Interview: EVANESCENCE

Interview EVANSCENCE : entretien avec Troy McLawhorn (guitare). Propos recueillis par Zoom le 9 mars 2021

Metal-Eyes : Evanescence va, devrais-je dire « enfin » ?, publier un nouvel album le 26 mars, c’est exact ?

Troy (il rit) : oui, ça fait longtemps. On a été occupés, même si je sais que pour beaucoup de gens on peut avoir donné l’impression de ne rien foutre ! Mais tu sais, on a nos familles, on a fait la tournée Synthetis, nous ne sommes pas restés sans rien faire. Oui, c’est le premier album de nouvelle compos rock que nous enregistrons depuis 2012…

 

Metal-Eyes : Justement, Synthetis est sorti en 2017, mais il ne s’agit pas d’un véritable album d’Evanescence, en tout cas, pas avec du nouveau matériel. Il s’agissait plus de revisiter d’anciennes chansons du groupe. Le dernier véritable album, Evanescence, remonte à bientôt 10 ans. Qu’est-ce qui vous a amenés à créer ces nouvelles chansons et enregistrer ce nouvel album ?

Troy : On parlait beaucoup d’un futur album pendant la tournée Synthetis, nous écoutions beaucoup de musique, nous avons vraiment eu beaucoup de plaisir à faire cette tournée, qui nous a donné l’occasion de faire vraiment connaissance, de nous positionner, faire le point sur là où nous en sommes musicalement, ce que nous souhaitons faire pour le prochain album. Les idées du nouvel album sont nées pendant cette tournée. Nous sommes un groupe, nous sommes toujours prêts à proposer de nouvelles idées. Le truc, c’est que Amy ne veut pas « balancer » un nouvel album tous les ans, il est nécessaire qu’elle se sente inspirée…

 

Metal-Eyes : Oui, mais ce truc (je lui montre The bitter truth) n’est que le quatrième album du groupe…

Troy : Je sais, je sais, mais ce n’est pas toujours facile de créer quelque chose de neuf. Je la comprends, je comprends sa façon de voir les choses.

 

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui a ravivé la flamme, quel a été le détonateur pour la réalisation de cet album ?

Troy : le détonateur (il rit) ? J’en sais rien… Je crois que sur la tournée Synthetis, on s’est bien amusés, mais, pour moi, c’était dur. Nous avons tous fait un pas en arrière pour que l’orchestre soit mis en avant. Il n’y avait pas cette même montée d’adrénaline que sur une tournée normale. J’étais assis sur un tabouret, il n’y avait aucun retour sur scène, je ne jouais pas le rôle traditionnel d’un guitariste rock, j’étais plus dans l’esprit d’un claviériste à créer une atmosphère… Pour moi, le détonateur a été cette tournée : quand elle a pris fin, j’étais super prêt à me retrouver avec les autres et à jouer super fort !

 

Metal-Eyes : Dirais-tu que tu as ressenti de la frustration au cours de cette dernière tournée ?

Troy : Non, je ne me suis pas senti frustré. La tournée a été très fun, il y avait plein de choses intéressantes que je n’aurais pas vécues autrement, j’ai rencontré tous ces super musiciens qui n’ont répété qu’une ou deux chansons avec nous avant de jouer tout un concert en lisant simplement un bout de papier ! Je trouve ça dément, je suis incapable de faire un truc pareil, je ne suis pas ce genre de musicien ! Plus jeune, je voulais aller dans une école de guitare, mais je me suis retrouvé avec ce groupe de gars plus âgés qui avaient déjà joué dans des groupes, qui avaient déjà tourné et qui m’ont demandé de les rejoindre dès que j’ai terminé le lycée. Mon école, c’était ça : partir en tournée, je n’ai aucune formation de guitare, je n’y connais rien en théorie musicale, et jouer en clubs, était une sacrée expérience à mes yeux.

 

Metal-Eyes : Comment avez-vous compisé ce nouveau matériel ?

Troy : Il n’y a pas eu de plan général… Notre première réunion de travail a eu lieu entre deux concerts, avant un show au Canada. Amy a suggéré qu’on ne rentre pas, qu’on se loue un truc au Canada, qu’on s’y retrouve entre nous. Ça a été un super point de départ. Nous avons tous aimé ce moment, on a tous posé notre matériel et échangé nos idées, ensemble. On a commencé en 2018, je crois.

