Interview: JIRFYIA

Interview JIRFYIA. Entretien avec Ingrid (chant), le 1er mars 2023

On ne va pas revenir sur l’histoire de Jirfyia, le précédent disque, Still waiting était présenté comme un Ep, mais avait la longueur d’un album.

On a fait un Ep, Wait for dawn, en 2019, et en 2020, année du confinemiinn (elle rit), on a réussi à composer et enregistrer un album, Still waiting.

Qui était cependant présenté alors comme un Ep, d’où le fait que je dise que ce nouveau disque est votre premier album… Ce disque est autonommé, cela signifie-t-il que ce soit un nouveau départ, post confinement ?

Alors, il n’est pas autonommé… c’est un peu plus subtil que ça puisque sur la pochette, il y a un W, qui est le titre de l’album. On a gardé cette lettre qui est l’initiale de Women – femmes en anglais – qui est la thématique principale de ce disque, la condition des femmes à travers le monde. Chaque morceau traite du point de vue d’une femme, réelle ou fictive. Chac=que chanson est le portrait d’une femme.

Puisque nous sommes dans l’explication du concept de l’album… La pochette m’évoque un temple ou une sorte de pyramide moderne, SF. Quel est justement le concept de cette pochette ?

En fait, c’est l’ami d’un illustrateur qui avait travaillé avec Born From Lies, le précédent groupe de Jérôme et Pascal. Cet illustrateur n’étant pas disponible, il nous a donné le contact de Quentin, qui travaille dans le milieu du jeu vidéo, principalement dans les décors. On a beaucoup parlé des femmes, l’album en parle mais je ne voulais pas qu’on mette une femme sur la pochette, il fallait quelque chose de plus symbolique. Au départ, on lui a fait part de plein d’idées, et il nous a fait quelque chose qui ressemblait un peu trop à ce qu’on voulait mais n’était pas ce qu’on voulait… (rires) Ce n’était pas super bien parti, et on lui a simplement dire de faire ce qu’il ressentait et de nous le proposer. Il nous a sorti ça, et je trouvais l’image asse forte. Ce n’est pas mon imaginaire mais ça crée cet univers qui permet de rentrer dans l’album. La femme est juste suggérée en haut de cet escalier.

En même temps, si on pense pyramides, on fait le lien avec l’Egypte plus qu’au Louvres, et on imagine volontiers Cléopâtre – et il y a un lien avec votre musique. Pourquoi cette volonté de mettre en avant la femme sur cet album ?

C’est venu après discussions. Sur le précédent album, il y avait un titre qu’on adore jouer sur scène, Silently, qui abordait la question de l’interdiction de l’avortement dans un pays comme le Salvador, qui mène des femmes en prison à vie, qui sont même parfois dénoncées par leur médecin traitant, parfois. C’est un thème qui me touche naturellement. Ensuite, c’est quelque chose qui est naturellement revenu dans nos discussions, à la fin du confinement, période où on a eu plus de temps pour lire ou voir des films. J’avais vu ce film, Le bal des folles, et le premier morceau, Asylum, en est complètement inspiré. Le bal des folles est lui-même adapté d’un roman du même titre qui parle des femmes qui, il y a une centaine d’années en France, étaient envoyées à La Salpêtrière, alors un asile pour femmes, qui, sous couvert d’expérience, était à remettre dans le droit chemin… C’était aussi un asile où on envoyait les jeunes filles de bonne famille dont on voulait se débarrasser… Je trouvais ça très fort et je me suis dit « pourquoi pas, à travers chaque chanson, raconter des histoires de femmes, réelles ou fictives ». Il y en aune sur une militante afghane, par exemple. Il n’y a pas que des victimes, on n’a pas voulu avoir de discours… « misérabiliste », on y a fait attention. Il y a d’autres points de vue, des femmes de pouvoir, comme sur Sister in blood. On a imaginé la sœur de Kim Jong un, le dictateur nord coréen et on s’est demandé si, dans l’ombre de son frère, elle n’était pas plus maligne que lui, si elle ne visait pas encore plus le pouvoir, ce que, de naissance, elle n’a pas eu…

