BLACK HELLEBORE: Disorder

France, Metal (autoproduction, 2021)

Au départ, c’est un projet solo. Celui de la chanteuse guitariste Cyrielle Duval qui sort un premier ep (sous la houlette de Stephan Forté – Adagio) en 2018. « Cet album, Disorder, devait être la continuité de ce projet solo » explique Cyrielle. Mais voilà… Rien ne se passe comme prévu: la belle se demande qui recruter pour enregistrer son album et rencontre Anthony Osché, multi instrumentiste comme elle élève de Stéphan avec qui le courant passe tant et si bien que le projet se transforme en groupe. « Anthony est également un excellent compositeur et il a apporté énormément d’idées sur les arrangements, les mélodies, et il a même composé deux titres. C’est comme ça qu’est né Black Hellebore: d’un projet solo, on s’est retrouvé à trois – Anthony, moi et  Jelly Cardarelli (le batteur). Il y a quelque chose de plus humain et chaleureux dans un groupe qu’en solo, on peut tout partager, nos idées, nos émotions. Black hellebore est né comme ça, pendant la phase d’enregistrement ». Le groupe emprunte son nom à la botanique. « L’hellebore nous attire par sa dualité: c’est une fleur qui existe en blanc et en noir. Et c’est une plante qui pousse en plein hiver. Ces deux dualités représentent bien le groupe, tant musicalement que sur nos personnalités ». Pourtant, la pochette de Disorder est très colorée… « Oui, mais on ne se limite pas qu’au noir. On est sensibles à diverses formes d’art, notamment la peinture, un art très coloré. On aime beaucoup les couleurs, pas forcément les mêmes, mais Anthony et moi, on aime beaucoup le rose. On avait envie de proposer quelque chose qui casse quelque peu les codes traditionnels du metal ». justement, il y a musicalement beaucoup de chose, alors comment Cyrielle définit-elle la musique de Black Hellebore? « C »est très compliqué, on aime beaucoup de choses. Je serai incapable de coller Black Hellebore dans une case. » En effet, il y a beaucoup de choses dans cet album, avec des influences aussi diversifiées que Arch Enemy ou Amaranthe – je remarque une autre dualité avec ces deux groupes à l’opposé, l’un rugueux au chant explosif, l’autre dansant et « boite de nuit », ce que Cyrielle approuve. Anthony, lui, est plus prog et neo classique « forcément, il aime beaucoup Malmsteen, et surtout la musique classique« .  L’album est court – 7 morceaux – et varié. Si Cyrielle devait n’en retenir qu’un qui puisse définir ce qu’est son groupe, lequel serait-ce? « C’est super compliqué, c’est la question qui tue (rires)! Je pense que je ferai écouter My difference, un des deux morceaux qu’on a clipés. Il y a de tout dans ce morceaux, du prog, des trucs limite hard rock, du sympho… Je pense que ce serait celui-là« . L’autre morceaux clipé, Open up your mind, a attiré en quelque jours plusieurs dizaines de milliers de curieux. « On a été les premiers surpris par ces chiffres. je pense qu’on peut dire qu’on croit en ce que nous faisons, c’est solide mais ça ne suffit pas pour attirer autant de monde. Mais ce n’est pas assez. Il faut aussi mentionner Roger de Replica qui fait un travail énorme en promo pour nous. on travaille aussi beaucoup via Instagram et Facebook, les deux principaux réseaux sociaux« .  L’album a été enregistré sous le regard de Stephan Forté. Qu’a-t-il apporté au groupe? « C’est un peu notre mentor… Ce qu’il nous a apporté? Je ne parlerai pas pour Anthony, mais pour moi, il m’a permis de faire les premiers pas dans le monde professionnel de la musique. Il a un univers musical qui me plait énormément et je pense qu’il a aussi apporté cette facette assez sombre et mélodieuse« . Mais la production est signée Cyrielle: un son clair et puissant, très moderne. « Je voulais un son moderne, qui s’inscrive dans son temps. Dans le mix, je souhaitais faire ressortir les sonorités électroniques, mais aussi les guitares parce qu’on reste un groupe metal. C’est beaucoup de travail – surtout quand il y en a un autre en parallèle – mais une très bonne expérience qui permet de voir toutes les facettes de la production d’un album. Pour le futur, nous aimerions travailler avec un label, mais je pense que c’est toujours utile pour un artiste de savoir comment ça se passe. Je suis contente de cette expérience« . Maintenant, si Cyrielle devait penser à une devise pour Black Hellebore, que pourrait-ce être? « Une devise? Waow! Elle presque plus compliquée cette question que de choisir un titre (rires)! Je pense que s’il devait y avoir une devise, ce ne serait pas à moi de la choisir seule… Il faudrait qu’on la réfléchisse à deux, avec Anthony« . Ok, on fera sans devise cette fois-ci, en attendant que le groupe soit vraiment au complet pour aborder la route. En attendant, délectons nous de ces 7 titres puissants, metal, électro, qui puisent dans de nombreux styles musicaux colorés et entrainant. Black Hellebore c’est une belle promesse pour l’avenir, un vrai challenger du metal made in chez nous qui m’rite attention et soutient.

Propos de Cyrielle recueillis le 22 novembre.

EXISTANCE: Wolf attack

France, Heavy metal (Autoproduction, 2021)

