SAINT AGNES: Bloodsuckers

Angleterre, Metalcore (Spinefarm, 2023)

Une brutalité exemplaire… Ils ne font pas les choses à moitié les Anglais de Saint Agnes et Bloodsuckers, leur nouvel et troisième album le démontre, dont une édition spéciale vient de sortir dotée de 4 titres bonus.. Tout au long des 11 titres, la bande menée par la hurleuse en chef Kitty A. Austen navigue entre metalcore et punk, flirte avec le grunge ou l’indus brutal. Saint Agnes ne passe pas par des détours improvisés, sa colère est exprimée dès les premières paroles du morceau titre et rien, ou presque, ne viendra calmer les ardeurs du gang. Les chevaux sont lâchés et ruent avec une envie frénétique de liberté. Mais Saint Agnes, ce n’est pas que de la rage et de la colère, loin s’en faut. Les variations vocales sont omni présentes, et, de la femme enfant à la femme enragée, tout y passe. Uppercut ici, tendresse là, Bloodsuckers propose une variété de tempi, d’ambiances inquiétantes et tendres à la fois. La ballade This is not the end – judicieuse respiration centrale – côtoie des Animals lourds ou des Bloodsuckers explosifs. Un cocktail aussi explosif que dangereusement attirant ou addictif. A voir en concert à Paris, aux Etoiles, le 6 février 2024 et au Hellfest le vendredi 28 juin pour réveiller Clisson depuis la MS2.

DEAD EARTH: From the ruins

Thrash/Hardcore, USA (M&O, 2023)

Comment ça envoie! Formé en 2018 à Cleveland, Dead Earth a publié un premier album, Truth hammer, en 2019. Crise sanitaire oblige, il a fallu aux Américains patienter avant de revenir armé de ce From the ruins qui thrashe de bout en bout. Dès Fear no one, le message est clair: un chant enragé, des guitares qui cisaillent et charcutent, une rythmique en béton armé et des mélodies qui vont du heavy metal traditionnel au thrash des vieux jours, l’ensemble mené par un esprit résolument hardcore. On trouve tout au long des 11 titres des influences évidentes – Slayer, Exodus, Suicidal Tendencies, Sick Of It All… – et d’autres qui le sont moins mais bien présentes – Iron Maiden, Motörhead, le punk anglais de la fin des 70’s. Dead Earth parvient à proposer des morceaux qui alternent les tempi, frappent aussi sévèrement qu’ils entrainent l’auditeur dans des recoins plus calmes (ce break quasi acoustique sur Monster est une bouffée d’air frais!) La grande force de Dead Earth est de proposer un album dont la variété des titres – et dans les titres eux-mêmes – n’essouffle pas et même interpelle. Ok, ça bourrine sévère, mais certains passages se révèlent si fédérateurs qu’on ne peut résister à cette explosion d’énergie positive. Un défouloir d’une superbe efficacité!

Interview: TEMPT FATE

Interview TEMPT FATE. Entretien avec Pierre-Louis le 29 novembre 2023.

Le dernier album de Tempt Fate est sorti il y a déjà quelques temps… Pourquoi n’en assurer la promo que maintenant ?

Oui, il est sorti en septembre sur le label Almost Famous. La promo a un peu commencé avant, mais surtout, on a un peu trainé et pris du retard sur l’enregistrement, et le mix et la suite ont été décalé, comme le reste du planning qu’on avait prévu. On a reçu les CD tardivement, fin aout. On avait prévu la release lors du festival Metal on the beach qu’on organise. Ensuite, il a fallu qu’on s’organise avec Roger (Wessier, WTPI) qui a pu distribuer les CD et organiser les interviews. On a quand même eu pas mal de chroniques entre septembre et octobre, et ça continue. Là je suis à Paris pour la promo, où on joue demain, donc on a profité de faire d’une pierre deux coups.

De mon côté, je découvre Tempt Fate avec ce nouvel album, Holy deformity. Je crois savoir qu’un premier album était sorti en 2018, Human trap. Cependant, peux-tu nous raconter l’histoire du groupe ?

Ça va faire 10 ans en 2024 que le groupe existe. On a sorti un Ep en 2014/2015, quelques morceaux, mais entre temps, on a pris d’autres chemins. Ce n’était pas tout à fait la même musique qu’on proposait, c’était du blast mais pas vraiment ce qu’on voulait faire. Il y a eu l’album, puis un autre Ep, Hold on, en 2021. On a sorti quelques singles aussi et Holy deformity en 2023. Le line up a aussi un peu bougé entre 2018 et 2023. Il reste trois membres d’origine : j’ai monté le groupe avec le batteur, Quentin, et Simon, le chanteur.  Le line up actuel existe depuis environ 4 ou 5 ans. Avant le Covid.

