THE DEAD DAISIES: Burn it down

Hard rock, Australie/USA (Spitfire/SPV, 2018)

The Dead Daisies a réussi à s’imposer comme une valeur sûre de l’univers hard rock international. Car autant discographiquement que scéniquement, ce groupe à géométrie variable place ses fans au centre de ses pensées. Alors quand parait un nouvel album, on sait déjà qu’on ne sera pas déçu. Burn it down, le quatrième opus de la bande à David Lowy, voit un nouveau changement – mais cela est le principe même de fonctionnement du groupe – avec l’arrivée à la batterie de Deen Castronovo, qui a notamment exercé auprès de Bad English, Ozzy Osbourne, Journey…) qui vient remplacer Brian Tichy. 10 chansons plus un bonus composent ce plus que puissant et efficace Burn it down. Resurrected met les pendules à l’heure, le groupe semblant même s’orienter vers des sonorités plus lourdes et oppressantes qu’à son habitude. Mais l’esprit chantant et entraînant est bel et bien là, que ce soit Rise up, Burn it down, Dead and gone… Habitués des reprises, le gang revisite ici le Bitch originellement écrit par le duo Jagger/Richards avant de proposer la ballade (pas version « ballade présentée par John Corabi sur le live »… non, une vraie ballade) sensuelle, Set me free. Encore une fois, The Dead Daisies réussit à satisfaire tout un chacun et s’impose comme l’un des plus brillant groupe de classic hard rock du moment. Vivement les retrouvailles live au Trabendo de Paris le 6 mai prochain!

DE WOLFF: Thrust

Hollande, Hard rock (Mascot, 2018)

Ce n’est pas au vieux singe qu’on apprend à faire la grimace, dit-on. Mais aussi, c’est dans les vielles marmites qu’on fait les meilleurs plats » ou « ce n’est pas un vieux bluesman qui va apprendre le blues ». Sauf que… DeWolff n’a rien de commun avec ces adages puisque le trio ne s’est formé qu’en 2007. En à peine une décennie, le groupe néerlandais nous offre déjà son cinquième album. Et franchement, il semble que les gaillards n’aient plus grand chose à apprendre. Leur rock est empli de ce blues teinté de psyché qui se pratiquait outre Atlantique au cours des 70’s. ça sent la voix forgée à la clope, le timbre rocailleux collant parfaitement à cet esprit léger et embrumé qu’on retrouve tout au long de Thrust. Si California burning a cet aspect immédiat, on se laisse tout autant emporter par les Big talk, Double crossing man et autres Freeway light. Light, lumière…. Oui, cet album nous propose un blues lumineux et enjoué. A quand la scène, la vraie?

Dernier concert de WILD DAWN: St Jean de Braye, le 31 mars 2018 (avec Irya et No One Is Innocent)

Il y a quelques semaines, Wild Dawn avait annoncé cesser ses activités et mettre un terme à sa carrière après un quatrième album et un ultime concert. C’est la salle des fêtes de Saint Jean de Braye, à côté d’Orléans, qui accueille la troupe, censée jouer entre Irya et la tête d’affiche annoncée No One Is Innocent. Pourtant, c’est bien Wild Dawn qui se retrouvera en tête d’affiche. La raison? Vous la découvrirez bientôt, au cours de l’interview que les gars aux chemises à carreaux ont accordée à Metal Eyes. Et elle est pour le moins surprenante…

C’est donc Irya qui ouvre les hostilités. Les Orléanais proposent un metalcore rugueux et leur concert est visuellement surprenant: le bassiste Djow a les pieds illuminés de bleu et le batteur, Cebrou, est vêtu d’un peignoir de boxeur. Les trois autres musiciens sont comme à la ville. Etonnant choix, selon moi, alors que les deux autres groupes de la soirée ont, à l’instar de nombreuses autres formations,  développé une identité visuelle.

Je n’ai jamais été sensible au metalcore. Trop rugueux, trop hurlé à mon goût, mais force est de reconnaître que le quintette est fougueux, même si les musiciens donnent l’impression de sauter un peu n’importe quand… Mais les 5 se donnent à fond tout au long de 40 minutes de leur set malheureusement mal éclairé mais bien mis en son.

 

La salle se remplit avec l’arrivée de No One Is Innocent qui débute un peu après 20h30 avec un Djihad puissant. Le nouvel album, Frankenstein, sorti la veille, est à l’honneur avec pas moins de 5 titres qui en sont extraits (La gloire du marché, Desperado, Les revenants, Frankenstein et Ali (king of the ring)) qui accompagnent les plus récents classiques du groupe que sont Silencio, Kids are on the run ou Nomenklatura.

