VOICE OF RUIN: Cold epiphany

Suisse, Death mélodique (Autoproduction, 2023)

Il y a des groupes comme ça, tu les découvres par hasard… Voice Of Ruin fait partie de ceux-là… et des bonnes surprises aussi. Formé en 2008 à Nyon, en Suisse, la formation publie son premier album, Morning wood en 2014, tourne en compagnie de Sepultura, Hatebreed, Children Of Bodom parmis d’autres et revient aujourd’hui avec son quatrième album, Cold epiphany. Le moins qu’on puisse dire est que ça thrashe sévère tout au long des 9 titres introduits par un calme instrumental, Prelude to a dark age. Le calme avant la tempête, car la suite speede, growle et tabasse sec. Rapidement, cependant, un constat s’impose: cet album s’il comporte nombre de qualités – des compos rentre dedans, parfois directes, à d’autres moment plus complexes, des riffs sur lesquels il est impossible de ne pas avoir son air guitar et de headbanguer en cadence, une production soignée… – recèle une faiblesse: j’ai parfois, souvent, l’impression d’écouter le futur album d’Amon Amarth. Le chant de Randy accompagné de ces guitares évoquent plus qu’à leur tour l’univers sonore de nos vikings préférés et, en même temps, Voice Of Ruin s’en distingue par l’utilisation de claviers. Si l’influence des Suédois est une évidence, d’autres références se font jour au gré des titres, sans pour autant être prégnantes: Nightwish et le metal symphonique dans certaines orchestrations, des intros qui évoquent ici Judas Priest (Dreadful tears, sur lequel intervient Anna Murphy pour les parties de chant clair), Slayer un peu partout, Sepultura (Deathstar rising et son intro quelque peu tribale) ou encore, dans une moindre mesure, Metallica. Mais que demande-t-on, au final? Cold epiphany est un album plus qu’énergique, souvent explosif, très bien produit et qui ne lasse pas un instant. Un album plus qu’efficace.

KPTN N3MO: Raz 2 marée

France, Metal indus/Rap metal(M&O 2023)

Après une intro basée sur des extraits d’info, Raz 2 marée débute avec Bateau fantôme et seses furieuses guitares qui évoquent immanquablement l’esprit de Mass Hysteria. Mais rapidement, Kptn N3mo réoriente ses aspiration vers un rap aux intonations celtiques (Oktopus). Les deux genres cohabitent tout au long de cet album volontaire et revendicatif qui invoque le « hip hop à l’ancienne ». Fondé au cœur du Bugey, à Belley, dans le département de l’Ain, Kptn N3mo est aussi inspiré par les précités mass que NTM, Rise Of The North Star, Manu Chao ou toute une vague électro. C’est bien foutu et séduisant pour peu qu’on soit sensible au phrasé vocal du rap. L’énergie et la volonté sont bel et bien là, mais l’amateur de metal sera sans doute frustré par le manque de décibel, même s’il appréciera les clins d’œil à un certain Creeping death de vous savez qui (sur Nouvelle vague). Le message révolté ne sied sans doute pas à l’esprit d’aventures insufflé par Jules Verne dans ses 20.000 lieux sous les mers, mais les références y sont nombreuses (le nom du groupe, Nautylus 2.0, Oktpus…) mais il y a de la volonté qui saura séduire un public amateur de ce genre.

SHAÂRGHOT: Vol III: Let me out

France, Metal indus (Autoproduction, 2023)

Au sortir d’une usine de métallurgie, le chaos. C’est l’impression que nous laisse d’entrée de jeu ce Let me out, le troisième volume de la saga Shaârgot avec un album cinématique comme jamais. Cinématique car tout au long de l’écoute, je me retrouve avec des images dans la tête, pas toujours joyeuses, mais c’est l’univers des Parisiens qui, une nouvelle fois, quatre ans après The advent of shadows nous proposent une nouvelle collection de 13 titres forgés dans un metal électro et/ou indus. De cet univers aux rythmes hypnotiques, aux ambiances sombres et violentes – on navigue entre post apocalyptique et SM, voyageant de Mad Max à Orange mécanique avec une visite chez les Watchmen – on revient aussi enjoué que lessivé. Des martellement d’usine qui introduisent The one who brings me chaos ou l’impression d’une armée de Shadows qui envahit les rues sur Chaos area, tout est parfaitement mis en son et orchestré pour que l’auditeur soit submergé d’images. On ne regrette qu’une chose, c’est que les paroles ne figurent pas sur le livret, paroles qui permettraient de mieux comprendre l’histoire de Shaârghot, le personnage, et de ses Shadows qui s’extraient des sous-sols pour envahir les rues – mais Bruno nous explique tout dans la récente interview qu’il nous a accordée. La promesse d’une tournée à venir sera l’occasion de, enfin, découvrir en vrai ce monde étrange. En attendant, foncez sur Let me out. On n’a vraiment rien à envier aux formations étrangères du même genre. bravo et vivement la suite!

DIRTY FONZY: Full speed ahead

France, Heavy/punk rock (Kicking music, 2023)

Bientôt 20 ans que les joyeux énervés de Dirty Fonzy distillent dans la bonne humeur leur punk rock tendance US teinté de heavy rock. Full speed ahead, leur dernier album en date, nous propose 13 chansons funs et entrainantes. Si le morceau titre m’évoque d’entrée de jeu les compatriotes de Sticky Boys, la suite lorgne autant du côté de The Offspring ou Sum 41 que des Ramones ou Motörhead. De belles références, non? Pas une seconde d’ennui, Dirty Fonzy, parvenant à entrainer l’auditeur dans son délire gentiment irrévérencieux et toujours plein de vie. Une chose seulement m’étonne: les longs crédits et remerciements ne mentionnent nulle part les noms des musiciens. Un détail qui n’ôte rien à l’entrain généré par ce Full speed ahead qui porte très bien son nom!