C’est intéressant de parler d’elle, d’autant plus en ce moment où on voit Kim Jong Un mettre en avant sa fille…

Oui, on l’a vu, et c’est dingue parce que la chanson était déjà enregistrée quand il a commencé à montrer sa fille. Ça promet une guerre des clans à la Game of thrones… Avec les reines qui s’entretuent… C’est aussi le sort d’une partie de ce monde qui se joue à travers cette tragi-comédie familiale… Mais ça reste des histoires de femmes et la question de leur place dans ce monde de pouvoir…

Parlons un peu de musique. Jirfyia est un groupe de metal avec pas mal d’influences orientales, d’où, encore une fois ce clin d’œil à la pyramide dont nous parlions un peu plus tôt. Maintenant, si tu devais me vendre cet album, que m’en dirais-tu ?

Euh… ce sont 8 chansons construites comme des petits films avec des moments de tension et de repos bien définis, toutes les nuances qu’il faut pour découvrir la psyché de chaque personnage. On a rajouté des instruments qu’on n’attend pas forcément dans le metal – des violons, violoncelles et trompettes – qui nous amènent ailleurs et servent de moments de calme et d’introspection et qui rajoutent à cette dramaturgie qu’on a voulu créer sur chaque morceau.

Et si tu devais décrire l’évolution de Jirfyia entre Still wating et W ?

Je dirai qu’on s’affirme plus dans le sens où il y a toujours eu ces textes militants, sur l’écologie ou le capitalisme destructeur. C’est quelque chose qu’on voudrait et qu’on va assumer plus. On ne veut pas passer pour des donneurs de leçon et on a fait attention à ce qu’on écrivait sur des sujets un peu casse-gueule en essayant de ne pas porter de jugement, de faire preuve d’empathie à chaque situation et chaque personne, et, à travers ça, on cherche à donner envie à chacun de réagir et d’agir plus.

Pour l’enregistrement, vous avez de nouveau travaillé avec Andrew G. aux Hybride studio, qui est au final un autre membre de l’équipe…

Oui, quasiment (rires) ! Il est très sollicité et demandé dans le milieu du metal et du death metal. Je crois qu’il n’avait pas l’habitude de travailler avec des voix féminines, et il a compris, nous a amené à forger notre son de manière élégante et efficace. Donc pour l’instant, avec lui, c’est une équipe gagnante, donc pourquoi changer ?

Pour cet album, Ingrid, tu t’es laissée influencer par quoi ?

Ouh, là… Le metal ce n’est pas vraiment mon bagage à la base… Il y a un groupe que j’aime beaucoup et… presque honteusement, je ne les ai découverts que l’an dernier au Hellfest, c’est Lacuna Coil. J’ai beaucoup aimé cette harmonie entre les deux chants, et le côté visuel qu’on cherche aussi à amener un peu plus sur scène. On a créé un petit personnage qui arrive sur scène, un peu plus marqué par l’esprit metal. Je ne suis pas vraiment influencée par ce milieu, je ne suis pas une metalleuse pure et dure même si j’ai quelques références. Mais il y a tout un… bestiaire du metal que j’essaie d’éviter et qu’on veut interpréter différemment. Le nom du groupe, qui est celui d’une météorite, j’ai imaginé qu’elle s’était réincarnée en déesse… Justement, on en revient aux femmes… Une espèce de déesse des tourments qui, en arrivant sur Terre, voit cette espèce de foie. Elle n’a pas envie de se battre mais elle ne veut pas se taire…

Vous prévoyez des concerts en soutien de ce nouveau disque ?

Oui, il y a quelques dates qui arrivent, dont une à la Péniche Antipode de Paris le 26 avril, et on a aussi contacté des bookers – on est chez Splintering booking agency – qui nous prennent dans leur rooster et on espère pouvoir aller présenter ce disque sur scène partout en France… Tu es sur Orléans ? Il y a le Dropkick à Orléans, non ?