Kemar et Shanka, comme à leur habitude, font des sauts de cabris attendus, et, même si Bertrand reste discret tout en venant régulièrement appuyer ses comparses en devant de scène, le groupe est dans une forme resplendissante. Une heure trente d’un concert à l’énergie communicative. Après avoir remarqué que ce soir toutes les générations sont présentes (« mais je vois beaucoup de cheveux gris »…) Kemar fait monter sur scène un fan, sexagénaire, qui termine navigant sur une armée de bras.

Puis, comme à son habitude, No One invite, sur 20 ans, le public à monter sur scène pour un joyeux bordel avant de conclure avec un rappel composé de Ali (King of the ring), et l’indispensable Charlie qui précède Chili. Si No One est en train de rôder sa tournée, il ne fait aucun doute que les Parisiens sont en forme et réservent de jolis moments à leurs publics à venir.

 

Le changement de plateau se fait rapidement et le public reste. Nombreux sont ceux, d’ailleurs, qui sont venus faire leurs adieux à Wild Dawn. Et si les locaux sont nombreux, certains sont venus d’aussi loin que la Bretagne pour assister à ce moment. Qui a vu les Orléanais live le sait: Wild Dawn sur scène c’est toujours la promesse de passer un grand moment, de vivre un concert explosif. Et le groupe a promis de tout donner ce soir.  En loge, un simple « on y est, les gars, 20 minutes! » me fait comprendre que ce soir sera vraiment particulier. Le quatuor a eu beau jouer au Metal corner du Hellfest, en ouverture de Gotthard, Grilschool Koritni et plein d’autres, a beau avoir sorti 3 albums d’un rock stoner et hard puissants et efficaces, le sort a empêché Wild Dawn de trouver son public et de percer.

Mais, peu importe. Si certains pensaient que le public se dissiperait après le passage de No One Is Innocent, il n’en est rien: lorsque les bûcherons arrivent, la salle est encore très remplie. Devenus tête d’affiche pour leur dernier concert (quasiment sold out, s’il vous plait, et le nombreux public encore présent prouve que ce n’est pas forcément – ou uniquement – pour No One qu’il est venu), Greg, Romain Alex et Morgan, toujours en chemises à carreaux (marque de fabrique proposée par, pas peu fier, votre serviteur autour d’une bière la veille du PMFF 2013) dévastent tout sur leur passage.

Parfaitement en place, occupant chaque centimètre carré de la scène, changeant de place à un rythme infernal, Wild Dawn sait ce que c’est que de tenir son public et développe une incroyable énergie qui dès le premier titre, Decay, fait comprendre à tous que ce soir, c’est grand soir.

Chaque album est exploré, même le dernier dont un titre est extrait (The Herd) qui accompagne à merveille les SAD, Plague of the century, Back on track, Bloody Jane’s shore ou autres indispensables Ain’t life grand et I’ve got the rock. Même si on l’aurait apprécié, il eut sans doute été malvenu, ou simplement ironique, pour Wild Dawn de nous jouer le traditionnel Now or never qui a ouvert nombre de concerts du gang…

Explosif, dantesque, énergique… Quel adjectif peut-il qualifier ce concert mémorable? « Garder le meilleur pour la fin » semble être le leitmotiv de la soirée. Au point que Wild Dawn s’offre même le luxe d’un rappel justifié et propose un Old School Machine pas joué live depuis… Bref, à soirée spéciale, concert plus spécial encore. Un de ceux dont on se souviendra. Une belle soirée, et sans doute l’un des meilleurs concerts de Wild Dawn auxquels j’ai pu assister.

Bravo, bon vent à tous les quatre et… Merci pour ces  dix années d’un rock n roll pur, dur et qui vient des tripes. Et pour ce concert d’adieux, véritable bouquet final d’un feu d’artifices.