 

Metal-Eyes : Je pense à cette période : il y a des paroles assez sombres, des choses personnelles, comme une sorte d’engagement politique avec Use my voice. J’imagine que Trump a eu une influence puisqu’il était déjà en place à la Maison Blanche. Dirais-tu que tout cela a influencé l’écriture d’Amy ainsi que votre approche de la composition ? 

Troy : Oui, je pense que cela nous a influencés. C’était une période compliquée pour notre pays, et une grande partie de l’album a été écrite pendant le confinement. La pandémie nous a vraiment touchés. Je ne vais parler que pour moi, mais je pense que les autres te diraient la même chose : la vie normale a pris fin, et j’ai eu le sentiment que l’univers s’est effondré. Sur quelle planète je me retrouve ? Je ne peux même pas bouger de chez moi ! Et je ne voulais aller nulle part parce que je ne voulais rien rapporter à la maison. Mes beaux-parents ont emménagé près de chez nous juste avant la pandémie. Nous voulions aussi les protéger, ne pas le rendre malades. Je pense que tout un chacun ressent une forme de dépression en ces temps bizarres. Oui, je pense que cela a influencé les paroles d’Amy et notre musique : les chansons les plus heavy transmette une forme d’agressivité, ce qui nous a permis d’évacuer une certaine frustration, aussi.

 

Metal-Eyes : Quand j’écoute cet album, il y a naturellement un son typique d’Evanescence, la voix d’Amy très reconnaissable, mais il y a aussi des sonorités orientales, des moments particulièrement joyeux, d’autres plus sombres. Qu’avez-vous mis dans cet album ?

Troy : On n’a pas voulu nous mettre dans une boit e en écrivant ce que nous avons déjà fait. Amy a apporté quelques idées, des choses que je n’aurais pas forcément écrites, des choses plus orientés « claviers » … J’essaie de me souvenir du titre de la chanson (note : je lui montre le verso de ma copie de l’album. Il le voit et se marre). Ouais ! Je devrais avoir une copie de l’album avec moi, ça m’éviterait ce genre de trucs ! Je n’arrive pas à lire… (Je lui lis les titres) Oui, Yeah right ! C’est une chanson très différente pour nous, mais le truc cool à son sujet – Amy est une très grande fan de Michael Jackson – c’est que son groove, ses claviers évoquent l’univers de Mickael Jackson. Elle était marrante à jouer, et c’était fun d’ajouter des guitares agressives dessus !

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de ce nouvel album pour expliquer à quelqu’un ce qu’est Evanescence aujourd’hui, la quelle serait-ce et pour quelle raison ?

Troy : Oh, waoh… je peux te rappeler plus tard (rires) ? Laquelle représente Evanescence ? Je pense que Better without you est un bon exemple qui montre où nous en sommes tout en restant assez traditionnelle de ce que nous faisons. Même si Use my voice est tout aussi représentative.

 

Metal-Eyes : Une seule. Tu sais compter : une, pas deux !

Troy (rires) : Oui, mais c’est impossible. Comme me demander quel est mon guitariste préféré… Toutes ces chansons font partie de ce que nous sommes… nous les aimons toutes.

 

Metal-Eyes : Ton premier choix était Better without you, c’est ce que je retiendrais. Vous êtes aussi un groupe de scène, vous étiez censés tourner depuis quelque temps avec Within Temptation – pas en première partie mais en tant que co-têtes d’affiche (il approuve). Cette tournée a une nouvelle fois été repoussée. Est-elle encore d’actualité, personne ne sachant exactement de quoi demain est fait ?

Troy : Je crois que oui. Nous sommes sur le départ et nous sommes prêts. Il y a un programme, mais on ne sait pas quand nous pourrons partir. Au départ, on pensait partir l’été dernier, puis ça a été repoussé, à cause de la pandémie, au mois de septembre… puis en septembre 2021… Qui sait ?

 

Metal-Eyes : Les deux groupes sont menés par une femme, vos publics ne sont pas forcément les mêmes. Comment en êtes-vous arrivés à monter ce projet ensemble ?

Troy : Je ne sais pas vraiment… Je crois que ce sont les chanteuses. On a donné un concert ensemble à un festival, je ne sais plus trop quand, il y avait Alice Cooper, Dee Snider… Je ne crois pas qu’elles s’étaient déjà rencontrées, mais il est possible que ce soit le déclencheur.

 

Metal-Eyes : Comme nous l’avons dit Evanescence n’a publié que 4 albums et tu ne fais partie du groupe que depuis 2007. Comment occupes-tu ton temps avec aussi peu d’activité, même si de temps en temps le groupe part en tournée ?

