BROK N FACE: Leave to live

France, Rap Metal/Metalcore (Ep, M&O, 2024)

Cinq petits titres qui bastonnent, c’est ce que nous propose BrokNFace, nouveau venu sur la scène dite Rap Metal/Metalcore mais qui n’est pas que ça. Les amateurs de Hip Hop énervé et de mangas seront aux anges à la découverte de ce Leave to live – belle philosophie que de « partir pour vivre », doux pendant de « Rester, c’est mourir un peu ». Les fans de Rise Of The North Star et consorts seront ravis de pouvoir enfin trouver un peu de concurrence car BrokNFace inclus plus que les simples références précités dans sa musique. Le chant allumé évoque parfois un Mike Patton déjanté (comment ça, c’est un euphémisme?) sur fond de guitares syncopées et de rythmiques décalées. Ou l’inverse. Ca donne l’impression d’aller dans tous les sens mais l’ensemble reste sous contrôle. Leave to live a besoin de temps pour être digéré, le groupe proposant une musique complexe qui doit se révéler brutalement sur scène. A découvrir.

DEAFCON 5: Exit to insight

Allemagne, Metal progressif (Fastball music, 2024)

Deafcon 5… En langage militaire, cela signifie que le monde est en paix, qu’il n’y a pas de mesure d’urgence. Sauf que celui qui nous concerne aujourd’hui s’écrit avec un A, transformant le « def » de « Defense » en « Deaf » qui signifie sourd. Sourds à la paix du monde les prog metalleux allemands? En tout cas, dès la pochette, on sait qu’on a à faire à des conteurs: le tracklisting au dos du CD apparait sous forme de narration. « Tout avait si bien commencé »… Exit to insight débute avec un Prologue, une explication de deux intervenants, un homme et une femme, avant que le propos musical ne débute sur les chapeaux de roue. La voix puissante et chaleureuse de Michael Gerstle entre dans le vif du sujet avec la guitare engagée et volontaire de Dennis Altmann qu’accompagnent les claviers aériens de Frank Feyerabend, tandis que Franck Schwaneberg et Sebastian Moschüring pose à la basse et à la batterie les fondements de cette architecture plus volontairement alambiquée que complexe. Car, en effet, si les musiciens sont parfaitement maitres de leurs instruments, et malgré la puissance de l’ensemble, il me semble que soit il manque une forme de liant à cet ensemble, soit il y a trop de tiroirs. On tape certes du pied, mais le passage régulier de temps puissants à moments plus légers me perd un peu. Oui, l’ensemble est bien fait, aussi personnel qu’inspiré par les grands du genre, mais je me retrouve, à mi parcours, au croisement des chemins, hésitants entre l’envie de continuer sans vraiment retenir un passage ou le désir de mettre sur pause pour mieux comprendre ce disque pourtant riche de trouvailles et plus que bien fait. Une forme d’opposition entre défense et surdité sans doute… En tout cas, Exit to insight est un album à découvrir au gré de plusieurs écoutes.

LOVELORN DOLLS: Deadtime stories

Belgique, Gothique (M&O, 2024)

Once upon a time… Une intro sombre qui évoque cette crainte d’éteindre la lumière avant de dormir, cette peur de voir sortir des monstres de sous notre lit d’enfant, le tout inspiré et allégé par des tonalités qui évoquent Evanscence. Si les Belges de Lovelorn Dolls n’en sont pas à leur coup d’essai, ce Deadtime stories arrive de longues années après Darker ages, paru en 2018. Ok, une crise sanitaire est passée par là, remettant beaucoup de certitudes en cause mais quand même, 6 ans, c’est long! Sans doute le duo composé de la chanteuse Krystell et du multi instrumentiste Bernard en a-t-il profité pour apporter un peu de lumière dans cet univers musical qui évoque les univers de Tim Burton ou de la famille Adams. Mais rapidement l’ensemble musical devient joyeux et presque lumineux. Les accents pop viennent contre balancer des guitares certes rugueuse mais le chant bienveillant, chant que se partagent les deux musiciens, apporte cet mise en lumière qui rend le propos plus rock entrainant que purement gothique. Il y a bien sûr quelques passages plus rentre dedans – le heavy moderne Death or glory, le plus heavy pop Beautiful chaos – mais l’ensemble reste toutefois plus joyeux qu’autre chose. Loin de la mélancolie, Deadtime stories, très agréablement mis en son, s’écoute avec plaisir de bout en bout.