La Wild Team

LOFOFORA: Simple appareil

Rock, France (At(h)ome, 2018)

Simple appareil… Un titre qui évoque une mise à nu, et cette promesse venant de Lofofora, ça sonne plutôt bien. Une voix, une guitare, une rythmique simple… Lofofora a choisi de se livrer corps et âmes au travers de 11 morceaux dépouillés de tout artifice. Comme le dit Reuno dès l’introductif Les boites, le groupe a enlevé les doigts de la prise. Ce dépouillement n’ôte en rien la puissance des paroles et des rythmiques concoctées par le groupe qui prouve, une fois de plus, que peu importe l’interprétation, si une chanson est bonne, elle reste bonne! Reuno, dans ce fatras dépouillé de décibels explosifs, se met ici plus qu’à nu, il se met en danger, et c’est appréciables. Alors, bien sûr, ce simple appareil ne saurait être l’objet d’une tournée à lui seul, mais proposera à n’en pas douter des moments de répit au cœur de la fureur des shows de Lofo. Un interlude posé que propose un groupe qui n’a jamais renié son parcours. Un pari relevé même si certains fans seront déstabilisés par ces 11 morceaux envoûtants, au final.

Interview: MELTED SPACE

Interview MELTED SPACE. Entretien avec Pierre le Pape (chant, claviers…). Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 9 mars 2018

Metal-Eyes : Darkening light est le quatrième album de ton projet Melted Space. Comment analyses-tu l’évolution de ce projet – je vois plus Melted Space comme un projet que comme un « groupe » ?

Pierre : C’est une bonne question parce que je n’ai pas encore eu le temps de prendre du recul… Ce que j’en retiens, c’est qu’il y a eu un changement à un certain moment. C’est-à-dire qu’au départ, le projet n’était pas censé être autre chose qu’un projet studio. On a commencé à faire de la scène, et à partir du moment où on a commencé à adapter les choses pour la scène, pour un public, pas mal de choses ont changé dans ma perception du projet, dans ma façon d’écrire, dans ma façon de penser, même aux prémices d’un album. En fait, quand j’ai commencé à penser à Darkening light, j’avais déjà la scène en tête. Ce qui n’était pas le cas avant. D’ailleurs, aujourd’hui, on ne joue quasiment plus aucun morceau du premier album parce que les titres sont beaucoup moins adaptés ; tout s’enchaîne et ça ferait des coupes beaucoup trop franches, sans transition, alors que ça n’aurait de sens que si on jouait tout d’un bloc. Darkening light est composé de chansons bien séparées, et là on a une évolution qui vise vraiment la scène.

Metal-Eyes : Donc la grosse différence c’est que cet album, tu l’as envisagé en pensant à la scène, ce qui n’était pas le cas avant. Il y a une autre grosse différence, c’est que pour la première fois, tu chantes.

Pierre : Oui ! (il rit)

Metal-Eyes : Tu as rôle bien définit, aussi, celui de l’Espace. Comment en es-tu arrivé à cela ?

Pierre : Au départ, je n’étais pas pour (rires) ! Je n’ai jamais voulu chanter en lead parce que je ne suis pas chanteur, ce qui est en soi une bonne raison. J’ai été chanteur dans mon premier groupe au lycée, mais je braillais plus qu’autre chose… C’était un groupe de rock punk metal, un peu fourre tout. Mais après, je n’ai pas perduré dans cette voie-là, je n’ai jamais travaillé dans ce sens là. En fait, c’est venu petit à petit parce que je chante sur les démos puisque c’est moi qui les enregistre. Du coup, que ce soit Liv Kristine, Michael Stahne ou autres me demandent régulièrement pourquoi je ne chante pas sur les albums. Je leur réponds que je laisse ça à d’autres, qui savent faire mieux que moi. Et je trouvais ça, je trouve toujours ça relativement prétentieux pour un non chanteur de dire « ben tiens : aujourd’hui je vais aller chanter avec tous ces chanteurs extraordinaires et ça va être bien, et tout le monde va être content » (il rit) !

Metal-Eyes : D’ailleurs, dans l’interview de Rock Hard 184, tu dis avoir envisagé la possibilité de ne pas utiliser ton chant si ça ne convenait pas…

Pierre : Oui, c’est ça…

Metal-Eyes : …Et tu rajoutes même : « je ne veux pas être mégalo au point d’imposer ce genre de choix ». Ma question est la suivante : à quel point es-tu mégalo ?

Pierre : Alors ça, c’est une très bonne question ! (Il explose de rire) Dans les sujets que je traite dans mes albums, qui parlent de dieux, de mythologies, de grandes choses, après c’est de la mégalomanie avec, j’espère, beaucoup de recul, dans le sens où, avec Melted Space, je n’ai pas d’autre ambition que de proposer à l’auditeur un voyage le temps d’un album, d’une chanson, peut-être même d’un court instant. J’ai un regard un peu pessimiste sur le monde dans lequel on vit, qui ça ne me fait pas rêver. Du coup, je vais me réfugier dans des choses qui, moi, me font rêver, qui sont des références, des influences qui viennent de l’enfance. Des trucs qui m’ont marqué comme Les chevaliers du zodiaque, les jeux vidéo, Les mystérieuses cités d’or… Il y a quand même un fil rouge dans tout ça : ce sont des choses grandioses, extraordinaires.

