EMBERS

France, Rock (Autoproduction, 2023)

Formé en 2022, Embers est un duo qui nous propose déjà un premier Ep de 6 titres. Six titres d’un rock simple, torturé et mélancolique. Dès Babayaga – cette figure slave, sombre et maléfique, qui envahit les cauchemars des enfants sages – le duo nous replonge dans une forme de new wave à la guitare claire et au chant plaintif. On est également par instants entrainés dans une forme de rock alternatif, celui qui se base sur des riffs incisifs et directs, sans chercher à faire de l’esbroufe. Il y a cependant comme un manque à cet ensemble, une sorte de liant, une certaine puissance qui transformerait cet essai en vraie promesse. Oh, certes, il y a de la variété dans le propos musical, de l’envie, des compos dans l’ensemble bien ficelées, mais, bien qu’il ne s’agisse « que » d’un Ep, je décroche. Peut-être est-ce le fait du duo, il manque la chaleur et l’apport de deux ou trois instrumentistes supplémentaire, d’un esprit de groupe. Le son ne peut cependant être pris en défaut, l’Ep ayant été enregistré chez et par Francis Caste au studio Sainte Marthe. Et en règle générale, le gaillard sait ce qu’il fait, alors… on retente le coup?

ASYLUM PYRE: Call me inhuman – The sun – The fight – part 5

France, Heavy/power metal (Autoproduction, 2023)

La princesse couronnée a tombé le masque à gaz pour devenir une carnassière ensanglantée. Call me inhuman est le nouvel album d’un Asylum Pyre dont le précédent opus, N°4,  avait tout pour faire exploser le groupe mené par le guitariste Johann Cadot et la chanteuse Ombeline « Oxy heart » Duprat. Seulement… l’album sort en 2019 et la formation ne dispose que de quelques mois pour le défendre. Moins d’un an après sa sortie, la France et le monde sont mis sous cloche, arrêtant net des efforts pourtant prometteurs. Mais cette période ne semble pas avoir pour autant freiné les envies et les ardeurs de nos Frenchies qui, avec cette 5ème partie, continuent et renforcent leur œuvre au discours écologique très actuel, encore plus, d’ailleurs, quand on voit l’état de notre monde et la nature qui, jour après jour, reprend naturellement le dessus sur notre inhumanité. Asylum Pyre nous revient dans une forme éblouissante et nous propose 12 nouveaux morceaux forgés dans un metal qui puise autant au cœur (pas celui de la pochette!) du heavy traditionnel que dans le power classieux. Dès Virtual guns, le groupe nous prend à la gorge avec son intro tribale hypnotique qui précède l’arrivée d’une guitare tout en puissance. Tout ici nous entraine dans une nature cinématographique meurtrie, celle de La forêt d’émeraude (John Boorman, 1985) ou d’Avatar (James Cameron, 2009), une nature meurtrie qui appelle au secours sans être écoutée. Les mélodies font mouche et rentrent dans la tête comme de trop rares morceaux savent le faire. Asylum Pyre travaille chaque détail de cet album avec une précision exemplaire, sans s’imposer de limites. Il y a ici de la cornemuse, là, de l’électro, par ici des influences pop, d’autres instants, nombreux, sont foncièrement metal, parfois growlées… Chaque morceau est prétexte à trouvaille et étonnement, l’ensemble se dégustant avec bonheur et, malgré le sérieux du propos, délicatesse. la nouvelle vie d’Ombeline, son séjour en, si je me souviens bien, Bosnie, a-t-elle eu une influence sur la composition et l’écriture (There I could die peut être interprété de différentes manières…)? On pourrait le penser à l’écoute de ces instants joviaux et heureux qui apportent une lumière salvatrice à cet ensemble pourtant grave et parfaitement produit. Car là aussi, le son est généreux. Un son qui illumine, ou serait-ce l’inverse, le chant d’une Ombeline qu’on dirait touchée par la grâce, un chant puissant, mélodique, rageur, déterminé et envoûtant. Avec Call me inhuman, Asylum Pyre signe la suite d’un doublé magnifique digne des plus grands. Foncez et… Tree your life !