RUSTHEAD: Gear up

France, Hard rock (M&O, 2024)

Rock and roll! Rusthead débarque avec Gear up, un album 100% pur hard rock n roll qui lorgne totalement et sans complexes du côté d’Angus and co. La guitare craque comme une certaine SG, le groove imparable des riffs évoquent toute la période Bon Scott mais pas que. Formé en 2018 à Cherbourg, Rusthead aime le pub rock australien d’AC/DC, The Angels ou Rose Tattoo autant que le rock énervé made in USA, avec, par instants, de belles intonations sudistes. Loin d’être rouillé, le quatuor développe une énergie communicative, et les 9 titres de ce nouvel album, même s’ils n’inventent rien, sont tellement enjoués qu’ils sont taillés pour la scène. Un groupe sérieux qui ne se prend pas au sérieux (cf. la vidéo de I’m not a slave). A quand une tournée, les gars (et la fille)?

MAUDITS: Précipice

France, Metal instrumental progressif (Source Atone records, 2024)

Nous avions pu découvrir Maudits avec leur précédente publication, un Ep partagé avec Saar paru en 2022. Le trio instrumental « revient » aujourd’hui avec ce Précipice vertigineux de bout en bout. « Revient » car cet album a subi, comme beaucoup d’autres, les affres de la pandémie et a vu sa sortie repoussée. Ce fut, au final un bien pour cette œuvre complexe car Maudits a pu retravailler ses ambiances, les améliorer, les perfectionner. A la base formée par le guitariste Olivier Dubuc, le bassiste Erwan Lombard et le batteur Christophe Hiegel viennent s’ajouter des instrumentiste qui, chacun, apportent une couleur et une émotion supplémentaires et complémentaire à cet album. On retrouve ainsi le violoncelliste Raphael Verguin à la touche grave, le pianiste Emmanuel Rousseau (également au mellotron, aux claviers et au… (euh… c’est quoi?) minimoog) qui apporte un peu de fraicheur et le claviériste et (re « euh… c’est quoi?« ) au Rhodes. Si l’ensemble semble d’approche facile, les structures sont complexes et travaillées sans pour autant jamais être alambiquées. Une petite heure durant, Maudits nous offre des morceaux à tiroirs et nous entraine sur les chemins d’une évasion aux multiples croisements dont tous proposent une destination envoutante. C’est sans doute le mot clé de cet album qui se veut envoûtant et enivrant du début à la fin. Il n’y a pas un instant plus faible ou moins attirant qu’un autre, tout est séduisant. Oh, Maudits nous réserve quelques échappées brutales, mais c’est pour mieux nous rattraper ensuite. On plonge dans ce Précipice avec bonheur et certitude, celle de se laisser entrainer dans cet univers musical bienveillant et éblouissant.

BOWMEN: Mission IV

Allemagne, Hard rock (Fastball music, 2024)

Des guitares qui fusent, un chant clair et joyeux, des mélodies entrainantes… Tout est ici réuni pour que l’amateur de hard rock classieux et classique fasse un bond en arrière tout en restant les pieds ancrés dans son époque. C’est la recette que nous proposent les Allemands de Bowmen sur leur quatrième album, Mission IV. La mélodie est au cœur du propos musical, travaillée par des guitares aussi tendres qu’acérées. Bowmen, ce sont de vieux briscards (Markus Escher au chant et à la guitare, Jan Wendel à la guitare, Stefan Pfaffinger à la basse et Christian Tilly Klaus à la batterie) qui savent parfaitement concocter des chansons qui font mouche, quelque part entre hard rock et AOR, en y ajoutant une légère touche énervée façon grunge. Le groupe propose ainsi des titres riffus et énergiques (Demons, Said or done, Brocken man), d’autres plus foncièrement hard rock US (Fight the tide), de la tendresse (Hold me now, en version heavy ballad et repris dans une superbe version acoustique qui colle des frissons en fin d’album, Memories), lorgne parfois du côté de certains Australiens – on pense à ce riff répétitif et hypnotique sur Palace of the king qui évoque Thunderstuck. Les influences sont totalement assimilées, Bowmen ne cherchant jamais à imiter qui que ce soit et créant son propre univers sonore, d’une très belle efficacité, à l’instar de ce Rocket man enlevé et son irrésistible basse ultra groovy qui vient faire s’agiter les pieds sur le dance floor à mi parcours ou qui distribue des baffes en-veux-tu-en-voilà avec Black angel. Bowmen démontre une fois encore, si cela devait être nécessaire, que l’Allemagne du heavy rock ne se limite pas aux grands anciens qu’il est ici inutile de nommer. Aller, on en remet une couche pour énergiser la journée!

