MASACRITIKA: Raza de Kain + Homonimo

Chili, Heavy metal (2022, Bitume prod)

La vie, parfois, réserve de jolies surprises. Un simple contact qui se transforme en une découverte excitante. Formé au Chili en 2015, Masacritika est un groupe de heavy stoner. Le groupe publie rapidement un premier Ep, Homonimo en 2017, qui leur permet de séduire l’Amérique du sud avant de publier un premier album Thesis Mortem en 2020. Les voici de retour avec Raza de Kain, que Bitum prod a eu la bonne idée de publier accompagné du premier Ep. Et diantre! Ce chant gras (Mauro Bastias) et rauque me rappelle celui de – les amateurs reconnaitront – Oscar Sancho et les guitares (tenues par Boris Riquelme) évoquent autant Heroes del Silencio (Esferas) que Maiden, Metallica et Candlemass en version speedée. Le ton général est heavy, parfois proche d’un doom stoner, avec quelques fulgurances shreddées. Ca speede toujours en mélodie, mâtinée parfois de passages orientaux et, punaise, c’est efficace! Impossible de ne pas secouer sa tignasse – hormis pour qui comme moi n’en disposent plus ! Le chant en espagnol est toujours aussi efficace et coloré. Difficile ici de trouver un reproche sauf à dire que le groupe est trop éloigné de nos terres. Car si ça dépote scéniquement comme sur disque, alors gaffe… Un album (un Ep doublé d’un autre, ça fait un album, merde!) redoutablement efficace de bout en bout. A découvrir d’urgence !

Plus d’info ici:

www.bitume-prods.frwww.facebook.com/bitumeprods

www.masacritika.comwww.facebook.com/MasaCritika

 

GONEZILLA: Aurore

France, Doom (Autoproduction, 2022)

Gonezilla a été formé à Lyon en 2011 et vient de sortir son second album, Aurore. Comme nous l’explique Julien, le guitariste fondateur du groupe, après avoir débuté en tant que « groupe de reprises, on s’est décidé à composer avec le line-up historique, dans un style non encore défini mais avec le chant en français, ce qui est un incontournable chez nous. Quand on a entamé la composition de ce second album, il y a eu un changement important de line-up avec l’arrivée de Karen, notre chanteuse qui vit sur Paris, et un nouveau batteur, également à Paris. » Aurore est en effet marqué par ce chant français dans un style désormais définit : « un univers plus doom, plus affirmé aussi. » Doom, le mot est lâché. Un doom à ne pas mettre dans les mains d’un dépressif tant l’ensemble est lent, lourd et sombre.  Il rit : « la notion de doom, en effet, ne s’applique pas forcément de la même manière à tout le monde… Il y a de la mélancolie, de la noirceur, mais ne va pas croire qu’on ne va jamais à la plage ! On aime ça, aussi ! L’univers doom peut être parfois caricaturé, même si ce qui le caractérise ce sont des univers sombres, des paroles mélancoliques, un tempo assez lent, mais, pour autant, on peut y trouver de l’énergie. On n’est pas là pour faire pleurer les gens mais pour partager quelque chose ». Comme souvent, le chant double apporte une forme de relief entre clarté et agressivité. Je reste étonné par la pochette, une représentation de Narcisse (une œuvre de John William Waterhouse datant de 1903) qui évoque la mélancolie de l’amour autocentré : « ce tableau colle aussi au thème de la mythologie grecque qui nous intéresse, ce rapport philosophique à l’homme, il y a un rapport entre l’analogie des textes et l’allégorie de notre condition même. Et comme tu le dis, ce double chant, on n’est pas les premiers à le faire, ce concept « la belle et la bête », mais on aime ça, on assume complètement ». Tant mieux, et heureusement que le groupe assume ce qu’il crée ! Si six années séparent Aurore de son prédécesseur, Chimères, Julien, malgré les années Covid, voit cette période comme un passage à une professionnalisation du groupe qui, de fait, devient une priorité dans la conception des morceaux, l’approche de la scène et des outils de communication. Des onze titres que comporte l’album, le guitariste estime que l’identité musicale est définie par « Les couleurs de la nuit – qui va de pair avec le dernier, Outre monde, une entrée et une sortie. Mais Les couleurs de la nuit a du contraste, des nappes de claviers, un peu de guitares lead. C’est ce qui représenterait le mieux ce que nous sommes aujourd’hui. Mais les références mythologiques sont omni présentes, même si on ne parle pas de Narcisse à proprement parler, on garde ce regard sur l’humain et la mythologie grecque ». Si l’ensemble de l’album est lourd, Aurore n’est pas facile d’accès. Il faut plusieurs écoutes pour se l’approprier – ou pas en fonction de son état d’esprit. Un album pour personnes averties, à ne pas mettre entre toutes les oreilles…