 

Interview: JIRFYIA

Interview JIRFYIA. Entretien avec Ingrid (chant), le 1er mars 2023

On ne va pas revenir sur l’histoire de Jirfyia, le précédent disque, Still waiting était présenté comme un Ep, mais avait la longueur d’un album.

On a fait un Ep, Wait for dawn, en 2019, et en 2020, année du confinemiinn (elle rit), on a réussi à composer et enregistrer un album, Still waiting.

Qui était cependant présenté alors comme un Ep, d’où le fait que je dise que ce nouveau disque est votre premier album… Ce disque est autonommé, cela signifie-t-il que ce soit un nouveau départ, post confinement ?

Alors, il n’est pas autonommé… c’est un peu plus subtil que ça puisque sur la pochette, il y a un W, qui est le titre de l’album. On a gardé cette lettre qui est l’initiale de Women – femmes en anglais – qui est la thématique principale de ce disque, la condition des femmes à travers le monde. Chaque morceau traite du point de vue d’une femme, réelle ou fictive. Chac=que chanson est le portrait d’une femme.

Puisque nous sommes dans l’explication du concept de l’album… La pochette m’évoque un temple ou une sorte de pyramide moderne, SF. Quel est justement le concept de cette pochette ?

En fait, c’est l’ami d’un illustrateur qui avait travaillé avec Born From Lies, le précédent groupe de Jérôme et Pascal. Cet illustrateur n’étant pas disponible, il nous a donné le contact de Quentin, qui travaille dans le milieu du jeu vidéo, principalement dans les décors. On a beaucoup parlé des femmes, l’album en parle mais je ne voulais pas qu’on mette une femme sur la pochette, il fallait quelque chose de plus symbolique. Au départ, on lui a fait part de plein d’idées, et il nous a fait quelque chose qui ressemblait un peu trop à ce qu’on voulait mais n’était pas ce qu’on voulait… (rires) Ce n’était pas super bien parti, et on lui a simplement dire de faire ce qu’il ressentait et de nous le proposer. Il nous a sorti ça, et je trouvais l’image asse forte. Ce n’est pas mon imaginaire mais ça crée cet univers qui permet de rentrer dans l’album. La femme est juste suggérée en haut de cet escalier.

En même temps, si on pense pyramides, on fait le lien avec l’Egypte plus qu’au Louvres, et on imagine volontiers Cléopâtre – et il y a un lien avec votre musique. Pourquoi cette volonté de mettre en avant la femme sur cet album ?

C’est venu après discussions. Sur le précédent album, il y avait un titre qu’on adore jouer sur scène, Silently, qui abordait la question de l’interdiction de l’avortement dans un pays comme le Salvador, qui mène des femmes en prison à vie, qui sont même parfois dénoncées par leur médecin traitant, parfois. C’est un thème qui me touche naturellement. Ensuite, c’est quelque chose qui est naturellement revenu dans nos discussions, à la fin du confinement, période où on a eu plus de temps pour lire ou voir des films. J’avais vu ce film, Le bal des folles, et le premier morceau, Asylum, en est complètement inspiré. Le bal des folles est lui-même adapté d’un roman du même titre qui parle des femmes qui, il y a une centaine d’années en France, étaient envoyées à La Salpêtrière, alors un asile pour femmes, qui, sous couvert d’expérience, était à remettre dans le droit chemin… C’était aussi un asile où on envoyait les jeunes filles de bonne famille dont on voulait se débarrasser… Je trouvais ça très fort et je me suis dit « pourquoi pas, à travers chaque chanson, raconter des histoires de femmes, réelles ou fictives ». Il y en aune sur une militante afghane, par exemple. Il n’y a pas que des victimes, on n’a pas voulu avoir de discours… « misérabiliste », on y a fait attention. Il y a d’autres points de vue, des femmes de pouvoir, comme sur Sister in blood. On a imaginé la sœur de Kim Jong un, le dictateur nord coréen et on s’est demandé si, dans l’ombre de son frère, elle n’était pas plus maligne que lui, si elle ne visait pas encore plus le pouvoir, ce que, de naissance, elle n’a pas eu…

