Interview: YANN ARMELLINO & EL BUTCHO

Interview Yann ARMELLINO & El BUTCHO. Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 11 décembre 2018

Metal-Eyes : Commençons par faire un rapide retour sur le passé : Better way est sorti il y a maintenant deux ans. Quel regard portes-tu avec du recul sur ce premier album ?

Yann Armellino : Ouh là… ça c’est une question qu’on ne m’avait pas encore posée… Il faut que je réfléchisse un peu… Quel regard ? Better way, c’était le début d’un truc avec Butcho. La genèse de cet album, les compositions, ça s’est fait d’une manière différente, parce que j’avais déjà pas mal d’idées. Je les ai envoyées à Butcho, il a posé ses voix dessus. Il y avait moins d’échanges, moins d’affinités, alors qu’avec ce nouvel album, on a beaucoup plus échangé et travaillé ensemble. Ça, déjà, c’est la grosse différence. Après, le regard que j’en ai c’est surtout que ça nous a permis de faire quelques dates sympathiques, des showcases, et continuer à faire des choses un peu différentes. De sortir un peu de ce carcan de guitariste.

Metal-Eyes : Aujourd’hui, vous revenez avec 17. Est-ce que le titre a un rapport avec l’adolecence et les nombreux « teenage » qu’on peut entendre sur le premier titre, Mr Wish ?(Après ré-écoute du titre et lecture des textes, Butcho ne chante que « tonight, tonight »…)

Yann Armellino : Non. Alors, non, pas du tout.

Metal-Eyes : Alors quel est le mystère qu’il cache ? J’ai lu quelque part que c’est en rapport avec le nombre d’albums que vous avez enregistrés…

Yann Armellino : Oui, c’est ça ! En fait, il n’y avait pas un titre générique qu’on pouvait extraire pour appeler cet album. D’habitude, c’est plus facile. Better way, c’était plus facile, c’était le premier titre et on l’a tout de suite vu comme tel. On a eu l’idée, ou plutôt, je crois, j’ai eu l’idée. J’ai demandé à Butcho combien d’albums il avait fait, et moi aussi. On n’a compté Better way qu’une fois, sinon on l’aurait appelé 18 (rires). Je trouvais ça rigolo.

Metal-Eyes : Ca évoque aussi les hard américain des 80’s qui parlait beaucoup de jeunesse, et de jeunes filles. Comme Winger avec son titre, Seventeen. Tu nous as dit que vous aviez plus travaillé ensemble. Musicalement, comment analyses-tu votre évolution entre ces deux disques ?

Yann Armellino : J’ai pas pour habitude d’analyser et de regarder trop dans le rétro… Je vais u  peu où le vent me porte. Difficile de répondre à ça… Il y a des choses… Tout est perfectible, mais a un moment, il faut figer les choses, sinon…

Metal-Eyes : Avez-vous changé votre méthode de travail. La dernière fois que nous avions parlé, vous disiez avoir travaillé à distance, échangé des fichiers. Vous avez modifié les choses ?

Yann Armellino : Oui, là on s’est beaucoup plus vus. On a fait des séances de travail ensemble. Du coup, vu qu’on a beaucoup plus composé ensemble, j’espère que ça se ressent. Là, ça peut marquer une vraie évolution, parce qu’il y a plus de travail en commun, plus d’échanges, d’idées, un jeu de ping pong. Suite à ces séances de travail, j’avais un refrain, un couplet, et je me débrouillais pour en faire un titre. C’est vrai que c’est quelque chose qu’on ne faisait pas sur le premier album. Il y a des idées qui sont parties en studio de répétitions, un riff… Et puis Butcho a cette capacité à très vite poser des mélodies sur un riff… Tu sais, il est assez étonnant là-dessus. C’est le roi des mash up : tu lui demandes de faire Hot fot teacher de Van Halen sur Beat it de Michael Jackson, il te le fait. Ça vient comme ça, en fait, c’est assez naturel. Du coup, ça facilite le fait de pouvoir composer ensemble.

Metal-Eyes : Une question qui peut vous concerner tous les deux : au niveau des textes, y a-t-il des thèmes que vous souhaitez aborder, et d’autres que vous préférez éviter ?

Yann Armellino : Alors, là… Ben le voilà qui arrive, ça tombe bien. Il va pouvoir répondre. On parlait de tes textes !

Metal-Eyes : Je vais, juste avant,  revenir un peu en arrière et te poser la question précédente : comment analyses-tu l’évolution de votre collaboration entre vos deux albums ? 

El Butcho : … J’ai aucun mot pour ça ! (il rit) Non, l’évolution elle est vraiment cool, c’est un vrai partage. C’est une émulation entre lui et moi, ses riffs de guitare m’inspirent, je fais un truc par-dessus, un couplet, il enchaine…

Metal-Eyes : Yann me disait aussi que vous avez beaucoup plus travaillé ensemble.

Yann Armellino : Je disais aussi que tu poses des mélodies et des textes très rapidement quand je balance u  riff. Ce qui est très agréable pour un musicien.

El Butcho : Ce qui est important, c’est la ligne de chant. Dès que la ligne de chant est prête, c’est bon. Après, je m’occupe du texte à part, dans mon coin, mais il faut que je sois d’accord avec Yann sur la ligne de chant. Souvent, ça commence par le refrain.

Metal-Eyes : Au niveau des textes, j’ai l’impression qu’il y a deux lignes directrices…

El Butcho : Oui, lesquelles ?

Metal-Eyes : Une, personnelle, avec de l’introspection, beaucoup de sentiment, de sentimentalisme, d’amour aussi, et l’autre qui pose un regard sur notre monde, un regard un peu dépité.

El Butcho : Ben, ça se voit que tu as analysé mes textes, c’est exactement ça. Introspection, voyage interne et une invitation au voyage aussi, de liberté aussi, comme dans le titre Under my skin. C’est pour ça qu’on a fait la lyrics video où tu ne vois que des routes. C’est vraiment l’esprit voyage, à travers les Etats-Unis ou ailleurs, parce que c’est une musique qui se prête à ce genre de truc. Tu mets ça dans ta Chevrolet et tu fonces…

Metal-Eyes : Y a-t-il des thèmes que tu souhaites ne pas aborder ?

El Butcho : Oui, tout ce qui est politique. Je garde ça pour moi, c’est des choses qui n’interessent personne, on s’en fout…

Metal-Eyes * : Est-ce qu’il y a des choses que tu ne sais pas écrire ?

Yann Armellino : En fait c’est pas ça. C’est la musique qui m’inspire, et pas la politique.

Metal-Eyes *: Tu t’inspires de ton expérience, d’accord, mais est-ce que tu pourrais aussi parler de la nature, de rencontres de voyages. Des choses autres que ton expérience ?

El Butcho : Bien sûr, et je l’ai fait sur le premier album : je racontais des histoires pas personnelles. Celui-ci est plus personnel.

Metal-Eyes : Ce que j’ai apprécié sur le disque, c’est ce mariage entre les guitares très aériennes à la « guitariste instrumental » avec ce chant typé hard rock 80’s. Avez-vous décidé d’une manière de composer spécifique ou de vous laisser inspirer par ce qui arrive ?

Yann Armellino : On a décidé en fait de rien du tout ! On ne se dit pas qu’on va composer à la manière de untel ou untel, on n’a pas de cahier des charges défini.

Metal-Eyes : Donc si ça vous plait à tous les deux, hop, ça part !

El Butcho : Oui, et c’est pour ça que c’était bien qu’on se retrouve toi et moi, guitare acoustique, voix. C’est primordial.

Metal-Eyes : Et vous avez eu un mot à dire l’un et l’autre au sujet de votre travail respectif ou êtes-vous plutôt d’accord ?

Yann Armellino : On est souvent d’accord, et quand on ne l’est pas, on se le dit.

El Butcho : On a changé quelques petites choses parce que moi, j’étais pas content avec ça…

Yann Armellino : Il y a pas mal de titres qui ne se sont pas retrouvés sur l’album parce que…

El Butcho : …avec du recul on s’est dit qu’on n’aimait pas

Metal-Eyes : Un processus assez naturel, finalement. Si vous deviez l’un et l’autre ne retenir qu’un titre de 17 pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ?

El Butcho : Moi, c’est le deuxième, Love ain’t easy to tame. Parce qu’il y a le côté nouveau, le côté sauvage, le côté liberté…

Yann Armellino : Moi aussi. Et il y a le côté blues, aussi. J’aime beaucoup ce titre.

El Butcho : Je pense que ça va être la transition, s’il y a un troisième album, entre celui-ci et le troisième.

Metal-Eyes : Pourquoi n’y en aurait-il pas ?

Yann Armellino : On verra… Déjà, en 2019, on va essayer de faire vivre celui-là et après, on verra.

Metal-Eyes : Un album, ça se défend sur scène. Quels sont vos projets de ce côté ?

El Butcho : Sur scène… Malheureusement, ce n’est pas nous qui décidons. Si on s’écoutait, on donnerait des concerts tous les jours, voire deux ou trois… Mais ce sont les programmateurs des salles en France qui décident. C’est très difficile pour des groupes comme nous, en développement d’être programmés. Parce que les gens veulent la sécurité, des salles remplies, des artistes confirmés. Ils ne veulent plus du tout de groupes en développement…

Metal-Eyes : Il y a un risque financier derrière…

Yann Armellino : En même temps, il ne faut pas perdre de vue que c’est notre métier, on ne fait que de la musique…

El Butcho : Ouais, mais là, si je suis programmateur, je dis « OK, c’est bien, c’est votre métier, cool… Mais vous allez me remplir ma salle ou pas ? »  Alors on fait comment ?

Metal-Eyes : Donc, c’est les programmateurs qu’il faut séduire.

El Butcho : Pas qu’eux : le public aussi…

Metal-Eyes : Vous visez des salles de quelle capacité ?

El Butcho : Je dirai entre 200 et 400…

Yann Armellino : Oui, à peu près…

El Butcho : Même pas, pour l’instant…150 à 300. Mais ce n’est pas que les programmateurs, c’est le public aussi. Là… c’est un peu plus difficile. Les gens se réservent pour des gros évènements, de gros festivals…

Yann Armellino : C’est aussi lié au prix des places. Nous on n’a pas des tarifs chers, mais…

El Butcho : Mais même si on faisait des places à 2 €, je ne sais pas si les gens se déplaceraient. Tant que tu n’as pas un nom…

Yann Armellino : Quand les gens dépensent 80 ou 100 balles pour aller voir X ou Y à Bercy ou au Stade de France, ils y vont à 2 ou à 3. Taxi, repas, c’est une soirée à 500 balles alors après, ils ne vont pas dépenser, même si c’est un ticket à 15 €. Ils ne vont pas en faire des dizaines dans l’année.

Metal-Eyes : Même si on se trouve beaucoup plus près des musiciens, mais on connait le débat…

El Butcho : Et on ne va pas en faire une histoire, les gens sont libres de faire ce qu’ils veulent. On ne va pas les forcer.

Metal-Eyes : Maintenant que vous vous connaissez mieux, que vous travaillez ensemble depuis quelques temps, on peut vous considérer comme un groupe à part entière. Alors, quelle pourrait être la devise de votre groupe ?

El Butcho : Mmhh… Euh… Never give up ! N’abandonnez pas.

Yann Armellino : Je signe. Ça me va !

Metal-Eyes : Vous êtes tous deux fans de guitare, de rock des années 70/80. Etes-vous allés voir Bohemian rhaps…

El Butcho : Bien sûr ! J’ai adoré. 2 fois ! 2 fois en une semaine !

Metal-Eyes : Et tu en as pensé quoi ?

El Butcho : Franchement, j’avoue : je ne connaissais pas trop Queen. J’y suis allé en tant que novice. Je connaissais comme tout le monde, We will rock you, We are the champions, et je me suis pris une grosse claque.

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui t’a le plus plu ?

El Butcho : Tout ! Je ne connaissais pas son histoire. Les puristes doivent dire qu’il y a des erreurs, moi, je ne connais pas Queen…

Yann Armellino : A priori, il y a quand même des erreurs chronologiques…

El Butcho : Mais moi, j’ai rêvé pendant le film. 2 fois ! Ce que j’ai adoré, c’est le live à Wembley, au Live Aid. Du coup, en rentrant, je suis allé chercher ça sur internet, et le Live Aid, c’est le même. C’est la même chose !

Metal-Eyes : Oui, les images du groupe ont été ajoutées à celles originales du public…

El Butcho : Non ! (…) ça a été mis en…

Metal-Eyes : Oui, c’est un montage, avec les images d’origine.

El Butcho : Mais comment ils ont fait pour avoir cette qualité ? Image de ouf !

Metal-Eyes : On fait des choses magiques aujourd’hui…

El Butcho : Attends… je suis naïf ou quoi, là ?

Metal-Eyes : Oui ! (rire général)

El Butcho : Je pensais qu’ils avaient tout reconstitué au Live Aid…

Metal-Eyes : Va le voir une troisième fois : tu vois bien que ça a été monté.

El Butcho : Non mais, même si en 85 il y avait la vidéo, la qualité n’était pas pareille, c’est pas possible ! A l’époque, il n’y avait pas ça en caméra ! Ils ont reconstitué… Et là, vous dites que c’est des vraies images d’archives… C’est pas possible… A mon avis, ils ont reconstitué tout le Live Aid, avec les gens et tout, quoi…

Metal-Eyes : Pourquoi j’ai posé la question… Yann, tu l’as vu ?

Yann Armellino : Non. Pas d’avis, et je n’ai pas forcément envie d’aller le voir. Je ne suis pas très client des biopics, des nécros… Je le verrai peut-être, mais pas là.