Comment décrirais-tu la musique de Tempt Fate pour inciter quelqu’un qui ne vous connait pas à vous écouter ?

Alors… ça dépend : si cette personne est déjà branchée un peu metal, il y a quelques codes qui vont lui parler. Si c’est quelqu’un qui ne connait rien au metal, il y aura un peu plus de travail (rires). Pour quelqu’un d’un peu initié, c’est du death metal avec différentes teintes par morceaux. Ça navigue entre le brutal – dans le sens où il y a des tempos très élevés, ça blaste beaucoup – et les côtés plus mélodiques. On essaie de proposer une recette qui est la nôtre, piochée dans nos influences…

Comment tu la décrirais cette recette, justement ? Mets moi en appétit !

Ah, ah ! Comment je la décrirais ? Que je te mette en appétit ? Alors, je vais venir sur les basiques primordiaux de la vie : tu vois un beau feu de cheminée, un bon verre de rouge – mais, tu n’en bois pas trop quand même parce qu’après tu vas devoir boire de l’eau ! – et à la fin tu ajoutes un peu de sucré pour faire glisser le tout…

Alors, le sucré, je ne l’entends pas trop dans votre musique… Je ne suis pas le plus grand amateur de metal extrême et de death, et c’est vrai que quand j’ai écouté l’album, c’est… « c’est du brutal », comme diraient les Tontons flingueurs…

Ah oui ? Pour moi, le sucré, c’est peut-être mon côté nostalgique, un peu ténébreux qui me fait dire ça… On n’est pas des méchants. Et comme je sais ce qu’on a écrit, je me dis « oui, bon quand même, c’est pas si violent ! » Pour me rassurer, quoi (rires) !

Quelles sont selon toi, en dehors des changements de line-up, les évolutions principales de Tempt Fate entre vos deux albums ?

Tout (rires) ! Tout dans le sens où le premier album, je l’ai majoritairement écrit seul. Il y a des parties qui ont été réarrangées et réécrites, mais à 80/90%, je l’ai écrit seul. Ça entraine pas mal de faiblesses dans la composition, et j’ai appris plein de choses depuis. Cet album, au-delà de la qualité du son, était assez à mon goût. Il y avait un manque de cohérence entre les morceaux, des breaks pas forcément bien amenés…. Ce sont des éléments dont on a tenu compte, même si on aime les choses déstructurées, mais il faut savoir les amener musicalement. On a voulu mettre plus de liant dans le nouvel album qui, selon moi, est beaucoup plus mélodieux, avec plus de riffing et un travail beaucoup plus aboutit en termes d’harmonies. Ça, on le doit clairement à Jean-Philippe qui est arrivé dans le groupe avec un niveau de guitare qui dépasse très largement le mien. Il est arrivé avec beaucoup d’idées, on a appris à travailler ensemble et le résultat est là. Comment structurer tout ça pour aller à l’essentiel. Après, il y a eu tout le travail sur le son pour avoir un album qui se tienne. Qu’on aime ou pas, le son est bon, le produit est fini, on ne se pose pas de questions : ça sonne ! on a enregistré les cordes à la maison – c’est moi qui m’en suis occupé – la batterie a été enregistrée chez Nicolas Constant qui a un studio ici dans le Tarn, et le tout a été mixé et masterisé chez Thibault Bernard qui a fait un super boulot. Il connait bien ce genre de musique et je savais qu’il serait en mesure de nous proposer quelque chose qui marche bien. C’est assez conventionnel, peut-être, il n’y a pas beaucoup de prises de risques sur le son, mais on ne voulait pas se rater sur certains niveaux pour proposer un produit fini, carré et qui soit cohérent, avec un côté un peu plus sérieux.

Il y a donc 2 évolutions principales, l’une dans le travail plus collaboratif, l’autre dans une professionnalisation notamment au niveau du son…

Absolument !

Maintenant, si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Holy deformity pour expliquer ce qu’est Tempt Fate aujourd’hui, lequel serait-ce ? Celui qui est le plus représentatif de ce que vous êtes aujourd’hui.

Oh là, c’est chaud ! Pas forcément celui que j’aime le plus, donc… Déjà ça c’est difficile… Le plus représentatif ?

Un titre que tu ferais écouter à quelqu’un pour l’inciter à écouter le reste de l’album, en lui disant : « voilà, ça, c’est notre identité musicale ».