Oui, une petite salle en sous-sol qui chauffe très vite, avec les loges dans un couloir, mais une scène très sympa.

Il y a plein de groupes qui y jouent, on devrait avoir une date là-bas, il y a de quoi faire !

Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de W pour expliquer à quelqu’un ce qu’est Jirfyia aujourd’hui, ce serait lequel ?

Sur ce projet-là, je pense que ce serait Asylum. C’est celui qui a le plus d’instruments différents, et c’est un condensé de ce qu’on fait de mieux. C’est ce qui nous représente aujourd’hui le mieux. Et si on l’a mis en premier, ce n’est pas un hasard…

Pour terminer, quelle pourrait être la devise de Jirfyia ?

La devise ? Ah… pour un groupe militant comme nous en plus, je ne sais pas, « levez le poing », Rage Against The Machine… Ce serait dans cet esprit là : « gardez l’émotion et la rage au cœur », voilà !

 

 

Interview: LODZ

Interview LODZ – Entretien avec Julien (basse) – Propos recueillis par téléphone le 23 février 2023

Photo promo LODZ 2023

Deux mois après la sortie de leur dernier opus, Moons & hideaways, Lodz s’attaque à la promo. Julien, le bassiste du groupe nous dit tout de ce nouvel opus mais… la communication très brouillée nous empêche de bien comprendre les premières minutes de nos échanges. Le temps que Julien récupère un autre téléphone, et c’est reparti !

Moons and hideaways est le troisième album de Lodz. Il y a eu de nombreux changements dans le groupe puisque toi-même, et le batteur êtes arrivés en 2018. C’est votre premier album avec Lodz ?

Oui, c’est notre premier album.

Tu connaissais déjà le groupe avant ?

Complètement. C’est un groupe que je suivais depuis longtemps et j’ai vu passer l’annonce disant qu’ils cherchaient un nouveau bassiste. Je me suis lancé et ça a tout de suite matché, que ce soit sur le plan humain ou musical.

Avec 2 nouveaux membres dans une formation, il y a forcément une approche différente. Toi qui connaissais déjà le groupe, comment analyserais-tu l’évolution de Lodz entre ses deux derniers albums ?

Je pense que je suis arrivé au bon moment parce qu’ils pensaient déjà changer musicalement. Dans leur fonctionnement, il y a vraiment eu un avant et un après, même pour la composition. Pour cet album, le processus a été complètement différent. On s’est posé la question de savoir ce que nous pouvions faire pour proposer vraiment la musique qu’on veut. Ça passait par un changement de méthode de composition qui consistait à s’isoler. On partait 3 ou 4 jours dans une maison à la campagne, on mettait les téléphones et ordis de côté et on ne faisait que composer et tester, jour et nuit. C’est nouveau, tester, prendre des risques, des riffs, les mettre dans tous les sens, chercher le son… C’est quelque chose qu’on n’avait jamais pu faire avant et qui est vraiment nouveau. Cet album, sonne un peu différemment, c’est un peu l’album de la maturité.

Tu me dis donc que chacun a son mot à dire dans la composition…

C’est ça, il y a une vraie cohésion. Olivier, notre guitariste, est très à l’aise avec tout ce qui est home studio, ce qui fait qu’on peut vraiment essayer beaucoup de choses en quelques clics. « Je voudrais bien voir ce que ça donne en deux fois plus long… » On peut tester et tout de suite mettre tout le monde d’accord.

Quel est ton cursus musical ?

Je suis bassiste depuis une quinzaine d’années. Je suis plutôt de l’école de la musique des années 90, Pearl jam, Alice In Chains, toute la mouvance grunge. Après, avec mon éducation musicale, je me suis rapproché des styles un peu plus extrêmes – je suis un grand fan de punk, hardcore – et le tronc commun dans tout ce que j’ai toujours aimé jouer c’est l’émotion, la sensation. Je n’étais pas forcément le plus grand fan de Katatonia avant d’entrer dans Lodz, mais dans un groupe comme Alice In Chains, une influence aussi, il y a beaucoup d’émotion, et c’est ce qui m’a plu dans Lodz. Ce sont des choses qu’on peut trouver dans différents genres de musique, même si l’émotion est intense de différentes manières.