El Butcho : L’acteur, il est génial ! J’en ai découvert un autre qui chante comme lui, Marc Martel. Tape ce nom sur internet…

Metal-Eyes : Je suis sûr que le premier qui sortira, c’est Charles Martel…Ceci dit, je te rejoins, j’ai aussi adoré. J’ai été bluffé, même si, en effet, le puristes disent qu’il y a des erreurs chronologiques. Une dernière chose : vous avez passé la journée en promo. Il y a encore quelques interviews à venir, mais, pour le moment, quelle a été la meilleure question qu’on vous ait posé, la plus surprenante, étonnante…

El Butcho : … Il n’y en a pas eu. Je n’ai pas été étonné.

Yann Armellino : Si, ta première, peut être…

El Butcho : C’était laquelle ?

Metal-Eyes : C’était : quel est le regard que vous portez aujourd’hui sur Better way, sorti il y a deux ans.

Yann Armellino : Regarder dans le rétro, c’est pas mon truc.

El Butcho : Ouais… Sur le moment, c’était bien. Maintenant, on passe à autre chose.

* Questions posées par Soniata

Merci à Roger Wessier et au Hard rock café d’avoir rendu un grand nombre d’interviews de 2018 tout autant possibles que sympathiques!

Interview: FOREST IN BLOOD

Interview FOREST IN BLOOD. Entretien avec Hervé (guitare). Propos recueillis au Black Dog de Paris le 7 décembre 2018

Bavards, bavards sont les pirates des Forest In Blood! Metal Eyes est allé rencontrer Hervé, guitariste du combo parisien au Black Dog afin de le faire monter sur la planche et répondre à toutes nos questions. Mission accomplie! En plus, les requins n’ayant pas voulu de lui, on a dû le faire revenir à bord…

Metal-Eyes : C’est la première fois qu’on se rencontre, je vais donc te poser la question la plus traditionnelle et la moins travaillée qui soit : peux-tu me raconter l’histoire de Forest In Blood ? Je crois que tout commence en 1998 ?

Hervé : Oui, ça a commencé en 98 avec Elie et Barth, le chanteur et le guitariste. Ils ont commencé la musique ensemble, au bout de deux ans ils ont sorti un premier EP, puis ont changé de guitariste – premier changement du line-up du groupe, d’une longue série… – et je suis arrivé en 2000 et depuis, on a continué l’aventure du groupe. Il y a eu toute une partie Forest In Blood, jusqu’en 2005, on a intégré Nicolas Bastos avant qu’il n’aille dans L’Esprit du Clan et Dagoba. On a écrit un album avec lui, qui allait s’appeler Confrontation with god, mais qui est sorti sous un autre nom de groupe après son départ. 2005, arrêt du groupe, 2010, on reprend Forest In Blood et on fait un Ep…

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui vous a fait arrêter en 2005 ?

Hervé : On en avait un peu marre du nom de Forest In Blood. On était en train de signer sur un label hollandais et le nom n’était pas très international, alors qu’on avait l’intention de s’exporter ; on était très dans le détail d’avoir un nom qui sonne bien anglais. Du coup, on a décidé de changer, ce qui était peut-être une erreur de notre part, et on a créé l’aventure Apocalypse Now qui a duré 4 ou 5 ans, on a sorti deux albums, avec le même line-up, sans Nicolas Bastos qui a enregistré l’album mais est parti juste après. Et on a enchaîné les tournées, on a joué en Allemagne, en… partout en Europe, on a tourné, tourné, jusqu’en 2009 où on en a eu marre.

Metal-Eyes : Il y avait une différence au niveau musical entre les deux groupes ou les deux avaient le même esprit ?

Hervé : C’était beaucoup plus metal, un peu moins hardcore. On a essayé de jouer un peu vite… On a changé, et avec la création d’un autre album, on est revenus à ce qu’on aime plus, des tempos plus rapides…

Metal-Eyes : Vous avez donc reformé, en 2010, Forest In Blood. Qu’est-ce qui a motivé cette reformation ?

Hervé : On avait envie de refaire de la musique, on a refait Forest In Blood entre guillemets « light »…

Metal-Eyes : Parce qu’Apocalypse Now, ce n’était pas de la musique ?

Hervé : Non, mais on avait arrêté pendant un an et demi…

Metal-Eyes : J’ai bien aimé ta surprise !

Hervé : Ouais, merci ! Apocalypse Now, on arrêté parce qu’on avait tous des contraintes de travail et familiales. Et à un moment, tu te rends compte qu’il te manque un truc, et la musique, c’est ce que tu aimes, donc… On a décidé de refaire une répète, puis 2, 3, 4… on a enregistré une démo, on a organisé des concerts, et les aléas de la vie font que ça s’est arr^été tout doucement. Jusque là, en 2018, où on nous a proposé de jouer, et voilà, on a sorti un album !

Metal-Eyes : Donc, c’est l’occasion qui fait le larron…

Hervé : Exactement.

Metal-Eyes : On vous propose de rejouer, Pirates arrive… Il vous a fallu combien de temps pour la composition de cet album ?

Hervé (il rit) : On s’est reformés en mars-avril, on a commencé les compos en mai-juin, et on était en studio en septembre. Ça a été très vite.

Metal-Eyes : Justement, puisque ça a été rapide, es-tu d’accord pour dire qu’il y a certains thèmes de guitare qui se répètent comme une récurrence ?

Hervé : Oui, on l’a composé dans cet esprit, un esprit de continuité. Du coup, on est vraiment allé à l’essentiel, à l’origine de notre façon d’écrire, sans se demander si ça ressemble à ça ou ça… Du coup, on est vraiment allés à l’essentiel de ce qu’on voulait.

Metal-Eyes : L’intro de My dues, et celle de Black Parrot, si je me souviens bien, sont pratiquement du copier-coller… Il y a une inspiration commune tant sur le rythme que sur le riff.

Hervé : Oui… Il y a quelques inspirations similaires dans la façons d’écrire les riffs, je suis d’accord.

Metal-Eyes : Vous l’avez enregistré chez Francis Caste, un producteur aujourd’hui incontournable dans le metal français. Il vous a apporté quoi ?

Hervé : Francis, il t’apporte l’écoute. Quand tu vas chez lui, tu peux écouter toutes ses productions, il n’y en a pas une qui sonne comme une autre. A un moment donné, en Europe, il y avait des gars qui enregistraient des groupes toujours de la même façon. Tu avais l’impression que la console était réglée de la même façon, que les gars jouaient sur les mêmes amplis, tu sortais avec la galette qui sonnait comme tout le reste… Francis, je trouve qu’il a le talent de comprendre les gens, de comprendre ce que tu veux et d’extraire le meilleur de toi. Il est hyper rigoureux, hyper difficile et exigeant. Du coup, il te challenge, il prend ce que tvu as et extraire le meilleur de toi-même. Il va aussi te dire qu’il a compris ce que tu veux, vers où tu veux aller, et il t’y accompagne. Avant tout, c’est un mec qui est super humain, super sympa et tu as envie de travailler avec des gens comme ça. Tu es à la maison. Entre deux albums, tu reviens, tu as l’impression de ne jamais être parti.

Metal-Eyes : Donc au-delà d’être à l’écoute, il est aussi force de proposition.

Hervé : Il t’écoute fortement et il propose. Et ça, c’est super important.

Metal-Eyes : Et ça entraîne beaucoup de changement entre votre composition du titre et le morceau final ?

Hervé : Il y a quelques variations, des choses très techniques dans le jeu de batterie, mas l’esprit global reste le même. Rajouter telle harmonie, jouer un peu plus comme ça sur la guitare… C’est intéressant.

Metal-Eyes : Il y a un truc que j’ai remarqué sur la pochette : les éclairs. Certains ressemblent au M de Metallica, c’est voulu ?

Hervé : On n’a pas fait gaffe… (il regarde la pochette que je lui tends) A ouais, peut-être… Tu vois, même les éclairs sont alignés ! C’est surtout une influence du bassiste, pas moi. J’aime ce qu’ils font, mais ça ne reste pas le groupe que j’écoute le plus…

Metal-Eyes : C’est quoi, vos influences ?

Hervé : Ouah ! Elie, au chant, c’est un fan ultime de Slayer, Sepultura, moi je suis plus Converge, Mastodon, Baroness… Du lourd, pas forcément speed. Nesh écoute un peu de folk… On a tous des influences différentes…

Metal-Eyes : Comment présenterais-tu votre musique à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Hervé : Notre musique, c’est du metal hardcore. Qui va recenser les influences de Slayer, le côté plus hardcore de Hatebreed, certains chœurs peuvent même te faire penser, en live, à la façon dont Biohazard faisait les chœurs en harmonie… Après, comment te décrire cet album ? C’est un concept album qui a été écrit autour du thème de la piraterie…

Metal-Eyes : Non ?

Hervé : Si !

Metal-Eyes : Il s’appelle comment ?

Hervé : Pirates…

Metal-Eyes : Ah, ben tiens !

Hervé : Ce qui est important, c’est de l’écouter d’une traite. On l’a écrit de façon à générer une ambiance spécifique, sur l’enchaînement, la composition des morceaux. On avait le thème avant d’écrire l’album, du coup, on a étoffé, établi les paroles, la musique, certaines récurrences. Le flottement de Seul au large au début de l’album, on voulait une impression de houle.

Metal-Eyes : Il est très doux d’ailleurs comme morceau.

Hervé : Oui, et on voulait ce sentiment et qu’après il y ait de la bataille, de la perte de bataille, des rencontres… Il y a James qui parle d’un mec qui se balade dans un bar, il est complètement saoul et il appelle un gars « James ! James ! » et tout le monde se demande « mais qui est ce gars ? ». En fait… c’est sa bouteille de rhum ! L’idée est là : la piraterie et tout ce qui va avec.

Metal-Eyes : Comment vous est venue cette idée ?

Hervé : C’est Barth qui l’a proposée, l’autre guitariste. On a discuté et on se disait que ce serait bien de composer un concept album, et il nous a dit qu’il avait le concept. Il a apporté l’idée et on s’est renseigné. On a découvert un monde hyper codifié, violent, agressif… Et la mer, j’aime beaucoup la mer… Au début, on s’est dit que tout le monde allait vouloir comparer à Pirates des Caraïbes, mais après, on s’est dit qu’on n’en avait rien à foutre et qu’il fallait travailler sur ce concept. Et voici l’album !

Metal-Eyes : 1518, ça évoque quoi ?

Hervé : C’est la mort de Barbe Rousse. C’est pour ça qu’elle est calme.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre pour décrire ce qu’est Forest In Blood, ce serait lequel ?

Hervé (il réfléchit) : Euh… My dues. Parce que la façon dont il est écrit, dont le riff est écrit, représente bien ce qu’est le groupe. C’est-à-dire des parties speed, agressive, avec une partie un peu plus rythmée au milieu du morceau et un petit interlude qui aère le morceau.

Metal-Eyes : C’est le morceau qui ouvre l’album après Seuls au large. Sur votre bio, il est mentionné que le groupe s’est formé en 1998, année de la victoire de l’a France en coupe du monde. Vous revenez en 2018 avec un nouvel album, la France a remporté sa deuxième étoile. Vous prévoyez quoi ? 20 ans pour revenir ? Vous suivez l’actualité du foot français ?

Hervé (il rit) : Elie la suit, Nesh aussi, les trois autres un peu moins. Mais on pourrait dire que c’est précurseur.

Metal-Eyes : On peu espérer que la sortie du prochain album corresponde avec…

Hervé : On peut l’envisager, oui (rires). On va essayer d’en faire un autre pour dans deux ans, pour la coupe d’Europe. Et deux ans après, pour la coupe du monde…

Metal-Eyes : Si tu pouvais imaginer une devise pour Forest in Blood à mettre sur votre album tous les deux ans, ce serait quoi ?

Hervé : L’amitié et la générosité. Parce qu’on est des potes avant tout, cet album a été enregistré comme ça, par des amis qui ont envie de se faire plaisir avant tout. Et la générosité parce qu’on adore donner des concerts et rencontrer des gens, en dehors de Paris.

Metal-Eyes : Un album ça se défend sur scène. Quels sont vos projets de concerts, en dehors de Paris ?

Hervé : Il y a quelques projets en cours, quelques dates en planification. On joue à… on joue à Viry Chatillon, on va aller à Nantes, à Colmar, Bordeaux… On est dessus… Après, on espère pouvoir choper des bons trucs en première partie… Il y a la tournée de Mass Hysteria, ça serait chan-mé de faire une date avec eux ! Ce serait génial de pouvoir tourner avec des groupes qui sont là depuis des années, qui respectent le public, la scène…

Metal-Eyes : As-tu quelque chose à rajouter pour les lecteurs de Metal Eyes ?

Hervé : Oui, une chose : vous allez surfer sur internet, choper des morceaux à droite, à gauche. Ce que je vous conseille, c’est de prendre 40 minutes de votre temps, et écoutez l’album en entier. Fermez les yeux, imaginez que vous êtes sur un bateau, qu’il y a des batailles, la guerre… Vous n’aurez pas le mal de mer mais vous allez kiffer parce que c’est écrit autour de cette ambiance des pirates.

 

Interview: The Kris Barras Band

Interview The Kris Barras Band. Entretien avec Kris Barras (chant, guitare). Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 16 novembre 2018

Metal-Eyes : Tu es actuellement en tournée. Comment se passe-t-elle jusqu’ici ?

Kris Barras : C’est super ! C’est la première fois que je joue en France, et j’ai été stupéfait par les publics que nous avons vus. Fantastique.

Metal-Eyes : Cela avec une tête d’affiche particulière puisqu’il s’agit de Beth Hart. Comment t’es-tu retrouvé sur cette affiche ?