C’est intéressant de parler d’elle, d’autant plus en ce moment où on voit Kim Jong Un mettre en avant sa fille…

Oui, on l’a vu, et c’est dingue parce que la chanson était déjà enregistrée quand il a commencé à montrer sa fille. Ça promet une guerre des clans à la Game of thrones… Avec les reines qui s’entretuent… C’est aussi le sort d’une partie de ce monde qui se joue à travers cette tragi-comédie familiale… Mais ça reste des histoires de femmes et la question de leur place dans ce monde de pouvoir…

Parlons un peu de musique. Jirfyia est un groupe de metal avec pas mal d’influences orientales, d’où, encore une fois ce clin d’œil à la pyramide dont nous parlions un peu plus tôt. Maintenant, si tu devais me vendre cet album, que m’en dirais-tu ?

Euh… ce sont 8 chansons construites comme des petits films avec des moments de tension et de repos bien définis, toutes les nuances qu’il faut pour découvrir la psyché de chaque personnage. On a rajouté des instruments qu’on n’attend pas forcément dans le metal – des violons, violoncelles et trompettes – qui nous amènent ailleurs et servent de moments de calme et d’introspection et qui rajoutent à cette dramaturgie qu’on a voulu créer sur chaque morceau.

Et si tu devais décrire l’évolution de Jirfyia entre Still wating et W ?

Je dirai qu’on s’affirme plus dans le sens où il y a toujours eu ces textes militants, sur l’écologie ou le capitalisme destructeur. C’est quelque chose qu’on voudrait et qu’on va assumer plus. On ne veut pas passer pour des donneurs de leçon et on a fait attention à ce qu’on écrivait sur des sujets un peu casse-gueule en essayant de ne pas porter de jugement, de faire preuve d’empathie à chaque situation et chaque personne, et, à travers ça, on cherche à donner envie à chacun de réagir et d’agir plus.

Pour l’enregistrement, vous avez de nouveau travaillé avec Andrew G. aux Hybride studio, qui est au final un autre membre de l’équipe…

Oui, quasiment (rires) ! Il est très sollicité et demandé dans le milieu du metal et du death metal. Je crois qu’il n’avait pas l’habitude de travailler avec des voix féminines, et il a compris, nous a amené à forger notre son de manière élégante et efficace. Donc pour l’instant, avec lui, c’est une équipe gagnante, donc pourquoi changer ?

Pour cet album, Ingrid, tu t’es laissée influencer par quoi ?

Ouh, là… Le metal ce n’est pas vraiment mon bagage à la base… Il y a un groupe que j’aime beaucoup et… presque honteusement, je ne les ai découverts que l’an dernier au Hellfest, c’est Lacuna Coil. J’ai beaucoup aimé cette harmonie entre les deux chants, et le côté visuel qu’on cherche aussi à amener un peu plus sur scène. On a créé un petit personnage qui arrive sur scène, un peu plus marqué par l’esprit metal. Je ne suis pas vraiment influencée par ce milieu, je ne suis pas une metalleuse pure et dure même si j’ai quelques références. Mais il y a tout un… bestiaire du metal que j’essaie d’éviter et qu’on veut interpréter différemment. Le nom du groupe, qui est celui d’une météorite, j’ai imaginé qu’elle s’était réincarnée en déesse… Justement, on en revient aux femmes… Une espèce de déesse des tourments qui, en arrivant sur Terre, voit cette espèce de foie. Elle n’a pas envie de se battre mais elle ne veut pas se taire…

Vous prévoyez des concerts en soutien de ce nouveau disque ?

Oui, il y a quelques dates qui arrivent, dont une à la Péniche Antipode de Paris le 26 avril, et on a aussi contacté des bookers – on est chez Splintering booking agency – qui nous prennent dans leur rooster et on espère pouvoir aller présenter ce disque sur scène partout en France… Tu es sur Orléans ? Il y a le Dropkick à Orléans, non ?