Metal-Eyes : Un monde d’utopie mélangée à de la naïveté ?

Pierre : Complètement ! Du coup, quand je fais un album, quand je crée une chanson, j’essaye, via le côté assez cinématographique de ma musique, de prendre l’auditeur par la main et lui dire « viens, on va se promener et oublier un peu tout ça. »

Metal-Eyes : Une des particularités de Melted Space c’est le nombre extraordinaire de participants. Il y a des habitués, mais d’autres moins. Comment sélectionnes-tu ces intervenants ? Les rôles ne sont pas les mêmes d’un album à l’autre. Penses-tu en particulier à quelqu’un pour interpréter tel rôle ?

Pierre : Quand j’écris l’histoire, je définis mes personnages. Là, j’ai fait un gros travail de bibliothèque pour lire des choses sur la cosmologie, sur la mythologie autre que gréco-romaine qu’on connait par cœur et qu’on a entendu 600 fois. D’ailleurs, dans Between et From the past, je suis allé chercher beaucoup d’informations scientifiques et littéraires, j’ai lu beaucoup de Stephen Hawkin qui est un très bon vulgarisateur de science. Du coup, quand je crée ces personnages, je fais une fiche par personnage en me demandant comment je le vois, quel caractère j’aimerais lui donner, ce que je voudrais lui faire exprimer, comment il pourrait réagir, quelles sont ses envies, ses attentes… De là, l’orientation vocale se définit. Ensuite, il y a ce que moi j’ai envie de faire aussi. L’exemple plus marquant dans cet album là c’est le personnage de la mort, donc le concept de fin. L’homme en a fait quelque chose de négatif, mais en réalité, il y a un début et une fin, donc ça crée un cycle. Je ne voulais pas rentrer dans le cliché de prendre un chanteur de death ou de black metal, donc tout le monde comprend qu’il est méchant. Je voulais quelque chose de plus aérien…

Metal-Eyes : D’autant plus qu’il y a des croyances qui disent que ce n’est qu’un début, que la mort n’est qu’une étape.

Pierre : C’est ça, d’où, aussi, le choix du titre de la chanson From the begining to the end, parce qu’il y a ce côté cyclique, et ce n’est pas forcément mauvais. Le choix des voix, des personnages se fait en fonction de l’histoire mais aussi de comment j’ai envie d’utiliser le personnage.

Metal-Eyes : Tu viens d’expliquer préparer tes histoires avec des recherches, la rédaction de fiches… Tes univers sont très riches, alors as-tu déjà envisagé de les retranscrire sous forme de roman ? Une grande saga d’héroic fantasy.

Pierre : Alors, de façon générale, je dirais que l’idée de passer par un autre média que la musique m’a déjà traversé l’esprit. En tout cas, ne pas se limiter à juste un disque ou un concert. Ça m’est déjà arrivé d’y penser et ça m’arrive encore. J’ai rencontré il n’y a pas longtemps une metteuse en scène pour envisager, pourquoi pas, des choses ensemble, sous une autre forme. Mais ce sont des projets qui, s’ils peuvent se montrer très enrichissants, passionnants et motivants, demandent beaucoup de travail en amont, beaucoup de temps. L’album a été assez difficile à faire, dans la mesure où l’année dernière n’a pas été terrible d’un point de vue perso et j’ai dû porter deux choses à bout de bras ce qui m’a un peu épuisé… Maintenant, j’aspire à des vacances et un peu de repos, mais ce n’est pas inenvisageable. Avant de me lancer dans un projet qui va me demander deux ou trois ans de travail en amont, à plein temps, j’ai envie de prendre le temps d’y réfléchir. Et s’y j’y vais, j’y vais à fond en ayant pesé le pour et le contre…

Metal-Eyes : Autre chose : Darkening light pourrait-il marquer la fin d’un cycle ? Je parle là d’un cycle visuel (j’aligne devant Pierre les pochettes des 4 albums), il y a des extrémités, avec From the Past et Darkening light bleu nuit, et au milieu une terre qui se détruit, poussiéreuse…

Pierre : Et ben tu sais quoi ? C’est la première fois que je vois les 4 en même temps…

Metal-Eyes : On a un effet de miroir, là…

Pierre : Complètement, oui. Je n’y ai jamais pensé… Je me suis fait la réflexion en passant, chez moi, devant From the past, qu’on était revenu à une même teinte, alors que je n’ai jamais voulu faire un album par couleur…

Metal-Eyes : Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a aussi ces teintes… maronnasse, poussiéreuses sur Between et The great lie, entourées de ces couleurs plus nocturnes.