Interview: SHAÂRGHOT

Interview SHAÂRGHOT : Entretien le 13 décembre 2023 avec Brun’O Klose (guitares)

Quatre années séparent les deux derniers albums de Shaârghot, The advent of shadows étant sorti en 2019 et Let me out ce 1er décembre 2023. Est-ce que sans la crise sanitaire ce dernier serait sorti plus tôt ?

Euh… Oui, sans doute, mais il ne serait pas sorti de la même façon. Donc, quelque part, ce n’est pas un drame ni un coup dur pour nous. La cassure nous a aussi permis de nous recentrer sur certains axes du groupe et de savoir ce qu’on voulait et ce qu’on ne voulait plus. Avoir la tête dans le guidon tout le temps… C’est difficile de prendre du recul sur ce qu’on a fait, de faire un bilan. Donc, oui, ça nous a permis de savoir ce qu’on voulait faire.

Vous avez pu tirer profit de cette période…

Oui, tout à fait. On en a tiré profit, déjà, en réalisant un court métrage. « Puisqu’on ne peut pas faire de concerts, on va faire un clip ». Un clip qui, au départ devait durer 7 minutes et finalement ont fini à une vingtaine de minutes… C’est une belle aventure !

Un clip à la Michael Jackson…

Oui, on peut dire ça. Après, on a pu se poser et réfléchir à ce qu’on voulait pour le troisième album.

De quoi ne vouliez-vous plus ?

Il fallait qu’on se pose la question de savoir si on voulait refaire un album comme on avait fait avant ou est-ce qu’on voulait travailler de manière différente et tous ensemble. Paradoxalement, on s’est dit que pour cet album, ce serait bien de faire quelque chose qui soit plus à l’image d’un groupe. La fabrication des deux premiers albums, c’était, comme tout le monde a un home studio, « ah, tiens, je t’envoie ça, tu peux me faire telle partie de guitare ? » Comme beaucoup de groupe, en fait, mais là, on s’est dit qu’on n’allait pas faire comme ça. On a travaillé les nouveaux morceaux tous ensemble. Même si ce sont des ébauches et que ça prend plus de temps… Il y aura un groove, de la spontanéité et des idées de tout le monde. On a travaillé comme ça pendant 7 mois, deux week end par mois pendant lesquels on ‘enfermait. Chacun apportait ses idées sur les compos qu’apportaient Etienne. On a aussi choisi avec qui on voulait travailler : on avait une prod différente sur les deux premiers albums et il y a eu une cassure. On n’était plus vraiment en phase avec notre ancienne prod. On en a parlé comme des adultes et il s’est avéré qu’on devait arrêter de travailler ensemble. On a eu un choix à faire : soit on cherchait une autre prod – on a été sollicités, d’ailleurs – soit on prenait ce nouvel album à notre compte, on le produisait nous-mêmes, avec des gens avec qui on voulait travailler. On a choisi l’option de le produire nous-mêmes. On l’a donc travaillé ensemble, enregistré ensemble, on s’est focalisé sur tel instrument, et ensuite, on a pris quelqu’un pour mettre cet album en son et pour l’arranger… et on arrive à Let me out.

Il y a donc pas mal de changements dans votre façon de travailler… Quand on s’était rencontrés il y a 4 ans tu me disais « Etienne détient les clés de l’histoire ». J’imagine qu’il les détient toujours, mais c’est votre façon de composer qui est différente…

Absolument. L’histoire est toujours entre les mains d’Etienne, mais la façon de travailler les morceaux et de les amener au bout est complètement différente.

Et elle vous apporte satisfaction, j’imagine ?

Oui, tout à fait (rires) ! Ça apporte une dynamique, beaucoup de positivité et l’énergie est vraiment très bonne. On le sent vraiment sur l’album, dans le sens qu’il y a du groove et que tout est cohérent. A mes yeux, en tout cas, tout est cohérent.

A mes oreilles aussi, et c’est intéressant que tu dises « à mes yeux » parce que en écoutant l’album, j’ai plein d’images qui me viennent en tête. Pour moi, c’est un album qui est plus que cinématique. A chaque chanson, on est dans une musique qui transmet des images. Avant que je n’entre plus dans mes impressions, comment décrirais-tu la musique de Shaârghot à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Woaw… A quelqu’un qui ne nous connait pas ? Alors, je dirais que c’est une musique qui, parfois, peut être immersive parce que certaines intro font penser à des BO de films ou des passages de jeux vidéo, et en musique on peut très facilement faire passer de l’émotion. Après, évidemment, il y a le rythme, alors quelqu’un qui aime bien la musique énergique, avec des passages immersifs, sera comblé. Après, il y a des codes électro metal, mais on gravite dans plusieurs univers musicaux. On voulait vraiment aller sur ce terrain : autant certains titres peuvent être durs, d’autres plus légers ou immersifs, il y a des instrumentaux intéressant dans notre approche. On est vraiment allés là où on voulait aller avec Let me out. Ce n’est pas par hasard qu’on a cet album et qu’il sonne comme ça. On cherche à retranscrire ce qu’on ressent et ce qu’on voudrait entendre, c’est peut être un peu paradoxal…

Pas forcément, après tout, vous êtes votre premier public, si vous n’aimez pas ce que vous jouez…

Tout à fait.

Il y a une trame d’histoire dans Shaârghot puisque, au départ, le Shaârghot est le résultat d’une expérience qui a mal tourné, transformant les âmes et les peaux en noir. Il n’y a pas les paroles dans le livret, peux-tu me résumer l’histoire ?