Le ton est donné dès le départ: la puissance du cri poussé par Julian Izard (chant et guitare) invoque directement le Metal God, tandis que les guitares se disputent les grands anciens. Clairement, cette dernière mouture d’Existance est l’avenir du metal français. D’ailleurs, le terme « français » est ici en trop tant le groupe a un son, une attitude, une identité musicale d’envergure internationale. La jeune garde a été bercée au son du metal principalement européen de l’âge d’or. On entend sur ce nouvel album Wolf attack, tout au long des Highgate vampire, Death bringer, Preacher of insanity tout l’amour voué à Judas Priest, Iron Maiden, Accept… mais aussi des références plus US à Dio ou Twisted Sister à travers Power of the gods ou You gotta rock it, voire au rock direct américano-européen sur les plus calmes rock n roll et Jenny’s dream. Comme le résume Antoine (guitares), « c’est un album assez varié du fait de nos influences communes mais aussi de ce que chacun de nous apprécie de son côté. On a voulu varier les plaisirs en gardant une certaine cohérence. Je crois que nous y sommes parvenus, mais ça, ce sera aux auditeurs d’en juger. ». Et, en effet, impossible de ne pas trouver ces influences qui ratissent du hard rock au heavy metal, passant même par la case power ballad.  Il aura fallu cinq ans à Existance pour donner un successeur à Breaking the rock (2016), période qui voit l’arrivée de Géry Carbonelle à la batterie – après la sortie de ce Breaking the rock. Wolf attack est également le premier album du groupe produit par François Merle (Manigance). Pourquelle raison avoir décidé de travailler avec un producteur? Géry reconnait que « ce n’est pas vraiment nous qui avons décidé… C’est François qui est venu nous voir cherchant à savoir si nous avions un producteur pour notre futur album. Il voulait nous aider à passer un cap et c’est quand l’album a été finalisé qu’on s’en est rendu compte. oui, on a passé un cap, au niveau du son et sur pas mal de point. Il est venu nous voir sur la tournée en 2018, il a fallu qu’on se rencontre, on a fait un essai chez lui qui a été concluant. Si l’album sonne comme ça aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à lui ». Antoine ajoute que le groupe ne disposait « que de deux semaines pour travailler chez lui, donc, ça a tété des journées hyper intenses. On a pris le temps d’écouter ses conseils. Il nous a vraiment apporté beaucoup tant sur la façon d’enregistrer que dans la méthode. Avec Breaking the rock, on avait nos petites habitudes, on était à la maison… Là, il nous a fait des suggestions, tenté ça ou ça, il nous disait « On essaye, si ça ne vous plait pas, on tentera autre chose ». Résultat: il n’y a pas un faux pas sur cet album qui, naturellement, est un hommage au regretté Didier Izard, le père de Julian, ancien chanteur d’un H-Bomb mythique dont il est plusieurs fois référence . Déjà, le titre de l’album et son illustration rappellent évidemment le titre Le loup et la reprise de Gwendoline – seul titre chanté en français – qui clôt Wolf attack. Ces deux références qui renvoient à un Attaque qui distingua jadis H-Bomb. Hormis cet hommage justifié et naturel, Existance signe, avec Wolf attack, un des meilleurs album metal de l’année, une perle de puissance, d’efficacité et de créativité. Bravo!

Entretien Zoom effectué le 21 octobre 2021 avec Géry et Antoine

DEATH DECLINE: The silent path

Death, France (M&O, 2021)

Il porte bien son nom, ce troisième album des Français de Death Decline. The silent path voit le groupe s’enfoncer dans son univers en proposant plus que de la simple bourrinerie bien orchestrée. Comme dirait Raoul Volfoni, « Faut bien r’connaître, c’est du brutal… » Fabien, le guitariste du combo décrit The silent path comme étant « plus diversifié, plus catchy, plus… tout, en fait. Le but n’était pas de faire un Thousand faces of lies part 2. Mais il garde vraiment ce qui fait le son de Death Decline« . Et cette brutalité? « Pourquoi pas. On sait qu’on propose une musique rapide, directe, tranchante, mais on a aussi voulu inclure cette part de nuances à notre musique. » Si un troisième album est toujours celui du défi, il permet ici au groupe d’aller « plus loin au niveau des compositions et du rendu sonore« . Force est de constater que la production rend hommage au propos de l’album et sait jouer avec chacun des instruments. On remarquera évidemment le chant si varié d’Alexis Fleury qu’on pourrait croire qu’ils sont plusieurs à jouter vocalement. Mais non, il n’y a bien qu’un seul vocaliste à la palette si large qu’il s’adresse aux amateurs de chant hurlé, growlé, clair, bref à toutes les sensibilités. « C’est aussi quelque chose qu’on a voulu travailler, cette versatilité vocale. Ne pas se borner à un seul type de chant. Le but c’est de rendre justice à la musique« . Le groupe a travaillé avec Arnaud, un nouveau batteur qui « a une approche différente de la batterie, il ne vient pas de la même scène que César. Son style de jeu a forcément contribué à faire de The silent path ce qu’il est par son approche plus groovy, plus percutante te directe« . Résumer la musique de DD à du death est trop réducteur. On y retrouve aussi du thrash old schoo à la Slayer, Testament, Exodus, d’autres moments plus foncièrement hardcore. « ces groupes que tu cites sont très importants pour moi, que ça transpire dans la musique, c’est naturel. On n’a pas forcé les choses, le but était d’écrire les meilleurs morceaux possible, et qu’ils nous plaisent avant tout ». Au delà de la musique, il existe un trait d’union visuel entre chaque album du groupe: cette mascotte, sorte de déesse maléfique, cornue, imposante qui n’a pas de nom. « C’est vrai qu’on a tenu à garder l’identité visuelle qu’on a développée dès le premier album. ça passait par ce personnage qui est ici représenté sous une forme différente de nos deux premiers albums. ça me fait plaisir que tu reconnaisses cette identité visuelle en tout cas! On est tous un peu fans de ces groupes qui ont ce même type de démarches, inutile de les citer, tu t’en doutes… » Sans surprise, c’est encore l’œuvre d’un certain Stan W. Decker avec qui DD travaille depuis les débuts du groupe. Le groupe a terminé l’enregistrement quelque jours avant le second confinement: « Il a fallu rentrer assez vite chez nous… Mais on a pu terminer dans les temps et atteindre l’objectif qu’on s’était fixé, malgré le contexte« . S’il est un titre qui est « peut-être le plus représentatif de l’album, celui qui brasse le plus d’influences, ce serait Jackals. On y retrouve le riffing typique de la scène thrash, des influences plus mélodiques. C’est un morceau qui correspond bien à l’album« .  ça tombe bien, c’est le véritable premier morceau, celui qui suit une intro plus symphonique et qui lance la machine de guerre. une guerre qui trouve une pause avec un Exile plus clame et nuancé, ballon d’air frais au milieu d’une salve d’explosions sans merci. Death Decline est un groupe soudé dont la devise pourrait être celle des mousquetaire : « un pour tous, tous pour un! C’est un peu con, mais ça nous ressemble bien… » Avec The silent path, les amateurs de heavy direct et burné vont se prendre une vraie baffe, celle qui réveille et remet les neurones en place. Imparable!

