DEF LEPPARD: The early years 1979-1981

Hard rock, Angleterre (2020) – Sorti le 20 mars 2020

« Enfin! » dirons certains dont je fais partie. Enfin Def Leppard se souvient d’avoir eu une vie avant Pyromania! Et le prouve avec la sortie de ce sublime coffret The Early years 1979-1981. Sublime tant par son contenu que par son contenant. Jugez plutôt: d’un format de 24 cm – à mi chemin entre le CD et le vinyle, ça va pas être facile de lui trouver une place dans la discothèque – ce coffret propose 5 CD présentés dans un fourreau sobre et joliment illustré ainsi qu’un livre de 42 pages richement agrémenté de photos et documents d’époque. Les fans et amateurs se délecteront aussi – surtout – de ces documents sonores que nous offrent Joe Eliott, Rick Savage et Rick Allen, les 3 membres du groupe d’alors (OK, il y avait Frank Noon au tout début…). Si l’on redécouvre avec plaisir les deux premiers albums originaux remasterisés en 2019 (On through the night, 1980, et High ‘n’ dry, 1981) et la puissance qui s’en dégageait alors, on découvre avec un bonheur réel ces raretés, voire ces inédits présents sur les 3 autres disques. Tout d’abord, When the walls came tumbling down, un live explosif enregistré à Oxford en 1980. 16 titres – dont certains qui figureront sur le second album mais ne sont pas encore finalisés – interprétés par de jeunes affamés, menés par une paire de guitaristes incisifs et agressifs. Un groupe qui a envie d’en découdre sur scène…Ensuite, Too many jitterburgs, un album de raretés. On y retrouve les titres du Def Leppard Ep de 1979 ainsi que des versions de travail de certains morceaux qui atterriront sur le premier album et autres pépites. Si certains de ces morceaux ont déjà fait l’objet d’une réédition (The Def Leppard Ep figurait déjà dans le premier volume du coffret de l’intégrale du groupe (consacré aux années 80 et paru en 2018) et d’autres furent des bonus, la plupart restent méconnus du grand public. Une belle occasion de se rattraper. Enfin, Raw nous propose 3 documents enregistrés par l’incontournable BBC (deux sessions de 79 et le Reading festival de 80).  Alors bien sûr, on pourra se plaindre des doublons que représentent les 3 premières productions avec le coffret mentionné, mais c’est bien là le seul reproche à faire.  Car, dans l’ensemble, ce coffret et les 64 morceaux proposés se déguste de bout en bout et rappelle à quel point Def Leppard avait de quoi figurer en haut du podium aux côtés de vous savez qui. Un must incontournable pour tout fan digne de ce nom qui ne se lassera pas de découvrir et redécouvrir ces classiques du genre.

PEARL JAM: Gigaton

Rock, USA (Monkeyrench, 2020) – sorti le 27 mars.

Sept ans après son dernier album, Pearl Jam revient faire un petit coucou. Sorti alors que la France est en plein confinement, ce Gigaton aura, comme nous, dû patienter. Pas le meilleur moment pour une résurrection mais il n’est jamais trop tard pour se rattraper. Eddie Vedder et sa bande s’éloignent encore et toujours de cette vague grunge à laquelle ils ont si souvent été affiliés. Pearl Jam est plus que ça. Groovy et rythmé à souhait, les 12 nouvelles chansons lorgnent du côté des 70’s et d’une partie des 80’s new wave, du The Police, du Springsteen,du U2 aussi mais pas que. Si les dernières productions pouvaient – et ont – laissé certains fans perplexe, Pearl Jam rassurent quant à ses capacités créatives. Le feeling des guitares de Mike McCready et Stone Gossard, la voix envoûtante d’Eddie Vedder, la basse entraînante de Jeff Ament (la base inamovible du groupe qui n’a jamais que changé de batteur) et la sensibilité des baguettes de Matt Cameron font de cet album une exploration de sons et d’ambiances. L’ensemble est varié, doux, engagé, puissant et entrainant. Toujours inspirés par l’humain et la planète, le groupe nous offre sans doute un de ses meilleurs albums. Paix intérieure retrouvée? Une seule déception, pourtant: rares sur scène, on attendait Pearl Jam au festival Lollapalooza… Annulé, comme tant d’autres événements. Délectons nous alors de ces tableaux que nous peignent les Américains en espérant un retour scénique. Gigaton est simplement une grande réussite.