Kris Barras : Nous sommes sur le même label, et nous avons le même âge, aussi. Nous avons tourné au Royaume Uni avec Beth cette année, en avril, et avons eu l’opportunité de venir en France. Nous connaissions déjà Beth assez bien, ainsi que son équipe, nous savions où nous allions. Et nous avons décroché cette offre.

Metal-Eyes : Même si votre musique n’est pas similaire, elle reste basée sur le blues et complémentaire.

Kris Barras : Oui. Nous avons fait quelques arrangements pour que notre set se cale bien sur ce tour : nous avons un set purement acoustique. Lorsqu’on propose un concert électrique, on est bien plus du coté rock. Mais nos chansons fonctionnent vraiment bien en acoustique, alors…

Metal-Eyes : C’est notre première rencontre, alors dis m’en un peu plus à ton sujet : tu es Britanique, tu viens du monde du combat, du free fight. Alors je vais être sympa, tu es mon nouveau meilleur ami. Que peux-tu nous dire de plus ?

Kris Barras (il rit): J’ai commencé à jouer de la guitare vers l’âge de 5 ans, âge auquel j’ai aussi débuté les arts martiaux. J’ai fait les deux en parallèle. Vers l’âge de 20 ans, il se trouve que j’avais plus d’opportunités avec le combat que par la musique. Je me suis donc lancé dans la boxe thaï, et j’ai continué avec une combinaison d’arts martiaux. Ce que j’ai fait pendant 10 ans. Je me suis retiré du combat il y a 4 ans, j’ai recommencé à écrire de la musique et ai fondé le Kris Barras Band.

Metal-Eyes : Est-ce un vrai groupe, The Kris Barras Band, ou plutôt Kris Barras and band ?

Kris Barras : Eh bien, ça dépend de la manière de voir les choses. Je suis celui signé par Mascot, mais les gars sont ceux avec lesquels je travaille tout le temps. Donc c’est le Kris Barras Band.

Metal-Eyes : Ce premier album, The divine and the dirty, semble très influencé par ton ancienne vie. Des titres comme Kick me down, I don’t owe nobody nothing, probablement Wrong place wrong time… Il y a beaucoup de toi dans ce disque.

Kris Barras : Oui, oui, je fais en sorte d’explorer mes expériences passées. Pas sur toutes les chansons, certaines traitent de choses qui sont arrivées à des amis, ou de ce que j’ai vu aux nouvelles. Mais je cherche l’influence dans ce que j’ai pu vivre et expérimenter.

Metal-Eyes : Y a-t-il des sujets que tu préfères ne pas aborder ?

Kris Barras : Non, pas particulièrement. What you know of me, le dernier titre de l’album, parle de la mort de mon père. Il est le premier à m’avoir enseigné la guitare. C’est sans doute le plus personnel des morceaux.

Metal-Eyes : Cet album est sorti il y a 6 mois, en mars. Quel regard portes-tu dessus, il a eu assez de temps pour trouver une bonne part de son public…

Kris Barras : Les retours ont été fantastiques. Il a grandi et s’est vendu bien mieux qu’on ne l’espérait. Nous avons eu de super critiques…

Metal-Eyes : Plus de ventes ? C’est à noter, pour une fois !

Kris Barras : Oui (rires) ! Ca a été super, vraiment.

Metal-Eyes : Et tu prévois déjà un second album ou il est encore trop tôt ?

Kris Barras : Non, c’est prévu. Il est déjà écrit. On doit programmer les choses très en avance parce que nous tournons tant… Pratiquement tout 2019 est déjà prévu, il reste quelques dates à confirmer, mais on est blindés.

Metal-Eyes : En guests ou en tête d’affiche ? Ou les deux ?

Kris Barras : Les deux. Le seul moment où l’on pourra enregistrer cet album est au mois de décembre. Alors dès que nous aurons bouclé cette tournée avec Beth, d’ici deux semaines, nous rentrons pour enregistrer le nouvel album. Je ne sais pas quand il sortira, sans doute vers la fin 2019, mais c’est le seul moment où nous pourrons enregistrer.

Metal-Eyes : Ce qui signifie que vous êtes vraiment très occupés, ce qui en soit est plutôt positif. Tu as dis que c’est ton premier séjour en France. As-tu eu le temps de visiter un peu le pays, les villes que où vous avez joué ?

Kris Barras : Oui… La manière dont Beth prévoit ses tournées… Elle donne un concert un soir, et pas le lendemain. Donc on a eu beaucoup de temps pour nous. Ça fait trois jours que nous sommes à Paris, alors on a fait ce que font les touristes : on est allé à la tour Effeil, Notre-Dame, le Louvres. On y a vu la Joconde. C’était cool.

Metal-Eyes : Et quand vous n’êtes pas en tournée, comment t’occupes-tu ?

Kris Barras : Je ne suis jamais « pas en tournée ». Je ne me souviens pas d’une vie sans tournée (rires) ! Quand on est en tête d’affiche, on n’a pas beaucoup de temps off, on enchaine les concerts. Mais quand je suis à la maison, je rattrape le sommeil en retard, et avant que je ne m’en rende compte, on est de retour sur la route. Je n’ai pas beaucoup de distraction. Je suis à un moment capital de ma carrière, les choses arrivent si vite que je surfe sur la vague. Cette année, je n’ai vraiment pas eu beaucoup de temps.

Metal-Eyes : Tu prévois de revenir en France, j’imagine ?

Kris Barras : Oui, ce sera… courant avril, en tête d’affiche. Je reviens à Paris fin mai – le 25 ou le 26 – ave Johnny Lang et Walter Trout sur la tournée Rock the blues. Que des musiciens du label, Provogue / Mascot. Nous allons chacun jouer notre concert, avec nos groupes, et à la fin nous jouerons tous ensemble. On jouera à la Cigale. Ça va être cool à la faire.

Metal-Eyes : Un peu à la manière du G3, c’est le Blues G3 !

Kris Barras : C’est exactement ça ! (rires)

Metal-Eyes : Revenons à cet album. Si tu devais me décrire The divine and the dirty pour expliquer ce qu’est le Kris Barras Band, pour me le vendre, que me dirais-tu ?

Kris Barras : Hmm… C’est une bonne question. Je dirais qu’il est composé de bonnes chansons bien catchy, des chansons qui parlent à l’auditeur. Je pense que c’est un album de rock, sudiste, avec des touches de blues. C’est un peu comme ça que j’ai grandi : avec du blues, avant de m’intéresser à des choses plus rock. Les vrais fans de  blues diraient « nan… c’est pas du blues »… Mais c’est quoi, le blues ? Pour moi, c’est un feeling, une passion, un pouvoir venu de l’intérieur. Et même si on est plus rock, il y aura toujours cette touche de blues.

Metal-Eyes : Si mes souvenirs sont bons, je crois que je t’ai décris, lorsque j’ai fait la chronique du disque, comme le plus américain des bluesmen anglais. Ta musique est, selon moi, très américaine, mais tu est anglais avec les influences de ce pays.

Kris Barras : Oui, même chez moi, les gens pensent parfois que je suis Américain ! Certains me demandent quand je vais rentrer, mais je n’ai pas bougé, je suis là ! (rires)

Metal-Eyes : Il y a beaucoup de musique US, mais quelles sont tes influences britanniques ?

Kris Barras : Il y en a : Gary Moore a été une grosse influence. Des groupes comme Deep Purple, The Rolling Stones…

Metal-Eyes : Si tu devais maintenant ne retenir qu’une chanson de The divine and the dirty pour décrire ce qu’est ton groupe, ce serait laquelle ?

Kris Barras : Euh.. Question difficile…

Metal-Eyes : La précédente était « bonne », celle-ci est « difficile »… Attends la suite !

Kris Barras (rires) : Ma préférée est What you know of me, très personnelle. J’adore la jouer live, elle signifie beaucoup pour moi. Mais ma préférée serait sans doute Hail Mary

Metal-Eyes : Pas ta préférée, celle qui te représente le plus…

Kris Barras : Sans doute Hail Mary, avec les riffs à la slide guitar, de gros refrains, que les gens peuvent reprendre en cœur.

Metal-Eyes : Et sur scène, à quoi doit-on s’attendre ?

Kris Barras : 110% d’énergie et de passion données à chaque concert ! Des chansons à reprendre en cœur et du bon temps.

Metal-Eyes : Quel a été, jusqu’à maintenant, ton concert préféré, celui dont tu te souviendras longtemps ?

Kris Barras : Oh, il y en trop pour les citer ! On a fait de bons festivals, comme le RavaBlues, en Pologne. Le public polonais est dingue ! Un autre au Royaume Uni… Avec le temps,  et le public qui grossit,ça a été très cool de pouvoir monter nos propres concerts en tête d’affiche. Les gens viennent et connaissent la moindre de nos paroles…

Metal-Eyes : A l’opposée, y at-il un endroit où tu ne te rendrais plus jamais ? (piste 13 – 13’30)

Kris Barras (il explose de rire) : Non, j’ai eu beaucoup de chance de ne pas vivre ce genre de chose !

Metal-Eyes : Nous sommes en 2018, tu vas enregistrer un album qui devrait sortir en 2019. Quelle pourrait la devise de ton groupe, que tu inscrirais sur ce disque.

Kris Barras : Je ne sais pas… Je ne sais pas si j’en aurais !

Metal-Eyes : Tu devrais, chaque groupe que je rencontre a une devise. Après cette question !

Kris Barras (rires) : Il y a une phrase que je disais souvent quand je me battais : « je ne suis pas ici pour gagner en partie, je suis ici pour tout remporter ». En tant qu’équipe on l’utilisait, sous entendant qu’on ne venait pas pour faire de la figuration mais pour gagner.

Metal-Eyes : Ça pourrait le faire…

Kris Barras : Oui, c’est une blague dans le groupe. On se répète ça en festival. C’est un peu une devise dans le groupe, mais on ne le prend pas trop sérieusement.

 

Interview: THE HEARD

Vous vous souvenez de Klara Force? La guitariste de feu Crucified Barbara revient, accompagnée de Nikki et Ida, avec son nouveau projet, The Heard. De passage à Paris, Metal Eyes est allé l’interroger ainsi que la chanteuse Pepper Potemkin. Interview fun, décontractée pour présenter un projet simplement hard rock… A découvrir et à soutenir, The island, le premier album sortant le 2 novembre.

Interview THE HEARD. Entretien avec Klara Force (guitare) et Pepper Potemkin (chant). Propos recueillis à Paris le 2 octobre 2018

 

Metal-Eyes : Nous n’allons pas parler des raisons qui ont mené au split de Crucified Barbara sauf si tu le souhaites. Le split a eu lieu en 2016, comment as-tu occupé ton temps depuis, Klara ?

Klara : Principalement en composant de la musique et en formant The Heard. Il y a eu d’autres choses : des études en religion et journalisme, mais le principal a été la musique.

Metal-Eyes : Tu avais déjà The Heard en tête ?

Klara : Non, j’avais de la musique en tête, pas spécialement The Heard qui a grandi pour devenir ce groupe au gré du temps. Mais j’avais véritablement encore beaucoup de musique en moi, et c’était pareil pour Nikki et Ida. On a un peu jammé, écrit quelques riffs qui sonnaient plutôt bien, alors pourquoi ne pas lancer un nouveau groupe ?

Metal-Eyes : Nous allons en parler dans un moment. Pepper, nous te connaissons peu, en dehors du cadre de tes performances en tant que « femme burlesque » (elle rit). Peux-tu nous en dire un peu plus à ton sujet ?

Pepper : Eh bien, je viens d’une petite ville à côté de Stockholm qui s’appelle Gustafsberg et j’ai toujours fait de la musique, principalement chanté, depuis que je suis toute jeune. Tu sais : chanter avec des groupes de reprises, aider à faire des démos. J’ai toujours voulu être sur scène, d’une manière ou d’une autre. Quand j’ai commencé à faire du burlesque, c’était le premier pas vers la scène. Ensuite, j’ai ajouté de la musique et maintenant me voici ici, avec The Heard.

Metal-Eyes : Alors comment vous êtes-vous trouvées ?

Klara : On se connait depuis quelques années, tu sais, des visages familiers que tu croises en concerts…

Pepper : Nous sommes toutes de Stockholm, alors on s’est toujours croisées, on se rencontrait de temps à autres. Un jour j’ai rencontré Ida dans le métro, et elle m’a demandé ce que je faisais. Je rentrais, et je lui ai dit que j’allais écouter des disques et chanter, me projeter dans la peau d’une chanteuse de rock. Elle m’a proposé de venir faire un saut à leur local de répétitions histoire d’écouter ce qu’elles faisaient. Pourquoi pas ? Elle m’a envoyé quelques titres, j’ai bien aimé et quelques jours plus tard, je les retrouvais au studio. Ce fut un coup de foudre visuel et auditif ! (Rires)

Metal-Eyes : Nikki et Ida te suivaient également depuis le split, elles aussi avaient encore beaucoup de musique en elles ?

Klara : Oui, c’était une période triste, mais en même temps une période de soulagement. Un temps de renouveau : ok, on n’en a pas terminé toutes les trois, continuons de répéter. Au fur et à mesure, ce projet devenait de plus en plus sérieux, il nous fallait trouver un chanteur et un second guitariste. « Ce qu’on fait sonne putain de bien, il faut qu’on monte un groupe ! »

Metal-Eyes : Et ce n’est pas un groupe entièrement féminin puisque le second guitariste Skinny de Deathstars. Etait-ce un choix ou était-il simplement la meilleure option à ce moment-là ?

