THE HELLECTRIC DEVILZ: The devilz playground

France, Hard rock (Brennus music, 2024)

Comment prendre cet album qui, visiblement, cherche à tromper l’auditeur? Ok, la pochette donne quelques indications sur le genre de musique que pratique The Hellectric Devilz, groupe basque formé en 2017 et déjà auteur d’un premier album paru en 2020 : du hard rock burné qui lorgne vers le metal et le glam. Maintenant, la lecure des titres de ce nouveau disque, The devilz playground interpelle: dans un premier temps, ils sont logiquement numérotés de 1 à 10 mais on se rend compte que les sous-titres sont en ordre inversé… Double sens d’écoute? A tester, certainement! En tout cas, les basques nous proposent un hard rock burné théâtralisé de bout en bout. « Ladies and gentlemen, welcome… » Si l’anglais est perfectible, le groupe se fait plaisir avec ces 10 chansons qui lorgnent autant du côté du heavy rock de Motörhead période Overkill que du glam/punk irrévérencieux, du metal anglais renaissant de la période NWOBHM ou encore le thrash de la Bay area qui commence à faire son trou. Que ce soit la double grosse caisse qui bastonne, les riffs tranchants, une basse à la Steve Harris, le chant qui s’offre des envolées dignes d’un John Gallagher (Raven) ou des textes gentiment sataniques, tout est réuni pour offrir un bon moment à l’auditeur amateur de décibels et de rythmes endiablés. Sous ses airs parfois effrayants, on découvre souvent un diable séducteur. Laissez-vous tenter…

VESPERINE: Perpétuel

France, Metal quelque peu expérimental et brutal (Autoproduction, 2024)

« Y a pas à dire, c’est une musique d’hommes »… « J’ai connu une Polonaise qui écoutait ça, le matin au réveil »... Des paroles de Monsieur Audiard détournées, certes, mais qui s’appliquent particulièrement à ce nouvel album des Français de Vesprine. Oh, il est loin le premier Ep de 2015… depuis, le groupe a publié trois albums et revient aujourd’hui avec ce Perpétuel qui, tout au long des 6 titres dégueule de haine, de rage et de colère. C’est sombre et brutal, et Vesperine ne laisse guère de place à l’espoir, malgré l’intitulé de son premier morceau. Mais plutôt que de foncer dans le tas comme une brute, le groupe te chope par les couilles et relâche rapidement la pression, apportant ainsi un peu de lumière et de douceur (le démarrage d’Universelle liesse – titre qui m’évoque par instants l’univers sonore de La Maison Tellier – laisse entrevoir un moment de répit). En développant des ambiances ouvertement paradoxales, en démarrant comme une brute pour se calmer par la suite, Vesperine parvient à créer un univers particulier, naviguant entre post hardcore, black metal, doom, sur fond de rythmes enlevés et martiaux comme une marche d’esclaves (Mouvement III – Tant qu’il y a de l’espoir), moments beaucoup plus légers et intimistes (Mouvement II, le poids du silence) malgré un chant plein de colère. Bref, un moment de bonheur à réserver à un public averti. Et curieux. Et pas dépressif.

W!ZARD: Not good enough

France, Punk/Electro (Autoproduction, 2024)

W!zard, kézako? W!izard est un trio formé en 2018 par le bassiste chanteur Romain Arnault, le guitariste Manuel Cayla et le batteur Finn Sally, remplacé en 2021 par julien Bordenave et qui propose un mélange de punk rock et d’électro. Des rythmes de boites de nuit, hypnotiques et entrainants à mille lieux du metal hormis l’esprit enragé qui s’en détache. Le premier album, Not good enough étonne par ses aspects décalés de chansons démembrées qui évoquent autant le punk originel que la new wave british des 80’s et qui s’écoutent volontiers un coup dans le nez. W!zard nous propose un album surprenant qui s’adresse à un public varié, amateur de rythmes pop et/ou syncopés, de sons psychés et d’énergie communicative.

