JUNON: Dragging bodies to the fall

France, Post Hardcore (Source atone records, 2024)

Nous avions fait la connaissance de Junon en 2021, via The shadows lengthen, son premier Ep qui, au travers de 4 titres, posait les bases de l’univers sonore des ex-General Lee. Junon revient aujourd’hui avec son premier album complet, un Dragging bodies to the fall composé de 9 titres aussi sombres qu’inquiétants ou hypnotique. il y a du désespoir et de la mélancolie tout au long de cet album. Le chant d’Arnaud Palmowski est aussi torturé que les guitares de Fabien Zwernemann (également aux backing vocals), Martin Catoire et Alexis Renaux, qui proposent des plans épurés et aériens autant que lourd et brutaux. La rythmique du bassiste (studio) Vincent Percadiro et du batteur Florian Urbaniak pose quant à elle les bases de cette architecture souvent alambiquée. Clairement, Dragging bodies to the fall nécessite plusieurs écoutes pour en saisir toutes les subtilités mais l’ensemble en est d’autant plus saisissant que le mystère est présent tout au long des 44′ que dure cet album à découvrir.

RIFFLESS: Ghost is a woman

Belgique, Hard Rock (Ep, M&O, 2024)

C’est en 2020 que se forme Riffless sous l’impulsion du multi instrumentiste JP Devox et du chanteur Benoit Patigny. Les deux sont bientôt rejoints par le guitariste Vincent Fis, les bassiste Jean-Philippe Dirix et le batteur Marcus Weymaere avec lesquels ils commencent à composer, répéter et diffuser leurs productions sur le web où ils rencontrent un certain succès. un premier album, Yes I sold my soul for rock n roll, voit le jour en 2022 avant que le groupe ne revienne avec cet Ep, Ghost is a woman. Clairement influencé par le rock n roll énergique, les 4 titres proposent des riffs simples, directs et efficaces qui ne veulent que faire taper du pied. Le chant, dans un anglais totalement maitrisé, est rugueux à souhaits, la voix de Benoit semblant forgée à coups de clopes et d’alcool. A mon goût, il ne manque qu’une chose à Riffless : un peu plus d’énergie et de hargne dans l’exécution de ces chansons par ailleurs joviales et entrainantes. Mais une chose est certaine, c’est que ce genre de rock est parfaitement taillé pour la scène!

ECR.LINF: Belluaires

France, Black metal (Source atone records, 2024)

La lecture des crédits donne une première – vague – idée de l’identité musicale de Ecr.Linf (qui signifie « Ecrasons L’infâme ») puisqu’en dehors des classiques chant/guitare/basse/batterie, on trouve un instrument typique de chez nous moins utilisé dans le rock et ici accessoire: l’accordéon (qu’on entend cependant bien moins que les claviers, non crédités sur la version que j’ai reçue…) Les huit titres de ce premier album, Belluaires démarrent pied au plancher avec rage et désespoir. Le groupe fondé par d’ex-membres de No Return, Svart Crown, et pour les plus connaisseurs, Demande A La Poussière ou Ophe a vu le jour en 2023. Ecr.Linf enregistre deux premiers singles avant de proposer ce Belluaire. Les deux singles, Le désespoir du prophète et Tribunal de l’âme, en sont d’ailleurs les morceaux d’ouverture, brutaux et déterminés. Le groupe ne fait aucune concession au travers d’une musique aussi sombre qu’oppressante, à l’image du message véhiculé: un regard pessimiste sur notre (in)humanité. Pourtant, certains passages laissent entrevoir un trait de lumière, comme une lueur d’espoir. Brutal et direct, ce premier album place Ecr.Linf parmi les sérieux challengers du Black metal hexagonal.

INNER AXIS: Midnight forces

Allemagne, Heavy metal (Fastball music, 2024)

Quelle surprise lorsque le facteur sonne chez moi pour me remettre, contre signature, ce pli carré et plat! Ca fait des années que je n’ai pas reçu un album vinyle… Inner Axis fut formé dans la ville de Kiel, en Allemagne, en 2008. Le groupe enregistre deux albums : Into the storm en 2011 et We live by the steel en 2017 et revient aujourd’hui avec un troisième album, Midnight forces. Tout au long des dix titres, le groupe évolue dans un registre heavy metal tendance power/epic metal. Si l’illustration de couverture évoque la SF de Blade Runner, le contenu musical est clairement inspiré de ce heavy metal épique allemand des années 90. Si je pense à Blind Guardian, la musique m’évoque également Iron Maiden ou, dans certains refrains fédérateurs, Night Ranger. Helloween également, dans une moindre mesure, me vient à l’esprit. Tout au long des 10 titres, les guitares fusent dans des riffs et des solis exemplaires, soutenus par une rythmique efficace. Seul le chant m’irite quelque peu, manquent de puissance et de détermination. Le reste, cependant, montre un groupe au top de son efficacité. Ok, on sourit parfois aux aspect totalement cliché du genre (le ton sur lequel est scandé « Cobra never dies » sur Strike of the cobra mais avec des « Cobra cobra cobra strike » hyper fédérateurs) et on se rend bientôt compte des thèmes qui ont inspiré Inner Axis: les grands classiques du cinéma d’aventure, de SF, d’épouvante et historique (Evil dead, Spartan war cry, Master and commander…) On remarque surtout ces solis d’une rare efficacité sur I am the storm, Midnight hunter heavy et enjoué, Burn with me… Inner Axis revient donc avec un album puissant et efficace et très bien produit. On peut espérer que le groupe trouve son public, mais faudra-t-il attendre encore 6 ans avant une suite?