DUST IN MIND: Ctrl

France, Metal indus (Dark tunes, 2021)

Les Strasbourgeois de Dust In Mind reviennent avec Ctrl, un quatrième album puissant et varié. Doté de 10 titres forgés dans le metal industriel, Dust In Mind explore pourtant de plus larges horizons. Selon Jennifer Gervais, l’une des deux voix du groupe –  qui, contrairement à ce que certains voudrait laisser croire, n’est pas celle qui qui illustre la couverture de l’album – Ctrl est plus aboutit que son prédécesseur. « Cette fois, je suis sortie de ma zone de confort, j’ai testé des choses au chant que je ne pensais pas être capable de faire, comme monter très haut. Damien aussi s’est plus diversifié, proposant plus de voix claires et moins de growls« . L’album ne manque cependant pas de cette dualité aujourd’hui classique, « mais pas dans notre genre musical. Je pense que ce double chant est ce qui nous différencie des autres groupes de cette famille musicale. On va plus loin que de l’indus classique« . Un des moments marquants de Ctrl est ce passage du calme Freefall au très brutal W.G.A.C.A. qui démarre avec une mise aux poings vocale de Damien: « c’est ce que nous voulions, passer de cette pause à mi-parcours à quelque chose de plus violent. Damien lâche tout et on repart pour un tour! » Ctrl propose ainsi une variété de tonalités toujours teintées de ces aspirations à la Ministry ou Rob Zombie, en explorant plus avant. On ne pourra que remarquer, également, la vidéo réalisée pour Synapses entre les beaux salons de l’hôtel de ville de Strasbourg d’où e groupe est originaire (« la ville nous a toujours soutenus et mis des lieux à disposition« ) et la tour Eiffel, étonnamment vide. Ce qui, d’ailleurs, fait la fierté de Jennifer – et, j’imagine du reste de l’équipe : « On y a pensé, on voulait une image représentative de la France, et j’ai envoyé un mail, long, expliquant qui nous sommes, que le groupe est plus connu en Allemagne qu’en France, qu’il nous fallait être identifiable en tant que groupe français. J’ai plus tard reçu un appel et la personne me demande ce que nous avons comme budget… Clairement, rien, on est une association sans grands moyens. « Ok, venez la semaine prochaine, avant la réouverture au public. Vous aurez une heure« . Une heure entre notre arrivée au pied de la tour et notre redescente, une heure pour monter le matériel, la batterie, tourner, démonter et revenir au pied de la tour Eiffel. J’ai appelé les gars, on a répété ce que chacun devait faire, et quand on est arrivés, chacun savait exactement ce qu’il devait faire. On a eu, je crois, un quart d’heure de tournage, et presque tout ce qu’on a filmé se trouve dans le clip. Comme quoi, ça prouve bien que quand tu as des projets, si tu y crois, que tu oses, alors tout peut se réaliser! » Ctrl est un album à l’image de cette leçon de vie: ambitieux, parfaitement produit, aux chansons variées et puissants qui devrait aider Dust In Mind à, enfin, toucher un plus vaste public à domicile.

Propos de Jennifer Gervais recueillis le 5 novembre 2021.

ADX: Étranges visions

France, Heavy metal (Ultim records, 2021)

« Bonjour Phil! ADX revient avec un nouvel album de 10 nouveaux titres que personne dans le monde n’a encore jamais entendu!

-Ah, ah! Alors la base des titres a déjà été écoutée « par la terre entière » comme tu le dis, mais c’était l’opportunité, depuis 30 ans, de sortir la version française de l’album » 

Eh oui, si Etranges visions est le nouvel album d’ADX, il ‘na rien de véritablement neuf puisqu’il s’agit des réenregistrements de Weird visions, le seul album que Phil, Dog, Deuch, Betov et Marquis ont enregistré en anglais en 1990. C’est la formation actuelle (les immuables chanteur et batteur accompagnés des guitaristes Niklaus et Neo et du bassiste Julien) qui a réenregistré ces 10 pistes avec des textes français. Et plus: « La base des morceaux est identique mais certains, riffs, certains solos différents, une ligne de chant forcément différentes avec un chant français adapté pour les morceaux. » Sorti au moment de la chute du mur de Berlin, les textes alors envisagés ont légèrement évolués, notamment pour mieux coller à ces nouvelles versions. Qu’on pu apporter les deux « nouveaux » guitaristes qui ne figuraient pas sur l’enregistrement original? « Ils ont gardé les memes bases mais ont adapté les phrasés. Il se sont très bien entendus pour partager les solos et approter chacun leur patte, remodeler le tout, apporter certaines rythmiques qui n’y étaient pas ». L’album a été enregistré chez l’incontournable Francis Caste, une nouvelle fois. « C’est le troisième qu’on enregistre avec lui. Ce qu’il a apporté? C’est une dynamique au niveau du son, un mixage avec un son actuel et, il y a un tel engouement musical chez lui, il a su faire ressortir certaines choses qu’il n’y avait pas avant. »  Autre incontournable en France, c’est l’illustrateur Stan W. Deker qui a retravaillé la pochette originelle tout en en conservant l’esprit. « On lui a demandé de mettre sa patte et on voulait la guillotine, qui ne figure pas sur la première version. Il a modernisé cette pochette en conservant les détails et l’esprit ». Une nouvelle fois, ADX est passé par le financement participatif. Je rappelle à Phil que ce fut déjà le cas pour Bestial qui, comme le groupe l’avait expliqué lors de notre rencontre à Châteauroux en février 2020, était déjà prêt, le financement devant alors servir à offrir plus aux « financeurs ». Est-ce également le cas? « Là, ça a été fait pendant, on a lancé le financement participatif en cours d’enregistrement. L’avantage, c’est que c’est réconfortant de savoir qu’il y a des gens qui nous soutiennent, qui nous accompagnent. Et tout le monde y gagne, on sait que le produit sort dans de bonnes conditions. Les paquets sont en cours de préparation, chacun va le recevoir avec ce pour quoi il a participé. » Je demande à Phil si l’album sera signé par chacun des membres. « Oui, oui, bien sûr, c’est un minimum. D’ailleurs, on ne va leur envoyer que ça! ah, ah! » Trois instrumentaux figurent sur Etranges Visions accompagnés de 7 chansons dont on distinguera Sacrifiés pour la cause et Terre de colère sur lesquelles, aux côtés de Julien, intervient Deuch, le bassiste originel. Marquis, décédé, ne pouvant naturellement pas poser sa patte, reste à savoir si Betov a été invité. « On l’a contacté, mais il était occupé, il n’a pas pu se libérer ».  Le chant en anglais est-il définitivement mis au rebut? « Il y a une époque, on s’est posé la question – anglais ou français – et on s’est vite aperçu que les seuls que le chant en français dérangeaient, c’étaient les journaliste français. Là, on a donné des concerts au Japon, en Allemagne, on a même joué pour la première fois en Suède pour Bestial, et le chant français ne gêne personne. Maintenant, on ne se pose plus la question… » Si ADX se bonifie avec le temps et si on retrouve l’esprit musical des dinosaures de la scène metal française, pour Phil, Génération perdue  est représentatif de ce qu’est le groupe aujourd’hui. Ce qui, naturellement, n’ôte rien à la puissance du reste de l’album. Dog reste une machine de guerre rythmique qui tient la baraque, Julien renforçant cette structure pour la blinder tandis que Niklaus et Neo apportent technique, vélocité précision et un brin de folie rendant ces titres particulièrement actuels. Et Phil… Une voix identifiable qui se bonifie avec le temps. Etranges visions s’inscrit parfaitement dans la continuité des productions d’ADX. Une devise pour terminer? « Une devise? « Tant qu’on peut le faire, on le fait! » Ca fait un peu bourrin, mais on n’est peu de choses, alors on y va ». Mot de la fin qui confirme que nous pouvons, devons, profiter de ce qu’ADX peut nous offrir, et ça relève du meilleur!