Alors, l’histoire générale, c’est en effet celle du Shaârghot qui est un être issu d’une expérience qui a mal tourné et qui a eu des dégénérescences et a mis en avant le côté sombre de ce qu’il vit mentalement. La pigmentation de la peau change, devenant très sombre. C’est l’image de ce coté sombre qu’il y a en chacun de nous… Naturellement, le Shaârgot s’entoure de personnes de confiance qui sont elles-mêmes contaminées. Il y a également les Shadows qui sont également contaminés et vont former une armée. Cette armée qui, dans les deux premiers albums était dans les sous-sols, commence à sortir, même sort sur le troisième album. Aujourd’hui, on en est au stade de l’histoire où Shaârghot est sorti des bas-fonds pour être vu au grand jour.

D’où les images de la ville et le titre Let me out…

Oui, mais il y a deux significations à Let me out : c’est psychologique, à un moment il faut que les choses sortent comme une libération, et le côté physique, il sort avec son armée et commence même à prendre possession de certains districts.

Là on est donc sur l’invasion extérieure du Shaârghot et de son armée de zombies…

De Shadows, en fait…

Tu fais bien de le préciser car sur Chaos area, j’ai noté avoir l’impression d’une armée de zombies en marche, mais je vais changer le terme, c’est une armée de Shadows…

Tout à fait !

Il y a un esprit très post apocalyptique dans votre musique mais aussi sado-maso…

Post apocalyptique, oui… Sado maso je ne vois pas trop…

C’est dans les images que j’ai pu ressentir, ce besoin de faire et de se faire mal..

Alors tu serais un bon Shadow (rires) !

Il y a aussi beaucoup de Orange mécanique dans votre musique…

Oui, comme Mad Max, Blade Runner, tout ça, c’est des références à notre univers.

C’est peut-être un détail pour vous, mais j’ai l’impression que le virus n’a pas infecté que les êtres vivants mais aussi les objets…

… Les objets ?

Le CD, c’est une horloge de 13 heures, et le XIII apparait en vert… Au premier abord, cette horloge m’évoque les Watchmen, mais en regardant de près on voit bien ces 13 heures du cadran. Pourquoi ces 13 heures ?

Tout à fait, bien vu. Mais je ne peux pas le dire… C’est une autre facette de l’histoire. A découvrir. Après, peut être qu’au cours des interviews précédentes Etienne a distillé des petits indices…

Quel genre d’indices ?

Oh, il dit toujours des choses et après il s’arrête… « Non, je ne peux pas aller plus loin »… Je te rassure, il fait ça aussi avec nous !

C’est lui qui détient les clés… Il faut bien que, même pour vous, il garde une part de mystère. Le côté visuel, c’est la base du groupe. J’imagine que vous travaillez autant ce côté visuel pour la scène que l’impact sonore de la musique…

Ah, oui ! Le côté visuel fait aussi partie du travail qu’on doit faire pendant nos mois disons de repos puisque maintenant on s’entoure d’un ingénieur lights qui travaille activement sur notre visuel lumières, et on va apporter des modifications sur notre scénographie actuelle pour la faire encore évoluer. On a tout le temps des idées, alors il faut qu’on expérimente et qu’on valide entre nous des choix.

Vos costumes de scène évoluent aussi ?

Absolument. Il est en projet, effectivement, que certains personnages aient de nouveaux costumes. On a commencé avec Clem-X, à la basse, qui a une évolution sur sn costume, et je pense que le prochain c’est moi (rires) ! j’en suis à la V2 au niveau costume, donc là, je pense sérieusement à la V3 et à faire évoluer mon personnage sur scène.

« Je pense à le faire évoluer », dis-tu. C’est une décision personnelle ou de groupe ?

Là, c’est une décision personnelle. Je créer mes personnages, mes vêtements. Etienne et moi, nous sommes assez connectés coté vêtements, et quand je lui propose quelque chose, généralement c’est lui qui valide. Mais on a exactement les mêmes attentes, je ne suis pas inquiet là-dessus.

Quelle pourrait aujourd’hui être la devise de Shaârghot aujourd’hui ?

La devise c’est de continuer à faire la musique spontanément, sans calcul, et la faire avec le cœur. Je fais de la musique depuis longtemps et je n’ai jamais calculé les choses, j’ai toujours composé avec mon feeling…

C’est souvent ce qui donne les meilleurs résultats. Comme dans n’importe quel art, si on commence à trop réfléchir, intellectualiser, ça perd de son âme…

Tout à fait.

Pour terminer avec Shaârghot, as-tu une idée du nombre d’épisodes restant à l’histoire, en nombre d’albums ?

Aujourd’hui, si on écoute Etienne, il a bien l’équivalent de 4 à 5 albums en tête…

Donc c’est loin d’être terminé, cette aventure.

Ah, non (rires) ! Loin de là ! Après, est-ce que c’est utilisable ou pas, c’est à voir, mais il y a de quoi faire. Au niveau des compos, c’est ouvert à tous les membres du groupe maintenant, parce qu’on se connait très bien. Donc là aussi, ça peut évoluer, prendre des directions qu’on ne soupçonne pas encore.

Une belle aventure là encore… Je terminerai avec cette question vous concernant : quels sont vos métiers respectifs dans vos autres vies ?

Je travaille dans le domaine des réseaux de chaleur urbains. Je travaille pour une société qui chauffe des villes de manière centralisée. Je suis responsable travaux Ile de France pour cette société.

Ce sont des travaux qui se passent hors et sous-sol ?

C’est en sous-sol, oui.

C’est un univers que tu connais bien, finalement…

Finalement, oui, c’est un univers que je connais très, très bien ! Le côté industriel et tranchées, je connais (rires) !

Et les autres ?

Clem est ingénieur du son, Paul, « B-28 », est régisseur lumières, Olivier « O.Hurt—U », le batteur, ben… il est batteur ! et Etienne est monteur vidéo et… beaucoup de Shaârghot.              