OK… Donne-moi deux secondes… Alors, celui-là est un peu différend des autres mais il nous représente bien : je dirais Filth of life. Il y a une espèce de mosh part, il casse des dents, il est bien structuré et il est assez brutal. Pour autant, je ne pense pas que tout l’album soit à cette image, alors je dirais peut-être plus le morceau du clip, God ends here. Il y a peut-être un peu plus de mélodie, c’est entre le death et ça tire un peu vers le black. Oui, c’est celui-là qui représente plus l’album, c’est pour ça que c’est celui qu’on a choisi pour le clip…

Il y a une forme de logique, en effet… Si tu devais penser à une devise pour Tempt Fate, ce serait quoi ?

Une devise ? « Il faut toujours suivre le plan » ! S’il y a un plan, ce n’est pas pour rien, ça évite de s’embrouiller. Que ce soit pour le rangement du camion ou pour le reste… C’est devenu une devise entre nous, si on a un plan, c’est pas pour faire n’importe quoi ! Je peux être obsessionnel, mais j’ai mes limites ! Quand on est 5, avec 5 caractères très différents, au bout d’un moment, il faut qu’on soit raccord sur des trucs, sinon on ne s’en sort pas (rires) !

Vous êtes 5 personnalités complètement différentes… C’est une question que je pose systématiquement maintenant : quels sont vos métiers dans vos autres vies ?

Alors, le batteur est prof de batterie, donc lui vit de la musique. Le bassiste est forgeron, ferronnier d’art. Le chanteur est – il ne faut pas que je me trompe sur son métier… – il est designer d’intérieur d’avions pour des sous-traitants d’Airbus. Jean-Philippe est en train de changer d’orientation, il va voir ce qu’il veut faire, et moi, je suis psychologue.

Quand le psychologue écoute votre musique, il ne se dit pas « il y a de la brutalité dans l’air » ?

Ben, c’est moi qui l’écris la brutalité, c’est moi qui compose et écrit les textes !

Je ne me suis pas plongé dans les textes, quels sont les sujets que vous abordez ?

Human trap parlait déjà de l’humain, on a continué sur Holy deformity mais en abordant plus les thèmes des angoisses. Ça parle de ce qui peut être en lien avec le corps quand ça ne tient plus, qu’est-ce qu’il se passe avec le corps quand ça s’effondre à l’intérieur. On essaie de mettre en lumière ces douleurs, une tranche de vie, pour expliquer ces traversées émotionnelles qui explique ce qu’il se passe, pourquoi ça se barre et comment vivre avec ça et s’en sortir.

C’est directement et intimement lié à ton travail. J’imagine que les patients que tu reçois ont été directement source d’inspiration, de réflexion autour de ces sujets ?

Complètement, oui. Et pour moi, c’était hyper important parce que c’est quelque chose qui me passionne et c’est un moyen d’y loger ma sensibilité, mes émotions, mon empathie. Après, pour l’album, on a pris un personnage en trame de fond, quelqu’un qui serait un peu féminin, qui traverse des choses… Des tranches de vies de personnes que je rencontre au quotidien, qui viennent me parler, et j’essaie de mettre tout ça un peu en forme. Donc, oui, ça peut être brutal.

Y a-t-il des thèmes que tu ne souhaites pas aborder avec Tempt Fate parce que tu penses que ça n’a pas sa place ?

Tu as une idée en tête ?

Il y a des gens qui ne vont pas parler de dragons, d’autres qui ne veulent pas aborder la politique parce qu’ils ne veulent pas s’engager dans cette voie, d’autres qui ne traitent pas de religion…

Ok, je comprends ta question. Je pense que tout peut avoir sa place, tout dépend de comment on aborde les choses. Le projet est avant tout musical. On veut se faire du bien, faire des rencontres, partager et découvrir des techniques musicales… Si les sujets nous parlent, on peut tout faire. Mais nous ne sommes pas un groupe qui a une visée d’engagement politique. Même la religion : le titre y fait référence, mais pour autant, on ne parle pas de religion. Ça convoque simplement la question du « sacré ». La question de l’homme, est-ce une unité ? on essaie d’aborder les sujets différemment même si ça échoue un peu à chaque fois. C’est comme quand tu veux expliquer un rêve, c’est un peu le bordel parce que la personne en face de toi, elle ne l’a pas rêvé…

As-tu quelque chose que tu souhaites ajouter pour terminer ?

Non, on a abordé pas mal de choses, et comme on a dit qu’on suivait le plan, on suit le plan (rires !)

Et le plan c’est de ne pas prendre de retard sur les autres interviews !

Exactement ! en tout cas, merci beaucoup !