Propos de Phil (chant) recueillis par téléphone le 29 octobre 2021

ORKHYS: A way

France, Metal symphonique (Autoproduction, 2021)

A peine un an après nous avoir présenté les fruits de son travail via un Ep, Awakening, les frenchies d’Orkhys reviennent avec un premier album, A way. En deux mots, soit « un chemin ». Jean-Yves, le batteur de la formation à la harpe – belle manière de se distinguer, nous présente ce nouvel effort qui confirme les espoirs placés en son groupe. Huit titres composent ce petit album composé en plein confinement entre deux concerts (« on a eu la chance de pouvoir en donner« ). Le line up a évolué avec l’ajout de Henri, second guitariste, « ce qui va nous permettre de pouvoir faire sur scène ce que nous ne pouvions faire avant. sans compter que ses influences, plutôt thrash death vont se ressentir sur les prochaines compos. C’est quelqu’un avec qui, en plus, le courant passe très bien« . L’album propose des titres assez variés « dans la continuité de ce qu’on a proposé sur l’Ep tout en étant beaucoup plus riches« . On le sait désormais, la harpe est un élément qui distingue Orkhys, apportant une touche de cordes et un esprit celtique inhabituel. Plus encore, chaque morceau propose une ambiance particulière, du morceau éponyme, calme, qui introduit le disque à des passages plus speedés (A brand new world, The devil and the impudent), Blood ties réunissant au travers de ses 10′ un condensé de tout ce que le groupe peut proposer. Démarrant de manière légère et bucolique, le morceau monte en puissance, le chant n’arrivant qu’au bout de 4′. « Je pense que c’est en effet celui qui représente le mieux ce qu’on a voulu faire… Il y a du heavy, du pagan, du black, du death, des passages blastés… Et au niveau du texte, c’est un morceau très très violent » Les observateurs remarqueront que les deux disques commencent par la lettre A, mais le groupe a aussi voulu une continuité dans l’artwork. Et si les trois premier titres commencent aussi par un A, « c’est plus le fruit du hasard. on se penche sur les ambiances, et les morceaux, l’un à la suite de l’autre sont reliés« . démarrant avec le morceau éponyme, intro instrumentale, A way continue de manière plus speedée et brutale (A brand new world). Le groupe a varié les plaisirs et cherché « à mettre tout ce qu’on ne trouve pas chez les autres. Notre idée, c’est de faire la musique qu’on aimerait bien qu’on nous propose. Quand on compose, on voudrait bien que ça marque les gens, qu’ils vibrent. » On remarquera aussi cette reprise de The clansman revisité avec brio. Pourquoi cette reprise? « Il y a Brice qui est un grand fan de Maiden, et une chanteuse qui a craqué quand elle a vu le groupe sur scène. On a voulu le reprendre à notre sauce, avec de la cornemuse, de la harpe. Je trouve que ça fonctionne plutôt bien ». Le chant de Lorène est d’ailleurs ici plus grave et plus profond, plus fluide et passe partout, et lorsque je précise à Yves que je préfère cette manière de chanter au reste plus aigu – trop aigu pour moi, si haut que je le trouve agressif – il  me précise que « Lorène va en effet travailler cette voix plus grave, c’est une piste qu’on explore ces temps-ci, une piste qu’on a commencé à envisager« . Orkhys teste, ose et réussit à surprendre avec des titres variés et conclue avec The devil from a brand new world qui, s’il mélange deux titres de l’album se base sur les orchestrations de ces mêmes titres, sans chant, sans bases, simplement parce que ces arrangements fonctionnent. Original et bienvenu, Orkhys progresse. A way est à découvrir et Orkhys est à soutenir.

Propos recueillis le 22 octobre 2021 par téléphone.

Interview: EXHORTED

Interview EXHORTED – Entretien avec Yves (chant). Propos recueillis par téléphone le 15 octobre 2021

Metal-Eyes : Je ne connais aucun de vos dix albums précédents (il se marre), par conséquent, peux-tu me raconter l’histoire du groupe ?

Yves : En fait, c’est le premier album… C’est un nouveau projet qu’on a monté il y a trois ans, juste avant le Covid. C’est un projet qu’on a monté à deux, d’où la pochette, l’illustration. On a pris le processus à l’inverse : on s’est dit qu’on était deux, qu’on avait ce qu’il faut pout au moins enregistrer une bonne démo, ce qu’on a fait et le reste a suivi. On a composé à deux, et ensuite, on s’est lancé dans les autres étapes avec Lionel. Eduardo est arrivé après. C’est Kevin, de Benighted, qui s’est occupé des batteries. Eduardo est arrivé après, mais c’est un membre à part entière du groupe, et c’est lui qui va assurer le live.

 

Metal-Eyes : Sur l’album, il est fait mention de 3 membres, chant, basse et batterie. Pourtant, sur ce disque, il y a quelques guitares, pas trop (il se marre de nouveau), qui s’en est chargé ?