Sur Ghost of confusion, j’ai noté des ambiances très atmosphériques (il confirme), et il y a un instrumental, Pyramids, qui ouvre cet album. C’est assez osé de débuter un disque avec un instru, qu’on trouve habituellement à mi-parcours…

Oui, c’est vrai que c’est osé, et c’est quelque chose qu’on n’aurait peut-être pas fait avant. Ca rentre dans la démarche dont je te parlais. Pas de tabous. Ça ne rentre pas dans les codes ? tant pis. Si ça nous plait, allons-y. Et je pense aussi à Fast rewind qui est presque indus, presque une ballade un peu amère, c’est un titre qu’on adore et qu’on a voulu placer dans l’album même s’il est différent de ce qu’on a fait jusqu’à maintenant.

Trois morceaux complètement différents… J’ai même trouvé des influences à la Pink Floyd, dans la légèreté des guitares, par exemple.

C’est clair, même si, aujourd’hui, on n’entend moins de groupe se dire influencés par les années 70. Pourtant, oui. C’est un bon rapprochement… J’en suis très friand et ça se retrouve dans nos compos.

Ca ne signifie pas, bien sûr, que tout soit influencé par le rock des 70’s. Il y a des choses beaucoup plus modernes, notamment dans les mélanges de chant – clair et très agressif. Il y a un parti pris, là aussi ?

Clairement. Pour autant, si on devait faire un titre uniquement en chant clair ou uniquement en scream, on le ferait. Ce mélange, c’est en effet un parti pris dans la mesure où on joue sur plusieurs émotions. Parfois c’est triste, parfois, plutôt déprimant, nostalgique. Là, le chant clair est parfait, tandis que les moments de colère, les moments plus intenses, le scream tient parfaitement son rôle.

Si tu devais décrire la musique de Lodz pour inciter quelqu’un qui ne vous connait pas à aller vous découvrir, que lui dirais-tu ?

Déjà, il ne faut pas qu’il ait peur d’aller remuer des émotions. Notre musique est très intense, volontairement. Il faut être prêt à faire un voyage, une sorte d’introspection, aller explorer tout ce qu’on peut ressentir. Tous… on parle de dépression, de nostalgie, de tristesse, des choses que tout le monde peut ressentir. Il faut aussi écouter le disque entièrement. On a eu beaucoup de chroniques qui disaient que c’est un disque à écouter d’une traite pour tout saisir.

Tu me parle de variété, d’introspection mais je n’ai pas le temps là… Alors, si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Moons and hideaways pour expliquer ce qu’est aujourd’hui Lodz, ce serait lequel ?

Je dirais qu’il faut écouter You’ll become a memory, le second morceau. Le premier, c’est une introduction, mais celui-là, c’est un peu une carte de visite. On y trouve un peu tout ce qu’il y a dans l’album. On a aussi sorti un clip pour ce morceau, d’ailleurs. Je conseille donc à quelqu’un qui veut nous découvrir d’aller écouter ce morceau sur YouTube, et si ça lui plait, le reste lui plaira aussi, ce n’est que le développement de ce que l’on commence à aborder dans ce morceau.

J’avais en effet noté que c’est un titre plus heavy, puis il devient soft, il y a du chant clair, un refrain enragé, un mix vocal entre clair et guttural. J’ai même parfois l’impression qu’il y a plusieurs chanteurs, dont une femme. C’est le cas ?

Non… En fait, Éric, notre chanteur, a doublé énormément de voix pour avoir ce résultat. Sur scène, le guitariste se charge des chœurs, mais là, c’est 100% la voix d’Éric qui est parti dans plein de directions… Il s’est peu mis en danger, il a vraiment pris des risques par rapport à ce qu’il faisait maintenant.