GURL: Maybe we’re not kids anymore

France, Rock (Ep – Autoproduction, 2023)

C’est souvent le cas: on se rencontre au lycée, on partage les mêmes goûts musicaux, on a les mêmes aspirations, alors on monte un groupe. Un cheminement classique et sans surprises qui a permis à l’année 2020 d’assister à la naissance de Gurl, trio composé du guitariste chanteur Alexis Krasowski, du bassiste Gabriel Le Révérend et du batteur Alexis Riey. Dès 2021, le trio propose son premier Ep Garden party lui permettant de partir rencontrer le public. Avec Maybe we’re not kids anymore, son nouvel Ep 5 titres, Gurl confirme son orientation rock direct et sans fioriture. Un rock inspiré autant du punk que du grunge et qui n’a pour objectif que de secouer l’auditeur. Le chant d’Alexis est à la fois torturé et franc mais souffre d’un manque d’articulation. Résultat, si on n’est pas dans le chant bubble gum des démos, on n’est pas loin du baragouinage qui vient gâcher beaucoup de choses pour les anglophones. Encore une fois, si un groupe fait le choix de l’anglais, c’est peut-être pour s’exporter, alors pourquoi ne pas mettre tous les atouts de son côté et prouver qu’on a bien plus qu’envie de faire de la musique? Car des qualités, il y en a, et pas qu’une: Gurl propose des compositions solides et entrainantes, un esprit garage/punk franc du collier, s’amuse à explorer divers thèmes liés à sa génération, le tout plus que correctement mis en son pour ce type de musique. Alors, non, vous n’êtes peut-être plus des gamins, mais pas tout à fait des adultes non plus. Un bel âge dont il faut aussi savoir profiter pour mieux passer à l’étape suivante…

ABOUTMEEMO: Zugzwang

Irlande, Rock (M&O, 2023)

Étonnant album que celui-ci… Déjà le titre – Zugzwang – peut se traduire de deux manières (somme toute similaires) : le mot allemand signifie être au pied du mur, mais le terme est également utilisé aux échecs pour désigner un coup contraint. Et l’artiste se nomme About Meemo. La lecture des crédits du CD indique que l’album a été « enregistré pendant la difficile période de 2022/2023 (…) La pire période de ma vie. Mais je suis encore debout ». Disque défouloir, exutoire? Le gaillard nous offre une introspection tout en douceur. Malgré l’avertissement qui pourrait laisser supposer un album sombre, ce Zugzwang s’avère en réalité plein de vie, et de chaque titre émane une lumière. Cet album est simplement rock et évoque parfois U2 ou Pink Floyd, mais l’ensemble reste très personnel. Sans être forcément joyeux, ce disque ne sombre jamais dans la plainte facile et gratuite et cherche bien plus l’optimisme et la résilience que le vide et l’oubli.

SAXON: More inspirations

Angleterre, Rock/Hard rock (Silver lining, 2023)

A peine deux ans après Inspirations, Saxon revient – est revenu, l’album étant sorti en mars dernier – avec une nouvel album de reprises, More Inspirations. Les Anglais ne misent certes pas sur ce disque pour remporter de l’or mais cherche simplement à se faire plaisir en reprenant ce qui, naguère et aujourd’hui encore, peut être considéré comme des standards ou des classiques du Rock avec un grand R. La première partie de l’album revisite ainsi The Animals (We’ve gotta get out of this place) ou The Sensational Alex Harvey Band (The faith healer). Le moins qu’on puisse dire est que Saxon interpelle avec sa version et c’est bien tout l’intérêt de ce type d’exercice. La suite est puisée dans un registre plus « dur » puisqu’on retrouve, en vrac, The Who (The subsitute), Alice Cooper (From the inside), Kiss (Detroit rock city), une superbe version du Man on the silver moutain de Rainbow, mais aussi Cream (Tales of brave Ulysses), Nazareth (Razaranaz) ou un clin d’oeil aux belles cylindrées avec ZZ Top et sa Chevrolet. En se faisant simplement plaisir, Saxon permet aussi à ses fans de (re)découvrir certains des classiques entrés dans l’histoire du rock. Sans prétention mais tellement rafraichissant, cet album ouvre-t-il la voie à une troisième source d’inspirations?