 

Propos de Julien (guitare) recueillis le 28 avril 2020 au téléphone

 

CRAZY HAMMER: Roll the dice

France, Heavy metal (M&O music, 2022)

Etonnant parcours que celui de Crazy Hammer. Le groupe a vu le jour en 1987 à Tarbes en 1987, se sépare en 1991 avant de revenir en 2015. Ce n’est pourtant qu’en 2020 qu’il enregistre Résurrection avant de nous proposer aujourd’hui ce Roll the dice explosif. Oh, oui! Loin de renier ses racines, Crazy Hammer propose un heavy metal pur jus, pur 80’s, piochant à loisir dans la grande période du metal teuton et, aussi, européen. Oh, oui, il y en a des influences, Accept et Helloween en tête. Running Wild n’est sans doute pas très loin ni même d’autres européens géants du genre (Maiden, Priest, au hasard…) et reconnaissons que c’est puissant, super bien foutu et carrément entrainant. Si les références sont nombreuses, le groupe ne s’en cache pas, les revendique même, et compose des titres taillés pour la scène (imparable refrain à faire chanter au public que celui de ce We fight qui ferme le ban!) Les guitares speedées rappellent le Helloween période Keeper (Another way, Never show) et l’efficacité brute d’Accept période Metal heart est présente sur Walking over you. All for one (rien à voir avec Raven, et pourtant… ça speede sec) se rapproche sans frémir des premières heures du thrash. Alors Crazy hammer 2022, c’est késakok’sékoi? Le groupe est aujourd’hui composé de Karim Alkama et Matthieu Papon aux guitares, accompagnés du chanteur Didier Delsaux, du bassiste Marc Duffau et du batteur Daniel Pouylau. Oui, 3 anciens Manigance qui ont vécu la très grande époque du groupe – de Signe de vie à Récidive. Trois copains qui se retrouvent, avec l’envie, dans un projet qui pourrait devenir rapidement plus qu’un hobby. Notons ici que le chant anglais de Didier est plus que compréhensible, ouf! Superbement produit, doté d’une illustration remarquable, de 10 titres que tout amateur de metal classique s’empressera de fredonner, Roll the dice est un pari qu’on espère gagnant. Bingo!

ANTECHAOS: Apocalypse

France, Heavy metal (Autoproduction, 2022)

Des grosses guitares, une voix grasse et puissante, Alpha, le titre d’ouverture de Apocalypse, premier album des Français d’Antechaos, choppe à la gorge, fait taper du pied et secouer les cheveux. La production est riche, les compos pensées pour faire mouche. Le groupe est amateur à la fois de ces grands classiques du metal qu’on ne citera pas ici et de sons modernes. Allez, un défaut, mais sans doute est-ce une question de générations: rapidement Antechaos avance son admiration pour l’univers manga tant les refrains pourraient provenir de ces animés japonais (écoutez Gangster, après son intro speedée, tout y est – et on y parle de Yakuza. CQFD). Ce « défaut », on ne le retrouve qu’au début de l’album, les gars montant en puissance et folie très rapidement. Normal, ils n’ont rien de « gamins », justement: au sein d’Antechaos, on retrouve Nico Pelissier et Chris Billon-Laroute, les ex-guitariste et bassiste de Seyminhol qui se sont adjoint les services de Max Boriolo à la seconde guitare, Julien Truttman à la batterie et cette arme secrète qu’est Laurent Fabisz, ex-chanteur de Kryzees (certains se souviendront de sa prestation au Hellfest 2017  lorsqu’il se vit confié le micro de Joakim Broden le temps d’interpréter Sweedish pagans et s’en sortir avec mieux que des honneurs).  Il apporte toute la puissance et la variété vocale que le genre exige (superbe Lucifer, et ces passages rapés sur Secret medical et Effet papillon – la folie du chant! -, c’est aussi Laurent?). L’ensemble est haut en couleurs, puissant et efficace et le chant en français colle parfaitement. Un premier essai à soutenir d’urgence en rendant visite à Antechaos ici:

www.facebook.com/antechaos

Et puis j’aime bien ce nom de groupe: AnteChaos traduction littérale: « avant le chaos », à l’image de cette boule de cristal montrant une nature verte et saine que ce gamin (encore?!?) semble protéger et vouloir préserver. un groupe à découvrir.