Troy : C’est pas évident… Au départ, lorsque j’ai rejoint le groupe, ce n’était que dans le but de remplacer le guitariste et terminer la tournée. C’est tout ce que le groupe attendait de moi, et j’ai accepté. Nous avons appris à nous connaitre et à la fin de la tournée, Amy m’a dit « je pense que le prochain album n’est pas pour demain, mais lorsque le moment sera venu, tu seras le bienvenu ». Je savais qu’après cette tournée il y aurait 3 ou 4 années sans rien. Entre temps, j’ai joué avec Seether pendant 3 ans, entre 2007 et 2011. Et nous avons fait cet album, et ce que j’apprécie vraiment avec The bitter truth, c’est que j’y ai participé de A à Z, j’ai pris part à la composition de chaque morceau. Sur l’album précédent, je ne suis arrivé qu’à la fin du processus, j’étais avec Seether. Et puis, j’avais aussi une place dans un groupe tribute à Aerosmith, Pandora’s Box, avec qui nous avons donné pas mal de concerts dans des clubs, des casinos, etc… C’était sympa, ça m’a ramené à ma période de clubs : tu t’amuses, tu peux sortir, jouer de la musique… Il y a moins de pression, ce n’est pas ta musique, tu n’es là que pour jouer de la musique et offrir du bon temps aux gens. Je suis un grand fan d’Aerosmith et je joue toutes les parties de Brad Whitford. La pandémie a tué tout ça… On devait jouer deux fois par mois sur des croisières, mais tout a été annulé.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise d’Evanescence en 2021 ?

Troy : Notre devise ? Ah… Je pense que ça pourrait être : « Utilise ta voix », ou « Fais toi entendre », tout simplement.

 

Metal-Eyes : Ce qui fait sens… As-tu une dernière chose à ajouter ?

Troy : J’espère simplement que nos fans, et ceux qui ne sont pas fans, seront de la partie. Malgré la situation, nous portons toujours le drapeau, et nous allons retrouver nos fans dès que possible.

 

Metal-Eyes : A ce sujet, n’avez-vous jamais envisagé de jouer au Hellfest ?

Troy : Je crois que nous en avons parlé, oui. C’était prévu il y a quelques années, je crois que Slayer était à l’affiche. Mais c’était à l’époque de Synthetis mais je n’en suis pas sûr. Maintenant, on attend que les choses s’éclaircissent pour pouvoir repartir sur la route…

 

SAXON: Inspirations

Hard rock, Angleterre (Silver lining, 2021)

Coincés, comme nous tous, à domicile, sans autre choix que de s’occuper comme ils peuvent, les 5 de Saxon se sont retrouvés autour d’un projet commun qui a germé à cause du confinement. Même si un nouvel album est prévu, pour le moment dans l’impossibilité de le défendre, Biff et sa bande ont choisi de se faire plaisir en enregistrant un album de reprises, celles qui furent, comme nous en informe le titre de l’album, leurs Inspirations. Sans surprise, on retrouve un bon paquet de hit des 70’s, et quelques extrapolations. Sans surprise non plus, ce sont de grands noms auxquels Saxon a choisi de rendre hommage: des Rolling Stones (Paint it black) à AC/DC (Problem child), le groupe pioche dans le lourd et l’efficace. De Motörhead à Led Zeppelin, en passant par Deep Purple (Bomber, Speed King, Immigrant song) ou la reprise version Black Sabbath de Evil woman font partie des plus heavy. POur se faire plus original, sans toutefois aller explorer des terres surprenantes – on reste dans la zone de confort et les repères du rock – Saxon reprend également les Beatles ou Thin Lizzy. Pas de gros risque, donc, pas de grande surprise non plus. Sauf cette version de Hold the line de Toto à laquelle d’aucun n’aurait pas forcément pensé. Ok, les Anglais choisissent la sécurité et ne prennent pas de risques particulier mais réussissent à respecter les VO tout en apportant un son typique de Saxon. Heavy, gras, on reconnait la patte du quintette même si on dirait que c’est Ozzy qui s’égosille sur Evil woman. Et, franchement, en plein lockdown, alors que personne ou presque ne peut voyager… quelle bonne idée de conclure sur ce See my friends. Un joli clin d’oeil plein de cet humour typiquement anglais, non?