La pochette de l’album, c’est l’œuvre de qui ?

Déjà, il y a cette présence féminine sur la pochette. C’est un peu le fil rouge, dans Lodz, il y a toujours eu une présence féminine. (Note de MP : là, je me dis qu’il n’a pas compris ou pas bien entendu ma question. Mais laissons, il apporte d’autres éléments) Je pense que c’est une forme de personnification de tout ce dont on parle en termes d’émotions. C’est un peu l’image du groupe, des paroles, de notre univers. Et cette porte, une seconde dimension qui symbolise cette invitation à nous rejoindre. Quand on ouvre le CD, on se retrouve à l’intérieur de cette dimension.

Un groupe de rock, c’est aussi la scène. Avez-vous des projets en ce sens ?

Absolument, ça commence à arriver et on est en pleine préparation. On a seulement annoncé notre participation à des festivale, dont un à Lyon, en juin, avec des noms comme Rotting Christ, Belphegor… Une autre date organisée par festirock, et là, on attend des confirmations mais d’autres dates seront annoncées dans les jours à venir. Nous, ce qu’on veut, c’est jouer… Notre groupe est encore indépendant, on a un super label, mais tout ce qui est booking, les contacts, les mails, c’est nous ! Si vous voulez nous voir jouer chez vous, envoyez-nous un mail, ce sera avec grand plaisir. L’idée, c’est de défendre cet album dont on est très fier. On est sur tous les réseaux – on n’a pas de site à proprement parler. On est assez facile à trouver même si on a un nom de ville polonaise…

Peux-tu imaginer une devise pour Lodz ?

Une devise ? Oh, la ! Tu me poses une colle là ! j’ai envie de dire « n’ayez pas peur »… de venir faire ce voyage avec nous, de vous ouvrir aux émotions. Oui, « n’ayez pas peur ».

Moons and hideaways est un titre assez mystérieux…

Oui… L’explication derrière tout ça ? La lune représente un peu ces humeurs que nous pouvons tous avoir, envers soi ou envers les autres. Les cachettes (« hideaways »), ce sont tous ces endroits où l’on peut se réfugier pour, au final, affronter tout ça.

C’est donc aussi en lien avec cette introspection dont tu parlais plus tôt…

Exactement…

Souhaites-tu ajouter quelque chose pour conclure ?

Je pense qu’on a fait le tour, je voulais juste saluer le travail qu’on a fait avec Nikita Kamprad, c’est le guitariste d’un groupe de Black metal qui s’appelle der Weg Einer Freiheit. Ils font un style complètement différent de ce qu’on fait mais, si nos styles sont complètement différents, il a une façon de travailler qui apporte une dynamique à notre musique. C’est quelque chose qui se perd un peu en ce moment. On lui a donc proposé, ça lui a plu, et il a accepté de produire notre album. Ca fait plaisir de travailler avec des gens qui travaillent « à l’ancienne »…

Ça veut dire que vous avez enregistré sur bandes ?

(il rit) Non, non, quand même pas ! c’st plus dans l’approche du mix, de faire le choix de privilégier ceci ou cela, le son naturel… Je trouve que le travail qu’on a fait avec lui est vraiment super. Alors, si des groupes cherchent un producteur, écoutez ce qu’il fait et contactez-le !

 

Interview: HIGHWAY

Interview HIGHWAY – entretien avec Ben Chambers (guitare) – propos recueillis par téléphone le 3 février 2023

Les sudistes de Highway viennent de sortir The journey (chro ici), leur quatrième album (cinquième production en comptant le Ep de leurs débuts) et une nouvelle fois encore parviennent à se démarquer avec une production 100% acoustique. Et franchement, depuis le temps que j’aime le rock simple et direct des sudistes, il était temps que je puisse m’entretenir avec eux. C’est donc le guitariste du quatuor qui se plie à l’exercice et franchement, des discussions comme ça, simple comme si « entre potes de toujours », ça fait du bien! Ben nous dit tout et plus sur ce nouveau disque plus que séduisant et réussi.