KARKARA: All is dust

France, Rock psychédélique (Autoproduction, 2024)

Complètement allumé et déjanté! Entre l’illustration de la pochette, véritable invitation à entrer dans un univers psychédélique d’une époque révolue, les sons de laser de combats contre (ou avec?) les extra-terrestres, la plainte d’un éléphant qui se serait pris la trompe dans une porte qui grince et couine en se refermant, des évocations pas si lointaines d’un Hawkwind ou d’un Black Sabbath, des références à une époque hippie où la musique se composait et s’écoutait sous l’emprise de substances diverses, les Toulousains de Karkara nous entrainent tout au long de ce All is dust, dans un univers aussi envoûtant qu’hypnotique. Les 6 titres à rallonge et à tiroirs de ce troisième album sont pensés comme les différents chapitres d’une histoire et ne répondent à aucun code autre que celui de l’efficacité. Car malgré ces aspects en effet complétement déjantés, chaque son de cet album participe à la construction d’un univers à part. Même le chant, ici torturé, là mystique, ici encore perturbé, rien ne laisse de marbre. Karkara nous invite dans une épopée spatio-temporelle planante et grisante tout à le fois. Superbe!

SLAVES OF IMPERIUM:New waves of cynicism

France, Thrash/Black (M&O music, 2024)

Les esclaves de l’empire… Slaves Of Imperium est un groupe fondé en 2019 en Bretagne, entre Vannes et Lorient qui a déjà publié un premier album, Observe. Analyse. Sanitize. en 2022. Si ses influences vont de Machine Head à At The Gates, si le groupe propose des structures directes et dans ta face, des riffs ultra tranchants et efficaces, une rythmique qui martèle sa mère, il est impossible de ne pas faire le lien entre ce thrash/death et le Black metal d’un Behemoth ou d’autres dans de nombreux passage des vocaux. Ce chant, hargneux et déterminé, qui se fait parfois clair (Beating session, Aftermath, Equation of the void et plus) est étrangement, par instants, limite juste et proche de la rupture dans un esprit mélancolique et torturé. Slaves Of Imperium semble toutefois déterminé et son propos musical ne laisse guère de doute quant à ses intentions. C’est brutal, certes, certains soli évoquant surtout le heavy metal classique. Ceux qui me connaissent le savent, je suis loin d’être fan ultime de metal extrême. Pourtant, ici, serait-ce un bon signe?, je suis arrivé au bout de l’album sans envie d’interrompre son écoute. Même si ça bourrine sévère, il y a une variété de tempi et d’influence suffisamment vaste pour que que chacun puisse trouver ses marques et ses repères. SOI nous offre même une version acoustique du morceau titre de son premier album pour clore ce nouvel essai, cette version m’évoquant directement Solitude de Candlemass. Seul point de frustration: le livret indique les compositeur et auteur, mais on ne trouve rien, ni sur le dit livret, ni sur internet (FB, linktr.ee, site du label…) quant au line-up actuel… On est en France, hein…

BRUCE DICKINSON: The Mandrake project

Angleterre, Heavy metal (BMG, 2024)