CONSCIENCE: In the solace of harm’s way

France, Progressif (Different gravuty, 2020)

Musicalement, il n’y a rien à reprocher à Conscience. Son metal/rock progressif a toujours, sur chacun de ses albums précédents, Half sick of shadows en 2006 suivi de Aftermath of a summer snow en 2014. Des titres mystérieux qui posent le décor un peu prog réfléchi, jazz intellectualisé. Mais Conscience évolue bel et bien dans l’univers du metal. Seulement voilà: que penser d’un groupe formé en 2001 qui publie aujourd’hui son seulement troisième album? Et, perso, un truc me fait tiquer: Conscience, sur sa communication, met toujours en avant – et presque en préambule – son passage au Zénith de Paris en ouverture de Nightwish. Certes, c’est flatteur, mais c’était en 2007. Nightwish a depuis investi d’autres salles, tourné partout dans le monde, publié plusieurs albums et DVD, rechangé de chanteuse, accueilli plusieurs autres groupes en première partie… Bref, les Finlandais, comme nombre d’autres, ont continué d’avancer et de grandir. Conscience? Un PMFF, quelques dates ci et là, guère plus… Est-il alors vraiment utile de systématiquement regarder dans le rétro, s’accrocher à un exploit du passé et en faire un argument? Ne vaudrait-il pas simplement mieux regarder devant et parler de son présent, planifier demain ? Et ce présent, c ‘est un nouveau groupe qui propose 16 titres avec In the solace of harm’s way. Enfin, 11 titres plus 4 interludes instrumentaux qui composent, en 4 parties, le titre de l’album et que l’on retrouve réunis en une pièce unique en conclusion du disque, offrant ainsi une autre perspective sonore. Si le morceau titre est épique et digne de faire une belle BO, Conscience se révèle vraiment avec ses chansons. Soft et mélodique (At night), introspectif (Inreach, Life takes a turn), plus rock (Ascending rain), plus léger (See outside) ou doté de grandes orchestrations (The uncertainties of may, les cordes sur Inreach), Conscience explore plusieurs univers. Le groupe pêche cependant, comme tant de ses confrère, avec le chant anglais, souvent difficilement compréhensible. La mélancolie que veut faire transparaître At the hands of clock me parait faussée par un chant plus forcé que naturel, et les chœurs sur There aren’t many nightmares m’agressent. Mais encore une fois, musicalement, Conscience ne peut être pris en défaut, et la variété des ambiances apporte un vrai caractère à la formation française. De l’avant, il faut aller de l’avant pour simplement avancer.

TYLER AND THE CREW: #1

France, Blues (Autoproduction, 2020)

On n’aura de cesse de le dire: en matière de rock et de blues, de musique qui vient simplement des tripes, on sait vraiment y faire en France. Tyler and the crew vient de nouveau en apporter la preuve avec ce premier Ep, sobrement et simplement intitulé #1. Cinq titres originaux de ce blues rock direct et sans fioriture, cinq chansons qu’on écoute en se dandinant, sans se poser de questions. Plus une reprise de All along the watchtower de Bob Dylan (reprise un nombre incalculable de fois) dans une version toute personnelle autant que respectueuse de l’originale. Démarrant avec Hell of a woman, la guitare de Tyler crie son blues avant que n’intervienne le chant rauque du bouffeur de papier de verre. Chaleureux et entraînant, comme le blues aérien qui suit (Leaving this all behind) qui évoque par instant Aerosmith. That’s all right est plus foncièrement rock et me fait penser aux Australiens de Shadow Queen, tandis que le chant de la reprise ressemble par instant au Bon Jovi séducteur des premiers albums. Dead est plus mélancolique, normal pour un titre qui parle d’amour décue, tandis que Aaron’s song est une ballade, véritable déclaration d’amour à son enfant (Aaron, sans doute?) Un titre émouvant en diable dont une sobre guitare vient apporter une conclusion pendant deux bien trop courtes minutes. Tyler And The crew a tout pour séduire un large public. C’est maintenant à vous de jouer!

DUALITY: Elements

France, Metal (Autoproduction, 2020)

Quatuor de metal dit « moderne » (étiquette fourre-tout par excellence…), Duality a déjà un album et un Ep à son actif (140 waves en 2016 et Archeology en 2017) avant ce nouvel Ep, Elements, daté de mai 2020. Au travers des 5 titres, le groupe explore diverses facettes du genre, honorant ainsi son nom. Car la dualité est effectivement de mise tout au long du disque. Démarrant avec un In the sun aux guitares rageuses et au chant doux, Duality m’évoque un mélange de Seether et de Soen, avant de plonger dans le navire Ship avec des guitares appuyées, des growls bien sentis accompagnés de quelques touches légères de claviers. Mais il manque quelque chose, le titre peine à me convaincre totalement. Les touches orientales qui s’égrainent au fil de Buried – et ses guitares aériennes – et Fluffy cloud apportent certes une autre couleur musicale mais, là encore, il manque quelque chose. Sans doute la facette prog de Duality mériterait-elle moins de hurlements? Solace, justement, m’attire. Autant par la construction que par la force de ce texte à mi parcours, non plus chanté mais simplement, sobrement narré. Une narration accompagnée de quelques vocalises avant qu’une longue partie instrumentale ne vienne joliment conclure ce nouvel essai qui, vous l’aurez compris, ne m’a qu’a moitié séduit. Trop d’explorations, sans doute, un chant qui mériterait moins de cris aussi, en tout cas, selon mes goûts… Mais,malgré tout, un disque prometteur aux compositions réfléchies pour interpeller. De ce point de vue, misson accomplie.