Klara : En fait, je n’ai jamais pensé au genre lorsqu’il s’est agit de choisir les musiciens. Ça a toujours été le talent et les aspects humains, et Skinny se trouve être un vieil ami. Ce n’est pas qu’une question de talent – même si Skinny et moi en somme bourrés – il s’agit aussi de l’alchimie entre nous. Tu dois travailler avec des gens avec lesquels tu aimes traîner mais aussi qui partagent la même vision que toi. Et c’est pareil pour toi (elle s’adresse à Pepper), vous étiez, toi et Skinny, tous deux…

Pepper : … affamés (rires)

Klara : Oui, oui, mais vous étiez sur la même longueur d’ondes que nous en ce qui concerne l’orientation musicale. On a répété à quelques reprises avec Skinny et puis tu es arrivée.

Metal-Eyes : Comment avez-vous travaillé ce premier album, The island ?

Klara : Nous avons commencé à écrire de la musique sans savoir qu’il allait s’agir d’un album conceptuel. Mais après quelques chansons, on s’est dit qu’il y avait un lien entre ces chansons, quelque chose de plus. Alors on s’est dit « merde, on va faire un concept album ! ». Quelque chose que nous n’avions jamais fait auparavant.

Pepper : C’est également quelque chose de très intéressant que de réaliser un  album conceptuel.

Metal-Eyes : De quoi traite cet album ? une île, bien sûr, mais que s’y passe-t-il ?

Klara : Beaucoup de choses ! C’est un endroit imaginaire inspiré par une île de la mer Baltique, pas loin de Stockholm. On a lu et entendu beaucoup d’histoires effrayantes au sujet de cette île.

Pepper : Nous y avons ajouté des créatures et autres histoires…

Klara : Oui. On a utilisé cette histoire comme base et avons laissé notre imagination et nos fantasmes grandir : on a ajouté des personnages, les avons fait vivre nos aventures sur cette île. En fait, les chansons sont comme de courtes histoires.

Metal-Eyes : Tu as dit que tu avais notamment étudié la religion. As-tu mis une partie de ces études dans les paroles de ce disque ?

Klara : Oh oui (rires). Par exemple, la chanson Tower of silence est inspirée par l’ancienne religion zoroastrique. Une tour du silence est comme un cimetière où tu place tes défunts, en haut d’une tour plutôt que dans la terre. Le zoroastrisme considère la terre comme sacrée, alors on n’enterrait pas les morts car cela souillerait la terre. On les plaçait très haut, dans une tour où les oiseaux mangeaient les cadavres.

Metal-Eyes : Sympa comme concept (rire général)

Klara : Bien sûr, nous avons placé notre tour du silence sur notre île.

Pepper : Nous voulons une île propre.

Metal-Eyes : Il y a beaucoup de monde sur cette île ?

Klara : Oh oui : il y a la reine Scarlett, la reine Dame de la Colline, le bourreau et toute ses victimes passées.

Metal-Eyes : Et il faudra que chacun meure à un moment… Musicalement, ce que j’ai entendu est du rock très inspiré par les années 70, ce n’est pas du hard rock aussi direct que ce que pouvait proposer Crucified Barbara. Y avait-il une volonté de ta part Klara, malgré le retour de 3 ex Crucified Barbara, de t’éloigner de ce hard rock, une façon de dire « ce n’est pas le même groupe » ?

Klara : Ce n’est pas le même groupe du tout, ce n’est pas un Crucified Barbara numéro 2. C’est quelque chose de complètement différent, c’est The Heard. Il ne s’agit pas non plus de changer pour changer, de prouver que nous pouvions faire quelque chose d’autre. Nous voulions changer et aller dans la direction que nous souhaitions suivre, en tant que groupe. La musique que nous jouons est celle que nous aimons, elle correspond à nos goûts.

Metal-Eyes : C’est à espérer !

Pepper : Ca n’aurait aucun sens autrement !

Metal-Eyes : Nous avons parlé du concept. L’album commence avec le morceau titre, The island et se termine avec Leaving the island. Une fois que vous avez quitté cette île, où pensez-vous que le groupe va atterrir ?

Klara : Euh, nous allons… Je ne sais pas où nous allons nous trouver ! (rires) Il est trop tôt pour le dire, mais il ne s’agit pas du seul album que nous allons faire. Nous avons déjà un paquet d’idées.

Pepper : Oui, il y a des chansons qui sont déjà bien avancées, alors…

Metal-Eyes : Ce dernier morceau est une ouverture vers quelque chose d’autre. En tant que groupe de rock, et tu le sais parfaitement, Klara, la musique se passe aussi sur scène : quels sont vos projet de concerts ?

Klara : Précisément, je ne sais pas… Mais on veut jouer.

Pepper : Jouer le plus possible. Les festivals d’étés seraient super, bien sûr, mais nous devons attendre que l’album soit sorti, le 2 novembre.

Klara : On a déjà donné quelques concerts, et c’était top.

Metal-Eyes : Vous avez un concept sur scène, également ?

Klara : D’être géniaux ! (rire général)

Metal-Eyes : Etre génial, c’est un fait ou ça ne l’est pas !

Pepper : Je sui vraiment dans le visuel, alors, pour moi, venir de la scène burlesque me donne cette pensée visuelle et j’essai vraiment d’atteindre le public jusqu’au fond, de telle sorte que chacun puisse se sentir faire partie de la fête. Ce n’est pas qu’une question de monter sur scène et d’interpréter les chansons de la meilleure manière possible, il faut aussi les lier entre-elles, raconter les histoires, les prendre à bras le corps… Comment raconter une histoire à chaque fois.

Klara : Et tu es très mobile, il y a beaucoup de mouvement avec toi. Ce n’est pas typique du metal, hard rock. C’est très intéressant pour moi d’observer tout cela : des robes amples, de grands gestes que je n’ai pas l’habitude de voir. C’est très sympa de voir quelque chose qui n’est pas que… du headbanging… C’est fun, différent.

Metal-Eyes : Comment décririez-vous la musique de The Heard à quelqu’un qui ne vous connait pas encore ?

Klara (elle réfléchit): Je ne pourrais pas ne pas utiliser le terme de hard rock. Hard rock fera partie de la description (Pepper approuve).

Pepper : Beaucoup de personnes à qui on a parlé ont également mentionné le doom.

Klara : On n’a pas cherché à faire du doom, mais beaucoup le disent, alors on se trouve dans le spectre du doom, sans doute…

Pepper : C’est un peu comme du hard rock brillant, mystique et mystérieux…

Metal-Eyes : Mystique et mystérieux ?Le doom vient sans doute de cette influence 70’s que l’on retrouve…

Toutes deux : Oui, absolument.

Metal-Eyes : Si vous deviez ne retenir chacune qu’une chanson de The island pour présenter le groupe, une qui soit typique de The Heard, laquelle serait-ce ?

Klara : Aucune… c’est impossible parce qu’il n’y en a pas une qui soit typique. Elles sont toutes représentatives du groupe mais pas une ne nous résume. C’est un album concept alors… Par exemple, Silence est très douce et calme. Je dirais volontiers « écoute Silence, j’adore cette chanson, mais elle n’est pas représentative de l’album. On pourrait aussi parler de Revenge qui est agressive, rapide. Je l’adore aussi. Il faudrait un peu de tout pour que tu puisses te faire une idée du groupe.

Metal-Eyes : Ce qui sous entend qu’il n’y a pas de single évident sur cet album…

Klara : Ça a été difficile de choisir. On a décidé de retenir Tower of silence comme premier extrait, mais ça a été difficile de faire un choix, à cause de ça.

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui vous a fait opter pour Tower of silence ?

Klara : C’est une bonne chanson.

Pepper : Oui.

Metal-Eyes : Ce qui signifie que les autres ne le sont pas ?

Klara : Non !

Pepper : Non, elles sont super bonnes (rire général) On a pensé qu’une chanson rapide serait un bon début.

Klara : Mais ce ne fut pas un choix facile. On en a beaucoup parlé.

Pepper : Il y avait toujours des discussions, « oh, celle-ci, non, celle-là ! Oh, laquelle, nom de Dieu ? » (rires)

Metal-Eyes : Comment avez-vous enregistré cet album ? Ensemble en studio, à l’ancienne, ou chacun de votre côté en vous envoyant vos pistes ?

Klara : On a beaucoup écrit ensemble au local de répétitions, mais aussi à la maison, et chacun venait avec ses idées. On a bien travaillé la pré-production à la maison. On a enregistré les démos à la maison en faisant attention aux détails, dans le mix, les arrangements, et ne pas laisser de place au hasard. Nous étions bien préparés en entrant en studio, même s’il y a eut quelques changements de dernière minute… Ensuite, on a enregistré la basse et la batterie ensemble, puis ce furent les guitares, et enfin, le chant, le melotron…

Pepper : Ton préféré ! (rires)

Metal-Eyes : Il vous a fallu combien de temps ?

Klara : Environ trois semaines. Mais pas d’affilée.

Pepper : On a beaucoup travaillé de nuit…

Klara : Notre budget était restreint, donc on a pu louer le studio que lorsque ceux qui payaient plus n’était pas là : en soirée et la nuit…

Metal-Eyes : Donc ils avaient le confort, vous aviez le dur labeur…Quelle pourrait être, en tant que nouveau groupe, la devise de The Heard, celel que vous écririez sur tous vos futurs albums ?

Klara : Hum… Question difficile… Ça pourrait être quoi ? « Guide-moi vers une suprême mort»… C’est une de nos chansons…

Pepper : Oui ! (rires) Je suis preneuse aussi.

Metal-Eyes : « Suprême mort », ce n’est pas « mort suprême »… Quelle en est la signification ?

Klara : C’est un hommage à l’album de John Coltrane, Love supreme. C’est aussi l’histoire de la femme folle de la colline qui vient sur l’île pour réaliser sa carrière créative, mais elle craque à cause de ses démons intérieurs, trop d’alcool… Elle craque et se laisse tenter par ces appels d’une « mort suprême » que lui lance l’île.

Metal-Eyes : Klara, la dernière fois que nous nous étions rencontré, c’était avec Crucified Babara, un groupe engagé dans la cause féministe. J’imagine que cette cause vit encore en toi. Comment l’intègres-tu dans The Heard ?

Klara : Elle est évidemment présente.

Metal-Eyes : Sur la couverture de l’album, d’ailleurs, ce n’est pas Jésus qui marche sur l’eau, c’est une femme.

Klara : C’est Pepper…

Pepper : C’est moi ! (rires) Je suis Jésus, tu ne l’as pas remarqué ?

Metal-Eyes : Ça tombe bien, on a besoin de quelques miracles en ce moment…

Pepper : Oui, je suis là pour vous sauver, tous ! (rires)

Klara : Par exemple, la chanson Revenge a été fortement inspirée par le mouvement MeToo qui parle des sorcières qui se vengent du bourreau qui les a condamnées à mort. Maintenant, il est temps pour les sorcières de se venger : « pendez le bourreau haut et court et brûlez le vivant ». C’est agressif, mais l’an dernier était l’époque qui a permis à certaines femmes de lancer ce mouvement et de prendre leur revanche. Obtenir justice, même si ce n’était pas par le biais de la justice.

Metal-Eyes : Pour terminer, quelle a été la meilleure question, la plus étonnante ou surprenante qui vous ait été posée aujourd’hui ?

Pepper : Oh waow… Pas évident… On en a tellement eu…

Klara : On a eu beaucoup de questions intéressantes, des thèmes différents. Avec toi, maintenant, au sujet de notre concept, de féminismes, mais quelqu’un a aussi voulu aborder le sens profond des paroles… Je trouve ça très sympa d’avoir ce type d’interviews qui nous sortent du «  super, rock’n’roll, c’est génial… » Ça change, et ça nous correspond.

Metal-Eyes : Donc pas de question plus surprenante qu’une autre ?

Pepper : Celle-ci ! (rire énorme)

Klara : Oui, celle-ci ! Elle nous force à nous rappeler. Tu sais, historiquement, les questions les plus dures sont généralement déplacées, et on n’en a pas eu de ce type, heureusement.

Pepper : Tu es celle qui a cette expérience, je n’y ai pas encore eu droit !

Klara : Les plus ennuyeuses sont du style « oh, Crucified Barbara, vous avez splitté… Quelle dommage… » Je le comprends, et ça ne me dérange pas trop, mais quand tu viens avec ce nouveau projet qui t’emballe tant et que quelqu’un veut revenir sur une période vraiment triste de ta vie, c’est dur.

Metal-Eyes : Une dernière chose à ajouter pour les lecteurs de Metal-Eyes ?

Klara : Soyez prêts à nous accueillir, et contactez nous sur les réseaux sociaux afin de nous laisser savoir ce que vous pensez de notre musique.

Pepper : Tenez-vous prêts pour la sortie de l’album , le 2 novembre !

Metal-Eyes : Comment vous retrouver ? Il y a plusieurs The Heard…

Klara : Oui, mais nous ne sommes pas le groupe de 1965 ! (rires)

Pepper : Ni celui du Canada !

Klara : La page facebook est Theheardofficial, sur instagram, pareil…

Metal-Eyes : Klara, une toute dernière chose : nous avons parlé concert, tu as joué plusieurs fois à Paris : quelle est la salle que tu préfères ?

Klara : On en parlait justement en nous promenant ce matin… Il y a cet endroit qui s’appelle le Divan du Monde. On a donné un super concert là-bas, mais j’ai cru comprendre qu’il n’y a plus de rock dans cette salle… C’est dommage…

Metal-Eyes : Mais il y a d’autres salles à Paris. Tu connais un peu la vilel Pepper ?