Donc, il n’y a que toi qui ne travaille pas dans un métier artistique, tu es, là encore, l’anomalie du groupe !

Ouais, tout à fait (rires) !

ABDUCTION: Toutes blessent, la dernière tue

France, Black metal progressif (Frozen records, 2023)

Toutes blessent, la dernière tue. Une référence au temps qui passe et à cette mort qui, tôt ou tard, nous emportera tous, d’une manière ou d’une autre. C’est aussi le titre du nouvel et quatrième album des Français d’Abduction et le groupe a opéré une importante mue. Son black metal à tiroirs se fait aujourd’hui plus aéré et varié que sur ses précédentes productions. Si on retrouve naturellement les codes inhérents au genre – blast beats, guitares enragées, « chant » torturé et hurlé, bref, tout ce que je n’aime pas. Habituellement… – Toutes blessent voit Abduction s’ouvrir et explorer de nouveaux horizons. Les guitares trépidantes de Guillaume Fleury donnent envie de chantonner les airs du morceau titre ou de l’instrumental Par les sentiers oubliés, (m’)évoquent même un lointain China White de Scorpions sur Carnets sur récifs, se font douces sur Dans la galerie des glaces ou Cent ans comptés avant de devenir explosives, incisives même. Le chant de François Blanc, quant à lui, varie entre agressivité black, profondeur et gravité. L’association de ce chant et de guitares jouées à la quadruple croche étonne même sur le déjà cité Cent ans comptés et c’est là la force de cet album qui, pour le non amateur de black metal que je suis, s’écoute d’une traite. La rythmique, tenue par le bassiste Mathieu Taverne et le batteur Morgan Delly est à l’avenant, blastant ici, imposant un rythme martial là, se faisant plus aéré ou même presque groovy. Abduction surprend – et va surprendre encore – avec sa vision retravaillée de Allan, titre incontournable de Mylène Farmer, originellement paru sur Ainsi soit je… en 1989, ici non seulement revisité musicalement dans une explosive et efficace version, mais ayant également été retenu pour la réalisation d’un clip en tenue d’époque. Toutes blessent, la dernière tue est l’album d’un groupe mature qui propose une musique complexe bourrée d’onirisme et de mélancolie. Une bien belle surprise, en somme.

SIGNS OF DECLINE

France, Metal extrême (Ep, M&O music, 2023)

Quatre titres. Quatre petits morceaux se trouvent sur ce premier Ep et le diable sait que l’auditeur en sort exsangue tellement ça tabasse sec! Signs Of Decline nous offre un condensé de brutalité et de mélodie au travers de ce premier Ep qui propose des duels vocaux mêlant rage hardcore et hurlement black, parfois teintés, adoucis, d’un chant clair. Oui, il y a de la brutalité tout au long de ce disque mais au delà du hardcore ou du black/death, on trouve également des relents de heavy metal pur jus. L’ensemble est bigrement bien foutu, se laisse écouter d’une traite et on sort de l’expérience rincé, lessivé. Si Signs Of Decline s’adresse à un public averti, le curieux amateur de sensations fortes trouvera aussi de quoi se repaitre. Un groupe à suivre!

BLACK 7: The 2nd chapter

Allemagne, Heavy rock instrumental (Autoproduction, 2023)

Il y a deux ans, j’avais trouvé ce mystérieux album dans ma boite aux lettres. Quelle bonne surprise ce fut que la découverte de Black 7, le projet monté par le multi instrumentiste allemand Lars Totzke. Le genre de surprise qui te fait dire, en recevant le nouvel album « chouette! » et te donne très vite envie de pouvoir glisser le cd dans ton lecteur. The 2nd chapter démontre qu’en deux ans, le gaillard a su développer son style – ses styles, même – et se défaire de certaines influences aujourd’hui totalement assimilées et bien moins évidentes que sur son premier essai. Lars parvient à composer et proposer des titres suffisament varié pour ne jamais lasser l’auditeur. On est loin de la démonstration et bien plus dans le feeling et l’entrain. Avec The 2nd chapter, il parvient à alterner et varier les tempi, se faisant ici rentre dedans Driven, Push, Wide eruption) et là plus sentimental (For this moment, Tortured souls). Si Dark hope commence calmement, le morceau monte dans une puissance optimiste et certains passages, comme sur le quelque peu new wave électrisé Light flow, donnent tout simplement envie de chanter en chœur et de l’accompagner vocalement. Black 7 est un projet à découvrir d’urgence pour tous les amateurs de heavy rock instrumental festif, mélodique, parfois sombre ou frôlant le symphonique, mais jamais prise de tête. Pour soutenir Lars, il suffit de visiter son site avec ce lien: https://www.black-seven.net/

Interview: ABDUCTION

Interview ABDUCTION. Entretien avec François Blanc (chant, le 1er décembre 2023)

L’arroseur arrosé… Ou plutôt, le questionneur questionné. S’il est avant tout (re)connu pour sa plume au sein du mensuel Rock Hard, François Blanc est, à ses heures perdues (genre « on n’a pas beaucoup de travail à la rédac’, alors je trouve de quoi occuper mon temps ») chanteur au sein du groupe de black metal progressif Abduction. S’il prend le temps d’appeler Metal Eyes aujourd’hui (vraiment très peu d’activité chez RH…) c’est pour nous présenter et parler du quatrième album de la formation, Toutes blessent, la dernière tue. On inverse donc les rôles aujourd’hui, c’est François qui répond aux questions.

François : Tu as pu écouter l’album ? Tu en penses quoi ?

Metal-Eyes : Comme il est impatient ! Aujourd’hui, c’est moi qui pose les questions, François !

Absolument, tu as raisons (rires) !