Metal Eyes : Ca fait un petit bout de temps que je suis Highway, et on va parler aujourd’hui de The journey, votre nouvel album…

Ben Chambers : Oui, je me souviens de chroniques sur Metal Eyes mais aussi sur un autre webzine il y a longtemps…

On ne va pas revenir sur l’histoire du groupe formé en 2002, vous sortez maintenant votre quatrième album…

Cinquième, même, sauf si on considère le premier comme un Ep, ce qu’il est… ok quatrième album.

Donc, un quatrième album, et vous avez fait le choix de sortir un disque acoustique. Un album a moitié composé de nouveautés et à moitié de reprises d’un groupe qui s’appelle Highway…

Oui, il est pas mal, c’est un groupe dont on est fans (rires)

Pourquoi avoir fait ce choix de reprendre certains de vos morceaux en acoustique ?

C’était un peu le point de départ de cet album : des concerts en acoustique, on en fait régulièrement et on adore ça. On avait revisité des morceaux en acoustique et on a toujours eu de bons retours, c’est une autre expérience. On s’est simplement dit que ce serait bien qu’on les enregistre, mais ça, c’était il y a longtemps. La pandémie est arrivée et on s’est simplement dit : « allez, faisons tout ce qu’on    toujours voulu faire mais qu’on n’a jamais pris le temps de faire ». On a fait plein de choses, un clip dessin animé qui a pris beaucoup de temps, on a travaillé sur des jeux video et on fait cet album. On a pris des morceaux qu’on jouait déjà en live mais en poussant beaucoup plus loin les orchestrations et les arrangements… On a écrit de nouveaux morceaux dédiés à ce format acoustique. On a fait ça parce qu’on adore ça… On a plein d’influences d’albums de blues acoustique, de groupe de hard qui faisait ça à l’époque des MTV Unplugged… ça montre une autre facette de Highway mais avant tout, le moteur, c’est le plaisir. On a fait ça parce qu’on a envie de le faire. On est allé au bout de cette idée. Pourquoi on a choisi de reprendre 4 de nos morceaux ? Parce que ça permettait de laisser une trace de ce qu’on joue live et ça permet aussi aux personnes, comme toi, qui connaissent Highway d’écouter une autre version du groupe, avec un petit coup de neuf. Il y a des morceaux qui datent d’il y a quinze ans !

Le petit coup de neuf commence dès Like a rockstar puisque vous avez ajouté des cuivres, des chœurs et l’interprétation est totalement différente.

Ah ouais, totalement ! C’est pour ça que je dis qu’on est vraiment allé au bout du truc. On a voulu se réinventer et pas seulement faire un album guitare/voix. On a travaillé pour la première fois avec un producteur – jusque-là, c’était plutôt de l’autoprod – qui s’appelle Bret Caldas-Lima qui travaille avec plein d’artistes, metal et autre. Il nous a beaucoup aidés pour pousser au maximum ces arrangements et apporter une couleur à chaque chanson. On a travaillé vraiment de concert avec lui, il nous a poussés à ajouter des cuivres, du piano, les orchestrations sur le dernier morceau The Journey. C’était vraiment passionnant d’aller toujours plus loin, de voir comment on pouvait sublimer es titres avec ce travail d’arrangements… En tant que musicien, c’était vraiment très enrichissant de retravailler d’anciens morceaux et d’en créer de nouveaux dans cet esprit-là. Vraiment trop cool (rires) !

Le principal c’est que vous y ayez trouvé du plaisir, vous le faites pour vous d’abord.

Ah, oui, on s’est vraiment éclatés. On ne nous attendait pas là, et ça nous a permis de surprendre un peu les gens. Nous aussi, ça nous a surpris… Mais on s’est tous éclatés !

Vous avez aussi choisi un titre qui est très évocateur, The journey, le voyage. C’est un voyage dans un univers qui est le vôtre, un voyage musical, un voyage dans le temps avec ces chansons revisitées mais aussi un voyage au travers de toutes vos influences.