SANG FROID: All-nighter

France, Cold wave (Frozen records, 2023)

Amoureux de rock sombre et gotique, entrez. Entrez et venez découvrir Sang Froid. Tout au long de All-nighter, son premier album, le groupe nous invite à pénétrer son univers sombre, à l’accompagner dans un monde qui guidera et hantera vos nuits blanches et semées de doutes… Au travers de 8 titres, le trio explore des univers aussi obscurs que ternes et froids. Le chant et les arrangements évoquent les meilleures heures de la new wave – je pense notamment à Orchestral Manoeuvres in the Dark ou, dans une moindre mesure, Tears For Fears. La voix de TC est grave et profonde, le débit lent apporte cette touche de gravité à l’ensemble (sauf sur Nightline, un instrumental…), un ensemble bercé de sonorités électro et hypnotiques çà et là bousculé par de furieuses guitares. All-nighter est, comme son nom l’indique, un album pour noctambules, ces nuits où l’on se retrouve seul avec soi-même, moment privilégié de réflexions pas toujours agréables. Mais ce disque parvient plus à donner envie d’agir que de sombrer dans une mélancolie qui pourrait devenir destructrice. Il y a de la lumière, même dans les lieux les moins éclairés. Que donne le groupe sur scène? Il sera à découvrir, notamment au Hellfest 2024 (dimanche 30 juin en début de matinée, sous la Temple ). Un concert en plein jour pour les All-nighters? Un contraste intriguant…

NANCY OPEN AIR: Heavy Week End

Scorpions. Deep Purple. Judas Priest. Extreme. Megadeth. Alice Cooper. 6 légendes du hard rock, du heavy metal, du thrash, du shock rock se retrouveront sur la scène du Zénith de Nancy dans le cadre du Heavy Week End du festival Nancy Open Air du 21 au 23 juin 2024! Un évènement à ne certainement pas manquer. Retrouvez ci-dessous le communiqué officiel de l’orga – attention: les places seront mises en vente dès le 8 décembre 2023 à 10h (préventes la veille à 10h00)

Depuis son inauguration en 1993, le Zénith de Nancy a vu défiler dans ses murs les plus grands noms de la musique live et du rock en particulier. Des artistes encore plus prestigieux s’y sont produits, lorsque cette salle de 6 000 places, en forme de guitare électrique, déploie sa scène réversible à ciel ouvert, se transformant ainsi en un vaste amphithéâtre pouvant accueillir jusqu’à 25 000 personnes. C’est là qu’en juin 1996 AC/DC a donné ce qui était, à l’époque, l’un de ses plus grands concerts dans l’hexagone.

C’est dans cette lignée que les 21, 22 et 23 juin 2024Gérard Drouot Productions présentera au Nancy Open-Air, le Heavy Week-end, un événement qui va réunir sur 3 jours et sur une seule scène, 6 légendes du hard rock et du heavy metal.

Avec en tête Scorpions, le groupe allemand aux 100 millions d’albums vendus, dont les hits rythment nos vies depuis plus de 50 ans ; Deep Purple, l’un des pères fondateurs du style, détenteur de ce qui est sans doute le riff de guitare le plus célèbre du monde ; Judas Priest,dont le patronyme et les compositions forgent une sorte de mètre étalon du « metal »et qui, il y a quelques semaines encore, était à l’affiche du festival Power Trip en Californie (aux côtés d’Iron Maiden, Guns N’Roses, Metallica, Tool et justement, AC/DC) ; Alice Cooper, le précurseur du shock-rock, maintes fois ressuscité et qui n’a de cesse de se réinviter ; Megadeth, membre éminent du fameux « Big Four » et maître incontesté du thrash metal ; et enfin Extreme,qui effectue un retour fulgurant avec son nouvel album, après avoir bercé l’année 1991 au son de sa ballade « More than words ».

Quand on s’attarde sur le répertoire respectif de chacun de ces six groupes, on prend alors conscience du nombre d’hymnes qui vont résonner dans l’enceinte du Nancy Open Air tout au long de ce Heavy Week-end.

Avec cet impressionnant line-up – auquel des premières parties viendront s’ajouter dans les semaines qui viennent – il paraît clair que Nancy va devenir, pour 3 jours, la capitale du hard rock et du heavy metal. Pour son plus grand bonheur, le public pourra acclamer ses idoles dans de parfaites conditions, assis dans l’arène ou debout devant la scène. Les billets « Week-end » ou « Journée » seront disponibles en prévente à partir du le jeudi 7 décembre dès 10h00 sur :

heavyweekend.live nancyopenair.com

Mise en vente générale en points de vente habituels 

le vendredi 8 décembre dès 10h00.

Interview: EIGHT SINS

Interview EIGHT SINS. Entretien avec Loïc (chant), propos recueillis le 14 novembre 2023 – A voir au Hellfest 2024, le vendredi matin pour réveiller la Warzone.

C’est la première fois que nous discutons, Loïc, alors, pour commencer, peux-tu me dire comment se passe cette journée ?

C’est formidable !  Un peu fatigué… Je vais t’expliquer notre road trip : on est partis à 4 heures du mat’ de Grenoble. On a fait quelques heures de TGV pour arriver à Paris ce matin, on est au Hard Rock Café et ça se passe super bien ! Les gens qu’on rencontre sont intéressés, intéressants, ont écouté ce qu’on a fait, donc ça fait très plaisir.