Yves : Un guitariste de session. Pour le moment, le line-up n’est pas complet, on est en cours de recrutement. On se donne encore un mois pour trouver le bon.

 

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu la musique d’Exhorted à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Yves : On inclut différents styles, mais, puisqu’il faut une étiquette, on est death metal. C’est du death, avec des influences diverses. Maintenant, quand on a composé, on l’a fait de manière totalement libre, en nous demandant simplement ce qu’on aime, ce qu’(on voudrait faire. On n’a pas vraiment réfléchi au style…

 

Metal-Eyes : Je trouve que, aussi bien dans le visuel que dans la musique, c’est aussi très hardcore…

Yves : Ah, oui ? intéressant ! Je pense que chacun peut avoir une perception différente du style. L’important, c’est que ça tape du pied et que ça secoue la tête !

 

Metal-Eyes : A mon avis, jusqu’à casser des nuques !

Yves (il explose de rire) : C’est ce qui se dit sur les réseaux sociaux, en ce moment, « casser des nuques » !

 

Metal-Eyes : Qu’avez-vous voul mettre dans cet album ?

Yves : Laisse-moi te dire : nous, on est des vrais fans de metal. On a voulu mettre ce qu’on aime, mais pas n’importe comment, pas dans un patchwork, non. On a voulu créer des atmosphères et des ambiances. On a mis des blast beats et des choses plus lourdes, on a mis ce qu’on aime, mais surtout, on les a équilibrées. Tu ne m’as pas encore posé la question, mais on l’a composé pendant la période Covid en nous demandant comment, pendant cette période pas drôle, on pouvait aller vers du positif.

 

Metal-Eyes : Je ne t’ai pas posé la question, mais en fait, je n’allais pas le faire, je n’y avais même pas pensé… Mais c’est bien, tu apportes la réponse. D’ailleurs, si tu veux, tu peux faire les questions et les réponses, c’est ton album !

Yves (rires) : C’est mieux si ça vient de toi !

 

Metal-Eyes : Il y a 9 titres sur cet album. Si tu devais n’en retenir qu’un pour expliquer ce qu’est Exhorted à quelqu’un qui ne vous connait pas, ce serait lequel ?

Yves : Oh, dur… J’adore les 9 titres. Chacun a un rôle à jouer…

 

Metal-Eyes : Je le comprends, mais tu dois inciter quelqu’un à aller plus loin. Un titre, tu lui dis : « écoute-ça, c’est ce qu’on fait ». Lequel ?

Yves (il réfléchit) : Ecoute, j’opterai pour Haunted house. C’est un peu un mix de tout ce qu’on a voulu mettre sur cet album, les atmosphères, les ambiances, on a voulu les faire cohabiter de manière naturelle. Même si Haunted house a un démarrage ultra bourrin, il est représentatif de ce qu’on fait, même s’il manque un peu de ce côté death mélo qu’on retrouve quand même. Ouais, ouais, Haunted house !

 

Metal-Eyes : Je trouve que, comme tu le disais, il n’y a pas que des parties speed et brutales, il y a des ambiances variées, lourdes et plus calmes, qui permettent aussi de respirer un peu.

Yves : Absolument. Il faut ça. On voulait faire cohabiter ces ambiances qui ouvrent sur d’autres choses, ça a fait partie de notre manière de travailler. Le Covid, tout ce temps qu’on avait à notre disposition pour composer, ça nous a drôlement aidés ! On a pu tester un tas de choses.

 

Metal-Eyes : Vous avez donc pu optimiser cette période compliquée pour tester et choisir ce qui finirait sur l’album.

Yves : Tout à fait, c’est complètement ça. On a fait les choses à l’envers, et ça a surpris des gens : on a travaillé avec un guitariste de sessions, un batteur de sessions, aujourd’hui on a un batteur, et le guitariste c’est pour bientôt. On a su utiliser la situation qui existait à ce moment-là…

 

Metal-Eyes : Vous parlez de quoi dans vos textes ?

Yves : De la vie… j’écris sur ce que je ressens, l’amitié, Haunted house parle des gens qui se barricadent derrière des murs infranchissables, God is mine, comme son nom l’indique, dénonce les côtés malfaisants de la religion, You’re my world est un morceau que j’ai écrit pour nos enfants… C’est un morceau que je voulais mettre sur l’album parce que quand on devient papa on n’est plus le même homme. Tous les thèmes qu’on aborde, c’est du quotidien.

 

Metal-Eyes : Y at-il des thèmes que vous souhaitez ne pas aborder, qui n’ont pas leur place au sein d’Exhorted ?

Yves : Non… non, je ne vois pas. L’intolérance n’a pas sa place, mais on estime que si tout le monde était un peu plus heureux, on aurait une société qui serait un peu plus heureuse…

 

Metal-Eyes : C’est une belle philosophie un peu utopiste…

Yves : Je suis d’accord. C’est un peu ce que je pensais quand j’avais 20 ans : « oh, dit, ce sera super dans 20 ou 30 ans ! On aura dégagé ça, ce sera plus pareil » et on se rend compte que c’est toujours là et c’est pas cool…

 

Metal-Eyes : Donc tu fais partie de ces personnes qui, comme moi, pensent que Les resto du cœur c’est quelque chose qui ne devrait plus exister ?

Yves : On est bien d’accord. Ça me fait mal au cœur de voir que les choses empirent…Pour revenir à ta question, on peu aborder tous les sujets. Je m’interdis de dire que je n’aborderai pas ça ou ça…

 

Metal-Eyes : Donc tu pourrais même aborder Donjons et dragons…

Yves (rires) : Oui, ce serait possible dans un prochain morceau : l’apport de Game of thrones, de ce que j’aime dans les TV shows, oui, pourquoi pas !

 

Metal-Eyes : Peux-tu penser à une devise qui serait représentative d’Exhorted ?

Yves : Euh… Puissant, généreux. On joue de la musique puissante et on veut tout donner sur scène. Mais une devise ???

 

Metal-Eyes : On peut garder les deux mots et dire « puissance et générosité ».

Yves : Puissance et générosité, voilà, on garde ça !

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : qui sont ces vieux bâtards qui ne meurent jamais ?