Votre dernier album, Jehanne, est sorti pas vraiment à la meilleure période, puisque juste après, il y a eu la crise sanitaire et le confinement… Comment avez-vous vécu cette période et comment la crise sanitaire a-t-elle affectée Jehanne ?

On a eu la chance de finir l’album à 100% avant que la crise sanitaire n’arrive – il était terminé fin 2019. Cet album m’a largement aidé à supporter le confinement : on était très désireux de le sortir, le confinement n’a, heureusement pas changé les dates de sortie. L’album nous tenait vraiment à cœur et a été très bien reçu. Voir qu’il y avait une attention autour de l’album est quelque chose qui, personnellement, m’a beaucoup aidé et distrait d’une période assez morose. Paradoxalement, les gens ont eu beaucoup de temps pour écouter des disques…

Toutes blessent, la dernière tue est votre quatrième album. Vends le moi…

Alors… Je pense que c’est notre album le plus direct, si tant est que ça signifie quelque chose pour la musique qu’on joue qui est assez progressive par essence. On avait pour habitude de composer des morceaux un peu à tiroirs et là, on a essayé de moins le faire, d’avoir moins de guitare superposées, Abduction a l’habitude de le faire. Là, on a voulu que ce soit un peu plus dépouillé, on a varié l’approche du chant également, il y a plus de voix claires que par le passé, donc on sort un peu du carcan black metal pour proposer quelque chose qui n’appartient qu’à nous. Dans la mesure où c’est Mathieu, le bassiste, qui, pour la première fois, s’est chargé de l’écriture d’une bonne partie des lignes de chant clair, on y retrouve sa sensibilité dans la pop ancienne populaire. « Populaire » dans le sens où il est très sensible à la vieille chanson française des années 20 à 40 et ça imprègne un peu ces lignes de chant qui ont ce côté « ritournelle » qui, superposé au black metal donne quelque chose qui est, pour nous en tous cas, assez personnel et unique, en tous cas, quelque chose qu’on n’entend pas partout. Ça donne un caractère vraiment particulier à l’album. Je dirai que c’est un album un peu plus accrocheur et varié, aussi. Il y a des gens qui ne s’attendent pas vraiment à ça quand ils pensent « black metal », donc il peu y avoir une surprise qu’on espère agréable. On a aussi voulu faire des morceaux plus courts et plus digestes. Un titre comme Carnets sur récifs a moins de variations, monte en intensité et, par conséquent, est plus digeste malgré une ambiance que, nous, on trouve très forte. Et aussi, c’est le meilleur son qu’on n’ait jamais eu, c’est important à signaler. Ça fait quatre albums qu’on travaille avec Déha, on se connait vraiment très bien, et on maitrise davantage le vocabulaire technique qui nous permet d’obtenir le résultat escompté. On a eu une meilleure maitrise du processus de mixage. Pour le son de batterie, on est allé plus loin pour avoir quelque chose de plus organique, moins mécanique. Donc, je dirai que cet album est le résultat du fruit de pas mal d’années d’expériences et de la démarche pour ce disque qui fait que, selon moi, c’est un bon album qui peut plaire à pas mal de gens qui ne sont pas forcément ouverts au black metal à la base.

Moi qui ne suis pas fondu de black et qui apprécie plus le chant que les cris – même si les hurlements peuvent avoir du sens, ça dépend de comment c’est utilisé – je trouve que dans votre album, la variété des styles et des chants me permet d’aller au bout de ce CD…

Mmh… Ça, c’est super !

Je voudrais revenir sur ce que tu disais il y a un instant : qu’entends-tu par « musique progressive par essence » ?

Les groupes qui nous ont influencés au départ ne sont pas forcément des groupes d’obédience progressive, à part Opeth qui est un fleuron du genre et une de nos références. Guillaume (Fleury, guitare) a toujours écrit des morceaux avec des signatures rythmiques relativement complexes et des changements d’ambiances et d’atmosphères. C’était déjà le cas sur le tout premier Ep, avant que je n’arrive dans le groupe, mais aussi sur le tout premier album. On aime les compositions à tiroirs, les compositions variées avec le chant qui alterne entre clair et extrême. Quand on écoute un morceau d’Abduction, on sait d’où on part mais pas du tout où on va arriver et ce qu’il va se passer pendant le voyage. Ça rejoint une démarche « progressive » à défaut d’un autre adjectif…

C’est ce que j’ai noté au sujet de Carnets sur Récifs : il y a une étonnante association entre les guitares qui sont très speedées et un chant profond, grave et lent. Tu as parlé du style qui, je trouve, reste assez sombre (il confirme), qui sort du black metal pur et dur, même si on en retrouve des codes. Tu parlais de « ritournelle », et c’est sans doute le mot qui me manquait, parce que dès le départ, il y a des airs qui donnent envie d’être chantonnés.

Oui, tout à fait, et c’est une des choses particulières chez Abduction. En fait, Guillaume compose très peu de rythmique. Sur cet album, à part les secondes parties de Carnets sur Récifs et de Dans la galerie des glaces, il y a très peu de rythmique. Il y a beaucoup de guitares chantantes qui s’entremêlent. Il ya beaucoup de lead et la superposition des guitares donne ce côté très « plein » et riche au son. Dès qu’il y a un passage de guitare clean, ou même dans les moments le plus intenses, on sent qu’il y a une guitare au premier plan et on sent que ce sont des mélodies qu’on peut retenir.

Il y a en effet plein de petits passages qui donnent envie d’être chantonnés…

Eh, eh ! C’est plutôt bon signe !

Tu viens de décrire votre musique. Maintenant, si tu devais ne retenir qu’un seul titre de cet album pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait ce qu’est l’esprit d’Abduction aujourd’hui, ce serait lequel ?

Ah, c’est une bonne question et ce n’est pas quelque chose de facile…

Venant de toi, je le prends comme un compliment !