Parlons un peu de Eight Sins, que je découvre avec Straight to Namek… Quelle est l’histoire du groupe ?

Eight Sins est un groupe qui a été fondé en 2006/2007, par Arnaud, le guitariste et moi-même. La formation définitive date de 2010, je crois… Non, 2008… Non, 2010… 2012 peut-être… Ah, j’ai du mal avec les dates (rires), mais on a consolidé la formation à ce moment-là avec Julien à la batterie et Mike à la basse. C’est nous quatre qui sommes représentés sur la pochette…

Et toi, tu es qui ?

Moi, je suis Boubou, le bubble gum rose (rires).

Ok, tu appelles ça un bubble gum, moi, je pensais à un génie…

En fait, c’est un personnage de Dragonball Z, un méchant et gentil, ce qui me représente bien. Et comme il est enrobé comme je peux l’être un peu, ça me colle à la peau, je trouve.

Pour les gens comme moi qui ne vous connaissent pas forcément, comment décrirais-tu la musique de Eight Sins ? Vous êtes clairement très influencés par le hard FM, l’AOR…

Ouais ! (Rires) Alors, je te dirais que si tu aimes le thrash quand ça va vite, si tu aimes la bagarre dans le moshpit dans un concert de hardcore, alors… bienvenu à un concert de Eight Sins où tu passeras un moment incroyable ! Tu pourras courir en rond avec tes copains, te taper dessus et boire plein de délicates bières bien fraiches. Voilà !

L’album sort aujourd’hui, quels sont les premiers retours que vous avez eus de la part des médias ?

Eh bien avec les rencontres d’aujourd’hui, j’ai l’impression que les gens l’ont apprécié, en tout cas, les chroniqueurs. Tout le monde a noté que le son est costaud, que les compos sont efficaces. Certes, 23’ pour un album, c’est rapide, mais c’est un classique du hardcore/thrash, mais ça va vite et ça tape fort. Il n’y a pas forcément besoin de plus pour être conquis. Je crois que les gens ont envie de le réécouter une fois qu’il est terminé, donc je trouve ça plutôt cool.

Le fait que ce soit un album court, « à l’ancienne », fait qu’il n’y a pas de sentiment de lassitude (il approuve).

C’est ça, c’est tout à fait le format qui nous correspond et qui correspond au genre. Un live de Eight Sins, c’est un peu plus long, mais c’est un peu « patate dans la courge », et il faut tenir la distance. Autant pour nous que pour le public, qui se fait un petit marathon pendant le concert !

Un groupe de rock, c’est aussi la scène. Quels sont vos projets de concerts, s’il y a des choses que tu peux nous dire ?

On a quelques dates calées jusqu’à la fin de l’année, à Paris, Dijon, Romans sur Isère…

La capitale de la chaussure…

Oh, waow, Exactement ! La capitale du godiot, oui, môssieur ! Et on a des choses qui se dessinent pour 2024. Comme d’autres, je ne peux pas encore en parler tant que ça n’a pas été officialisé, mais je peux déjà te dire qu’on a été approchés par certains festivals dès le printemps. On va beaucoup bouger en 2024. Toutes les dates sont sur notre site, de toutes façons.

Peux-tu me dire ce que c’est, Namek ?

Namek ? Est-ce que tu connais Dragonball ?

Pas du tout…

Alors, normal… C’est une référence, comme il y en a d’autres sur la pochette, les titres de films qu’on cite… Namek, c’est une planète sur laquelle les habitants, les Nameks, sont des petits bonshommes verts à cornes, super puissants. C’est un délire qu’on a, quand on s’est un peu éclatés en soirée, on dit qu’on est sur Namek. En apesanteur, u peu stratosphérisés, quoi… Ce qui peut arriver…

C’est quoi le huitième pêché ?

Je pourrais te dire que c’est nous, mais ce serait un peu prétentieux… D’aucuns disent que c’est la porte arrière… C’est à chacun de se faire son opinion. En tout cas, il est certain qu’un huitième pêché existait à la base, qui s’appelait la Vaine gloire et qui a été supprimé au profit des sept autres parce qu’il est connexe aux autres. Mais pour nous, on trouvait que le nom sonnait bien et ça nous faisait rire d’être le huitième.

Surtout que vous êtes 4.

Ce qui nous en fait deux chacun, exactement !

Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Straight to Namek pour expliquer ce qu’est l’esprit de Eight Sins aujourd’hui, ce serait lequel ?

Alors… Très bonne question.

Merci !