Pepper : J’y suis déjà venue, pour danser, mais je ne la connais pas assez bien…

Klara : Le public avait été super, ici. Quand tu penses à la France, ce n’est pas le hard rock qui vient à l’esprit. Mais les gens qui aiment le metal, en France, semblent vraiment s’y dévouer corps et âmes et donnent l’impression de vraiment le vivre à fond. Prendre du bon temps !

 

Merci à Him Media (Elodie et Julien) d’avoir rendu cette interview possible, et merci à Pepper et Klara pour leur gentillesse et leur spontanéité tout au long de cette interview rafraîchissante.

HELLTERVIEW: MALEMORT

Interview MALEMORT. Entretien avec Julien (guitare), Xavier (chant), JC (basse), Cédric, batterie. Propos recueillis au Hellfest le 23 juin 2018

Malemort @ Hellfest 2018

Metal-Eyes : Ball trap est sorti fin 2016, a reçu d’excellentes critiques dès sa sortie. On vous espérait au Hellfest l’an dernier, mais il a fallu attendre 2018 pour vous y retrouver. Qu’est-ce qui a demandé autant de temps d’après vous ?

Xavier : Je pense que c’est la montée du buzz, en fait. Quand tu travailles en auto production, les choses sont très progressives, parce qu’il n’y a pas de plan média. C’est à la sueur de ton front, aux preuves que tu peux apporter de ton implication. C’est vrai que les retours ont été très bons sur le deuxième album, et il a fallu que ça mature un peu. A la limite, je dirais même que c’est très bien, ça tombe bien que ça se produise cette année : l’année dernière, on n’aurait pas réussi à faire ce qu’on a fait cette année. Je considère que les choses arrivent finalement bien. D’expérience, par rapport à toute l’histoire de Malemort, j’ai appris à me rendre compte que tout ce qui t’arrive tombe au bon moment. Lire la suite

Interview: TURBOWOLF

Interview TURBOWOLF. Entretien avec Chris (chant). Propos recueillis à l’Alba Opéra Hotel, à Paris, le 16 mai 2018

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Metal-Eyes : Je découvre Turbowolf avec ce nouvel album, The free life. Il s’agit déjà de votre troisième album, mais peux-tu me raconter brièvement l’histoire de Turbowolf ?

Chris : Absolument. Nous avons débuté le groupe en 2006, à Bristol, Andy, le guitariste, et moi. Nous avons eu différents bassistes et batteurs à cette époque, mais je crois que nous avons un line-up stable désormais. Ça fait 6 ou 7 ans que nous avons le même bassiste. Notre vision, et notre « mission », dès le départ, est de créer quelque chose qui nous excite, nous, en musique rock. Pas seulement quelque chose de nouveau, quelque chose qui nous plaise. C’est encore ce que nous cherchons aujourd’hui.

Metal-Eyes : Quels sont, jusqu’à aujourd’hui, les grands moments vécus par le groupe ? Sans doute l’enregistrement du premier album ?

Chris : L’enregistrement du premier album, c’est certain ! Comme je l’ai dit, nous avons formé le groupe aux alentours de 2006 et notre premier album n’est sorti qu’en 2011. Entre temps, nous avons donné beaucoup de concerts, peaufiné notre son, travaillé et décidé quelles chansons allaient terminer sur l’album, celles que nous écartions. C’était un grand moment pour nous de faire ce premier album. De travailler avec un label, c’était la première fois que nous travaillions avec une maison de disques. Nous avons fait partie de groupes depuis que nous sommes ados, mais là c’était nouveau : il a fallu trouver qui allait sortir le disque, comment tourner plus professionnellement… Avant même la sortie de l’album, nous avons tourné, en 2010, avec Korn et Dimmu Borgir sur la même affiche. C’était une affiche très particulière mais ça a plutôt fonctionné. Nous faisions un peu tâche parce que nous ne sonnons comme aucun de ces deux groupes…

Metal-Eyes : Aucun des groupes ne sonne comme l’autre, ce sont 3 styles différents.

Chris : Exactement. C’était une affiche très diversifiée. C’était un grand moment pour nous parce que nous n’avions jamais joué devant autant de monde. Avant ça, nous jouions dans des caves, des petits clubs, et là, on joue dans des grandes salles… C’était cool. Ensuite, un autre grand moment a été l’enregistrement de notre second album avec notre ami Tom Dougherty, qui a travaillé avec Royal Blood, il vient de terminer le nouvel album de Ghost. A ce moment là Tom était simplement notre ami. Maintenant, il est ce producteur rock mondialement connu…. Mais il reste un super ami. Rabbits est devenu une sorte de hit pour nous, c’est notre chanson la plus connue aujourd’hui. Nous avons pur tourner en Amérique, où nous avons eu pas mal de passages radios et où nous avons été plutôt bien exposés… Nous avons aussi rencontré un de nos groupes préférés de tos temps, Death From Above, et avons même eu le plaisir que Sebastian, le chanteur du groupe, chante sur notre nouvel album. Voilà quelques grands moments qui nous mènent à aujourd’hui.

Metal-Eyes : Je n’ai pas pu écouter l’album entièrement, mais ce que j’en retire c’est du Black Sabbath, du psyché et beaucoup de choses heavy. Qu’avez-vous mis dans ce disque et quelles sont vos influences ?

Chris : Nos influences sont de ne pas nous laisser trop influencer. Comme je l’ai dit, dès le départ, nous avons voulu faire quelque chose de neuf dans la musique rock, trouver un son qui nous soit propre, trouver notre chemin. De nombreux groupes que nous apprécions n’entre dans aucune case : Rage Against The Machine, System Of A Down, Smashing Pumpkins… De nombreux groupes que les gens ont, plus tard, voulu catégoriser. Rap metal, grunge, neo metal… Ces groupes sont uniques, et nous souhaitons faire de même, que les gens aient du mal à nous définir. On aime ça, et si les gens ont du mal à classer notre musique, cela signifie, pour nous, que nous sommes sur la bonne voie.

Metal-Eyes : De quoi parlez-vous dans les chansons ?

Chris : J’essaye de ne pas faire de déclaration trop ouverte, littérale. De ne pas donner de réponse ouverte. Je préfère poser des questions et peindre autour d’un thème, laisser l’auditeur en tirer ce qu’il souhaite. Je trouve intéressant, en tant qu’auditeur, d’écouter un album et de me faire ma propre idée des ce qui est traité dans les paroles.

Metal-Eyes : Y a-t-il, au contraire, des sujets que vous ne souhaitez pas aborder ?

Chris : Nous voulons que le groupe soit une échappatoire de la réalité, nous ne voulons pas devenir trop politique dans notre musique.

Metal-Eyes : Pourquoi, parce que c’est trop personnel, ça marque trop une époque ?

Chris : Non, même si, évidemment, ce sont des facteurs. Nous ne voulons pas être attachés à ce monde, nous voulons créer un nouvel espace, une nouvelle dimension cosmique vers laquelle les gens puissent s’évader. Aller ailleurs avec notre musique.

Metal-Eyes : Vous ne souhaitez pas plus aborder des thèmes comme la religion ou d’autres choses intimes ?

Chris : J’ai le sentiment que je traite ces sujets en écrivant les paroles. Mais je les rends suffisamment abstraites pour que les gens y trouvent leur propre interprétation, y mettent un sens qui leur soit propre. Je trouve cela plus important de poser un sujet et d’être amené à y réfléchir, en parler, plutôt que de se voir imposer une vision. Si je peux inspirer une réflexion, je suis un homme heureux, j’ai fait mon travail !

Metal-Eyes : De même que si tu peux provoquer une discussion autour d’un sujet, j’imagine…

Chris : Bien sûr !

Metal-Eyes : Que pourrais-tu me dire pour me convaincre de filer acheter The free life dès la fin de cette entrevue ?

Chris : Je dirais… Tout d’abord, je te demanderais si tu aimes la musique bruyante. Tu pourrais me répondre que non. Je te répondrais alors : « Eh bien, même si tu n’aimes pas la musique bruyante, tu pourrais aimer ce que nous faisons. Parce la manière dont nous écrivons… nous cherchons à créer un pont entre le « bruit » et tous ces sons que les gens appellent horribles et de choses plus douces, les enrober dans du coton. Et tu devrais trouver des choses qui te plaisent dans notre groupe car il y a beaucoup de pop, de funk dans notre musique. Tu devrais donc trouver de quoi te satisfaire ». Et si tu aimes la musique bruyante, tu vas apprécier nos riffs et nos mélodies.

Metal-Eyes : Un groupe de rock joue aussi sur scène. Vous n’avez cependant pas été souvent à Paris…

Chris : On a joué à Paris… 3 ou 4 fois, je crois.

Metal-Eyes : Et y a-t-il une tournée prévue ?

Chris : Nous venons de terminer une tournée européenne, mais nous n’avons pas joué à Paris, ni en France. Je ne sais pas trop pour quelle raison… On a un agent. Il n’est plus notre agent, pas pour cette raison, mais aujourd’hui, on en a un autre. Pourquoi on n’a pas joué en France ? Nous avons donné 8 ou 9 concerts en Europe, ce qui n’est pas beaucoup. Paris, nous y jouerons en octobre. Je ne peux te donner de date, ni avec qui, mais c’est un groupe pour lequel nous ouvrirons. Dans une grande salle, mais nous ne pouvons l’annoncer pour le moment. Nous attendons que ce soit confirmer.

Metal-Eyes : Après 3 albums, et une stabilité de 8 ans, quelle pourrait être, aujourd’hui, la devise de Turbowolf ?

Chris : (il réfléchit)… Soyez différent ?

Metal-Eyes : Sympa, je prends. Maintenant si tu devais ne retenir qu’une chanson de The free life pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connais pas ce qu’est Turbowolf, laquelle serait-ce ?

Chris : Ok… Je choisirais… la chanson The free life, qui est la dernière chanson du disque. Parce que je pense que de nombreux sons, de nombreuses choses que nous faisons se trouvent sur ce titre. Les parties dures, un peu punk, celles un peu plus pop, des passages plus énervés…

Metal-Eyes : Et comment décrirais-tu l’évolution du groupe entre vos deux derniers albums ?

Chris : Ok, d’accord. Le précédent, nous l’avons co-produit avec notre ami Tom Dougherty, celui-ci, Andy et moi l’avons produit et mixé. Nous avons pris les choses beaucoup plus au sérieux pour ce disque. Passer plus de temps afin d’obtenir les choses que nous voulions. C’est l’évolution principale, devenir de plus en plus autonomes. Musicalement et artistiquement, nous ne voulions pas répéter les deux premiers disques et en créer un qui rentre dans leur lignée. Je crois que nous y sommes parvenus.

Metal-Eyes : Une dernière choses : vous êtes ici depuis ce matin, vous répondez à de nombreuses questions : quelle a été selon toi la meilleure question, celle qui t’a le plus surpris, étonné, que tu as préféré ?

Chris : Ma question préférée ? En fait, jusqu’à présent, j’ai préféré ton interview…

Metal-Eyes : Je n’ai pas dit interview, seulement la question. Même si je suis le meilleur (rires)

Chris : Oui, tu es le meilleur, c’est ça ! Sérieusement, c’est jusqu’à présent la meilleur interview, alors bravo !

Metal-Eyes : Merci !

Chris : Je pense que parler de ce que nous ne souhaitons pas traiter directement dans nos textes était intéressant parce qu’on ne nous pose pas souvent ce genre de question. C’était une question différente.

Metal-Eyes : Merci beaucoup pour cette interview et bonne chance avec The free life qui est sorti en mars.

Chris : Merci à toi !

 

Interview: THE DEAD DAISIES

Interview THE DEAD DAISIES. Entretien avec John Corabi (chant). Propos recueillis au Trabendo, à Paris le 6 mai 2018

 

Metal-Eyes : Tout d’abord, comment vas-tu, John ?

John Corabi : Bien, super ! Nous sommes en tournée et nous sommes prêts à prendre un peu de repos avant d’aller au Japon. Le public a été super, tous les shows au Royaume-Uni ont affiché complet et c’est presque partout complet ici en Europe. C’est assez incroyable…

Metal-Eyes : The Dead Daisies vient de sortir son 4ème album, Burn it down. Quels sont les premiers retours que vous avez eus à son sujet ?

John Corabi : Honnêtement, les retours ont été excellents. Tout le monde semble s’accorder sur le fait qu’il s’agit dune nouvelle étape, d’une progression logique pour les Daisies. Mais personnellement, je ne fais pas trop attention aux critiques car chacun aime des chansons différentes, voit différentes explications dans les paroles. Quelqu’un peut adorer le disque, quelqu’un d’autre le détester… J’essaie juste de faire au mieux et je croise mes doigts

Metal-Eyes : Tant que tu prends du plaisir à faire ce que tu fais…

John Corabi : Oui, oui, et la plupart des fans, je peux les voir chanter avec nous quand on monte sur scène. C’est génial !

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu l’évolution de The Dead Daisies entre Make some noise et Burn it down ?

John Corabi : Je pense que nous sommes simplement plus à l’aise les uns avec les autres, nous savons comment les choses fonctionnent, quoi faire en studio. Notre façon de faire est quelque peu inhabituelle…

Metal-Eyes : C’est-à-dire ?

John Corabi : Eh bien, quand on se retrouve en studio, nous n’avons pas de chanson finalisée, nous finissons tout dans ces moments. On débarque, l’un de nous suggère d’écouter tel riff, mais il y a 5 gars dans ce groupes, chacun compose, et il y a Marti Fredericksen, qui a produit plein de choses pour nous qui écrit aussi. Alors il y a 6 compositeurs qui passent leur temps à balancer des idées. C’est un process très rapide, et très étrange : quand on a fait Revolucion, il nous a fallu un mois. Pour le composer, l’enregistrer et le mixer. Make some noise, tout a été fait en, je crois, 5 semaines. Celui-ci nous a pris un peu plus de temps, Marti a pris quelques breaks parce qu’il était aussi en tournée avec Steven Tyler, mais il nous a fallu 7 semaines en tout, artwork compris. C’est rapide, mais je pense que maintenant, on sait que ça doit être fait, alors on met nos casquettes « enregistrement studio », et on donne le maximum pour le disque.