CHEMICAL SWEET KID: Fear never dies

France, Metal electro (Dark tunes music group, 2020)

Les amateurs de sons electro connaissent sans doute déjà Chemichal Sweet Kid. Sans doute mieux que les metalleux. Mais la donne risque de changer, car CSK (CSK, pas DSK!) se fait de plus en plus metal dans son approche. Oh, bien sûr, l’electro virulente, presque transe parfois, est au coeur du propos musical, mais avec ce cinquième album, , il y a une différence notable: Julien, le fondateur, chanteur et compositeur de la formation lorraine, a ajouté à sa musique la guitare. Et ça, ça change tout. Après une intro sombre, inquiétante et glauque, le superbe Lost Paradise donne le ton: des rythmes hypnotiques et martiaux qui évoquent tour à tour Rob Zombie, Ministry ou encore Rammstein – bien que ces derniers ne soient pas une influence selon les dires de Julien. Malin, CSK ne se contente pas de bourriner de bout en bout. Au contraire, les rythmes et ambiances sont variés, parfois lents (The fire within), à d’autres moments hypnotiques et rageurs (Never again) ou digne des boites de nuits estivales aux sons syncopés (Push your limits). Chemical Sweet Kid développe une identité qui lui est propre bien que les amateurs de la scène électro metal/metal indus française feront un rapprochement avec Punish Youself, Shaärghot, Porn ou encore Herrschaft. Il semble néanmoins qu’avec Fear never dies, Chemical Sweet Kid soit en passe de franchir un cap décisif dans sa carrière. C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter!

ONE LIFE ALL IN: Letter of forgiveness

Hardcore, France/USA (Rust and blood, 2020)

Une peu plus de deux ans après un premier EP remarqué, The A7 sessions, les franco américains de One Life All In reviennent avec leur happy hardcore. Happy, parce que le groupe se refuse de tomber dans le trip de la critique facile et négative. Cet esprit transparait naturellement dans les paroles et, naturellement, dans sa musique. Don Fosse trouve des lignes de chant aussi rentre dedans qu’entrainantes et son chant, entre joyeux et rageur, évoque parfois Mike Muir et son intarissable sourire. Au travers des 6 titres, ce Letter of forgiveness nous emporte dans une spirale dansante, une danse festive et brute, une sorte de transe hypnotique (bon, Hey, man! et sa minute vingt rentre dans le lard, point barre). Le morceau titre qui ouvre permet à Don Foose de faire une sorte de mea-culpa. 83rd dream montre une facette plus douce de OLAI, démarrant comme une ballade avant de devenir plus tribale et explosive. One Life All In ne se défait jamais vraiment de sa facette énergique et puise dans toutes ses influences pour simplement se faire plaisir. Et à nous aussi au passage. Avec une seule frustration qu’il faudra à l’avenir corriger: un Ep de 6 titres c’est un peu court!

BLAZE BAYLEY: Live in Czech

Angleterre, Heavy metal (Blaze Bayley recordings, 2020)

C’est qu’il est très actif ces derniers temps, Blaze Bayley! Après avoir publié, l’an dernier, un Live in France, le chanteur a continué de tourner intensivement pour, d’une part, mettre un terme à sa trilogie centrée sur William Black et, d’autre part, célébrer le 25ème anniversaire de la sortie de The X-Factor, l’album de son intégration à Iron Maiden dont il reste, depuis – et sera sans doute, malheureusement – toujours l’éternel ex-chanteur. Un raccourci un peu impoli au regard du parcours de Blaze, de ses débuts avec Wolfsbane à l’après Maiden. Un quart de siècle quand même pendant lequel il a enregistré une quantité industrielle d’album sans jamais rencontrer le succès qu’il mérite. Car Blaze est un amoureux de la musique, du metal. Après une période en demi-teinte, sa rencontre avec la famille Appleton lui redonne le goût et l’envie de la route. Non seulement Chris l’accompagne à la guitare (ainsi que son frangin Luke lorsque leur projet commun Absolva ouvre pour Bayley) mais les affaires de Blaze sont aujourd’hui entre les mains de Mark Appleton. Une histoire de famille, donc (famille que je remercie au passage d’avoir sélectionné trois de mes photos pour illustrer ce Live in Czech). Les conditions de tournées sont « à l’ancienne », le groupe visitant nombre de petite salle pour aller à la rencontre de son public. Et ce qui marque avec ce double live – ceux qui ont récemment vu Blaze Bayley live le savent – c’est la détermination du groupe. Peu importe le succès, tout indique que le quatuor – parfois quintette – se donne au maximum. La discographie complète du chanteur est passée en revue, avec force explication. Blaze, d’ailleurs, est toujours pédagogue et positif dans son discours, ne parlant jamais trop vite afin que tout le monde puisse le comprendre, se remémorant son passé et la création de certains morceaux. Ce Live in Czech permet à chacun de (re)découvrir une formation bien trop mésestimée, qui se donne à 100% et qui sait proposer des compositions efficaces et populaires. Allez, redonnez une chance à Blaze Bayley et à son oeuvre post vous savez qui…