Oui, une petite salle en sous-sol qui chauffe très vite, avec les loges dans un couloir, mais une scène très sympa.

Il y a plein de groupes qui y jouent, on devrait avoir une date là-bas, il y a de quoi faire !

Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de W pour expliquer à quelqu’un ce qu’est Jirfyia aujourd’hui, ce serait lequel ?

Sur ce projet-là, je pense que ce serait Asylum. C’est celui qui a le plus d’instruments différents, et c’est un condensé de ce qu’on fait de mieux. C’est ce qui nous représente aujourd’hui le mieux. Et si on l’a mis en premier, ce n’est pas un hasard…

Pour terminer, quelle pourrait être la devise de Jirfyia ?

La devise ? Ah… pour un groupe militant comme nous en plus, je ne sais pas, « levez le poing », Rage Against The Machine… Ce serait dans cet esprit là : « gardez l’émotion et la rage au cœur », voilà !

 

 

ABHCAN: Build & break

France, Heavy metal (Ep, M&O, 2023)

Abhcan est un groupe parisien qui a déjà publié un premier album, The Pit, en 2020. Trois ans plus tard, le groupe revient avec ce Build & break, un Ep de 5 titres qui lie la puissance du heavy metal traditionnel à des sonorités plus modernes. Fondé en 2000, le groupe est rejoint en 2017 par Lina au chant (elle tient également le micro de Sleeping Romance depuis peu, cf notre récente interview) aussi doux et bienveillant, acidulé et presque pop, que brutal et rageur à la Alicia Whit-Gluz. Bien que le site du groupe ne mentionne pas d’autre vocaliste, il est difficile de croire que Lina soit seule au micro, passant d’un registre à un autre avec une facilité déconcertante. La belle est cependant accompagnée par des guitares inspirées par la NWOBHM (Maiden n’est jamais très loin) autant que par un thrash naissant de la Bay area. Si l’on pourra regretter un certain manque de rondeur et de générosité dans la production, les cinq titres foncent dans le tas avec une énergie non feinte. Simplement, malgré une bonne volonté évidente, et bien que l’envie et le savoir faire soient là, il manque ce quelque chose qui pourrait donner à Abhcan une vraie identité sonore et le distinguer de cette scène metallique hexagonale plus que vivante mais décidément très encombrée. Le potentiel est là, la concurrence aussi…

SWARM: Mad in France

France, Metalcore (Autoproduction, 2023)

Mad in France est la nouvelle déflagration des Frenchies de Swarm. Un Ep de 6 titres qui foncent dans le tas, mélangeant metalcore et hardcore. Dès Another Choice, il est clair que ces gars sont dignes d’enflammer une Warzone de vouçavékelfestival tant la puissance du propos musical a tout pour faire craquer les nuques. Ca bastonne à tous les étages tout en lorgnant vers un thrash à la Slayer des débuts, du punk anglais ou un heavy d’antan. Malgré son titre qui sonne japonais, Sanbiki no saru est une explosion chantée en français. La rage vocale, d’ailleurs, ou plutôt la colère déterminée est en parfaite adéquation avec des compositions parfaitement maitrisées. Swarm nous avait épatés avec son précédent opus, les gars confirment ici leur potentiel. Si la puissance d’exécution est toujours là, le groupe sait varier ses interprétations en allant chercher des moments plus… heu… »calmes » pour mieux repartir. Et diantre que ça joue! Imparable de bout en bout, ce nouveau CD, bien que court, pourrait bien faire franchir à Swarm un pas décisif.