Metal-Eyes : Vous vous connaissez bien mieux, maintenant ? Quand quelqu’un a une idée qui ne vous plait pas, vous le dites simplement et l’oubliez ?

John Corabi : Tu sais, on a aussi de désaccords, mais on fait en sorte de trouver un point d’entente et, au bout  du compte, si je dis que je pense que la chanson devrait sonner ainsi mais que David, Doug ou Marco ne sont pas d’accord, alors Marti se pose comme le vote arbitraire. Il est le capitaine, le producteur, et, de toute évidence, nous faisons confiance à son expertise pour dire « John, Doug a raison », ou le contraire, tu me comprends ? C’est vraiment un process de dingue, mais c’est assez facile, somme toute.

Metal-Eyes : La dernière fois que nous nous sommes parlés, au Hellfest, tu avais justement donné des surnoms à tes camarades : Brian était le penseur, tu étais le joker et David, le pilote. Comment définis-tu les autres membres, et cette vision de vous a-t-elle évolué ?

John Corabi : Je dirais que c’est à peu près la même chose. Brian est, de toute évidence, parti, Deen est arrivé et… tu sais quoi ? Je dirais que Deen ressemble en de nombreux points à Brian : il est très énergique, il réfléchit beaucoup, c’est un super batteur doublé d’un excellent chanteur. C’est à peu de choses près pareil, mais quand on entre en studio pour enregistrer, nous avons chacun nos opinions, mais donnons tout pouvoir à Marti pour nous dire « je pense que nous devrions le faire ainsi ». Il est le producteur, nous l’engageons pour faire ça, il est une oreille extérieure et apporte ses idées sur une chose sur laquelle nous avons travaillée mais dont nous ne sommes pas sûrs. Il nous dira si on tient quelque chose… Soyons réalistes : il a eu beaucoup de succès en écrivant des chansons comme Jaded avec Steven Tyler, il a écrit avec Def Leppard, Ozzy… et tous ces grands artistes. Alors pourquoi ne l’écouterions nous pas ? Nous prenons son avis et parfois on lui donne notre point de vue. Il y réfléchit et prend une décision. Il est sans conteste le capitaine.

Metal-Eyes : Que serait Marco ?

John Corabi : Marco serait un joker, aussi. On se bat toujours pour être dans la lumière, et c’est tout bon !

Metal-Eyes : A mon avis, Burn it down est plus heavy que Make some noise. Plus sérieux, aussi. Quel est ton point de vue ?

John Corabi Je suis d’accord. Je pense qu’il est plus… politique, oui, mais il y a aussi des chansons qui traitent de nos vies, comme Set me free, Resurrected… Il est agressif un peu heavy, tout en étant plus éclectique que le précédent. Il est heavy, parfois, mais pas dans le sens dur… Je le vois plus heavy comme pouvait l’être Zeppelin ou le vieux Black Sabbath, tu vois ? Ce qui est du classic rock maintenant. Ce que tu dis est très vrai. C’est comme les paroles : beaucoup de gens nous demandent de quoi traite telle ou telle chanson. De la vie ! J’écris les paroles en dernier ; j’écoute la musique et j’écris. Rise up, par exemple, reflète la colère…

Metal-Eyes : Rise up, justement, semble comme si elle avait été écrite hier, un appel au réveil de la jeunesse. Comment réagis-tu au discours que vient d’avoir Donald Trump avec la NRA stipulant que si les Parisiens avaient été armés, il n’y aurait jamais eu autant de morts au Bataclan ?

John Corabi : Tu sais quoi ? Tout le monde se bat pour sa cause. La NRA, aux USA, donne à tous ces politiciens des centaines de milliers de dollars pour voter pour eux. Je ne suis pas forcément d’accord. Je suis simplement persuadé que ce serait le chaos total si un paquet de gens pouvaient se tirer dessus « voilà le mec, boom ! Oh, non, je me suis planté, pardon ! » C’est une situation complexe, je ne saurais pas comment en venir à bout. Je n’ai aucune envie de faire de la politique aujourd’hui, mais je ne suis pas du tout d’accord avec le président des Etats-Unis à ce sujet. Absolument pas.

Metal-Eyes : Tu conviens donc que Rise up, aujourd’hui, peut dénoncer cela, aussi ?

John Corabi : Je pense que, selon moi… Je ne fais absolument pas confiance à nos politiciens. Ma confiance envers les politiciens est identique à celle que je porte aux avocats. Ou aux vendeurs de voitures. C’est tout ce qu’ils sont. Rise up n’est pas contre Donald Trump, elle est contre les politiciens. Ma vision est que je vote, tu votes, nous les avons placés au pouvoir, leur avons donné leur poste. Si tu regardes ce qui se passe aux USA, et vraisemblablement tu t’intéresse à la politique étrangère, il y a 2 partis : les conservateurs, et les libéraux. Si tu prends une personne de chaque bord, tu  les places dans une pièce et leur dit « tout intérêt moral mis à part » – les intérêts gouvernementaux sont pour mois des intérêts moraux, le mariage gay, l’avortement, ce genre de débat j’en ai rien à foutre ! – pose leur la question « que voulez vous vraiment ? » Je pense que tous dirais vouloir travailler, gagner suffisamment d’argent pour subvenir aux besoins de sa famille, pouvoir, disons, une fois par an, partir en vacances avec sa famille, avoir la sécurité sociale et en cas d’urgence, de pouvoir s’en occuper. La sécurité, tout simplement. Et je pense que c’est ce que tout le monde souhaite. Les gens souhaitent simplement une vie heureuse, ne pas payer trop d’impôts, payer des assurances sans rien obtenir en retour, tu vois ce que je veux dire ? Je suis certains que ces deux personnes découvriraient avoir beaucoup plus en commun que ce qu’elles pensent. Le reste, c’est moral, spirituel, religieux. Ça n’a rien à voir avec le gouvernement ! Je dis à tout le monde qu’ils ont votés, qu’ils ont élus ces gens, conservateurs ou libéraux, nous les avons mis au pouvoir ! Ils gagnent beaucoup d’argent à faire de la politique, alors si nous voulons que les choses changent, on ne reste pas assis à ne rien faire ou à se plaindre. On se lève, on sort, on va voter ou on se lève et on fait savoir que ça ne nous plait pas ! C’est tout ce dont traite cette chansons. Je vois des gens qui disent « merde, je déteste Trump, je le déteste ! ». Ok, tu as voté ? « non » Alors ferme ta putain de gueule !

Metal-Eyes : C’est exactement ce que je pense !

John Corabi : Tu ne te plains pas si tu ne fais pas entendre ta voix, si tu ne fais rien, même de simple, pour que ça change. A commencer par aller voter.

Metal-Eyes : Nous sommes d’accord. Vous reprenez, comme toujours, une chanson. Pourquoi avoir choisi Bitch, des Rolling Stones ?

John Corabi : Il y a un million de chansons des Stones qu’on aurait pu reprendre…

Metal-Eyes : Peut-être pas autant…

John Corabi : Non, tu as raison. Tu sais quoi? Tu viens de faire une autre remarque très juste : on adore les Stones, mais au regard de l’ensemble de notre album, le riff colle parfaitement au reste du disque. On l’a répété, on l’a rendu un peu plus heavy et ça fonctionne. Tu sais ce qui m’amuse, en revanche ?

Metal-Eyes : Dis moi…

John Corabi : Combien de personnes ne savent absolument pas qu’il s’agit d’une chanson des Rolling Stones ? Ils pensent que nous l’avons écrite… Maintenant, sur scène, je l’annonce : « OK, on va faire une chanson d’un des plus grands groupe de rock ! Vous aimez les Rolling Stones ? » Je dois leur faire savoir, parce que nombreux sont ceux qui ne savent pas que c’est une de leurs chansons. Je trouve ça dingue !

Metal-Eyes : Parlons de ce gars (je pointe Deen Castronovo, le nouveau batteur, qui est en interview à une table à côté de nous). Comment l’avez-vous sélectionné ?

John Corabi : Je ne connaissais pas Deen. J’en avais entendu parlé, mais Doug et Marco avaient travaillé avec lui. Ils l’ont appelé, il est venu, nous avons eu une très longue conversation au sujet de son passé et de certains évènements de sa vie. Il a été très honnête puis s’est assis à la batterie. Il est génial. Et pour moi, c’est super d’avoir en plus cette voix en backing vocals, il est extraordinaire au chant, tu m’entendras.

Metal-Eyes : Deux dernières choses : si tu devais retenir un seul titre de Burn it down pour expliquer ce qu’est The Dead Daisies aujourd’hui, ce serait laquelle ?

John Corabi : … Je réfléchis… Je pense que ça pourrait être soit Burn it down ou Judgement day, deux chansons qui couvrent tout le panel musical des Daisies. Elles ont beaucoup de couleurs différentes, d’ambiances aussi. L’une des deux, car elles démontrent qu’il y a plus à découvrir dans ce groupe que simplement du rock.

Metal-Eyes : Quel pourrait être la devise des Dead Daisies aujourd’hui ?

John Corabi : Mmh, mmh… Tu sais quoi ? « profites de ta vie ! » Nos vies sont si fragiles, on ne sait pas de quoi demain est fait. Le Bataclan l’a prouvé, beaucoup d’autres choses depuis, aussi. « Profites de ta vie, sois bon et amuses-toi. Et rocke ! » (rires)

Merci à Olivier Garnier et Roger Wessier (Replica promotion) d’avoir rendu cette interview possible.

 

 

Interview: ZEAL AND ARDOR

Interview ZEAL AND ARDOR. Entretien avec Manuel Gagneux (tout sauf batterie). Propos recueillis au Black Dog, à Paris Paris le 3 mai 2018

Metal-Eyes : Manuel, tout d’abord, comment vas-tu ? 

Manuel Gagneux : Bien ! Surcaféiné, donc je suis super éveillé (rires) !

Metal-Eyes : Ce qui est plutôt bien, puisque tu es en tournée de promotion pour le nouvel album de Zeal And Ardor. Comme il s’agit de notre première rencontre, je vais rester très traditionnel : peux-tu, en quelques mots, raconter l’histoire de Zeal And Ardor ? D’après ce que j’ai compris, tout est parti d’un gag…

Manuel Gagneux : Oui… J’avais l’habitude de faire un jeu en ligne où je demandais aux gens de choisir chacun un style musical, je choisissais deux des genres, les mélangeais pour en faire une chanson en une vingtaine de minutes. Un jour, un gars a suggéré « musique nègre et black metal ». Plutôt que de m’en offusquer, j’ai pensé « va te faire foutre, je vais te pondre une bonne chanson avec ça ! » Je l’ai fait, et ensuite, ça a un peu échappé à mon contrôle… Rolling Stone en a parlé et maintenant… me voici en train de donner des interviews à Paris !

Metal-Eyes : C’est bon signe ! Ta musique mélange du Black metal, de la musique noire, du blues, de la soul… Avec autant de styles, comment parviens-tu à obtenir un résultat si cohérent ?

Manuel Gagneux : C’est la force de l’erreur… La plupart des choses ne collent pas ensemble, c’est vraiment une suite d’erreurs… J’ai une idée et cherche ce qui pourrait venir la contraster de manière intéressante. Parfois ça fonctionne, d’autres fois, non. La plupart du temps, ça ne colle pas, mais quand ça marche, j’utilise tout ça comme une sorte de jeu de Lego pour en tirer une chanson.

Metal-Eyes : Et qui te conseille, décides-tu seul de ce qui est bon ou prends-tu des conseils extérieurs ?

Manuel Gagneux : Je travaille seul, la plupart du temps. Quand je termine une chanson, je la présente à des amis, pour avoir un retour. Mais c’est beaucoup plus tard !

Metal-Eyes : Tu es sur le point de sortir ton troisième album, Stranger Fruit. Comment décrirais-tu ton évolution musicale entre Devil is fine et Stranger fruit ?

Manuel Gagneux : Comme j’ai disposé d’un peu plus de temps et d’argent pour réaliser ce disque, j’ai pensé que ce serait juste de proposer un album un peu plus long, d’avoir un meilleur son et un meilleur mix. J’ai obtenu l’aide de gens compétents, même si j’ai écrit toutes les chansons. Le son de guitare, par exemple, est aussi bon grâce à Thibault Adam, un producteur autrichien qui m’a aidé, le son de la batterie ets le résultat du mix de Kirk Lew.

Metal-Eyes : As-tu eu recours à des musiciens extérieurs, y a-t-il des invités sur ce disque ?

Manuel Gagneux : Oui, il y en a un : la batterie a été enregistrée par Marco Von Allen qui joue aussi live avec nous. Mon corps est simplement trop faible pour pouvoir jouer de la batterie. Je programme la batterie, lui fais écouter ce que j’attends et, comme par magie, il le réalise ! Le reste, c’estr moi.

Metal-Eyes : Je n’ai pas eu le temps d’écouter tout l’album, cependant, je n’ai pas entendu de Black metal sur la première moitié. Où se cache ton côté Black ?

Manuel Gagneux : … Dans la seconde moitié (rires) !

Metal-Eyes : J’aurais dû m’y attendre !