Tout à fait, tu as parfaitement résumé l’idée de ce voyage. C’est tout ça. Revoyager dans notre discographie, dans le temps, comme tu dis, dans l’espace et dans les atmosphères… Il y a du blues, de la soul, du flamenco, il y a tout ce qu’on aime et qu’on n’a jamais réussi à inclure et que le format acoustique nous permet de faire.

Vous avez attaqué le travail sur cet album quand ?

Les anciens morceaux existaient déjà, mais on a vraiment commencé à se pencher dessus avec le Covid et les confinements. C’est là qu’on s’est demandé quels morceaux on allait choisir d’enregistrer. Les enregistrements ont commencé fin 2021 et se sont terminés début 2022, plusieurs sessions sur 4 ou 5 mois. Le confinement nous a permis de pouvoir nous pencher sur les détails. Le prochain album, qui sera électrique, je peux le dire…

Ce sera pour 2029 !

Non, ce sera avant, même si on est lents…

Je suis certain que ce sera pour 2029. Quand on regarde l’écart entre chacun de vos albums, il y a toujours 6 ans… Donc, 2029, c’est logique.

Ouais, mais on a le droit de changer… (rires)

En même temps, ça fait trois 6, un chiffre un peu magique, non ? Mieux encore… Si tu tapes sur google « line-up highway », sais-tu combien de propositions sont affichées ? Il y en 666 millions, je l’ai fait tout à l’heure…

Génial, génial… C’est vrai que c’est un chiffre magique… ou satanique, je ne sais pas… (rires) Le prochain album électrique, ok, je ne donne pas de date mais il est déjà bien avancé, il sera électrique mais avec son lot de surprise. Si The journey est un peu un ovni dans notre discographie, il a quand même notre patte, il y a un fil rouge.

Il y a clairement l’identité musicale de Highway, du classic hard rock, la voix de Benjamin, le jeu de guitares…

Ben a aussi beaucoup travaillé son chant pour ce disque. C’est un autre format, l’acoustique. D’habitude il y a sa voix éraillée, il pousse des cris, mais là, il a dû travailler différemment et ça aussi c’est chouette. Bosser avec ce producteur lui a permis de travailler dans un registre plus clean, faire passer plus d’émotions… j’ai hâte qu’on continue dans cette voix, en électrique mais avec ce qu’on a appris de cet album.

Tu parlais tout à l’heure de concert, un groupe de rock c’est aussi la scène. Quels sont vos pprojets à venir ?

On ne va pas faire de tournée pour cet album. On continue les concerts électriques et c’est assez rigolo parce qu’on joue en acoustique des morceaux qu’on a électrifiés. Il y a certains concerts où on fera un petit set acoustique pour rendre hommage à cet album, et il y aura aussi quelques évènements spéciaux où on jouera cet album avec les invités, cuivres, piano… dans des endroits un peu spéciaux comme des théâtres, pour coller à l’univers de ce disque. Sinon ce sera surtout des concerts électriques. Si tu nous suis un peu, tu sais qu’on joue régulièrement en Espagne, là, on va aussi aller pour la première fois en Italie… On reste un groupe électrique.

Si tu devais ne retenir qu’un seul des 8morceaux de The journey pour dire « voilà, Highway, en acoustique, c’est ça », lequel retiendrais-tu ?

C’est pas facile, parce qu’ils sont tous très différents. Maintenant, je dirai, principalement lorsqu’on joue live, le premier titre, Like a rockstar. Parce que c’est la preuve que même en acoustique, ça peut être fun, dynamique… On est toujours debout, on fait la fête. Mais ce titre montre que, même en acoustique, on peut avoir la rock attitude.

Justement, qu’est ce que vous faites comme des rock stars ?