POWER PALADIN: With the magic of the windfyre steel

Power metal (Atomic Fire, 2022)

Celui-là, il a glissé entre mes doigts… Sorti en début d’année, ce premier album de Power Paladin, sobrement intitulé With the magic of the windfyre steel, ravive les souvenirs pas si anciens d’un power metal épique et racé; Ne nous fions pas aux apparences de cette pochette dessinée par des gamins (et cette signature à la Power rangers meet Pokemon…), mais quand même: on est, oui, en plein visuel de romans d’heroic fantasy. On aurait attendu une autre imagerie d’un groupe islandais, mais si personne ne casse les codes… Musicalement, Power Paladin vient se poser en digne concurrent de DragonForce: le groupe joue vite et super proprement, mitonnant des mélodies directes et entraînantes. Et le monde de Tolkien n’est pas le seul visité, le groupe puisant dans des univers aussi variés que celui des hobbits ou de Dark Crystal, morceau sur lequel intervient Oskar Runarsson (ainsi que sur Rigtheous fury). Jamais sombre, toujours positif – ça fait plaisir de voir une photo de groupe où tous les musiciens sourient – délivre une musique efficace sans pour autant réinventer le genre. Une très belle carte de visite qui si elle est scéniquement accompagnée d’un visuel aussi attirant verra Power Palladin se placer parmi les grands du genre. C’est tout le mal que je leur souhaite.

HELLFEST WARM-UP: l’Astrolabe d’Orléans, le 5 mai 2022

C’est désormais une habitude: le Hellfest propose sa tournée Warm-up en sillonnant les routes de France l’espace de trois bonne semaine. Ce soir, le cirque passe par l’Astrolabe d’Orléans avec dans ses bagages les Espagnols de Crisix, les Rennais de Tagada Jones (deux habitués du fest) et les locaux du soir que sont Speed Jesus, sans oublier le concours d’air guitar et le photobooth HF. Une belle soirée à laquelle assistent un peu plus de 400 spectateurs qui ont bien fait de venir.

La soirée commence par une interview avec Busi B., plus que sympathique guitariste de Crisix, suivie d’une autre avec Niko, guitariste, chanteur et fondateur de Tagada Jones – interviews à retrouver sous peu sur Metal Eyes – avant de se plonger au cœur de l’évènement et retrouver le public en train de faire la queue au… Non, pas au bar mais au point d’adhésion. Une adhésion obligatoire si l’on veut pouvoir consommer et se sustenter. Seul point de reproche que je puisse faire à cette salle par ailleurs plus que sympathique que cette obligation d’adhérer… Quid de ceux qui ne viennent qu’une ou deux fois par an – et il y en a? ? Reste que la disposition se prête aux différentes parties de la soirée: une grande salle qui accueille les concerts – capacité de 500 à 600 personnes – une petite salle pour le concours d’air guitar, le photo booth et le bar et un grand couloir avec vestiaire et merch (dont quelques exclu Hellfestives, svp, et un accueil très chaleureux et jovial).

 

Speed Jesus

A 21h, Speed Jesus ouvre le feu et tire à boulets rouges ce qu’il peut. Le chanteur/hurleur crache sa colère accompagné par une section de cordes énervées (« cordes », oui, guitare et basse) et un batteur qui parfois se perd dans une intro provoquant un faux départ.

 

Le quatuor habillé comme à la ville se démène pendant pas loin de 40 minutes, chauffant un public pas encore très nombreux mais assez réactif. Une mise en bouche efficace.

Speed Jesus

 

Crisix

La scène est rapidement dégagée, laissant plus de place aux groupes vedettes qui partagent le même kit de batterie. Si l’histoire qui lie Crisix au Hellfest tourne à la passion (un premier HF sous Altar, un HF from home l’an dernier, ce warm up suivi d’une main stage en juin) celle entre Crisix et la France devient également de plus en plus sérieuse. Il faut dire que le groupe catalan de thrash sait tenir une scène et, si ça joue plus que sérieusement, les 5 sont là pour s’amuser. Ca commence d’ailleurs avec une vidéo à la Metallica montrant les conditions de vie de cette tournée. Le guide n’est autre que leur mascotte qui éructe ses explications (même Groot parle plus clairement!)  fort heureusement traduites par un… traducteur (fort, ça, vraiment, je m’admire…) qui témoigne de la largeur du couloir et des couchettes du tour bus, de l’utilité des WC… Fun dès le départ.