SMITH/KOTZEN

Hard rock, Angleterre/USA (BMG, 2021)

Lorsque cette union sous le nom de Smith/Kotzen a été annoncée, ce fut une vraie surprise. Pensez donc, le guitariste d’Iron Maiden, Adrian Smith, qui va frayer avec l’Américain Richie Kotzen, connu pour ses participations avec Poison, The Winnery Dogs ou encore pour une prolifique discographie solo… Des styles à priori différents mais que les deux guitaristes chanteurs ont sagement contournés pour se concentrer sur d’autres aspects rock et hard rock. Les voix radicalement différentes se complètent, et le duo explore les sonorités très groovy, voire funky (Taking my chances, Some people), plus rock (Running) autant que des ballades bluesy (Scars) qui évoquent même la chaleur d’un Bonamassa. Au delà de la guitare et du chant, ils se partagent même la basse sur la moitié des morceaux, Kotzen se frayant un chemin vers la batterie, notamment sur Taking my chances et Glory road. A ce sujet, comment ne pas évoquer la frappe d’un certain Nicko Mc Brain (sur  le très enjoué et rythmé Solar fire)? La famille n’est jamais bien loin, au point que cet album a même été mixé par Kevin Shirley. Oui, vous savez, celui  a produit la plupart des albums de Maiden depuis le retour de Smith et Dickinson… Là encore, tous s’éloignent radicalement des repères que pourraient être le son de la vierge de fer pour proposer une identité sonore propre. Avec le passif de Shirley, qui a collaboré avec les plus grands et variés des groupes internationaux (The Black Crowes, Rush, Bonamassa, Beth Hart, Black Country Communion, Black Star Riders…), c’est heureux (d’ailleurs, c’est BMG et non Parlophone qui récupère le duo…). Au final, avec ses 9 titres, ce Smith/Kotzen est un plaisir qui mélange avec bonheur un panel d’influences musicales qui a bercé les deux musiciens. Un must de cette première moitié d’année.

KROKUS: Adios amigos – Live @ Wacken

Hard rock, Suisse (Sony, 2021)

Wacken, 2019, Faster stage. Une des dernières dates de la tournée d’adieux des Suisses de Krokus dont le premier méfait remonte à la fin des années 70. Si le groupe s’est fait remarquer dès 1978, les similitudes avec un certain AC/DC ne lui ont pas toujours été favorables. D’ailleurs, Krokus a continué sa carrière en se concentrant sur les marchés accueillants, comme les USA, se faisant rare en nos contrées. Pourtant, en choisissant d’introduire son concert avec le plus que heavy et speed Head hunter, on se souvient que la formation de Marc Storace et Chris Von Rorh va bien plus loin qu’une simple comparaison avec le gang des frères Young, on imaginerait même volontiers le titre joué par Accept! En cet après midi ensoleillé, les six membres originaux du groupe se donnent à fond une bonne heure durant, alignant ses classiques (Long stick goes boom, American woman, Hoodoo woman…) dans une variété que le public apprécie visiblement. Winning man, Chris Von Rorh l’annonce, est dédié à Lemmy. Les effets sont peu nombreux – étonnamment, pas de pyrotechnie sur Fire, sans doute est-ce dû à un vent défavorable qui pousse les flammes vers les musiciens sur Long stick… Le groupe se suffit à lui même même si les musiciens restent sobres, exception faite de Mandy Meyer, sans doute le plus poseur et enjoué des guitaristes. Le son et l’image sont impeccables – seuls quelques effets vieillissants ont été intégrés ci et là – et l’on pourra simplement regretter qu’avec une aussi riche discographie, Krokus ait fait le choix de deux reprises (le classique parmi les classiques Rockin’ in the free world de Neil Young et le moins connu The great Quinn de Bob Dylan qui vient mettre un terme au concert). Ce live – Adios amigos – Live @ Wacken est proposé en double version CD et DVD – propose un groupe en pleine forme qui prend sa retraite… La puissance de l’ensemble laisse regretter de ne les avoir jamais vus live et fait exploser ce manque de plus en plus important des concerts… Vivement, oui, vivement que la vie d’avant reprenne un cours normal.

DEWOLFF: Wolff Pack

Pays Bas, Hard rock (Mascot, 2021)

Là, le trio batave De Wolff fait encore mieux qu’avec son déjà remarquable Tascam tapes. Wolff Pack, au visuel si 70’s qu’on ne va pas chercher plus loin où les gaillards puisent leur inspiration, est une expérience temporelle de bout en bout. Tout y passe, de l’esprit Deep Purple (Jon Lord est réincarné sur Yes you do) à celui des Bee Gees en passant par la soul de la Mowtown, au hard rock US… bref, voici un album qui, de bout en bout, se laisse écouter, fait danser et se dandiner, donne envie de ressortir les cols concordes et les pattes d’eph… Amoureux de groove et de sons vintage, foncez!