Pierre : C’est vrai, et tu viens d’utiliser le mot poussiéreux. C’est le mot que j’avais utilisé pour décrire ce que je voulais au graphiste, alors que là, sur les deux autres, j’ai plus orienté les choses sur les grands espaces, le spatial… Pas quelque chose de cassé… Dans l’idée, je suis effectivement revenu vers quelque chose de moins poussiéreux. C’est marrant, là, de voir les 4… Ca me… ça me fait un petit truc. Comme je te disais, ce dernier je l’ai fait dans des conditions pas faciles, je l’ai reçu et mis dans un coin. J’aimerai, maintenant, prendre le temps de les écouter… dans cet ordre là, avec le début, cette espèce de demi-cadence et une fin qui reste ouverte. (NdMP : l’ordre c’est Darkening light, From the past, Between et The great lie). C’est aussi pour ça que j’ai fait cet album : quand j’ai réfléchi à quelle histoire je voulais raconter, j’ai trouvé ça plus intéressant… Jusque là, il manquait un véritable début, donc j’ai voulu expliquer le pourquoi des trois autres. Il me semblait qu’il y avait des fondations qui n’étaient pas posées, et, effectivement, tu parlais de la fin d’un cycle, je peux considérer que c’est le cas, dans le sens où on a maintenant quelque chose de posé, les dernières notes de Darkening light sont les premières de From the past, il y a aussi certaines références dans certains textes, certaines lignes de chant aux autres albums. Donc là, je sais que je peux me dire qu’il y a un gros pavé qui se tient, qu’il y a un univers étendu. J’aime énormément les univers immersifs type Marvel, Star wars ou autres. Maintenant, sur quoi ça va déboucher ? Je n’en sais rien mais aurais-je à un moment envie de raconter la suite de The great lie, est-ce que j’aurais envie de raconter autre chose, est-ce que ça finira ? Pour l’instant, je n’en sais rien. Mais là, effectivement, je pense qu’il y a quelque chose qui se tient, et dont je suis assez fier…

Metal-Eyes : Tu peux l’être, je pense. Darkening light est un tout, cependant, si tu devais ne retenir qu’un morceau de l’album pour expliquer à quelqu’un ce qu’est Melted Space, ce serait le quel ?

Pierre : Hmmm… Pour répondre à ta question, je suis obligé de différencier deux choses : dans l’album, j’ai effectivement une petite chouchoute (rires) qui est Trust in me parce que c’est un combat vocal de lions, parce que Jeff Scott Soto a fait des merveilles, Michael Stahne, depuis The great lie, on est comme des frères. On s’ets revus sur des tournées, des festivals…

Metal-Eyes : C’est ta chouchoute, ce qui sous entend qu’il y en aurait une qui serait plus représentative ?

Pierre : Oui, effectivement. Je pense que dans l’évolution de l’histoire, l’orchestre est beaucoup moins utilisé que sur les autres et petit à petit, on arrive au moment où le Melted space s’est créé et on retrouve ce Melted space qui s’est créé dans les autres albums. Donc, pour donner à quelqu’un qui ne connait pas une bonne idée de ce que c’est, je pense que je prendrais la dernière, Fallen world.

Metal-Eyes : Quel est ton rêve pour Melted Space ?

Pierre : Euh… Quel est mon rêve ? J’en ai plusieurs. L’utilisation d’autres médias pourrait en faire partie, déboucher sur une vraie mise en scène avec orchestre et tout ces chanteurs qui viendraient interpréter leur rôle… Je pourrais rêver d’avoir la belle carrière que peut avoir Arjen Lucassen….

Metal-Eyes : C’est marrant, je pensais à lui ! Il vient de sortir un live avec son projet….

Pierre : Oui, j’y étais, d’ailleurs. Ce sont des moments rares et c’était… Un rêve : réussir à faire à ce point là ce qu’il a fait. C’était vraiment extraordinaire… Et là, j’ai eu envie de dire « quand je serrais grand, je veux faire ça ! »

Metal-Eyes : Ce qui est bien, c’est ton âme d’enfant qui ressort.