BLESS HER EVIL: We are mystery…

Canada, Metal (M&O, 2024)

Parfois il faut simplement oser. Oser mélanger des styles musicaux a priori sans rapport ou point commun, oser explorer ses envies et y intégrer ses influences, aussi variées soient elles. C’est ce que nous proposent les Canadiens de Bless Her Evil, groupe québécois formé en 2019. Lorsqu’ils se lancent dans l’aventure, Frank, Matt et Bert (respectivement à la guitare, à la basse et à la batterie) sont aussi fans du rock sudiste de Blackberry Smoke que du metal barré de Mudvayne ou celui plus mélodique d’Evanescence, mais sont également inspirés par le rock des 70’s ou le Neo du début de notre siècle. Pour mélanger tout ça, ils sont rejoints par la chanteuse D’Emman et nous proposent ensemble aujourd’hui un recueil de leurs délires exploratoires. Composé de 11 titres, We are mystery… porte bien son nom tant la variété des influences est présente. Passant d’une intro tribale à un riff digne de Metallica, cet album lorgne partout: on y trouve des traces aussi bien d’AC/DC que, plus discrètement, d’un jeune Motörhead, du punk (Dark cluster) ou un esprit électro (Robot bug). Bless Her Evil passe avec une remarquable facilité de morceaux énergiques et énervés (Brother the crow, The Moon upside down) à des moments plus calmes et tendres (Life, Ectoplasm, le 60’s/70’s Father reading) ou d’autres simplement groovy (Missy oide). Pour ratisser large, le groupe propose également un titre en français, La discorde, sombre et martial à souhaits. Avec We are mystery… Bless Her Evil s’adresse à un très large public grâce à une palette musicale riche et variée. Reste à aller le conquérir, ce public, sur scène.

NEAR DEATH EXPERIENCE: Brief is the light

France, Doom/gothic (M&O, 2024)

Ne pas se fier aux apparences… Eviter les préjugés, aussi. On aurait pu croire, avec un tel patronyme, que Near Death Experience, groupe formé à Nantes en 2022, officie dans le metal extrême et brutal. Que nenni, bien au contraire, le groupe explorant l’univers de son nom. Son premier album, Brief is the light, Propose 10 titres qui, chacun à sa manière, évoque le thème et aborde les témoignages de ces mystérieuses expérience de mort imminentes. Le doom sied à merveille à l’esprit de cet album intriguant, évolue entre l’univers de Paradise Lost et de Metallica, en passant du côté de Katatonia. Si l’album est dans son ensemble sombre, il y a de la lumière au bout de ce tunnel. Le seul défaut réside dans le chant féminin (malheureusement, la bio reçue de quelques lignes ne donne aucune information concernant le line-up…) qui manque parfois de rondeur et dont les paroles sont difficilement compréhensibles. L’ensemble, cependant, reste à la fois lourd et puissant et NDE nous propose au final un album interpelant.

DOWN TO THE WIRE: Deep in denial

France, Rock énervé (Autoproduction, 2024)

La rage et la colère qui se dégagent de cet album sont simplement libérateurs. Down To The Wire se forme en 2019 et propose un rock explosif tout au long de Deep in denial et de ses 10 titres. Attention, le groupe ne fait pas que foncer, il sait poser des temps plus légers, proposer des breaks plus calmes, certes annonciateurs d’une tempête de riffs à suivre. Ces riffs saturés qui évoquent tout autant le grunge que le rock alternatif en ajoutant une dose de groove et du gros feeling. Au-delà d’évidentes influences (Nirvana, Alice In Chains parmi d’autres), on retrouve des traces de RATM ou de Deftones. Efficace de bout en bout, ce premier album est bien plus que prometteur. Tout à la fois explosif et rafraichissant, Down To The Wire fait partie de ces groupes à découvrir d’urgence.

LUCIDE: L’adversaire

France, Rock (M&O, 2024)

Voici un album intriguant. Autant on se laisse facilement entrainer par les rythmes enjoués et parfois obsessionnels de L’adversaire, autant le duo qui compose Lucide interpelle par des explorations mi prog mi étranges. Incontestablement, Lucide ne peut laisser indifférent grâce à des compositions parfois ensoleillées, parfois sombres. Le chant à deux offre une palette vocale aussi joyeuse que torturée. Oui, L’adversaire est un album de paradoxes qui mêle jour et nuit, yin et yang, tendresse et mélancolie. Si le chant, déterminé, manque parfois un peu de puissance, voire de justesse, les dix titres s’écoutent aisément sans lasser l’auditeur. Une jolie découverte.