THUNDER: All the right noises

Angleterre, Hard rock (BMG, 2021)

Les amoureux de hard rock classieux vont être servis. Les Anglais de Thunder, depuis leur retour de 2015 (Wonder days arrivait après un break de 8 longues années) sont d’une précision sans faille, proposant un nouvel effort tous les deux ans. Et dire que le groupe a, depuis quatre albums maintenant, suivi un parcours sans faute est un euphémisme. All the right noises s’ancre parfaitement dans la ligné de ses 3 prédécesseurs, qui, déjà, proposaient cetet touche si spéciale et reconnaissable. La voie de Danny Bowles semble ne pas faiblir malgré les années qui avancent, les guitares de Luke Morley et Ben Matthews sont complices comme jamais, la rythmique à la fois simple et plombée de l’impayable Harry James, victime involontaire de ses camarades de studio, et de Chris Child donnent cette structure autour solide et imparrable. Thunder, c’est simple, c’est du rock direct et sans fioriture, alternant entre titres directs et entraînants et ballades jamais gratuitement sirupeuse. Du nerf et du feeling, c’est ce qui fait la force de Thunder. Et puis on s’amuse avec ces paroles souvent à double sens comme ce « Shut up! I can’t hear another word another lie, Four years you been banging on and on » qui introduit l’album sur Last one out turns out the lights qu’on croirait volontiers être un message adressé à un certain Donald… Il y a aussi ces clins d’œil aux grands de ce monde, comme ce Going to sin city qui pourrait être signé AC/DC tant le riff et l’ambiance sont proches des premiers albums des Australiens. Le groupe sait aussi se faire taquin, comme sur You’re gonna be my girl. Une nouvelle fois, Thunder nous offre un album varié, aux chansons enjouées et toujours séduisantes. All the right noises tape dans le mille avec un rock classieux et sans autres prétention que celle de faire plaisir.

THE DEAD DAISIES: Holy ground

International, Hard rock (SPV, 2021)

Le départ de John Corabi (chant) et de Marco Mendoza (basse) de The Dead Daisies avait fait réagir certains fans de la première heure, certains, même, n’hésitant pas à prédire la fin du groupe monté par David Lowy. Ben… justement, le guitariste australien a toujours dit que ce groupe était à géométrie variable, un line up qui s’ajusterait en fonction des disponibilité de chacun de ses membres. Ok, on peut aussi se demander si le blondinet n’en profite pas pour adapter lui même sa formation à ses envies de collaboration, mais quelle importance? C’est lui le capitaine, et c’est son groupe. Alors passer de Corabi, à la voix puissante et au charisme évident, charisme partagé avec Mendoza, à The voice of rock, il n’y a franchement pas de quoi se plaindre. Glenn Hughes, pensez-vous qu’on y perde au change? The Dead Daisies surement pas. En dehors d’évidentes économies hôtelières (passer de 6 musiciens à 5 puis, aujourd’hui 4, faites le calcul…) le groupe se rafraîchit et trouve une nouvelle énergie, et le prouve tout au long de ce nouvel album, Holy ground, enregistré dans le sur de la France avant qu’ne certaine pandémie ne viennent changer le monde. Mais The Dead Daisies revient. Une renaissance qui s’accompagne d’une nouvelle signature, plus… « hippie » sans doute. Les nouvelles compositions gagnent en groove, se faisant parfois presque funky. Toujours foncièrement heavy rock, lorgnant parfois vers le rock sudiste(ces guitares à la ZZ Top sur Chosen and justified!), l’ensemble entraîne l’auditeur dans une spirale mélodique menée par une voix intacte. Doug Aldrich (guitare) peut enfin terminer ce qu’il avait commencé avec Hughes qui rappelle aussi quel bassiste il est . Pas surprenant que Like no other soit sous titré Bassline… Et Deen Castronovo (batterie) qui se lâche et semble parfois être relâché dans les 70’s! C’est d’ailleurs le batteur qui s’atèle au chant, puissant et superbe, sur la reprise (habituelle désormais des Daisies, pas un album sans…) 30 days in the hole de Humble Pie. Une reprise agréable mais pas aussi marquante que d’autres explorations proposées par le groupe.  Reste qu’avec Holy ground, The Dead Daisies revient dans une superbe forme et nous propose un des meilleurs albums parus ces derniers mois. On espère seulement pouvoir les retrouver rapidement en live pour communier ensemble.