RED CLOUD

France, Hard rock (Autoproduction, 2023)

Formé en 2018 à la suite de la rencontre entre la chanteuse Roxane Sigre et le guitariste Rémi Bottriaux, Red Cloud ne stabilise son line-up qu’en 2021 avec l’arrivée, dans le désordre, du bassiste Maxime Mestre, du batteur Mano Cornet Maltet et de l’organiste Laura Luiz. Ce qui est une évidence dès The battlefield, le premier morceau – même avant, il suffit de se pencher sur le livret pour avoir quelques indicateurs – le groupe puise son influence au cœur du rock quelque peu psyché des années 70. Bien sûr, l’orgue évoque immanquablement Jon Lord et Deep Purple (qui a dit « redondance »?), les guitares cherchent du côté bluesy de Led zep ou plus heavy chez le Sab’, mais il y a bien plus. On ne s’encombrait guère d’étiquettes restrictives en ces temps immémoriaux où tout était prétexte à explorer de nouvelles sonorités. Il y a ici des clins d’œil à Janis Joplin ou, plus encore, Patti Smith dans le phrasé vocal, la gentille folie allumée du Greatful Dead, la marque pure rock d’AC/DC. Et on a de quoi rire en lisant le dossier de presse qui évoque des « influences plus modernes (DeWolff, Monster Truck ou Rival Sons) ». Si eux ne sont pas typés 70’s… Rien de surprenant, donc, et Red Cloud perpétue ce revival 70’s avec plus que brio. Le chant anglais est parfaitement maitrisé, la production est au top permettant à chacun des membres du groupe de s’exprimer librement. Les fulgurances guitaristiques sont mise en concurrence par des claviers hypnotiques et une voix chaleureuse. Avec ce premier album éponyme, Red Cloud a tout pour frapper un grand coup et séduire bien plus que les fans de 70’s. Quand la musique est bonne… C’est une de mes premières grosses claques de ce début d’année.

PRAETOR

France/Luxembourg, Thrash (Meatal East, 2023)

Praetor déboule à 200 à l’heure avec un premier album de thrash ultra speedé et redoutablement efficace. Amateurs de finesse, passez votre chemin, même si cet album en est bourré. Le son clair, le chant puissant et éraillé, les guitares qui cisaillent, les doubles grosses caisses, tout est réuni pour que les crinières s’agitent et que se brisent les nuques. De No return à Distant road, Praetor ne laisse pas une seconde de répit. Ca tabasse dans tous les sens avec une violence contrôlée et salvatrice. Il y a tout au long de cette sublime carte de visite des références et influences incontournables puisées dans le metal old school et le thrash des grands jours. On pense aussi bien à Death Angel que Nuclear Assault, Sepultura, Machine Head ou encore, dans certaines structures à Slayer ou même Maiden. La précision et la vitesse d’exécution sont d’une imparable brutalité – ces guitares de Noémie Bourgois me rappellent la folie de Sibylle Colin Toquaine (Witches) en plus rapide encore. Le groupe aurait pu speeder pied au plancher et foncer droit devant écrasant tout sans pitié mais a l’intelligence de ralentir par instants apportant ainsi quelques moments de respiration bienvenue. Formé en 2019, le quatuor fait preuve avec ce premier album d’une maturité exemplaire. Il ne fait aucun doute que nous entendrons rapidement parler de Praetor à qui de grandes scènes sont promises. Pas étonnant, là où tant d’autres s’autoproduisent, que Metal East, label qui monte, se soit penché sur son cas. Impeccable!

CARCARIASS: Afterworld

France, Metal (Autoproduction, 2023)

Personne ne l’avait vue venir, Carcariass pas plus que les autres. Lorsque le groupe a publié Planet chaos en décembre 2019, et en avait assuré la promotion un mois plus tard, qui pouvait se douter que notre monde allait justement sombrer dans le chaos d’une crise sanitaire mettant un coup d’arrêt brutal à tous les espoirs du groupe de revenir en force sur le devant de la scène? Trois ans plus tard, Carcariass nous propose un Afterworld bien nommé même si, contrairement à sa pochette, notre monde n’est pas à feu et à sang. Quoique… Mais c’est un autre débat. Ce nouveau disque nous propose 10 titres aussi mélodiques qu’entraînants, rythmés par une batterie hypnotique et un chant guttural engagé et doucement enragé. On appréciera rapidement le soin apporté au mélodies et aux arrangements qui sont partout finement travaillés. On est souvent proche du progressif – je détecte même quelques touches à la Pink Floyd et Rush – et les claviers, omniprésents mais discrets, apportent une forme de mélancolie à cet ensemble très réussi, qui parfois invoque le côté martial de Rammstein (Angst, ben tiens, un titre en allemand, comme par hasard! Mais chanté en anglais). Pour se convaincre du potentiel musical de Carcariass, de la diversités de ses influences, on peut aisément se plonger dans cet instrumental à tiroirs qu’est Fall of an empire qui démontre bien que le groupe est bien plus varié et fin que le death de ses origines. Afterworld est un album brillant et efficace qui confirme que l’on peut aujourd’hui plus que miser sur le retour de Carcariass, plus en forme que jamais. Bravo!