SLAVE TO SIN: Control and beliefs

France, Electro metal (Ep, M&O, 2024)

Soyons clairs: Slave To Sin est au metal ce que Metallica est à la techno. Le point commun, cependant, reste la volonté d’énergie et de puissance. Avec Control and beliefs, la formation lyonnaise démarre en trompe-l’oreille. Car Fake, première version, est un titre baigné de guitares rageuses, avec ce riff et cette rythmique hypnotiques. On pousse un peu plus loin avec What do you believe in?, morceau beaucoup plus électro aux guitares reléguées au second plan. Pourtant, la pêche est bien présente, tout comme sur Control qui traite de notre éternelle fausse croyance, celle qui nous persuade de pouvoir, à tort, tout contrôler. Hoping someday, plus soft vient clore le propos avant le bonus, la version electro de Fake. A quelques riffs saturés près, on est loin du metal. Très loin. Pourtant, Slave To Sin développe une forme d’énergie contagieuse qui donne envie de taper du pied. Et ça, ça donne envie d’en savoir plus. Mais sur le site web du groupe, on parle de musique et de projets, d’autres choses que de l’histoire du groupe… Etonnant.

CHAKORA: Fractured fate

Allemagne, Stoner (M&O, 2024)

A l’image de la pochette, il n’est pas forcément nécessaire d’être totalement sobre pour plonger dans le propos de ce Fractured fate, album quelque peu allumé signé Chakora. Le quatuor allemand nous propose en effet un album totalement psyché, aux sonorités volontairement 70’s. On plonge dans un univers sonore qui évoque autant Hendrix que Hawnkwind ou encore un jeune Motörhead. Le chant, embrumé et rugueux se fait par instant plus « moderne » dans le sens hurlé et enragé du terme. Débuter avec une doublette composée de Jesus et de Muddy Waters n’a sans doute rien d’accidentel mais en tout cas, les jalons sont posés: du rock vintage, déjanté aux guitares aussi rugueuses que mélodieuses. Tout au long des 10 titres de cet album, Chakora nous entraine dans des univers datés -on a parfois l’impression que les musiciens se livrent à des joutes improvisées – tout en y incluant avec bonheur des touches exploratoires et contemporaines. La rage est telle qu’on peut aisément comprendre ce qui motive cette destinée fracturée… Une expérience hors du temps.

INTRUSIVE THOUGHTS: Dysphorie

France, Rock (Before collapse records, 2024)

Les dys… Ces maladies liées à certains dysfonctionnements neurologiques telles que la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie… Voici que l’on peut rajouter la Dysphorie, soit un « trouble de l’euphorie »? C’est en tous cas ce mot qu’ont retenu les Parisiens de Intrusive Thoughts, groupe formé en 2021, aujourd’hui composé des fondateurs Audric Auffray (basse) et Clément Bordiga (batterie), duo auquel se sont joints le guitariste Raphaël Perez et la chanteuse Sakina Hmito. Les quatre nous proposent un rock varié, juvénile et sérieux, inspiré du rock alternatif et du grunge des années 90. Les 10 titres alternent entre puissance et douceur, développant une énergie entrainante. Le chant de Sakina, dont l’anglais est parfaitement maitrisé, peut être doux comme il peut se faire plus hargneux, à l’instar des mélodies – ce passage du calme à la débauche à la fin de The pill ! Avec ce premier album, Intrusive Thoughts se place sur la ligne de départ des groupes espoirs – pas étonnant pour les lauréats du tremplin Phénix Normandie 2022. Malgré son jeune âge, Intrusive Thoughts présente tous les atouts d’un futur grand du rock français, exportable qui plus est! A découvrir et soutenir d’urgence !

SWARM: Omerta

France, Metalcore (Autoproduction, 2024)

Omerta… Un mot qui évoque la guérilla et le règlement de compte entre gangs mafieux… Pourtant, le nouvel album de coreux de Swarm semble bien loin de ces considérations, donnant plus l’impression, dans ses textes, de vouloir poser un regard sur l’humain, la société et le monde actuels. Un regard introspectif, aussi, sans pour autant porter d’étendard politique. Un constat violent qui démarre après Alsamt, une intro épurée aux sonorités orientales. Après… Mis à part Dead inside, temps calme de l’album, Swarm tabasse comme si sa vie en dépendait. Speed et rageur (Step by step, Clink and come end, Sorrow dies twice), le groupe explore avec bonheur diverses facettes d’un metal rugueux à la A7X ou autres Hatebreed avec quelques évocation d’un RATM, version guitares sans trop de rap. Toujours au taquet, le groupe se fait également particulièrement speed (My inner) ou syncopé (cette intro de Make your move!) sans oublier ses origine hexagonales avec ce premier paragraphe interrogateur de Soul square. Avec Omerta, Swarm continue de graver son sillon, de tracer sa route, brutalement et avec beaucoup de conviction.