Bien sûr ! Je pense que j’opterai pour Disparus de leur vivant. Déjà parce que c’est l’un des deux qui me tient le plus à cœur sur cet album…

Pour quelle raison ?

La seconde partie me bouleverse… A partir du moment où le chant clair revient, la lumière se fait vespérale, à peu près vers 4’, je trouve les mélodies de guitares poignantes, le jeu de batterie de Morgan (Delly) complétement dingue, les breaks là où il faut et comme il faut, cette espèce d’intensité dans le blast beat avec du chant clair ce qui n’est pas forcément habituel… Et le thème des paroles me touche énormément. J’ai le sentiment d’avoir réussi à mettre l’émotion qu’il faut sur ce passage-là. Et je trouve la deuxième partie de ce morceau vraiment poignante. Je l’écoute comme j’écouterai l’œuvre d’un artiste qui n’est pas nous sur le bord de mon siège avec des frissons sur les bras… Ca me parait être le bon morceau pour dire ce qu’est Abduction 2023, avec des voix claires, des moments assez énervés et cette espèce de mélancolie qui imprègne un peu tout ce qu’on fait.

Tu évoquais les paroles, il y a beaucoup de références historiques, et cela dès la pochette de l’album, une peinture du 18ème siècle. Pourquoi avoir choisi cette illustration, d’ailleurs ?

Il faut savoir que chez Abduction, la pochette est quelque chose d’extrêmement important, dans la mesure où Guillaume ne peut pas écrire sa musique s’il n’a pas un visuel sous les yeux. Il avait commencé à écrire cet album et, à un moment donné, il s’est retrouvé coincé. Il a fallu qu’il attende de trouver l’image qui l’inspire pour pouvoir se remettre à travailler. Quand on est en studio, on a en permanence la pochette de l’album sous les yeux parce que Guillaume veut s’assurer, de manière presque mystique, que la musique qu’on fait colle bien à la pochette qu’on a choisie. Dans la mesure où on voulait quelque chose de plus forestier dans l’esprit et de plus organique dans le son, avoir quelque chose avec de la nature dedans paraissait un choix assez évident. Guillaume a cherché longtemps pour trouver le tableau qui l’inspirerait – on savait qu’on prendrait un tableau classique parce que c’est ce qu’on a toujours fait et qu’on adore ça – et celui là va bien avec la thématique du temps qui passe qui est le fil rouge de la thématique d’Abduction. Quand on est tombé sur ce tableau, on a trouvé que ça collait parfaitement. Il avait déjà le titre de l’album, Toutes blessent, la dernière tue, qui fait référence au temps qui passe, aux minutes, aux heures. Là, on voit cette femme qui arrive devant ce mausolée qui est si vieux qu’on ne sait plus de quand il date, et elle à l’air de s’interroger peut-être sur la signification de cette pierre, sur ce que ça signifie pour elle, sur sa propre vie, sur ce qu’elle laissera derrière elle… Bref, c’est un condensé parfait de ce qu’on voulait mettre dans l’album. L’image est très belle et ce n’est pas un des tableaux les plus connus du peintre, Hubert Robert. Tout était réuni pour en faire notre pochette !

On parle de références, vous évoquez la Madelon dans Disparus de leur vivant, et dans Dans la galerie des glaces, tu dis « Le droit c’est moi ». C’est une référence monarchique ou républicaine contemporaine ?

(Rires) Les deux mon général ! En fait, c’est un morceau qui parle du développement personnel et des dérives de cette société parfois bienveillante à l’excès, qui conseille aux gens en permanence de n’écouter qu’eux-mêmes, de ne pas tenir compte des gens qui leur font des critiques… Il y a cette tendance qu’on aperçoit aujourd’hui qui fait qu’on te dit « tu es parfait, c’est toi qui as raison, si on te dit le contraire, n’écoute pas ». Certes, il faut se débarrasser des personnes toxiques, ou en tout cas les tenir à distance. Toute critique n’est pas forcément mauvaise à prendre, au contraire. Ça peut être source d’épanouissement, c’est comme ça qu’on grandit aussi. Ce morceau parle d’un personnage imbu de lui-même, qui sait très bien que ce n’est pas bon pour lui mais qui ne peut s’empêcher d’être amoureux de son propre reflet… C’est un texte plus direct que ce qu’on fait d’habitude, moins métaphorique mais qui est ponctué, en effet de références historiques. « Le droit, c’est moi » en est une. Rien que le titre fonctionne à deux niveaux puisqu’il fait référence aux halls des miroirs qui ne lui font voir que lui et, bien sûr, à la galerie des glaces de Versailles.

L’autre référence est plus contemporaine et j’imagine que tu vois à quoi, ou plutôt à qui je fais allusion…

Oui, oui, bien sûr (rires) ! Même si ce n’est pas à lui qu’on pensait en écrivant ça, mais du coup, c’est assez amusant !

Une chose que tout le monde ne sait pas forcément, c’est que Abduction est composé à moitié de journalistes de Rock Hard, Guillaume et toi. Vous entendez utiliser Rock hard comme plateforme de communication, d’envol pour le groupe ? Si oui, on pourrait penser qu’il y a conflit d’intérêts…

C’est une question à laquelle on a souvent pensé… On a conscience d’avoir une chance que beaucoup de musiciens n’ont pas, à commencer par avoir accès, pour un groupe comme le nôtre, à un média comme celui-ci. Nous devons faire très attention à ce qu’on fait parce qu’il pourrait en effet y avoir conflit d’intérêts. L’idée n’est pas de dire que parce que Abduction est composé de membres de la rédaction c’est le meilleur groupe de metal français. En fait, jusqu’ici, on a obtenu ce que beaucoup de petits groupes méritants ont réussi à avoir : un morceau sur un sampler, une interview de deux pages, une chronique. Mais pour le reste, par pure déontologie, on n’ira pas plus loin. Dans la mesure où ce magazine est le nôtre, ce serait bizarre de ne pas parler de ce que nous faisons – encore une fois, c’est une chance d’avoir accès à cette plateforme pour présenter notre travail – mais il est hors de question que ça prenne plus de place pour une groupe de notre stature. Ca n’aurait pas de sens et ce serait injustifié. On tient même à dire lors des interviews que nous faisons partie de Rock Hard pour ne pas prendre les lecteurs pour des idiots ou les flouer.