MONOLYTH: We’ve caught the sun

France, Metal (Autoproduction, 2023)

Il y a une quinzaine d’années, les Parisiens de Monolyth proposaient leur premier album de thrash/death, Catch the sun. Après , moulte aventures – dont un autre album, A bitter end – A brave new world (2018) – le combo revient avec We’ve caught the sun. L’observateur averti remarquera rapidement quelques similitudes avec le premier effort du groupe puisque le tracklisting est identique. Eh oui, Monolyth a décidé de revisiter son propre répertoire et réenregistré l’ensemble des 10 morceaux en y incorporant de nouveaux éléments musicaux, un son plus actuel et une interprétation qui, sans doute, suit les humeurs de ses interprètes, humeurs qui ont évolué en plus d’une décennie. Si la brutalité et la rage sont « toujours » d’actualité – on retrouve ces guitares incisives, ce chant à la fois doux et enragé, ces rythmiques puissantes et variées – cette initiative permet à chacun de découvrir ce groupe plus finement pachydermique que simplement monolithique. Il y a naturellement du thrash à foison mais également des influences hardcore US et metalcore. S’il est difficile pour ceux d’entre nous qui sont passé à coté de son grand frère et se trouvent donc dans l’incapacité de comparer les deux œuvres, We’ve caught the sun se révèle rapidement un album redoutablement efficace, aiguisé et tranchant à loisirs.

Interview: LODZ

Interview LODZ – Entretien avec Julien (basse) – Propos recueillis par téléphone le 23 février 2023

Photo promo LODZ 2023

Deux mois après la sortie de leur dernier opus, Moons & hideaways, Lodz s’attaque à la promo. Julien, le bassiste du groupe nous dit tout de ce nouvel opus mais… la communication très brouillée nous empêche de bien comprendre les premières minutes de nos échanges. Le temps que Julien récupère un autre téléphone, et c’est reparti !

Moons and hideaways est le troisième album de Lodz. Il y a eu de nombreux changements dans le groupe puisque toi-même, et le batteur êtes arrivés en 2018. C’est votre premier album avec Lodz ?

Oui, c’est notre premier album.

Tu connaissais déjà le groupe avant ?

Complètement. C’est un groupe que je suivais depuis longtemps et j’ai vu passer l’annonce disant qu’ils cherchaient un nouveau bassiste. Je me suis lancé et ça a tout de suite matché, que ce soit sur le plan humain ou musical.

Avec 2 nouveaux membres dans une formation, il y a forcément une approche différente. Toi qui connaissais déjà le groupe, comment analyserais-tu l’évolution de Lodz entre ses deux derniers albums ?

Je pense que je suis arrivé au bon moment parce qu’ils pensaient déjà changer musicalement. Dans leur fonctionnement, il y a vraiment eu un avant et un après, même pour la composition. Pour cet album, le processus a été complètement différent. On s’est posé la question de savoir ce que nous pouvions faire pour proposer vraiment la musique qu’on veut. Ça passait par un changement de méthode de composition qui consistait à s’isoler. On partait 3 ou 4 jours dans une maison à la campagne, on mettait les téléphones et ordis de côté et on ne faisait que composer et tester, jour et nuit. C’est nouveau, tester, prendre des risques, des riffs, les mettre dans tous les sens, chercher le son… C’est quelque chose qu’on n’avait jamais pu faire avant et qui est vraiment nouveau. Cet album, sonne un peu différemment, c’est un peu l’album de la maturité.