Yves : C’est le titre de l’album. En fait, c’est un titre à deux niveaux : c’était pour marquer le retour des deux vieux que nous sommes, qui ont eu des expériences musicales antérieures. Pour marquer notre « retour aux affaires ». Et aussi pour marquer le fait que beaucoup de belles personnes, de bonnes personnes partent trop tôt, contrairement à certaines saloperies qui restent trop longtemps.

TOWARD THE THRONE: Vowed to decline

Metal, France (Metal East, 2021)

Les Alsaciens de Toward the throne viennent de sortir leur premier album, Vowed to decline. Formé en 2012, le groupe, tout d’abord death mélodique, évolue et muri pour se définir « parce qu’il faut bien mettre une étiquette, comme death mélo. Mais en fait, nos goûts ont évolué et on peu mettre du death, ou à d’autres moments, du black. Aujourd’hui on propose une musique qui est assez éclectique sur un seul album« , comme l’explique le guitariste du quartet, Jérémy Binsinger. Et en effet, même si cet album reste dans une veine extrême, on y trouve une variété de tempi, des chœurs, des moments plus aériens ou léger. Composé de 11 titres, l’album ne speede pas systématiquement et se révèle très varié, voire cinématique. « On ne s’est pas demandé ce qu’on voulait faire, on était dans ce move à ce moment là. Et six mois après, on est plus dans un trip Sceptic Flesh, ou plus orchestral« . même si c’est « une question hyper difficile  » que de savoir quel titre est le plus représentatif de ce que fait TTT, parce que le groupe « a pensé album global et que chaque morceau a ses spécificités » un titre comme The sorrow est d’ailleurs assez représentatif de cet esprit qui laisse venir les choses. Contrairement à d’autres formations, Toward The Throne n’a pas été affecté par la pandémie, sauf en ce qui concerne les concerts: « comme pour d’autres, les groupes qui n’ont pas pu tourner pendant deux ans veulent tourner maintenant et il y a encore de salles soit qui ont fermé soit qui sont encore frileuses« . Mais donnant des concerts avant le confinement, le groupe a pu finaliser ses compositions avant d’enregistrer ce premier méfait – sur le « label Metal East fondé par Laurent, membre de Deficiency » – qui évoque, tant dans le nom du groupe que dans l’illustration de la couverture -signée « Costin Chioreanu, qui a notamment travaillé avec Ghost, mais le choix de l’artiste a été hyper difficile » – l’univers de l’heroic fantasy – un certain Game of thrones en tête. Cependant, selon le guitariste, « il n’y a aucun rapport. On a cette volonté de laisser l’imagination de chacun faire son travail. Le nom du groupe, c’est une métaphore pour exprimer ce vers quoi on se dirige. Le trône reste le but que chacun a. On laisse cette part d’abstrait pour que chacun se fasse son idée« .  Alors justement, certains morceaux font des incursions dans le monde cinématographique, alors, quel est le rapport de TTT avec le monde du cinéma? « On n’est pas tous des passionnés de cinéma, mais on essaye de créer, au delà d’une chanson, une atmosphère, une ambiance générale. Je pense que tu n’as pas tord de penser que certains passages pourraient servir au cinéma« . Mais ce n’est pas prémédité. Les deux compositeurs principaux du groupe, Jérémy et Gauthier ressel (chant et basse), proposent généralement des « morceaux composés à 80% et les proposent au groupe. Parfois, il y a des choses qui ne passent as, mais la base est toujours là, les ambiances, l’idée générale. Ensuite, chacun apporte sa touche en fonction de ses compétences« . Lorsqu’on lui demande quelle pourrait être la devise de Toward The Throne, la réponse est simple: « c’est une question intéressante qu’on ne m’a jamais posée. je dirais « que chacun se laisse porter par la musique »… Que chacun se laisse emmener là où il a envie d’aller. Certaines personnes nous ont dit que ce n’est pas un album qu’on écoute dans la voiture parce qu’il faut se concentrer dessus, d’autres au contraire, se laissent simplement porter. C’est le ressenti de chacun« . Ce premier album, malgré un chant enragé difficilement compréhensible » a tout pour plaire aux fans de metal extême, du death mélodique au black. Une jolie première claque qui, contrairement à son titre, présente un groupe assez peu voué au déclin.

Les propos de Jérémy ont été recueillis le 1er Octobre grâce à Roger Wessier (Replica promotion)

Interview: ROBERT JON AND THE WRECK

Interview ROBERT JON & THE WRECK – Entretien avec Steve Maggiora (claviers). Propos recueillis par téléphone le 13 septembre 2021

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Metal-Eyes : Comment s’est déroulé votre voyage vers l’Europe ? Vous avez dû subir une quarantaine pour pouvoir entrer ?

Steve : Non, les conditions ont tellement changé au cours de l’été. Ça a été assez facile, en fait, en termes de voyage. Nous nous sommes occupés de nos papiers. Il n’y avait pas trop de monde à bord de l’avion, ce qui a rendu le passage aux frontières plus aisé. On est arrivés le 26 août.

Metal-Eyes : RJTW vient de sortir un nouvel album au début du mois, Shine a light on me brother. Que peux-tu nous en dire qui me convainque de courir l’acheter ?

Steve : C’est un album que tu vas vouloir réécouter. Il est fun, il t’embarque dans un voyage avec du blues, du rythm n blues, de la soul, du rock tout au long de 10 chansons emballées dans un joli paquet. Il est fantastique, je te le garanti.

Metal-Eyes : Comme c’était déjà le cas avec votre album précédent, donc ?

Steve : Merci, merci ! Nous sommes très fiers de chacun de ces disques.

Metal-Eyes : Un point commun à chacun de ces disques : vous évoquez la lumière. Que vous fait la lumière ?

Steve : Je crois que ces deux dernières années ont été très sombres. Nous voulons, dans nos compositions, embrasser ce qui arrive, être vrais dans ce que nous écrivons, au travers de nos expériences, mais en laissant de la place à l’espoir. Il y a de la lumière même pendant les moments sombres. Les deux dernières années ont été dures pour tout le monde, et nous avons ressenti le besoin de nous exprimer à travers ce qui est devenu Shine a light on me brother.

Metal-Eyes : Vous avez changé votre manière de composer avec le Covid ?