SURVIVAL ZERO: The ascension

France, Thrash/Death (M&O, 2020)

L’echo du sonar d’un sous-marin retentit, un sous marin faisant écho au bleu de la pochette- en perdition? – ainsi qu’au titre de ce premier album de Survival Zero: The ascension. Une ambition brutalement affichée et alimentée d’un mélange de death, thrash assaisonné d’un trait de hardcore. Brutal dès Old man’s path, le groupe se fait pourtant mélodique sur le morceau éponyme, titre qui monte en puissance et en brutalité tout en gardant une forme de fraîcheur grâce à un riff entraînant. Alternant, comme d’autres, entre chant ragé et clair, on remarque la variété vocale de Pierre Lebaillif qui sait être aussi hurleur enragé que gorge profonde ou dérangeant avec un timbre sombre et presque inquiétant. Toujours puissant, Survival Zero ne se cantonne pas cependant à être simplement brutal. Les titres s’enchaînent sans pour autant se ressembler. Briseurs de nuques, appel à headbang, breakdowns, les ingrédients sont tous au rendez-vous dans une joyeuse et judicieuse alternance. Si les cinq gaillards représentés sur la pochette sont les membres du groupe, s’il s’agit de leur ascension, alors faites gaffe: les amateurs de metal extrême risquent bien de se faire choper par Survival Zero.

DELIVERANCE: Holocaust 26:1-46

France, Metal (Deadlight entertainement, 2020)

Lorsqu’un Memories Of A Dead Man (le chanteur Pierre Duneau) rencontre un Aqme (le guitariste Etienne Sarthou), les projets prennent vite forme. Ceux d’unir leurs forces pour pouvoir développer au sein de Deliverance une musique qui leur est propre, franchir toutes les frontières de genres et de codes. Ou plutôt ne s’en imposer aucune. Après un premier Ep et un album (Doosday, please! et Chrst), Deliverance revient avec Holocaust 26:1-46, un album de 6 longs titres qui avoisinent les 50′. Saturnine ouvre sur des accents trompeurs: lent, doom, le chant de Pierre, toutefois, rappelle ses origines extrêmes. L’ambiance est au plombage en règle, mais les amateurs de sensations fortes trouvent rapidement de quoi se mettre sous la dent avec God in furs (ah, ce titre! « Dieu en fourrures »… excellent) totalement black metal. Speedé, inquiétant, presque introspectif, le morceau fait mouche et bénéficie de quelques breaks bien heavy. Proposant un nouveau contre pied, The gyres démarre avec une simple guitare, légère et aérienne. Etienne montre sa facette la plus sensible, ainsi que Pierre, ici envoûtant. Le titre monte ensuite en puissance, sans être, hormis le chant, trop agressif. La variété des sonorités toujours heavy tend à démontrer que Deliverance reste à la fois torturé, explorant ses aspects qui pourraient passer pour malsains mais qui se révèlent, ne serait-ce qu’avec Sancte Iohannes, salvateurs et d’une redoutable efficacité.Le cadencement des corps et des cervicales est impeccable. Holocaust for the oblate lorgne vers le heavy doom – amis dépressifs ou confinés, ce titre qui alterne avec des passages plus mélancoliques est peut-être à éviter en ce moment… Makbenach conclue avec un riff hypnotique cet album qui semble définir la voie que souhaite suivre Déliverance. Attention, du lourd est de sortie! Ah, au fait… que cache ce titre d’album mystérieux? Sans doute un clin d’œil à la bible et son passage des Lévitiques disant que « Vous ne vous ferez pas de faux dieux, vous ne vous dresserez ni sculpture sacrée ni statue… » et plein d’autres choses un peu ratées dans toutes les religions…