Tu me dis donc que chacun a son mot à dire dans la composition…

C’est ça, il y a une vraie cohésion. Olivier, notre guitariste, est très à l’aise avec tout ce qui est home studio, ce qui fait qu’on peut vraiment essayer beaucoup de choses en quelques clics. « Je voudrais bien voir ce que ça donne en deux fois plus long… » On peut tester et tout de suite mettre tout le monde d’accord.

Quel est ton cursus musical ?

Je suis bassiste depuis une quinzaine d’années. Je suis plutôt de l’école de la musique des années 90, Pearl jam, Alice In Chains, toute la mouvance grunge. Après, avec mon éducation musicale, je me suis rapproché des styles un peu plus extrêmes – je suis un grand fan de punk, hardcore – et le tronc commun dans tout ce que j’ai toujours aimé jouer c’est l’émotion, la sensation. Je n’étais pas forcément le plus grand fan de Katatonia avant d’entrer dans Lodz, mais dans un groupe comme Alice In Chains, une influence aussi, il y a beaucoup d’émotion, et c’est ce qui m’a plu dans Lodz. Ce sont des choses qu’on peut trouver dans différents genres de musique, même si l’émotion est intense de différentes manières.

Sur Ghost of confusion, j’ai noté des ambiances très atmosphériques (il confirme), et il y a un instrumental, Pyramids, qui ouvre cet album. C’est assez osé de débuter un disque avec un instru, qu’on trouve habituellement à mi-parcours…

Oui, c’est vrai que c’est osé, et c’est quelque chose qu’on n’aurait peut-être pas fait avant. Ca rentre dans la démarche dont je te parlais. Pas de tabous. Ça ne rentre pas dans les codes ? tant pis. Si ça nous plait, allons-y. Et je pense aussi à Fast rewind qui est presque indus, presque une ballade un peu amère, c’est un titre qu’on adore et qu’on a voulu placer dans l’album même s’il est différent de ce qu’on a fait jusqu’à maintenant.

Trois morceaux complètement différents… J’ai même trouvé des influences à la Pink Floyd, dans la légèreté des guitares, par exemple.

C’est clair, même si, aujourd’hui, on n’entend moins de groupe se dire influencés par les années 70. Pourtant, oui. C’est un bon rapprochement… J’en suis très friand et ça se retrouve dans nos compos.

Ca ne signifie pas, bien sûr, que tout soit influencé par le rock des 70’s. Il y a des choses beaucoup plus modernes, notamment dans les mélanges de chant – clair et très agressif. Il y a un parti pris, là aussi ?

Clairement. Pour autant, si on devait faire un titre uniquement en chant clair ou uniquement en scream, on le ferait. Ce mélange, c’est en effet un parti pris dans la mesure où on joue sur plusieurs émotions. Parfois c’est triste, parfois, plutôt déprimant, nostalgique. Là, le chant clair est parfait, tandis que les moments de colère, les moments plus intenses, le scream tient parfaitement son rôle.

Si tu devais décrire la musique de Lodz pour inciter quelqu’un qui ne vous connait pas à aller vous découvrir, que lui dirais-tu ?

Déjà, il ne faut pas qu’il ait peur d’aller remuer des émotions. Notre musique est très intense, volontairement. Il faut être prêt à faire un voyage, une sorte d’introspection, aller explorer tout ce qu’on peut ressentir. Tous… on parle de dépression, de nostalgie, de tristesse, des choses que tout le monde peut ressentir. Il faut aussi écouter le disque entièrement. On a eu beaucoup de chroniques qui disaient que c’est un disque à écouter d’une traite pour tout saisir.

Tu me parle de variété, d’introspection mais je n’ai pas le temps là… Alors, si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Moons and hideaways pour expliquer ce qu’est aujourd’hui Lodz, ce serait lequel ?

Je dirais qu’il faut écouter You’ll become a memory, le second morceau. Le premier, c’est une introduction, mais celui-là, c’est un peu une carte de visite. On y trouve un peu tout ce qu’il y a dans l’album. On a aussi sorti un clip pour ce morceau, d’ailleurs. Je conseille donc à quelqu’un qui veut nous découvrir d’aller écouter ce morceau sur YouTube, et si ça lui plait, le reste lui plaira aussi, ce n’est que le développement de ce que l’on commence à aborder dans ce morceau.