BLACK STONE CHERRY : The human condition

Hard rock, USA (Mascot records, 2020)

Si, avec Kentucky (2016) et Familly tree (2020), Black Stone Cherry confirmait revenir à son hard rock teinté d’influences sudiste quelques temps délaissés sur son opus précédent – Magic mountain (2014) – le quatuor le plus stable de l’histoire du rock US cherche, avec The human condition et sa pochette grave – les visages des quatre membres du groupe évoquent pauvreté, misère, vie dans la rue… – à se renouveler tout en conservant son identité sonore. Dès Ringin’ in my head, le groove et le funk font se dandiner l’auditeur. Il faut attendre Push down & turn pour trouver les premières traces de guitares furieuses. Chris Robertson est particulièrement en voix, ses échanges de guitares avec Ben Wells particulièrement efficaces. La rythmique, elle, se réinvente totalement, la basse de Jon Lawhorn cherchant le groove qui tue sans jamais trop en faire, tandis que John Fred Young n’est jamais avare de trouvailles qui interpellent. Black Stone Cherry a toujours proposé des moments rock et d’autres plus tendres comme des hommages (When angels learn to fly), des chansons d’amour (In love with the pain) ou des ballades (If my heart had wings). Avec son riff hypnotique, Live this way est sans doute le titre le plus heavy du lot, avec Don’t bring me down, tandis que Ride sonne très road song avec un riff heavy européen des 80’s. Si Black Stone Cherry sait parfaitement composer des chansons efficaces et qui font mouche, parfois un peu trop typées radio ou gros son rock US, le groupe prend un certain risque en cherchant à se renouveler, et y parvient haut la main. C’est sa force: se réinventer sans trahir son identité, ses racines et ses influences.

BULLRUN: Wilderness

France, Hard rock (Autoproduction, 2020)

Découverts en 2017 avec un premier Ep – Dark amber – efficace et varié, les Français de Bullrun reviennent enfin avec un nouveau méfait, Wilderness, un autre EP au propos plus heavy. Au travers de ces 6 nouveaux titres, le trio confirme son potentiel tout en affirmant son identité sonore et son orientation musicale. C’est d’ailleurs ce qui explique que nous ayons dû patienter trois ans, le groupe explorant les sonorités et se cherchant, mais semblant désormais s’être trouvé. Le résultat est un Ep plus compact et cohérent, plus foncièrement heavy, rugueux et rentre dedans. Downtown met les choses au clair dès le départ: on n’est pas loin des relents de bières et de clopes qui pouvaient définir un Motörhead des 80’s. Wilderness, saccadé et furieux évoque plus Maiden ou Metallica tandis que Fire and hate – objet d’un premier clip chiadé et superbement mis en scène – achève de rompre des nuques. Redemption day se démarque quelque peu avec une intro un peu southern rock, le heavy se réimposant avec Roll your dice et Dust and sand. Avec Wilderness, non seulement Bullrun fait preuve de maturité mais donne l’impression de vouloir explorer le monde. Et le potentiel est là: une voix profonde, puissante et rageuse, un anglais parfaitement maîtrisé, véritable atout, une mise en son exemplaire, une envie de partage, des ambiances très US assumées. A quand la scène et un album complet???

TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN: Pressure

Hard rock, USA (SPinefarm, 2020)

Tyler Bryant & The Shakedown a un rythme de publication discographique quasi unique en son genre. Moins de 18 mois après la sortie de Truth and lies, qui m’avait déjà sacrément marqué, les Américains reviennent avec un Pressure tout aussi réussi, varié et efficace en diable. Concocté à domicile en pleine période de lutte contre la pandémie, ce disque voit le groupe confirmer son potentiel et faire un pas de plus vers l’excellence. Les Shakedown s’amusent avec tout ce qui leur plait, du hard rock rageur (Pressure) à la ballade sensible, épurée et émouvante (Like the old me) en passant par le hard rock pur jus (Crazy days), le rock sudiste issus des bayous (Hitchhicker et sa bottleneck). Le combo sait aussi se faire simplement crade et direct (Automatic) ou amoureux de la country (Wildside) ou du blues (Misery). Jamais à court d’idées, le groupe ne laisse pas l’auditeur se lasser. Pressure pourrait-il être le déclencheur – enfin – d’un succès à grande échelle pour TBSD? Voici en tout cas un album, dont on ne jettera rien, qui séduira tous les amateurs de hard rock simple et efficace.