Manuel Gagneux : Tu parles du genre Black metal ? Je pense qu’il se situe en des endroits intéressants. Il y a des groupes qui parviennent à proposer du très bon Black de façon traditionnelle et d’autres qui cherchent à l’amener dans d’autres directions. C’est ce que je cherche à faire. D’ici 5 ans, je pense qu’il va y avoir une explosion de sous genre liés au Black.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Stranger fruit pour décrire ce qu’est aujourd’hui Zeal And Ardor, laquelle serait-ce ?

Manuel Gagneux : Je pense que ce serait Ship on Fire, parce qu’elle résume chaque élément de l’album, à l’exception de l’interlude…

Metal-Eyes : Quelle est ton éducation musicale ?

Manuel Gagneux : Mes parents sont tous deux musiciens, mais je n’ai pas eu une éducation musicale traditionnelle. Je n’ai jamais eu de cours de musique… En fait, si : j’ai pris un cours de guitare dans une école de jazz et j’ai détesté ça… Je pense que mon éducation se résume à avoir été un ado sans petite amie et avec une guitare… J’ai appris en écoutant des choses techniques, comme Wintersun, qui m’a vraiment impressionné, et tous les dieux de la guitare comme Van Halen, Dream Theater et tous ces trucs techniques. C’était mes influences à l’époque, aujourd’hui, ce sont des musiciens comme Marc Ribaud, Mr Bungle et Zappa, des gens étranges…

Metal-Eyes : Quel pourrait être la devise de Zeal And Ardor ?

Manuel Gagneux : Une devise ? « Fais ce que tu veux sans te soucier de ce que pensent les autres ». C’est très cliché, peut-être, mais…

Metal-Eyes : Tu vas jouer au Hellfest pour la première fois cette année, à une place assez bonne sur l’affiche. Que représente le Hellfest pour toi, Américain ?

Manuel Gagneux : Ca reste un festival indépendant, avec une affiche de tueur. J’ai l’impression que les gens ne sont pas sur sollicité. C’est pas un truc de Live Nation, en gros ! En tant que musiciens qui joue en festival, on se rend vite compte si l’orga est celle de passionnés ou si ça n’est qu’un boulot. Et j’ai le sentiment que c’est un de ces festivals où les gens adorent être, même s’ils y travaillent. J’espère que ce sera spécial.

Metal-Eyes : Comment te prépares-tu pour un tel événement ? Tu es un musicien solo, mais tu seras accompagné d’un groupe.

Manuel Gagneux : En fait, on joue ensemble depuis un an, et je ne peux imaginer travailler avec d’autres personnes. Je l’ai tenté, parce qu’ils n’ont pas obtenu de visa pour les USA, où j’ai donné des concerts avec d’autres musiciens. Très bons, mais ce n’était pas pareil. On répète un max, c’est tout !

Metal-Eyes : Et eux viennent d’où ?

Manuel Gagneux : Ils sont tous de Bales, où je vis maintenant. Des amis…

Metal-Eyes : Des Suisses qui n’ont pas pu avoir de visa pour les USA ?

Manuel Gagneux : Oui, parce qu’il faut un visa de travail en tant que musiciens. Mais il faut avoir été un groupe depuis deux ans, 18 mois, pour obtenir ce type de visa. Une règle décidé je ne sais comment, mais, bon…

Metal-Eyes : Et c’est eux qui seront avec toi à Clisson ?

Manuel Gagneux : Oui…

Metal-Eyes : Et tu pourras constater ce que tu viens de dire : l’ambiance est spéciale. Tu verras des gens faire la queue pour acheter, cette année, les billets pour l’an prochain.

Manuel Gagneux : C’est dément !

Metal-Eyes : Si tu devais décrire la musique de Zeal And Ardor à quelqu’un qui ne vous connait opas, afin de le convaincre d’acheter votre album, que lui dirais-tu ?

Manuel Gagneux : Je ne veux convaincre personne d’acheter l’album s’il ne le souhaite pas, mais… Ma musique joue sur des émotions extrêmes, à la fois agressives et mélancoliques ou joyeuses. Il n’y a pas de compromis, je suis toujours dans les extrêmes. Alors, si tu aimes les extrêmes, peut-être aimeras-tu ma musique !

Metal-Eyes : Tu parviens à mélanger ces ambiances. J’entends le blues des bayous, et la souffrance mêlée de tristesse des gens qui travaillaient dans les bayous de Louisiane.

Manuel Gagneux (il lève les bras, poings fermés): Oui ! J’y suis arrivé ! C’est ce que je cherche à faire !

Metal-Eyes : Une dernière chose : tu as passé une bonne partie de ta journée en promo, quelle a été ta question préférée jusqu’ici ? La plus surprenante, intéressante…

Manuel Gagneux : La meilleure question ? Je dirais : « Quelle est la meilleure question qui t’a été posée aujourd’hui ? »

Metal-Eyes : Et pour quelle raison ?

Manuel Gagneux : … Ah, nom de Dieu ! (rires) Parce que c’est une question ouverte, qui fait réfléchir à ce qui a été demandé depuis ce matin. Une question très professionnelle à laquelle je ne peux pas répondre par « oui » ou « non ».

Metal-Eyes : Alors je prends cette réponse comme un compliment ! Bonne chance avec ce nouvel album et je te verrais au Hellfest !

Manuel Gagneux : Avec plaisir ! Et merci pour ton temps, aussi !

 

METALDAYS: le festival de rêves?

Coincée entre, à l’Ouest, l’Italie et un petit bout de mer Adriatique, au Nord, l’Autriche et au Sud, la Croatie, se situe la Slovénie. Vous iriez, spontanément, en Slovénie, vous? Perso, ce n’est pas la première destination qui me vienne à l’esprit. Mais une question: « Tolmin? Oucéksé, ça, Tolmin? »

Et pourtant… L’amateur de metal le sait bien: quelques festivals méritent de s’y intéresser et de voyager. Le Metaldays (www.metaldays.net), qui célèbre sa 15ème édition, se tiendra du 22 au 28 juillet prochain dans cette petite ville à quelques heures de vol de Paris. Et cette année, pour fêter l’événement, Govan, un des organisateurs, a décidé de faire comme les groupes qu’il reçoit: une tournée de promotion.

Certains se demanderaient pourquoi venir à Paris. « Parce que la France représente le second public du festival », rétorque le barbu tatoué. « Metaldays n’est pas le plus gros festival, on n’accueille que 12000 personnes par jour, environ. Et la France, à elle seule, représente pas moins de 2000 personnes qui viennent passer la semaine à Tolmin« .

Un sixième de la fréquentation, presque un cinquième, quand même. Juste derrière l’Allemagne (3500) et devant l’Autriche (un peu moins de 2000). Seconde nation parmi les plus de 60 (Chine, Nouvelle Zélande, Australie, USA, Canada…) dont les citoyens s’offrent une semaine dans un paysage de rêve. Car si le festival se passe sur une semaine, il ne dure en réalité que 5 jours, ce qui permet au public de « s’installer le premier jour, de se reposer après le festival« . Et pendant les 5 jours du fest, « généralement, les spectateurs font un peu de tourisme« . Oui, mais, il a quoi de si particulier, le Metaldays par rapport aux autres grands fest européens comme le Grasspop, le Wacken ou notre Hellfest? « Il n’y a pas de scénographie particulière, c’est vrai. Seulement, le site du festival est particulier puisqu’il se situe entre deux rivières. Les spectateurs peuvent donc se baigner, sortir de l’eau et venir voir jouer un groupe deux minutes après! Ou revenir d’une ballade pour assister à un concert. Metaldays combine vacances d’été et metal. C’est le lieu qui fait notre différence et rend Metaldays unique« .

Bien, mais un festival, ce sont aussi les groupes. « On est très fiers de l’affiche, mais on retrouve ces groupes sur d’autres festivals au cours de l’été. On n’investit pas dans de grosses structures style aéroport. Le Metaldays, c’est un peu d’anarchie et un peu de… Si tu viens pour la première fois, tu entres sur le sites et tu fais ce que tu veux. Tu peux croire qu’on ne sait pas ce qu’on fait, mais tout ce que tu vois a une raison d’être! »

Comment les groupes sont ils sélectionnés? Le Metaldays coure-t-il derrières eux ou sont-ce les groupes qui contactent l’orga? « Les agents travaillent avec plusieurs groupes. Ils nous envoient les disponibilités pour l’année ou les deux années à venir – on travaille déjà sur l’édition 2019 – et nous, en fonction de nos envies et des disponibilités, on organise le line-up. On essaie de ne pas faire venir les groupes trop souvent – 3 ans – mais parfois, leur actualité fait qu’on réduit les espaces« .

Avec 3 scènes, le Metaldays fait en sorte d’éviter les doublons, que deux groupes du même style ne jouent pas au même moment ou l’un juste après l’autre. Cela afin que les spectateurs puissent profiter au maximum de l’ensemble et voir un maximum de groupes.

Quand je demande à Goran ce dont il est le plus fier de ces 15 éditions, sa réponses est inattendue: « je suis particulièrement fier que nous n’ayons jamais eu de gros problèmes. Nos visiteurs sont si polis et courtois entre eux… Notre communauté est vraiment superbe. Pas de bagarre, ni de bullshit… »

Justement, qu’en est-il de la sécurité? Naturellement, elle est au cœur des préoccupations de l’organisation : »il y a les obligations légales, que nous respectons à la lettre. Aussi, les pompiers nous imposent des mesures. Mais aussi, nous avons sur le site des sauveteurs maritimes qui surveillent les baigneurs à tout moment. Des maitres nageurs, sauveteurs en mer spécialisés et diplômés, capables d’intervenir en toutes circonstances. Aussi, il y a ce que nous ajoutons en améliorant les choses d’une année sur l’autre« . Fun, metal, vacances et sécurité… tout pour séduire en somme.

Et pas que les metalleux, puisque le site se met en mode « festivals » tout au long de l’été. « Ce qui coûte le plus cher, c’est la structure, et son transport. Une fois installée, pourquoi ne pas s’en servir pour d’autres événements? » S’ajoutent ainsi 3 autres festivals de genres variés: le Punk days, Overjam – reggae – et Motörcity – qui réuni blues et grosses cylindrées. A eux 4, ces festivals vendent un total de 30.000 billets, ce qui est plus qu’encourageant pour cette région méconnue.

Terminons avec un cinquième happening qui lui se tiendra du 29 novembre au 1er décembre: il s’agit du Winter Days of Metal, festival hivernal combinant relaxation et concerts. Si ces derniers ont lieu indoor, le côté « relax » propose 2 options: soit un pass ski ou un pass « bien-être », comprenant spa, massages, jacuzzi… Et là, les spectateurs devront se rendre en montagne, à Bohijn.

Mais en attendant, c’est bientôt l’été et si vous voulez vibrer au sons de Judas Priest, Accept, Soulfly, Behemoth Epica, Black Star Riders, Coroner, Hatebreed, Girschool, Igorr et plein d’autres, préparez vous soit en avion (Paris Venise ou, moins fréquent, Paris Lubjana), soit en voiture. Une belles semaine de vacances, en somme!

Vous trouverez toutes les informations – tarifs, line-up, accès… sur le site du Metaldays: www.metaldays.net

 

 

Interview: BLACK STONE CHERRY

Interview BLACK STONE CHERRY. Entretien avec Jon Lawhon (basse) et John Fred Young (batterie). Propos recueillis à Paris, Gibson France, le 5 mars 2018

Une interview avec Black Stone Cherry ne se refuse pas. Non pas parce qu’il s’agit de mega stars interplanétaires – il ont encore beaucoup de chemin à parcourir, en tout cas en France où leur statut reste malheureusement presque confidentiel – mais tout simplement parce que ces gars sont d’une simplicité et d’une gentillesse sans pareil. En plus, Jon et John Fred sont aujourd’hui de très bonne humeur…

Metal-Eyes : La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, c’était il y a un peu moins de deux ans, au lendemain de votre dernier concert parisien. Quels souvenirs en gardez-vous ?

John Fred : C’était génial !

Jon : C’est un des meilleurs concerts que nous ayons donnés ici.

John Fred : Oui, on a joué deux fois dans cette salle.

Jon : Il y avait deux fois plus de monde que la fois précédente !

John Fred : L’énergie qui s’est dégagée de ce concert… C’était…

Jon : Plein de gens qui montaient sur scène ! (rire général)

Metal-Eyes : On aime faire ce genre de choses…

John Fred : Crowdsurfing… C’était si cool…

Metal-Eyes : Ce concert a eu lieu avant la sortie de Kentucky, et vous étiez censés revenir soutenir cet album quelques mois plus tard. Une grande partie de la tournée européenne a été brusquement annulée ; que s’est-il passé ?

Jon : Des choses personnelles sont apparues, et on a préféré s’e occuper. On a détesté devoir annuler, mais c’était nécessaire.

John Fred : On savait qu’on reviendrait.

Metal-Eyes : Il n’y a eu aucune nouvelle ni info… Familly tree va sortir exactement 2 ans après Kentucky. Ce n’est pas si long, mais le temps a cependant paru très long…

John Fred : Oh, oui… On a enregistré Kentucky en 2015, il est sorti le 1er avril 2016.Deux ans plus tard, voici Familly tree, et, mec : on est fiers de nous !

Jon : L’attention des gens est plus courte aujourd’hui. On a toujours eu un rythme d’un an et demi à deux ans entre deux albums, ce qui semble être la limite. Au-delà, les gens commencent à t’oublier. C’est une des raisons pour lesquelles on a sorti le Ep de blues, quelque chose d’un peu différent mais qui maintient Black Stone Cherry dans l’actualité.

Metal-Eyes : C’était aussi un moyen de faire savoir aux fans que vous étiez toujours là, en vie ?