J’avais en effet noté que c’est un titre plus heavy, puis il devient soft, il y a du chant clair, un refrain enragé, un mix vocal entre clair et guttural. J’ai même parfois l’impression qu’il y a plusieurs chanteurs, dont une femme. C’est le cas ?

Non… En fait, Éric, notre chanteur, a doublé énormément de voix pour avoir ce résultat. Sur scène, le guitariste se charge des chœurs, mais là, c’est 100% la voix d’Éric qui est parti dans plein de directions… Il s’est peu mis en danger, il a vraiment pris des risques par rapport à ce qu’il faisait maintenant.

La pochette de l’album, c’est l’œuvre de qui ?

Déjà, il y a cette présence féminine sur la pochette. C’est un peu le fil rouge, dans Lodz, il y a toujours eu une présence féminine. (Note de MP : là, je me dis qu’il n’a pas compris ou pas bien entendu ma question. Mais laissons, il apporte d’autres éléments) Je pense que c’est une forme de personnification de tout ce dont on parle en termes d’émotions. C’est un peu l’image du groupe, des paroles, de notre univers. Et cette porte, une seconde dimension qui symbolise cette invitation à nous rejoindre. Quand on ouvre le CD, on se retrouve à l’intérieur de cette dimension.

Un groupe de rock, c’est aussi la scène. Avez-vous des projets en ce sens ?

Absolument, ça commence à arriver et on est en pleine préparation. On a seulement annoncé notre participation à des festivale, dont un à Lyon, en juin, avec des noms comme Rotting Christ, Belphegor… Une autre date organisée par festirock, et là, on attend des confirmations mais d’autres dates seront annoncées dans les jours à venir. Nous, ce qu’on veut, c’est jouer… Notre groupe est encore indépendant, on a un super label, mais tout ce qui est booking, les contacts, les mails, c’est nous ! Si vous voulez nous voir jouer chez vous, envoyez-nous un mail, ce sera avec grand plaisir. L’idée, c’est de défendre cet album dont on est très fier. On est sur tous les réseaux – on n’a pas de site à proprement parler. On est assez facile à trouver même si on a un nom de ville polonaise…

Peux-tu imaginer une devise pour Lodz ?

Une devise ? Oh, la ! Tu me poses une colle là ! j’ai envie de dire « n’ayez pas peur »… de venir faire ce voyage avec nous, de vous ouvrir aux émotions. Oui, « n’ayez pas peur ».

Moons and hideaways est un titre assez mystérieux…

Oui… L’explication derrière tout ça ? La lune représente un peu ces humeurs que nous pouvons tous avoir, envers soi ou envers les autres. Les cachettes (« hideaways »), ce sont tous ces endroits où l’on peut se réfugier pour, au final, affronter tout ça.

C’est donc aussi en lien avec cette introspection dont tu parlais plus tôt…

Exactement…

Souhaites-tu ajouter quelque chose pour conclure ?

Je pense qu’on a fait le tour, je voulais juste saluer le travail qu’on a fait avec Nikita Kamprad, c’est le guitariste d’un groupe de Black metal qui s’appelle der Weg Einer Freiheit. Ils font un style complètement différent de ce qu’on fait mais, si nos styles sont complètement différents, il a une façon de travailler qui apporte une dynamique à notre musique. C’est quelque chose qui se perd un peu en ce moment. On lui a donc proposé, ça lui a plu, et il a accepté de produire notre album. Ca fait plaisir de travailler avec des gens qui travaillent « à l’ancienne »…

Ça veut dire que vous avez enregistré sur bandes ?

(il rit) Non, non, quand même pas ! c’st plus dans l’approche du mix, de faire le choix de privilégier ceci ou cela, le son naturel… Je trouve que le travail qu’on a fait avec lui est vraiment super. Alors, si des groupes cherchent un producteur, écoutez ce qu’il fait et contactez-le !