Pierre : Je pense que c’est une ambition saine que de vouloir pousser son concept à ce point là, avec une équipe qui le suit. Après, il a quelques années de carrière de plus. Mais ce genre de projet pourrait voir le jour, mais ça demanderait, comme lui, deux ou trois ans de travail. Certains chanteurs m’ont clairement fait comprendre que un concert comme ça, ils étaient partant.

 

BLACK MAMBA: Heritage

Rock, Italie (Autoproduction, 2017)

Paru fin 2017, Heritage, premier album de Black Mamba aurait pu passer inaperçu ne serait-ce cette pochette qui, forcément, retient l’attention, et les origines du combo. La pochette, tout d’abord… On pourrait croire avoir à faire à un groupe de midinettes japonaises accros à l’univers manga. Ben, non, même si tout l’artwork évoque cet univers… On est au contraire confronté à un trio italien, originaire de Viterbo pour ceux qui connaissent (pour les autres, c’est au centre de l’Italie). Forcément, on pense à Klogr, mais la réalité est ailleurs: composé de Irma Mirtilla à la guitare et au chant, Cecilia Nappo à la basse et Frederico Maragoni à la batterie, Black Mamba a du mordant, si ce n’est celui, mortel, du serpent à qui le groupe s’identifie. L’univers du trio s’inspire autant de la pop et du funk – les rythmes dansants, la basse groovy et slappée y sont pour beaucoup – que du rock progressif et/ou enervé. Les guitares évoquent souvent celles d’Alex Lifeson (Rush), et lorgnent aussi du côté des Foo Fighters et, mix de cet ensemble, des Red Hot Chilli Peppers. Le chant d’Irma est puissant, varié, son timbre au trémolo unique emporte l’auditeur dans ses errances et douceurs, et les guitares de Cecilia sont tranchantes, à la fois aériennes et déterminées. Impossible de rester de marbre, chacun, amateur de prog, de groove ou de metal, y trouvera son compte. Une jolie découverte à suivre.

JUDAS PRIEST: Fire power

Heavy metal, Royaume-Uni (Columbia, 2018)

J’ai tellement lu, ces derniers temps, sur les webzines ou la presse écrite que « The Priest is back! » que j’en arrive à me méfier. Ce Fire power, nouvel album des metal gods est-il vraiment à la hauteur des rumeurs? Bien sûr, le groupe avait satisfait une grande majorité de fans avec, pour le sixième live Battle cry, le retour aux manettes de Tom Allom, producteur des plus grands albums du Priest au cours des années 80, de British steel à Ram it down. L’annonce de sa nouvelle collaboration en studio pour ce Fire power ravive forcément de nombreux souvenirs et fait naître de grands espoirs. Et si Judas Priest n’a rien à prouver depuis longtemps, force est de constater que ce nouvel opus est d’une puissance remarquable et à toute épreuve. 14 titres – ou 13 plus un interlude – variés dans l’historique esprit des Anglais, un son remarquable et une créativité intacte. Du morceau titre, qui ouvre les hostilités avec rage et fureur au final d’une inquiétante douceur Sea of red, rien, absolument rien, n’est à jeter. Si Evil never dies ralentit le tempo, il est forgé dans un esprit lourd et oppressant. Never the heroe se fait plus chantant et est une invitation à trépigner en headbangant. On s’attarde volontiers sur ce Necromancer varié pour retomber dans la lourdeur chantante de Children of the sun. Guardians propose un court interlude avant l’explosion de Rising from the ruins au riff mélodique imparable. La suite pourrait se radoucir, mais le Priest n’en fait rien, ni sur Bolt thrower – qui n’est pas un hommage au groupe du même nom – ni même sur Traitor’s gate qui monte en puissance. Lone wolf – qui n’a rien d’un hommage au groupe français du même nom – est peut-être le titre le plus faible du lot mais propose cependant des guitares différentes de ce à quoi le Priest nous a habitués. Avec Fire power, Judas Priest revisite son parcours sans toutefois donner l’impression de nous offrir un album testamentaire. Même si, on le sait maintenant, c’est Andy Sneap qui jouera à la place de Glenn Tipton de plus en plus affecté par la maladie de Parkinson. Fire power est un album à classer aux côtés des British steel, Screaming for vengeance et autres Painkiller. Un must qui fait dire que, oui: « the Priest is back! »