Warm up Hellfest

Ce sont ensuite pas loin de 45′ d’une folie ravageuse et contagieuse qui déboulent. Julian Baz est très en voix et sa rage est simplement communicative, ce qui est d’autant plus aisé lorsqu’on voit le sourire qu’il affiche entre deux titres, sourires que l’on retrouve chez chacun des musiciens. Le groupe propose de futurs classiques – Speak your truth, WNM United (allez voir le clip avec une palettes d’invités internationaux, le propos est clair), Get out of my head, un medley liant Metallica et Trust parmi d’autres références.

Warm up Hellfest

Le public est plus que mis à contribution, les musiciens lui demandant des circle pits, Julian initiant un wall of death et même, sur Macarena mosh, après avoir constaté la présence de deux portes menant vers la petite scène, l’invitant à sortir par l’une et revenir par l’autre dans une sorte de furieuse chenille metallique. Eric Perrin, chargé de com du HF, se marre tout en continuant de filmer la scène.

Crisix conclue avec le désormais incontournable Ultra thrash, rejoint par sa mascotte – un roadie masqué, ça vous rappelle quelque chose? C’est tout le mal qu’on peut souhaiter à ce plus que sympathique  groupe au thrash redoutable d’efficacité de devenir aussi grand que vous savez qui. A ne pas manquer au Hellfest (vendredi 24 juin, Mainstage 2 à 12h15). Avec possible distribution de pizza…

Warm up Hellfest

Voici 20 ans que Tagada Jones n’a pas fait halte à l’Astrolabe. Le public s’est cependant déplacé et la salle se rempli dès l’extinction des feux. Et ça commence par une panne électrique… Un des responsables de ce warm up vient rapidement rappeler certaines choses au public concernant le warm up, la possibilité de gagner un pass 2023 et d’autres prix, le HF, remerciant les groupes et l’orga, ainsi que le local de l’étape, Eric Perrin, orléanais, avant que le concert ne débute vraiment.

Tagada Jones

C’est également une belle histoire qui lie Tagada Jones et le HF, le groupe ayant fait sa première apparition en 2014, étant, comme Crisix, à l’affiche du HF from home de l’an dernier et de retour à Clisson, sur la Mainstage 2, svp, dans quelques semaines. Cependant, TJ va droit au but et ouvre son show avec un A feu et à sang repris en choeur par un public chauffé à blanc qui se masse et pogotte. Nous avons la rage, le bien nommé, Je suis démocratie au refrain une nouvelle fois scandé par le public, De l’amour et du sang… C’est un défilé d’hymnes que nous offrent les quatre.

 

 

Tagada Jones

Comme me le disait Niko avant le show, Tagada Jones, il n’est « pas sur scène pour parler de politique. On dit assez ce qu’on pense sur disque, là on vient pour que le public passe un bon moment », et c’est exactement le cas. Même si Stef fait mine de souffrir avec sa guitare, il va chercher le public autant que  Waner, derrière sa basse, tout sourire. A deux dates de la fin, la forme et l’envie sont intacts. Les 50′ défilent à vitesse grand V, classique après classique – Vendredi 13, Le dernier baril, De rires et de larmes jusqu’au final incontournable Mort aux cons. Vous vous en doutez, ce sera à e pas manquer: Tagada Jones est à retrouver au HF 2, également sur la main 2, mais cette fois ce sera le dimanche 26 à 15h40.

Tagada Jones

Merci à Eric Perrin d’avoir rendu ce report possible, à Busi (Crisix) et Niko (Tagada Jones) pour les interviews express et à toute l’équipe du Warm up pour la bonne humeur et l’ambiance de feu. Vivement juin!

BRYAN ADAMS: So happy it hurts

Canada, Rock (BMG, 2022)