Je trouve que celui qui représente le mieux l’esprit du groupe en ce moment c’est Street trash. Pour moi, c’est une chanson classique dans sa construction, avec un gros break final, et c’est ce qu’on aime faire en live. Maintenant, ma préférée c’est Straight to Namek, elle est un peu différente, un peu groovy, elle va chercher d’autres influences, du côté d’Anthrax…

Il y a un flagrant « manque de sérieux » dans votre approche musicale, aussi bien dans les illustrations que dans les titres des chansons, on sent bien que vous êtes là pour le fun.

On est là pour le plaisir, c’est clair. Comme dirait Herbert Léonard !

Oui, une référence thrash aussi (rires) ! Maintenant, y at-til des thèmes que vous abordez avec plus de facilité que d’autres, qui rentre pile dans l’esprit de Eight Sins ?

Fut un temps, on était un peu plus véhéments, un peu plus hardcore. On voulait appartenir à une scène et, du coup, on avait des textes plus fédérateurs, engagés. Et avec le temps, en s’assumant – et je crois que ce qui a changé dans le groupe c’est qu’on a tous connu les joies de la parentalité, ce qui nous a fait réaliser à quel point avoir un groupe, pouvoir tourner, ben, on avait une chance folle. Du coup, on a réalisé qu’on s’amusait vraiment à le faire. Que la musique tabasse, c’est une chose, mais pour autant, on peut ne pas se prendre au sérieux. Tu nous vois sur scène, tu comprends que ça ne tricote pas ! Maintenant, j’aime bien parler des films que j’aimais bien. On est des enfants des années 80/90, Club Dorothée, les gros block busters, les films d’action avec Schwarzy, Jurassic Parc…

Schwarzy… Il n’y aurait pas un clin d’œil avec Last action zero, par hasard ?

Si… On a même un sample de lui. Des films qui nous ont marqués, et je trouve que si tu les montres à quelqu’un aujourd’hui, tu passes un bon moment. C’est du divertissement, j’ai grandi avec, les autres aussi et on est fans de tout ça ! Les héros un peu pourris, les loosers magnifiques, les mutants, le vomi, l’abus d’alcool… Tous ces trucs là, j’adore. Je suis un enfant des jouets « mutants », tortues ninja… Tout ça, c’est des trucs qui me vont bien.

J’imagine que si on parle de vomi, on peut évoquer une certaine scène de Stand by me…

Ah, ah ! Oui, en effet ! Très bonne réf !

Y a-t-il, au contraire, des thèmes que vous refusez d’aborder aujourd’hui ?

Non, on ne se refuse pas grand-chose. Tu vois, dans notre album, il y a Cops panic qui est un peu plus engagée – en tout cas, c’est mon avis sur la répression policière. Je me permets d’en parler en le tournant d’une certaine manière. Je ne me refuse pas grand-chose, en fait… Comme j’écris les textes, je me permets ce que je veux, tant que c’est bien écrit. Après, dans les textes, on est plus dans le fun, les pizza mutantes…

Comment décrirais-tu l’évolution de Eight Sins entre Straight to Namek et It’s a trap ?

Alors… It’s a trap est l’album qui nous a permis de plus assumer notre côté cross-over/thrash. Ce disque nous a permis d’entamer un virage et là, on a tourné à 180°, on est allés à fond dans ce style avec Straight to Namek, même au niveau des chants, je me permets des envolées plus Heavy metal. En fait, on s’est beaucoup plus amusés à faire ce disque, on en est ultra fiers et je trouve qu’il sent le fun et la bagarre. Et ça, c’est chouette !

Donc il y a un virage qui a été amorcé…

Amorcé en 2019, confirmé en 2023. Entre temps, il y a eu un petit Covid qui nous a mis un coup de frein, mais ça nous a permis de bien cibler ce qu’on avait envie de faire.

Justement, le Covid a remis beaucoup de choses en question, à permis à tout le monde de réfléchir à sa manière de travailler. Pour l’enregistrement de cet album, comment avez-vous procédé ? Vous vous êtes retrouvés en studio, vous avez enregistré à distance avec les moyens modernes ou ça a été un mix des deux ?

On s’est retrouvé en studio, le Homeless studio, le studio de Florent Salfati, le chanteur de Landmvrks. C’est un choix délibéré de notre part : on avait écouté certaines de ses prods qui nous ont plus, et on voulait quelqu’un qui s’y connaissent en metal. Et surtout, on le connait bien, c’est un pote, et nous, on fonctionne beaucoup avec les gens qu’on connait. Même pour les clips, on est entourés de gens qui veulent nous aider. Flo, on appréciait déjà son travail et encore plus depuis qu’on a enregistré avec lui. Ça a été un enregistrement un peu différent des autres parce qu’il nous a permis de travailler différemment. Son studio, il y a plusieurs locaux et on peut tous travailler en même temps, plutôt que d’attendre chacun son tour, c’est la plaie… Là, on a pu tous travailler en même temps, j’ai pu travailler avec Flo pour le chant. Il est chanteur, donc on se comprenait, les batteurs ont travaillé ensemble, ils se comprenaient aussi – quand l’un disait « poum-poum », l’autre répondait « tchak tchak », ils étaient complètement en connexion… Bref, à chaque fois, on avait un interlocuteur qui sait de quoi il parle avec qui on se comprend. On a été en totale confiance. Flo s’est ensuite occupé du mix et du master et ça sonne ! C’est assez organique, et c’est un gros son, et c’est cool.