Donc si Rock Hard apprécie votre album, c’est normal d’en parler…

Oui, et de toute façon, on n’a pas de prétention particulière. C’est la première fois qu’on fait une journée promo comme celle-ci parce que l’album Jehanne a été très bien reçu et on s’est dit qu’on allait peut-être essayer de passer un cap supplémentaire avec celui-là, mais on n’a jamais aspiré à vivre de la musique ou ne faire que ça. La musique nous tient énormément à cœur, mais en dehors de nos vies professionnelles.

De toutes façons, en France, à part certains, on ne vit pas de sa musique…

Et vu la musique qu’on fait, en plus… Il faut rester réalistes !

Revenons à l’album. Vous parlez beaucoup de thèmes historiques. Je connais ta passion pour un groupe qui se nomme Sabaton (il rit et confirme) qui traite aussi beaucoup d’histoire. Toi qui connais très bien le groupe et Joakim Broden, son chanteur, est-ce que vous échangez au sujet des évènements historiques dont vous traitez ?

Il m’est arrivé d’en parler avec lui dans la sphère privée, de discuter pas tant d’événements que de notre perception de certaines choses… Une fois, on avait discuté du sens quelque peu galvaudé du mot « patriotisme » que certains associent immédiatement à « nationalisme », alors que ça n’a rien à voir… On a le droit d’aimer son pays, sa culture et son patrimoine sans pour autant dire que son pays est meilleur que tous les autres et qu’il faut « bouter les étrangers hors de France » !

Patriote mais pas nationaliste, en somme…

Je trouve ça sain… On n’a pas de raison d’avoir honte de notre culture et je trouve ça très beau que certains se battent pour la préserver. A notre niveau, on exalte des figures de l’histoire de France comme Jeanne et de nos jours, ça peut très vite être mal perçu ou mal connoté, et je trouve ça triste. C’est au contraire la diversité du monde qui fait sa beauté et on devrait s’en enorgueillir, de cette diversité.

C’était la minute philosophique de François…

(Rires) Je pense que l’approche historique de Sabaton est différente de la notre à bien des égards, mais on se retrouve très bien avec Joakim. Je pense qu’il y a une dimension un peu plus sociale dans ce qu’on fait. Joakim qit toujours que ce qui compte pour lui c’est d’exalter le courage et les émotions qu’on mis les gens qui se sont lancés dans ces batailles. Nous, nous parlons très souvent de l’après. Typiquement, Disparus de leur vivant – je trouve le titre très évocateur et fort – parle des soldats qui sont revenus du front après la première guerre mondiale, ets que trouvent-ils ? Là où on pense qu’ils vont être accueillis en héros, il y a tout un pays à reconstruire. A peine rentrés, ils sont renvoyés à l’usine parce qu’il faut bien œuvrer à la reconstruction d’un pays en ruines. Et là, ils découvrent ce qui a été mis derrière « l’idéale patrie » : ils ont mis toute leur âme en espérant sauver leur pays pendant que d’autres se sont enrichi et se moquent bien des pauvres poilus qui reviennent du front. Il y a cette dimension sociale empreinte de mélancolie. Le social est au cœur de nos préoccupations, notamment cet album-ci, tandis que Sabaton, c’est souvent plus le cœur du conflit et l’aspect factuels qui sont mis en avant.

Parlons aussi du dernier titre, Allan, qui est une reprise de l’icône française Mylène Farmer. Ce titre apparait en 1989 sur son album …Ainsi soit je, à une époque où le travail musical et visuel réalisé avec Laurent Boutonnat était – et est toujours – impressionnant. Pourquoi avez-vous décidé de cette reprise en particulier et pourquoi avez-vous également décidé d’utiliser ce titre qui n’est pas d’Abduction comme premier clip ?

Déjà, on a choisi ce morceau parce que Guillaume adore Mylène Farmer – c’est certainement son artiste francophone préférée, toutes catégories confondues. L’idée lui est venue au cours d’une balade en forêt avec sa famille. Il s’est dit que si un jour il devait faire une reprise avec Abduction, Mylène Farmer s’imposerait. Guillaume n’aime pas trop l’exercice de la reprise dans des styles similaires. On comprend bien qu’on veuille rendre hommage à des groupes qu’on admire, mais reprendre un groupe de metal pour en faire du metal, c’est plus difficile d’être créatif. Tandis que prendre une chanson pop et la métalliser, la « Abductionaliser », c’est plus intéressant. Allan est non seulement une de ses deux ou trois chansons préférées de Mylène Farmer, mais en plus un morceau dont la thématique colle très bien à notre univers. Il parle d’Edgar Allan Poe, qu’on apprécie aussi beaucoup. Le morceau est né très vite, c’est surprenant même à quel point il est né rapidement… Deux semaines plus tard, il était enregistré, c’était un vrai plaisir à faire. Et on s’est dit que ce morceau avait un potentiel que les autres n’avaient pas. On l’a revisité en gardant des structures un peu pop et dansantes, te il y a un vrai potentiel. Pour Guillaume, en faire un clip, c’était aussi réaliser un rêve. Il a toujours voulu réaliser un clip, sa passion c’est le cinéma. Avant ce clip, il n’avait jamais tenu une caméra !