J’ai toujours beaucoup aimé la musique de Bryan Adams , cette puissance des Cuts like a knife et autres Reckless (on parle du Live! Live! Live!?) mais je l’ai moins suivi après ses errances en BO cinématographiques. Le gaillard  a cependant toujours su composer des chansons qui se retiennent et font bouger. Même si ses attirances pour le rock tendance pop, c’est toujours un plaisir de le retrouver. So happy it hurts, son dernier album en date, ne déroge pas à la règle, proposant des morceaux allant du rock à la ballade, variant ses plaisirs et ceux de l’auditeur. Premier constat: aucun des 12 titres  de ce nouveau disque ne ressemble à un autre. Alors, tout s’écoute, d’une traite, et lorsqu’on se plonge dans les paroles, on se dit qu’Adams a laissé parler ses tripes, qu’il a puisé son inspiration dans une (nouvelle?) déception amoureuse et règle ici quelques comptes (le morceau titre et Never gonna rain) avant de renouer avec l’espérance (You lift me up, I’ve been looking for you). Et aussi, il se souvient de qui il est, un musicien de rock qui a été, comme tant d’autres, privé des plaisirs de la route qu’il retrouve enfin, cette route où il est vraiment lui-même (On the road). Et il s’amuse avec « Dieu », redéfinissant la création. Non, non, Kick ass n’est pas une chanson de bigot mais bien la prise de conscience que ce soi-disant créateur a pris conscience que quelque chose manquait, que l’Homme s’était quelque part fourvoyé. Et ce n’est rien d’autres que cette musique rock qui te botte le cul. bref, Bryan Adams nous offre un album vrai, simple et qui ressemble à celui qu’il est aujourd’hui avec ses plaisirs et ses souffrances. Un beau retour qui, espérons le, nous permettra aussi de le retrouver sur scène. Ouais, j’aime bien Bryan Adams.

EDDIE VEDDER: Earthling

USA, Rock (Seattle surf, 2022)

De temps à autres, il y a des surprises qui arrivent comme ça. Le nouvel album solo du chanteur de Pearl Jam qui a publié Gigaton il y a à peine deux ans – arrivent dans les bacs. Earthling nous propose 13 titres d’un rock ici doux et léger, là plus énervé et qui puise son inspiration chez les grands classiques. Rien de particulièrement original mais les Invicible (un pied de nez au Covid?), Brother the cloud et autres The haves rappellent tout autant David Bowie que les premières heures de ce mouvement appelé grunge. Eddie Vedder n’a rien perdu de sa voix charismatique et chaleureuse et sait se faire plaisir avec des titres aisément mémorisables. Earthling se laisse écouter d’une traite sans aucune prise de tête. Un joli retour solo mais si certains attendent un retour à la BO de Into the wild ou une répétition de Pearl Jam, attention: on est sur un registre plus personnel bien que très généreux. Du EdDie Vedder comme on l’aime.

INSOLVENCY: Illusional gates

France, Metalcore (Autoproduction, 2022)

Nous avions déjà rencontré Insolvency en 2018 à la sortie de son premier album, Antagonism of the soul. Alors qu’est apparu en début d’année Illusional gates, le nouveau méfait des Troyens, Metal Eyes a pu s’entretenir avec Prosper, leur nouveau batteur qui a « trouvé le groupe complètement par hasard, sur annonce. Je suis allé voir ce qu’il font, et ça m’a beaucoup intéressé parce que je faisais déjà du metal ado. Je suis ensuite parti faire des études de musique pour voir d’autres styles, me diversifier et c’était un peu naturel pour moi de revenir au metal. J’ai intégré le groupe en 2020, en plein Covid. Le deuxième album était déjà écrit, également la batterie. je n’ai eu qu’à apprendre les parties en apportant quelques modifications, mettre ma patte. » Justement, comment lui, le dernier arrivé, analyses-t-il l’évolution de Insolvency entre ces deux albums?   » Du fait que je me suis formé à d’autres choses que du metal, je crois avoir apporté une sorte de diversification dans mon jeu. Je peux sans doute apporter quelque chose de plus moderne, dans d’autres styles. J’ai fait du jazz pendant pas mal de temps ce qui m’apporte un regard différent sur le style metalcore qui est déjà, à la base, assez codé. On est tous des individualités qui écoutons des choses très différentes, et on apporte des choses différentes dans la musique du groupe. »

La musique de Insolvency, il est vrai, reste très brute, même si le double chant hurlé et clair apporte une sorte d’équilibre. Seul quelques touches de piano en intro tentent de cacher le mur de brutalité sans merci qui suit. « Je pense que cet album a vraiment évolué. Ce n’est pas du compliqué pour faire compliqué. Il a une variété de styles, de la brutalité comme tu le disais mais aussi un équilibre avec de la mélodie. C’est un disque à écouter dans sa totalité« .