John Fred : Honnêtement, on commençait à s’ennuyer ferme ! Ce n’est pas Mascot qui nous a demandé de le faire… On a toujours aimé reprendre des morceaux de blues, alors on l’a fait ! On a pris 5 jours de studio, chez notre ami David Barrick, avec qui on a fait Kentucky et Familly tree. On n’avait aucune idée de ce qui allait en sortir. 5 jours en studio, 6 chansons… et il a fait un super travail. Et 3 des chansons sont devenues n°1 du Blues bill qui est la plus grande chaine de blues du réseau satellite, une des grosses stations rock du pays. On savait que le public était encore présent. Le gars qui anime cette station est un ami. En général, si les groupes qui ne font pas partie du circuit blues enregistrent une reprise qu’il diffuse, il reçoit des mails disant que ce n’est pas du vrai blues… Et il nous dit « vous, les gars, vous venez de vous faire un nom dans le circuit blues », et ça, c’est cool ! ça nous a redonné confiance, reprendre ces standards, un peu blue grass, les orienter dans un esprit Motown…

Metal-Eyes : Vous retrouver et retrouver cet esprit de famille qui vous a toujours unis. Familly tree va sortir le 20 avril et débute avec le titre Bad habit. Je n’ai pas lu les paroles, alors cette « mauvaise habitude » dont vous parlez est-elle responsable, en partie, de votre absence de 2 ans ? Ça sonne comme une confession…

John Fred : Non, parce qu’on n’a pas pris 2 ans de repos ! On a beaucoup tourné…

Jon : Oh, oui, on a tourné partout aux USA, et on fini par faire ce que nous devions pour cet album.

John Fred : Et cette mauvaise habitude, c’est d’être enlacés avec cette belle fille, c’est aussi simple que ça ! (Rires) Je voudrais bien te donner une explication plus profonde, mais,  non !

Metal-Eyes : Il y a aussi cette chanson intitulée « New kinda feeling ». C’est quoi, cette nouvelle sensation ?

John Fred : Tant de gens nous parlent de cette chanson… Pour moi, c’est une super chanson, mais c’est incroyable d’imaginer quelles chansons vont séduire le public et prévoir qu’on te pose des questions sur telle ou telle chanson est évident. Mais on ne s’attendait pas à celle-ci : en Angleterre, aux USA, toi, ici, maintenant, plein de gens semblent adorer cette chanson…

Jon : Pour moi, c’est un peu le reflet de l’ensemble de nos disques. Bien sûr, on peu retrouver des points communs, mais nous n’avons jamais enregistré deux fois le même disque. Certains groupes, et je en dis pas ça en mal, dès le départ, trouvent un son et s’y collent. Il n’y a pas un très grande évolution. Prends un groupe comme AC/DC, c’est AC/DC.

John Fred : C’est ce que tu attends d’eux, qu’ils fassent du AC/DC !

Jon : Au contraire, un groupe comme Led Zeppelin ne s’est jamais répété. Et nous tendons plus à être dans cet esprit. On adore AC/DC, mais on se sent plus proche de l’esprit Led Zeppelin.

Metal-Eyes : Vous ne voulez pas vous répéter…

John Fred : On ne le peut pas, en réalité. Quand on a commencé à enregistrer de la musique, on était au lycée. Quand tu es gamin, que tu commences à jouer, tu as des idées. Et ce que tu envisages gamin ne sera pas pareil dans 10 ans ; Quand tu grandis, tu réalises ce que les expériences t’ont apporté, que ce soit en tournée, dans ta vie personnelle, familiale, les événements mondiaux… C’est ce qui te permet de devenir un autre compositeur. Et nous composons tous les 4. Nos albums sont très diversifiés pour cette raison : ce ne sont pas qu’un ou deux gars qui écrivent, mais 4 qui balancent des idées. Parfois, nos albums sonnent comme… si toutes les chansons étaient différentes. C’est ce qui rend les choses intéressantes.

Metal-Eyes : Comment décririez-vous l’évolution du groupe entre Kentucky et Famuilly tree ?

John Fred : Je ne peux répondre que pour moi… Je suis toujours très fier de Kentucky, comme de chacun de nos albums, qui est le premier album que nous avons produit nous-mêmes. On était encore nouveaux sur le label Mascot, et toujours un peu dans l’esprit de « comment nous travaillions avant », avec un producteur, A&R et tous ces trucs. J’ai l’impression que, bien que faisant les choses nous-mêmes, nous avions encore certains réflexes et trucs que nous avions appris avec les albums précédents. Tandis que pour cet album, nous avons franchi un pas, nous avons beaucoup plus expérimentés et tenté des choses quand on était sur la route. Exploré nos racines, fait ressortir le rock sudiste et le blues – d’où est venu le Ep Black to blues – et ça nous a permis de réaliser Familly tree. Il n’a pas été répété, il n’y a pas eu de planification, on a écrit le disque sur la route, dans le Bus. Chris est devenu un assez bon ingénieur sur la route, il enregistrait tout à l’arrière du bus, et on a tous fait des allers-retours dans ce petit espace – l’arrière du bus est plus petit que l’espace entre ces deux canapés… Etre à 4 là-dedans, on l’a fait, on est vraiment serrés ! (rires)

Metal-Eyes : J’imagine, surtout si tu installe ta batterie !

John Fred : Tu sais quoi ? Il y a un truc super avec la technologie aujourd’hui : bien sûr tu peux avoir un kit électronique, mais tu peux trouver tous les rythmes et programmer ce que tu veux à partir d’une touche de claviers. C’est comme ça qu’on travaille nos démos avant d’entrer en studio. Il y a des années, quand un groupe avait des chansons, le label lui disait d’aller en studio, et de prendre le temps nécessaire. On parle de groupes comme… Guns n Roses, par exemple. Les budgets étaient si importants, parce que les groupes vendaient des disques. Maintenant, l’industrie du disque à changé, et il n’y a pas de budget permettant à un groupe d’aller en studio pendant 6 mois. Il ne nous a fallu que 22 jours pour enregistrer Familly tree. Il y a des raisons pour qu’on enregistre vite, c’est simplement notre style : on entre en studio, on enregistre et si ça nous convient, on garde la première prise ! Ca ne doit pas être parfait, même si, en ce qui concerne la batterie, je suis perfectionniste. Mais je préfère, de loin, une partie de batterie qui a du caractère, une âme. Je garde des choses sur lesquelles j’ai foiré, mais qui sont cool. Pas toujours, mais parfois.

Jon : John Fred réécoutait ses pistes et nous disait parfois qu’il voulait refaire telle partie de batterie, et on a dû le prier de la laisser telle quelle parce qu’il y avait ce côté un peu « magique ».

John Fred : La plupart des batteurs ne sont pas capables de s’immiscer dans un morceau, de jouer avec le morceau et de frapper juste quand il faut. Parfois, je retourne deux mesures en arrière et joue pile quand il faut.

Jon : Savoir exactement quel fût frapper et quand n’est pas évident. Pour que ça marche, il faut qu’il y ait le même kit, dans la même pièce avec le même air…

John Fred : (à Jon)  J’aime bien aussi quand vous… (à moi) On enregistre live, il faut le savoir, et (à Jon), j’aime bien quand vous partez dans vos trucs…

Jon : Et John Fred a fait très fort, parce que, en dehors de chez lui, il n’avait rien travaillé avec nous ! Il a tout fait spontanément.

John Fred : Bien sûr, quand tu dois enregistrer un disque sans avoir répété, tu fais des erreurs… La spontanéité, il n’y a que ça de vrai !

Metal-Eyes : Puisque tu parles d’ennui : ça fait des années que vous jouez ensemble et que vous donnez des concerts. Y a t-il des chansons que vous voudriez pouvoir ne plus jouer ? (les deux explosent de rire) Des chansons que, pourtant, vous devez jouer parce que les fans les veulent…

John Fred : Bien sûr ! Tous les groupes du monde passent par là, tous se lassent de certaines chansons, pas parce qu’elles sont mauvaises, parce qu’ils les ont trop jouées…

Jon : Je pense que le truc pour conserver une certaine fraicheur, c’est de travailler par cycle, et de changer les setlists. Pour cela, il faut avoir un certain nombre d’albums à proposer. Nous en sommes à notre 6ème disque

John Fred : Chacun de nos albums, à l’exception d’un seul, comporte 13 chansons. Je te laisse faire le calcul : ça fait une longue liste de morceaux à proposer.

Jon : On peut facilement varier nos setlists, ce qui nous permet de conserver cette fraicheur.

John Fred : Et on peut ajouter les faces B ! Une chanson comme White trash millionaire est sans doute un des plus importants piliers de notre catalogue, elle a fait exploser notre groupe. Tu demande à n’importe quel fan de choisir un titre, il y a de fortes chances qu’il retienne celui-là ! Si tu regardes les compteurs de nos vidéos sur You Tube, Mary Jane a fait 7 millions de vues. Bon, comparé à ce que certains gamins font – 50 millions – c’est rien (rires). Mais White trash, Me and Mary Jane et Blame it on the boom boom, on ne peut pas les éviter. Mais il y a ces fans qui attendent aussi des morceaux plus obscurs et peu les connaissent. Eux vont tripper. Nous voulons avoir une certaine image. Tu sais, le dernier album qu’on a fait avant Mascot… c’était un combat de tous les jours pour garder cette identité intacte ; ils voulaient absolument nous mouler comme un de ces groupes de rock US, et on le refusait. Le premier album, on se disait « non, on ne fait pas ça ». Pour Between the devil and the deep blue sea, sur lequel il y a de super morceaux, on était un plus formatés, le label voulait qu’on soit un groupe qui passe à la radio. Alors on a travaillé avec un grand producteur, à Los Angeles. Ça a été une super expérience, mais on a découvert que ce n’était pas nous.

Jon : On m’a souvent dit, quand on était sur notre ancien label : « garde le gros son et ne  réfléchis pas ». Si tu écoutes le premier album, la basse est partout. Au point qu’on a écrit dans les crédits « basse et basse lead » tant j’en ajoutais. J’en ai moins mis sur le second, je suis resté un peu plus en retrait, et pour le troisième, j’ai fait le strict minimum. Et ensuite, pour le 4ème, j’en ai refait un peu plus. Notre producteur était musicien, alors. Et il y a eu Kentucky, et j’ai donné juste ce qu’il faut.

Metal-Eyes : Familly tree mélange d’ailleurs toutes vos influences. J’ai été très surpris par les guitares sur Burning qui sont très orientées ZZ Top.

John Fred : Oh, oui ! (rires)

Metal-Eyes : Ca sonne même comme le ZZ Top de la période Eliminator… Il y a aussi du blues, du rock, cette superbe chanson d’amour que tout le monde voudrait écrire pour son enfant, my last breath… Maintenant si vous deviez ne retenir qu’une chanson de Familly tree pour décrire ce qu’est aujourd’hui Black Stone Cherry, ce serait laquelle ? ?

Jon : Je dirais Familly tree.

John Fred : Moi aussi…Parce que musicalement et littérairement, elle décrit et représente pleinement notre expérience. Elle parle des montagnes que nous avons gravies et celle d’où nous avons chuté. Elle parle d’une manière très poétique de notre parcours, et musicalement, chacun de nous, c’est le cas sur tout le disque mais plus encore sur ce morceau, a une véritable identité. J’adore ce morceau parce que quand je l’écoute, je peux vraiment entendre John Fred Young, Jon Lawhon, Chris Robertson et Ben Wells, pas que Black Stone Cherry.

Metal-Eyes : Quel pourrait être, 17 ans après vos débuts, la devise de Black Stone Cherry ?

Jon : Oh la vache !

John Fred : Punaise ! « Continue de continuer », c’est la meilleure chose qui me vienne à l’esprit… Jon ?

Jon : Je te suis !

Metal-Eyes : Quels sont vos prévisions de tournée ? Je n’ai rien vu pour l’instant en France, une date est annoncée au Download anglais…

John Fred : J’ai demandé à notre agent s’il était possible de nous faire jouer au Download Paris, mais… je ne sais pas.

Jon : On va revenir à l’automne, c’est sûr. Il y aura au moins un show en France.

Metal-Eyes :

John Fred : Je voudrais bien qu’il y en ait au moins deux ou trois…Il y a des endroits sympa, Lille, Lyon, Clisson.

Metal-Eyes : Vous venez de donner au Dr Feelgood un show acoustique, c’était comment ?

Jon : Super. On a eu environ 50 personnes, c’était old school.

John Fred : C’est la seconde fois que nous jouions Bad habit. La première c’atit il y a quelques jours dans l’appartement de Jimi Hendrix, qui est un musée maintenant. Au Feelgood, c’était cool, on a eu un petit soundcheck, les gens était détendus…

Metal-Eyes : Vous avez été en promo toute la journée. Quelle a été la question la plus étonante, la meilleure qu’on vous a posée aujourd’hui ?

John Fred : Euh… J’ai bien aimé qu’on parle de New kinda feeling. C’est assez surprenant car, je sais que c’est un bon morceau, mais voir autant de gens nous en parlé est vraiment super. Parfois, en tant que musiciens, ti as tes préférences, mais c’est cool de constater comment les chansons affectent les auditeurs, fans, médias ou autre…

Metal-Eyes : Pour terminer : après 17 ans ensemble, que rêvez-vous d’accomplir avec Black Stone Cherry ?

Jon : Simplement de continuer de grandir. Tu sais, on a pas toujours été le groupe important que nous sommes devenus, nous avons gagné chaque centimètre, et je souhaite continuer de les gagner, un par un.

John Fred : Chacun de tes 6 centimètres, petit à petit (ils explosent de rire) !