cas, la relève est assurée!

DEATH DECLINE: Patterns of an imminent collapse

France, Death metal (Autoproduction, 2024)

Pourquoi changer une formule qui marche, hein? La brutalité des Français de Death Decline est toujours de mise sur leur quatrième album, Patterns of an imminent collapse – tout un programme… Alors, OK, ce n’est pas du tout mon style de prédilection mais il nous faut bien reconnaitre une chose: c’est que, tout aussi brutal et direct puisse-t-il être, Death Decline (permettez que nous les nommions affectueusement DD) sait aussi proposer une variété sonore qui donne à sa musique plus de couleurs que la simple violence recherchée. Au contraire, le groupe a bien compris l’importance d’explorer divers horizons, tant dans sa musique qui sait se faire plus… mélodieuse et se rapproche même parfois d’un esprit progressif, notamment sur Towards void and oblivion, sans doute la pièce maitresse de cet album qui, avec ses plus de 8’30, peint plusieurs tableaux dans un seul cadre. Même le « chant » se diversifie et, s’il est majoritairement rageur, puissant et hurlé, on trouve ci et là des passages plus tendres et clairs, parfois aussi graves et profonds. Patterns of an imminent collapse est un album direct et dans ta face, sans concession qui sait interpeller quand il faut. Pas mon genre, certes, mais bigrement efficace!

IRON MAIDEN aux Eurokéeenes 2025 !

Si les Eurockééennes de Belfort (90) ont toujours fait preuve de diversité et d’éclectisme dans leurs programmations en accueillant des artistes et formations d’horizons variés, le metal a également su trouver sa place avec la présence au fil des ans des plus grands noms du genre. Les Eurocks ont ainsi pu accueillir rien moins que Marylin Manson, Mass Hysteria, Rammstein, Sepultura, Metallica, Dropkick Murphys, Frank carter & The Rattlesnakes, NIN et d’autres encore.

Au palmarès des Eurocks, il ne manquait plus que, ou presque « plus que », les incontournables leaders du Heavy Metal britannique, Iron Maiden. C’est désormais chose faite puisque le légendaire festival accueillera Eddie et sa bande dans le cadre du Run for your lives tour le jeudi 3 février pour une des trois dates hexagonales du sextet (qui sera également à Paris La Défense Arena les 19 et 20 juillet). Ils seront accompagnés par Avatar et The Raven Age pour lancer les hostilités de cette nouvelle édition qui promet déjà d’être mémorable.

Au rayon du « metal », on retrouvera également, le lendemain, les humoristes de Ultra Vomit, les furieux de Landmvrks, un Silmarils de retour en pleine forme ainsi qu’Alta Rossa.

Rendez-vous donc en terre belfortaines pour un premier week-end de juillet plein de promesses.

Toutes les infos et la billetterie sur le site du festival: www.eurockeennes.fr

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VYSION: Master of laws

Belgique, Power metal (Ep, M&O, 2024)

Fondé en Belgique en 2019, son line-up modifié et complété en 2022, Vysion s’attelle à l’enregistrement de son premier Ep, Master of laws, un Ep 5 titres aux textes basés sur la culture sumérienne. Le groupe propose une musique très inspirée par le power metal épique de Powerwolf (les « ooh, ha!…ooh, ha! » typiques des Allemands sont là pour le prouver) et par le metal symphonique nappé de claviers « religieux ». Puissant et épique, le chant partagé entre douceur déterminée féminine et rugosité malsaine masculine donne une dimension particulière sinon originale à l’ensemble. Clairement, sans rien réinventer, on sent que Vysion a envie de proposer un concept fort et entrainant. Pour se démarquer, cependant, il sera nécessaire que les Belges s’éloignent de ce son trop évocateur du loup mentionné plus haut pour trouver leur identité sonore et musicale. L’envie est pourtant là, bien présente et il reste à transformer l’essai.