SYMAKYA: Project 11: the landing

France, progressif symphonique (Fantai’Zic, 2024)

Ce n’est que 13 petites années après avoir sorti son premier album que les Français de Symakya publient leur second méfait, Project 11: the landing. Formé en 2008 par Matthieu Morand (Elvaron, Dusk Of Delusion, Akroma) et Kevin Kazek (Seyminhol), le groupe est aujourd’hui composé, outre les deux fondateur, du batteur Thomas Neves (Deficiency, Heavenly et également Seyminhol) et du bassiste julien Kuhn (Diamond Dust, Taste Of Hell, Surtr). Avec Project 11, le groupe nous propose un concept album qui gravite autour du thème de la lune. Les titres speedés aux mélodies puissantes abordent tout autant les anciens penseurs et philosophes (donc scientifiques érudits) que sont le Grec Lucien, le plus récent Frantz Von Gruithuisen, JFK, Jules Vernes qui, tous, ont révé et écrit au sujet de la Lune, enfin conquise par l’alunissage d’Apollo 11 en 1969. Tout au long des 10 titres de cet album, Symakya propose des structures alambiquées sans être prise de tête. On se laisse aisément entrainer par ces mélodies enlevées aux riffs efficaces. Bien que le groupe se dit affilié au metal porgressif symphonique, on est plus proche du prog que du sympho, le passé des musiciens parlant de lui même. Efficace de bout en bout, ce Project 11: the landing donne envie de se replonger dans les oeuvres lunaires – de De la terre à la lune à First man en passant par Le voyage dans la lune de Méliès ou les aventures de Tintin. Symakya nous offre un très bel album que les amateurs des groupes mentionnés auront plaisir à découvrir.

RIVIERA PARADISE: Ready for more

France, rock (Autoproduction, 2024)

Une pochette aussi sobre que le logo du groupe, mais qui donc est ce quatuor de Riviera Paradise? Je glisse le CD dans le lecteur et Ready for more démarre avec un Game master énergique, entrainant et dépouillé de tout subterfuges. Puis For the new day arrive, titre aussi enjoué que faussement calme. J’ouvre la pochette pour découvrir que le chanteur se nomme Kourros. un nom qui m’est familier… Se pourrait-il qu’il s’agisse du vocaliste de feu Incry? Il a rejoint le groupe, monté en 2014, il y a quelques années, en 2018, la formation enregistrant divers Ep avant de proposer ce premier album. Avec ses compères – le guitariste Robin Lapalut, le bassiste Florent Gayat et le batteur Julien Giraud – il propose un rock varié, alternant entre mid tempi efficaces et envolées libératrices, évitant ainsi de lasser l’auditeur. Ok, l’anglais reste à améliorer, mais l’envie est telle qu’on se prête au jeu de ce rock chaleureux qui s’inspire parfois de Faith No More mais également de Black Stone Cherry ou encore Porcupine Tree (bonjour le grand écart!)et n’a pas d’autre prétention que celle de se faire plaisir et de donner envie de bouger. Et ça c’est déjà beaucoup!

JUNON: Dragging bodies to the fall

France, Post Hardcore (Source atone records, 2024)

Nous avions fait la connaissance de Junon en 2021, via The shadows lengthen, son premier Ep qui, au travers de 4 titres, posait les bases de l’univers sonore des ex-General Lee. Junon revient aujourd’hui avec son premier album complet, un Dragging bodies to the fall composé de 9 titres aussi sombres qu’inquiétants ou hypnotique. il y a du désespoir et de la mélancolie tout au long de cet album. Le chant d’Arnaud Palmowski est aussi torturé que les guitares de Fabien Zwernemann (également aux backing vocals), Martin Catoire et Alexis Renaux, qui proposent des plans épurés et aériens autant que lourd et brutaux. La rythmique du bassiste (studio) Vincent Percadiro et du batteur Florian Urbaniak pose quant à elle les bases de cette architecture souvent alambiquée. Clairement, Dragging bodies to the fall nécessite plusieurs écoutes pour en saisir toutes les subtilités mais l’ensemble en est d’autant plus saisissant que le mystère est présent tout au long des 44′ que dure cet album à découvrir.