Et le tout concentré en moins d’une demi-heure, ça permet de ne pas s’essouffler…

Non, d’ailleurs, on vous le conseille pour un footing : tu cours, tu fais une petite pause à l’interlude et tu reprends ta course. Normalement, tu as fait 20 circle-pits et tu es bien !

Que souhaites-tu ajouter avant que nous ne terminions ?

J’ai envie de dire que nous sommes tous très fiers de cet album, que si vous ne nous connaissez pas, préparez vous à nous connaitre, on n’est pas près de ne pas nous voir ! On est là depuis un moment, on est un vieux groupe et les bonnes choses, comme le vin, prennent du temps. Si vous aimez le fun, la bière et le mosh pit, alors… bienvenus dans le monde de Eight Sins !

Quelle pourrait être la devise de Eight Sins aujourd’hui ?

Oh, c’est simple, c’est toujours la même : Biers and mosh pit ! ce qui signifie la fête et le fun, en gros. La fosse animée et festive, donc venez aux concerts et amusez vous !

Une toute dernière question que je pose traditionnellement maintenant : on sait qu’on ne vit que difficilement de sa musique en France, alors, vos métiers, dans vos autres vies, c’est quoi ?

Dans notre autre vie ? Jambon, notre batteur, donc Julien, est agent EDF, donc il travaille très peu (rires). Il est à côté de moi, c’est pour ça que je le dis… Notre bassiste, Nighht, est charpentier, couvreur. Du coup, lui, il a un vrai travail, c’est le seul qui bosse. Notre guitariste est programmeur, et moi, je suis tatoueur à Grenoble.

Et qu’est-ce qui vous a pris de faire une photo comme ça, dans un supermarché, coincés dans un caddie ?

Je sais pas, on en avait envie, et j’ai trouvé ça drôle. On a eu l’occasion de faire privatiser un supermarché, une superette, on s’est baladés seuls dans les rayons pendant deux heures, on pouvait toucher à tout… C’était un délire, de toutes façons, on est tous des produits de consommation…

DOKKEN: Heaven comes down

USA, Hard rock (Silver lining, 2023)

Il y a trois ans, Don Dokken s’était rappelé à notre bon souvenir en publiant la compilation de démos The lost songs: 1978-1981, relatant les débuts de son groupe, Dokken. Avant cela, il faut remonter à 2012 pour trouver trace d’un album studio, le bien nommé Broken bones. Bien nommé parce que depuis, le chanteur a connu des déboires de santé qu’on ne souhaite à personne. Paralysie du bras, reconstruction, doute… Le voici cependant de retour avec un groupe reconstitué. Le chanteur s’est entouré du guitariste Jon Levin, du bassiste Chris McCarvill et du batteur B.J. Zampa, le quatuor nous offrant aujourd’hui Heaven comes down, un album que les fans n’espéraient plus. Tu m’étonnes, plus d’une décennie s’est écoulée depuis le dernier méfait discutable de Don, et la compilation de raretés ne s’adressait vraiment qu’aux fans ultimes. Il était alors facile de penser que Dokken, le groupe, était fini. Seulement, voilà… Avec ces 10 nouveaux titres, Dokken se retrouve, sans se réinventer. Il nous propose des compos efficaces et rentre dedans, dotées de refrains accrocheurs. Le sens de la mélodie du gaillard n’a rien perdu, autre que sa voix. C’est sans doute le plus gros défaut de cet album, un chant un peu trop doux, presque faiblard même, au regard de l’énergie développée par Levin and Co. Musicalement, Dokken propose des pépites de mélodies qui nous replongent dans les meilleures années des 80’s. Du heavy très mélodique (Fugitive), du hard rock racé (Gypsy, Is it me or you?, Over the mountain…) et les incontournables ballades (I’ll never give up et I remember), un ensemble que vient conclure l’acoustique Santa Fe, ville où le chanteur a élu domicile. S’il n’est pas révolutionnaire, Heaven comes down est plus qu’une agréable surprise. Une douceur à consommer sans modération.