Il s’est non seulement occupé de la réalisation, mais aussi du montage et d’autres choses…

Le montage s’est fait aussi avec Pauline Royo, qui est aussi notre photographe depuis le deuxième album. Elle est monteuse professionnelle, c’est son métier. Autant faire un clip, le réaliser, capturer les images, elle ne l’a jamais fait, autant elle maitrise le montage dont elle s’est occupée sous la supervision de Guillaume. Les paroles et la structure de ce morceau ont en plus un aspect très narratif, et ça nous paraissait un bon choix. Et l’idée est aussi de séduire un public un peu plus large qui ne connait pas forcément Abduction. Rien qu’un titre de Mylène Farmer adapté version black metal, normalement, ça titille la curiosité et ça devrait donner envie d’aller voir.

Le clip est réalisé en noir et blanc, dans un château. C’est un lieu que vous avez fait privatiser pour l’occasion ?

Oui… enfin… C’est un château qui est privé et qui est ouvert au public sauf le lundi. On a pu réserver deux lundis consécutifs, donc on a pu profiter de ce château pour y faire le tournage. On connaissait déjà les lieux, Guillaume avait déjà visité ce château il y a des années et on l’avait déjà utilisé pour les photos promo de A l’heure du crépuscule, notre deuxième album. On avait eu un bon contact avec les personnes qui travaillaient sur place et, même si l’équipe a changé entre temps, on a gardé contact. On les a contactés et on a pu louer. On nous a pu y accéder assez facilement et librement, on a eu accès à l’essentiel des salles du château et pu faire ce qu’on voulait. Rien que le fait qu’on puisse allumer un feu de cheminée, c’était inespéré. Et entrer à cheval dans la cour du château… Ils ont été très cools, et c’était très bien parce qu’on voulait faire le moins de compromis possible avec la vision artistique de Guillaume. Il avait un scénario très écrit, et c’est une chance d’avoir pu le mettre en œuvre.

A quand remontent tes derniers cours d’escrime ?

Ah, ah ! ben, il n’y a pas très longtemps, je n’en avais jamais fait avant ! Le combat est volontairement lent, il y a un coté métaphorique puisque le personnage féminin représente la mort qu’on ne peut pas battre. D’ailleurs, quand le protagoniste arrive à la blesser au visage, elle, la mort, efface la cicatrice d’un simple coup de main. L’ami qui nous a prêtés une partie des costumes et les épées est un escrimeur confirmé, il nous a donnés quelques petits cours à ma femme – qui joue donc la mort dans le clip – et moi pour que nos passes, même si elles ne sont pas forcément bien exécutées, soient des passes qui existent vraiment. Le désarmement, notamment, que fait le personnage féminin, c’est une botte d’escrime. C’était complètement nouveau pour nous deux, on a eu assez peu de temps pour s’entrainer, mais au moins, on a pu atteindre un niveau pour chorégraphier un combat.

Quelle pourrait être la devise d’Abduction ?

Devise, je ne sais pas… Un chroniqueur à une époque avait parlé de « black metal automnal » et ça nous avait plu. Ce qui est sûr pour Abduction, c’est que la réflexion sur le temps qui passe est au cœur de notre réflexion. Formuler ça en devise, là, tout de suite, ça va être compliqué, mais il y a un côté « Souviens-toi que tu es mortel ». De l’importance d’utiliser son temps de la meilleure façon possible…

Et bien, ça peut être ça votre devise! Une dernière chose : si je me souviens bien, vous portiez, fut une époque, des masques anti-peste. Vous avez décidé de les laisser tomber ? C’était une époque, un effet Ghost et Tobias Forge qui se montre à découvert ?

Ah, ah ! Ce n’est pas forcément lié à Ghost mais tu marques un point. Il y a eu une sorte de lassitude de voir tant de groupes masqués, ça devient un gimmick, beaucoup de groupes le font. Pas que dans le black, mais principalement dans le metal extrême. Le but n’a jamais vraiment été de nous cacher mais plutôt d’emmener les auditeurs dans un monde un peu étrange, sombre, mystérieux, empreint d’histoires… Et si tu regardes bien les photos promo, les masque sont à notre ceinture. Ils n’ont pas disparu, simplement nous ne les arborons plus sur nos visages. Ça nous paraissait le bon moment pour nous démasquer…

Sur la photo intérieure du CD, il y a une ombre qui ressemble à ce masque aussi…

Oui, c’est vrai, bien vu !

As-tu quelque chose à rajouter pour terminer, François ?

Merci de ton intérêt pour Abduction, j’espère que cet album touchera la curiosité des gens même au-delà du cercle du black metal.

BRASCA: Bloodline

France, Rock (autoproduction, 2023)

Le nom de Cyril Delaunay-Artifoni évoquera peut-être quelques souvenirs à certains, d’autres le découvriront avec ce premier album de Brasca… Le multi instrumentiste (il tient ici le chant, la guitare, la basse et les claviers – et s’est chargé de la production) s’est d’abord fait connaitre avec ses précédents projets, le groupe Syd Kult et son envie instrumentale avec Outsider. Brasca le voit revenir avec des envies bien plus optimistes et joyeuses que la sombre mélancolie qui berçait ses précédentes œuvres. Et c’est tant mieux, car Bloodline est un album entrainant, joyeux, qui puise son inspiration dans le rock enjoué et parfois psychédélique des années 70 autant que dans le grunge naissant des 90’s. Sur les 8 titres que contient cet album – dont un seul, Les ombres, est chanté en français – aucun ne tape à côté. L’ensemble est doté d’un son vintage efficace et, malgré certaines références assez évidentes, est toujours très personnel. Un album dont on ne se lasse simplement pas. Pardon, dont je ne me lasse pas. A découvrir.