Steve : Oui, au début. On a tout fait à distance au début, et nous avons ensuite décidé de respecter les mesures sanitaires pour pouvoir nous remettre au travail. Mais en gros, on a continué de travailler comme avant : on teste des choses, on voit ce qui fonctionne ou pas, on tente d’autres choses… pour celui-ci, tout le monde dans le groupe a pu proposer ses idées, intervenir, et c’était très agréable de pouvoir compter sur les autres membres pour construire ensemble. Chicago est une des chansons que j’ai proposées, et si tu écoutes la maquette et la version finale, c’est le jour et la nuit. C’est vraiment un effort collaboratif.

Metal-Eyes : Last light on the highway est sorti en mai 2020, il y a un an et demi. J’imagine qu’il a été écrit avant la pandémie (Il confirme) tandis que ce nouvel album a été écrit pendant la pandémie. En dehors de ce fait, comment analyserais-tu l’évolution du groupe entre ces deux albums?

Steve : Nous avons pu composer plus ensemble, avec ce line-up. Quand tu travailles pour la première fois avec des gens, tu découvres les forces de chacun, qui arrive avec quel type d’idées, qui propose, suggère. Je crois que nous avons continué de suivre cette trajectoire. Autrement, je crois qu’il n’y a pas tant de différences, ce sont juste d’autres circonstances. Ce n’était pas évident de trouver l’inspiration avec le Covid, mais on a pu travailler et avancer.

Metal-Eyes : Vous êtes en Europe non seulement pour promouvoir votre album mais également pour le présenter live. Vous étiez censés jouer au Raismesfest qui a été annulé. Comment vous êtes-vous occupés ?

Steve : Nous sommes allés participer à une émission de radio avec Georges Lang, c’était super fun ! C’est la première fois que j’ai eu l’opportunité d’écouter notre album sur une super grosse sono (il rit), et Georges est super. Ce fut un honneur de pouvoir discuter avec lui pendant une heure…

Metal-Eyes : Vous aviez donc un plan B, mais avez-vous eu le temps de visiter Paris un peu ?

Steve : Pas cette fois-ci, non. Nous sommes arrivés d’Allemagne hier, en voiture, ce fut une route assez longue. Le temps d’arriver à l’hôtel, de filer à la radio… Aujourd’hui, nous sommes en promo… Nous n’avons pas autant de temps que nous le souhaiterions pour jouer les touristes, mais, bon… c’est le métier… Nous sommes avant tout ici pour promouvoir notre nouvel album. La dernière fois que nous étions ici, nous avons pu marcher le long de la Seine et vois quelques sites de cette superbe ville.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Shine a light on me brother pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est RJTW, ce serait laquelle ?

Steve : Mmh… Je choisirais sans doute le morceau titre, Shine a light on me brother. Elle contient un peu de tout ce que nous faisons, le rythme est enlevé, on parle de passer du bon temps, d’être ensemble, il y a de belles harmonies, ce que nous aimons vraiment. Les filles qui font les chœurs sont fabuleuses, les cuivres, la guitares… Le groove est top, oui, c’est celle que je retiens.

Metal-Eyes : Quels groupes du revival rock sudiste recommanderais-tu ?

Steve : Markus King est fabuleux… Rival Sons, aussi, évidemment. Qui d’autre ? Bien sûr, Blackberry Smoke est incontournable !

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise du groupe en 2021 ?

Steve : C’est une bonne question… Je dirai « continue d’avancer », tout simplement !

Interview: 6:33

Interview 6:33 – Entretien avec Flo « Rorschach » (chant). Propos recueillis par téléphone le 8 octobre 2021

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Metal-Eyes : Nous nous étions rencontrés lors de votre passage en ouverture des locaux de Wild Dawn en 2016 à la salle Eiffel d’Orléans. Votre précédent album remonte à 2015. Que s’est-il passé depuis ?

Rorschach : Il s’est passé deux-trois enfants qui sont arrivés, Nico a aussi déménagé, il a monté son studio, cela plus un confinement, plus une musique assez complexe à composer et à enregistrer… Voilà, ça passe finalement assez vite… On a décidé de se lancer dans la compo fin 2017. Après Deadly scenes, on s’est concentrés sur le live et en 2017 on s’est mis sur les premiers morceaux. Après ça, comme je te le disais, j’ai eu mes enfants, Nico aussi, et on ne peut pas se retrouver à faire autant de musique… On ne s’est, en plus, pas mis de barrière de temps, on voulait aller au bout de ce processus complexe. C’est vrai que sur la fin, le confinement n’a pas arrangé les choses, mais voilà…

 

Metal-Eyes : Que peux-tu nous dire de ce nouvel album, Feary tales for strange lullabies ?

Rorschach : C’est un album qui est dans la continuité de ce que nous avions commencé à créer sur l’album précédent. C’est le troisième album auquel je collabore avec 6:33. Sur The stench from the swelling, il y avait Arno Strobl qui faisait l’intérim entre le premier chanteur et mon arrivée, je n’ai écrit que deux morceaux sur The stench, et c’est pour ça, je pense, qu’on a rapidement voulu écrire plus, Nico et moi et Deadly scenes est né assez vite. Sur cet album, il y a déjà les prémices d’une ville, d’un univers parallèle et on a continué dans ce délire, on a créé cette mégalopole qu’on a appelé The dome. On a monté un nouveau concept, on a raconté l’histoire de ce jeune homme qui monte de sa province et qui veut devenir une star de la musique, essayer, en tout cas. Il va rencontrer des personnages hauts en couleurs. Ça me fait un peu penser à Sin city, avec une histoire et des spin off, des personnages qui forment l’histoire. On a écrit cet album dans cet esprit-là, avec des images et un son très années 80/90 parce qu’est ce qui nous a construits en tant que personnes et en tant qu’artistes. Toute cette pop culture vec laquelle on a grandi, on a voulu la retransmettre à notre manière.

 

Metal-Eyes : C’est ce qui est écrit sur le CD : « un jeune homme en quête de gloire et son voyage initiatique dans le monde du show-biz » : est-ce que c’est autobiographique ?

Rorschach : Complètement ! C’est moi qui écris les textes. Moi aussi, je suis monté de ma province de Haute Savoie, d’un village qui s’appelle Chamonix où la musique n’était pas un sport national. Je suis allé faire une école de musique à Nancy avant de venir à Paris. Oui, c’est autobiographique, mais en même temps les thèmes que j’ai voulu aborder sont aussi différents, même s’il y en a que j’avais à cœur d’exprimer, comme les femmes, ou un groupe de transsexuels qui deviennent des super-héros la nuit pour venger la veuve et l’orphelin… Il y a des thèmes qu’on voulait aborder et qu’on traite de manière un peu parallèle… On raconte des histoires, quoi !