De quoi traitent les paroles? Le titre fait-il référence à la crise sanitaire? « Non, même si on peut le penser, mais l’album était déjà écrit avant et les thèmes abordés l’auraient été, Covid ou pas. On a dû dealer avec cette période, pour aller en studio, nus retrouver. Les thèmes sont plus personnels que sur le premier album, plus liés aux expériences de chacun, à des déceptions professionnelles ou dans la vie personnelle. Illusional gates, ça représente un peu une utopie qu’on se ferait de certaines situations. » Plongeons nous donc directement dans les textes de Mirage et Afterlight, ça nous donnera une idée du contenu! (devinez: ce sont les deux instrumentaux)

Si musicalement le groupe a évolué, visuellement, on reste dans le même esprit bleuté et brumeux avec des ombres fantomatique. « C’est un artwork assez sobre, pour illustrer ce qu’on fait en musique. Le choix des couleurs dit qu’on n’est pas ultra sombres ! On parle de choses qui nous sont arrivées et que d’autres ont sans doute vécues. Et on leur dit que malgré tout, on continue, on est là et on avance. »

Deux invités sont au casting de cet album: Ryan, de Fit For A King, et CJ, de Thy Art Is Murder. Autant dire deux grosses voix qui viennent se mêler à celle du bassiste chanteur Pierre Challouet et de son compère guitariste et chanteur Valentin Gondouin. « Tout s’est fait à distance, on était vraiment dans la période Covid, CJ est Australien, Ryan Américain, donc c’était compliqué d’organiser une vrai rencontre. On a envoyé des pistes, des morceaux, on a même testé plusieurs morceaux avec chacun d’eux, mais on n’a pas eu de vrai échanges humains. On a eu quelques exigences, mais le plus important, c’est que le morceaux leur ont vraiment plu. Ils ont pu apporter leur patte, on a, même à distance, fait un travail commun. Et pour nous, c’est top d’avoir la participation de gens comme ça. Ca nous donne une légitimité, le reconnaissance de nos pairs, si je puis dire. »

Pour me convaincre d’écouter cet album, lequel Prosper considère-t-il comme le plus représentatif de l’identité d’Insolvency qui me convaincrait d’en écouter plus? « Alors, c’est pas mon préféré, mais je pense que c’est le morceau éponyme, Illusional gates qui représente bien toutes les palettes de l’album, musicalement et dans les paroles. »

Avant de nous quitter, quelle pourrait être la devise d’Insolvency? « Attends… Je dirai « Stay strong ». Parce que, comme je le disais, malgré tout ce qu’on peut vivre, on est toujours là, on maintient notre projet, de faire la meilleure musique possible; Et c’est un message qui peut s’adresser à tout le monde« .

Entretien avec Prosper (batteur), propos recueillis le 22 avril au téléphone

 

OUT OF THIS WORLD

Hard rock FM (Atomic Fire, 2022)

Kee Marcello, ex guitariste de Europe, qui sort un album avec le chanteur Tommy Heart, chanteur de Fair Warning, quoi de mieux que de revenir en évoquant les Suédois avec pour nom de groupe le titre de leur album de 1988 – le premier des deux albums de Europe sur lequel Marcello a posé sa patte? C’est ça, Marcello déboule avec Out Of This World, publié en début d’année par Atomic Fire sous forme de double album: le disque lui même, composé de 10 titres plus 3 démo bonus et d’un Live from the heat enregistré à Ludwigsburg en Allemagne. Une telle rencontre ne peut, à priori, que faire des étincelles. La prod de Kee Marcello, le mix de Ron Nevison, producteur au CV long comme le bras, est impeccable, chaque instrument ainsi que le cant trouvant aisément la meilleure place pour mettre en lumière ces compositions. Seulement, et très rapidement, Marcello nous replonge dans les années 80, celles du Hard Fm hyper léché et efficace. Oh, oui, c’est ultra bien foutu, les guitares fusent et le chant donne envie d’accompagner Heart (le chanteur, pas le groupe), mais… Est-ce de la nostalgie, l’envie de renouer avec ce passé glorieux que vécu Marcello? Je me prend à penser que cette période, riche, inventive mais oh combien permanentée et markettée ne peut souffrir aujourd’hui d’une imitation qui se meut MTVèsque. Impossible de prendre en défaut les talents de composition, d’interprétation de Out Of This World, d’autant plus lorsqu’on reçoit le soutien de Don Airey sur pas mois de 4 titres, mais l’ensemble manque de modernisme. Un bon album, certes, à écouter avec les grands hits des 08’s – de Bon Jovi à Dokken, en passant par Poison et Warrant – mais trop marqué par cette période révolue.