The Mandrake project ou chronique d’un succès annoncé… Depuis des mois déjà, c’est toute la planète metal qui s’émeut à l’idée de la sortie du nouvel album solo de Bruce Dickinson. Une promo comme seuls les plus grandes stars – et le chanteur d’Iron Maiden fait incontestablement partie de ces privilégiés – peuvent se la permettre, une promo soigneusement pensée et faite pour exciter les foules. Un battage fait de pubs dans la presse, tournée des radios, rencontres avec les (« des », le nombre de rencontres étant limité) fans pour des séances de dédicaces, production d’une version collector pour l’occasion… Comme si la promo officielle ne suffisait pas, même les fans les plus hardcore s’y mettent, se faisant le relai du décompte avant la sortie, des résultats des ventes, des témoignages lors de ces rencontres organisées… Bref une promo jusqu’à l’overdose qui pose une question: il est où le loup? Car oui, avec autant de remue-ménage, on peut avoir des a priori quant au résultat final de cet album que les fans auront attendus près de 20 ans. Certes, son retour au sein du giron Maiden l’a plus qu’occupé, mais force est de reconnaitre, à l’écoute de cet album, que ça valait le coup d’attendre. Une nouvelle fois, Bruce collabore avec Roy Z, qui tient ici guitare et basse et avec qui il compose la plupart des titres. D’emblée, on comprend que Bruce cherche à s’éloigner de l’univers purement heavy metal de la vierge de fer. Il nous propose un album au relents cinématographiques avec des chansons taillées pour le 7 art. La variété des genres, allant du heavy rock au metal symphonique, voire à l’acoustique est rafraichissante et interpelle plus qu’à son tour. L’émotion mise en scène est palpable, et Dickinson module et varie ses intonations avec un bonheur qu’on ne trouve plus forcément dans son autre groupe, même si certains moments évoquent naturellement Maiden. The Mandrake project s’en distingue cependant largement au travers de cette œuvre impressionnante et plus que réussie. Alors oui, voici un disque qui méritait bien un peu de tapage et on attend maintenant de retrouver le légendaire chanteur sur scène – un Olympia puis un Hellfest en bien meilleure position que British Lion…

POLARYS: Cosmic singularity

France, Heavy metal (Autoproduction, 2024)

Les Parisiens de Polarys se font rares… Après The Va’adian chronicles, un premier album puisant dans la SF paru en 2013, après 2 singles sortis de temps à autres, le groupe revient avec ce Cosmic singularity, un simple EP de 5 titres… « Simple », mais les titres sont longs, touffus et vraiment travaillés. La superbe pochette (signée Slo) donne le ton: Polarys évolue dans cet univers SF et propose un metal épique, puissant et enjoué. Comme un message au public à reconquérir, Back to war introduit cette galette en proposant divers tableaux, à la fois déterminés, inquiétants et épique. Le chant grave du guitariste Douchan est entrainant à souhaits. Le morceau éponyme démarre avec une évocation de Metallica avant d’aller explorer des sonorités plus spatiales et orientales. Certains sons me font même penser chant des baleines avant que le titre ne reparte en trombe avec une réelle efficacité. L’instrumental The long dark permet à la formation de proposer diverses ambiances dans des tiroirs aussi bien heavy que progressif. Deux termes qui résument l’esprit de Polarys qui ne cède pas à la facilité, varie les plaisirs comme sur le très enlevé Trapped in the hub, un des singles paru en… 2017 ou le plus que martial The warrior’s pledge. Il y a des coins à explorer et des découvertes tout au long de ce trop court Cosmic singularity dont on n’espère qu’une chose: qu’il soit le disque de la remise en forme, celui qui annonce un retour ou un redécollage.

QAMELTO: Scotoma

France, Rock (Autoproduction, 2024)

Qamelto nous avait interpelés avec son premier Ep, Sors, paru en 2020. Le groupe revient avec Scotoma, un album qui sonne et donne beaucoup. Démarrant avec L’hôte, le groupe semble vouloir régler des comptes et nous offre des textes qui sonnent comme une délivrance sur des mélodies qui, si elles paraissent simples, se glissent dans la tête. Qamelto varie par la suite ses plaisirs avec des morceaux plus lents, speed, s’oriente vers des atmosphère plus aériennes, lourdes ou sombres. Le chant déterminé et rugueux accompagne des guitares incisives et une rythmique directe. Qamelto nous offre un album dynamique et entrainant, rafraichissant même. Parfois, la « simplicité » reste ce qu’il y a de plus efficace.

BLOOMING DISCORD: Memories from the future

France, Metalcore (mais pas que) (Autoproduction, 2024)

Il aura fallu 8 années aux Marseillais de Blooming Discord pour enfin offrir à son public son premier album, Memories from the future. Un premier album qui fait suite à 2 Ep qui ont permis à la petite bande de finaliser son line up, tester et se planter et vraiment trouver son identité musicale. Ce sont ici 10 titres qui nous sont livrés et la surprise est au rendez-vous. Si Blooming Discord évolue de prime abord dans un registre proche du metalcore, on se rend vite compte qu’il y a plus que ça dans ce qui motive le groupe. On reconnait aisément les sources d’inspirations de Blooming Discord qui puise dans les 90’s et le début des années 2000, et le son – superbement produit – est très américain. Le chant, à la fois clair et plus brutal de Karim fait des merveilles et l’on ne peut noter un accent qui pourrait, à juste titre, laisser croire qu’on n’a pas à faire à quelqu’un qui aurait grandit en France. Tout au long de ces dix titres, Blooming Discord nous entraine dans une furie auditive tout autant que dans des rythmes simplement entrainants ou dans un peu plus de douceur. Le groupe s’est donné les moyens de ses ambitions et nous propose un premier album d’une rare efficacité qui ratisse large et s’adresse à tout le monde. Une superbe carte de visite qui donne envie d’en découvrir plus.