 

Metal-Eyes : sur fond de musique assez indescriptible, ce qui est un peu votre marque de fabrique. Alors, justement, comment décrirais-tu la musique de 6:33 à quelqu’un qui ne vous connais pas pour l’inciter à vous découvrir ?

Rorschach : Ah, c’est toute la question ! Le terme que j’aime bien en ce moment, c’est fun et prog : il y a une base prog avec des trucs qui partent assez loin, mais toujours sur fond joyeux. Il y en a d’autres qui vont appeler ça du nawak metal, une sorte de metal un peu fourre-tout, mais c’est difficile de donner un terme.

 

Metal-Eyes : Et comment analyserais-tu l’évolution de 6:33 entre Deadly scenes et Feary tales ?

Rorschach : On se découvrais vraiment, Nico et moi, avec Deadly scenes, là on se connait mieux, au niveau de la composition. On a affiné tout ça et je pense que la patte du groupe se définit de mieux en mieux, un peu plus léchée, directe aussi. L’album commence avec Wacky world qui entre directement dans le sujet, il n’y a plus de morceau fleuve de 12’ comme on avait avant, donc plus direct, okus accessible tout en étant aussi chargé en information et en… bordel.

 

Metal-Eyes : Je confirme, les deux termes ! C’est aussi ce qui fait que vous maintenez l’auditeur en éveil. C’est aussi très cartoonesque à la Looney tunes… Il ne faut chercher ni le sérieux ni le ridicule, mais il ne faut pas non plus en avoir peur.

Rorschach : C’est exactement ça, le Looney tunes sont dans Whacky world avec du Tim Burton, du Sin City.

 

Metal-Eyes : Le titre de l’album se termine par « : the dome ». Ça évoque la possibilité d’une suite…

Rorschach : Oui, il y aura une suite. Il y aura bientôt les paroles sur internet, utiles parce qu’on comprend mieux ce qu’il se passe, et, en effet, il y aura une suite, un second album qui clôturera l’histoire. Je ne peux pas t’en dire beaucoup plus car on sort à peine de celui-là et on ne s’est pas encore penchés sur la suite. On ne s’est pas encore penché sur le ragga ou le reggae, mais je ne pense pas non plus…

 

Metal-Eyes :  En même temps, vous êtes spécialisés dans les mélanges de genres, alors si ça matche et que ça vous plait…

Rorschach : Exactement, tant que ça nous parle, on y va.

 

Metal-Eyes : Musicalement, les gens qui vous connaissent savent que vous proposez une musique barrée, ceux qui vous ont vus sur scène savent que votre spectacle est très visuel. Vous portiez des masques avec un côté Watchmen, zombie, Anonymous… c’est toujours le cas ?

Rorschach : On a tombé les masques. Il y a plein de raisons, mais surtout, ça nous coupait du public sur scène, ça mettait une sorte de barrière entre nous qui commençait à nous peser. Et il y a eu le Covid, on porte tous des masques, ça a joué aussi. Le line-up a changé un peu et on s’est orienté vers quelque chose de plus… authentique, plus dans l’esprit de groupe – on a un batteur maintenant…

 

Metal-Eyes : Mais vous gardez le même esprit ? J’ai ressorti le report de votre concert d’Orléans et à un moment, tu dis au public « Maintenant qu’on se connait un peu mieux, voici une chanson d’amour. Parce qu’on vous aime et que… on a envie de baiser ! » C’est toujours le même esprit ?

Rorschach : Grave ! L’amour et l’envie de baiser, c’est toujours là (rires) !

 

Metal-Eyes : ce n’est pas que lié à la personnalité un peu schizo de Rorschach ?

Rorschach : Non, les masque faisaient partie du show, on était des super-héros un peu chelous, un peu à la Watchmen. Ce qu’on a créé sur The dome, c’est une esthétique assez visuelle.

 

Metal-Eyes : Alors aujourd’hui, à quoi faut-il s’attendre sur scène ?

Rorschach : On garde l’écran sur scène, mais on s’adapte un peu. Avec des couleurs 80’s, 90’s, des boules à facettes, des néons qui claquent… Au niveau des fringues, on a développé quelque chose d’assez… universitaire. Au niveau du dôme, on a quelque chose avec des casquettes, un logo 6:33…

 

Metal-Eyes : On retrouve ces influences 80’s et 90’s, et la pochette m’évoque même Blade runner…

Rorschach : Ouais, génial ! C’est exactement ça, un mélange de Blade Runner, Metropolis, du Gotham de Tim Burton avec une ambiance pesante un peu à la Ghost in the shell. On voit bien que cette ville est énorme.

 

Metal-Eyes : Et ce personnage, même s’il est plus imposant que les autres, on le sent perdu face à l’immensité de ce dôme devant lui…

Rorschach : C’est ça, l’immensité de la ville de cette mégalopole écrasante. Je suis ravi que ça te parle, c’est exactement ça.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de cet album pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est le groupe aujourd’hui, ce serait lequel ?

Rorschach : Oh, la, la ! La vache… c’est pas simple de répondre à ça… J’ai envie de te dire Rabbit in the hat, parce qu’il y a un peu de tout dans ce morceau. Il y a un bon tempo au début et ensuite ça part dans l’aérien, il y a beaucoup d’émotion dedans. Si tu demandes à Nico, il te répondra autre chose…

 

Metal-Eyes : Pour le moment, on laisse Nico de côté, c’est avec toi que je parle

Rorschach : Ah, ah ! Oui, alors Rabbit in the hat !

 

Metal-Eyes : Une toute dernière chose, si tu devais penser à une devise pour 6:33, ce serait quoi?

Rorschach : Ah… « Ne vous prenez pas au sérieux mais faites-le sérieusement ».

 

Metal-Eyes : Ok, ça me parle, on garde ! Merci pour cet échange, j’espère vous retrouver bientôt sur scène !

Rorschach : Merci à toi, pour ton temps, merci d’apprécier l’album aussi. Ca fait du bien d’avoir ce type de retour de votre part à tous.