Un peu tout ! L’idée des paroles de ce morceau, c’est de dire que quoi que tu fasses, fait le à fond, avec le style, la pêche, l’assurance, avec passion et c’est ça qui fait que tu le fais bien, que tu es heureux et fier de ce que tu fais, que tu sois électricien, dentiste, musicien. Fais les choses à fond. Après, on n’est pas le plus décadent des groupes, on a un décadent dans le groupe et ça suffit (rires) Et puis, on n’a pas envie d’être tristes, on traverse tous des moments tristes et difficiles. Romain, mon frère, et moi, on a perdu notre papa en fin d’année, on lui dédie l’album. C’était dur, mais la musique aide aussi à cicatriser, à se concentrer sur le moment présent. Et c’est vrai que le faire à fond aide beaucoup à traverser des moments plus difficiles.

C’est aussi une thérapie. Et, je fais peut-être un lien douloureux, mais « the journey » peut aussi évoquer ce voyage de votre père vers un autre monde.

Aussi… On lui a dédié l’album, ça a été long, difficile, ça s’est fait pendant le processus de l’album et clairement, oui, c’est aussi ça, un autre voyage…

Alors on va revenir à quelque chose de plus positif, d’autant plus que tu as encore quelques interviews à suivre et si tu y vas complètement déprimé… Alors, si tu devais décrire la musique de Highway à quelqu’un qui ne vous connait pas du tout, que lui dirais-tu pour lui donner envie de se plonger dans votre discographie ?

Je dirais que Highway c’est un groupe de hard rock, classic hard rock, avec beaucoup de mélodie et d’énergie. C’est le groupe de notre vie, Highway, donc dedans, il y atout, du hard rock australien de nos premiers amours auquel on a intégré en grandissant toutes les autres influences qui sont arrivées. Donc c’est un groupe assez mélodique qu’on a beaucoup travaillé, on a rajouté des chœurs… Ça reste une base rock binaire avec du blues, de la mélodie… C’est du rock assez… varié, fin. On essaie d’avoir de la finesse dans notre musique. On ne veut pas être juste un groupe de hard rock binaire, que j’adore, soyons clairs, mais avec Highway, on cherche toujours à rajouter quelques éléments pour enrichir notre musique.

Qui est responsable de la pochette et des illustrations ?

Il s’appelle Christian de Vita. C’est quelqu’un avec qui on a travaillé sur le clip de Chemical trip qui est sorti pendant le confinement. On avait fait un clip dessin animé, et ce mec, c’est un graphiste qui travaille à Paris que j’avais contacté dans l’optique de ce type de clip. Il avait fait celui de Slash, Bad rain, que j’avais beaucoup aimé. Je l’ai contacté, il travaille en France et il a accepté. Le tout a aboutit à ce projet et quand on a eu le concept de cette pochette d’album genre ambiance ciné, on s’installe et on en profite comme au cinéma, je lui ai tout de suite proposé. Je savais qu’il avait déjà l’idée de l’ambiance de tout ça, du cinéma – il travaille chez Disney. Il a fiat ça en collaboration avec un autre graphiste de Nantes. Tous les deux ont fait la pochette et… une affiche de film, une illustration par chanson qu’on retrouve dans le livret du CD. C’est donc aussi tout un concept visuel associé à cet album : tu rentre dans un cinéma, un théâtre, voir le film de The journey où chaque chanson est une scène différente avec les mêmes acteurs.

Tu parles de Chemical trip : l’illustration vous montre tous les quatre sur un arc en ciel aux couleurs de la gay pride (il se marre). Il y a un engagement de votre part ?

Ah, ah, non, il n’y a aucun engagement. C’est juste parce que c’était psychédélique. Il n’y a pas de rapport au drapeau gay, c’était vraiment plus part rapport au côté psyché, champignons hallucinogènes et tout ça. Maintenant, c’est vrai qu’on peut y voir un message et une sorte d’engagement.

Sans même parler d’engagement, ça pourrait simplement être un clin d’œil…

Ça pourrait, amis ce n’était pas le cas…

Je termine avec la pochette. Elle est, naturellement très évocatrice de cinéma mais surtout de cinéma américain (il acquiesce). Vous avez une relation particulière avec les USA. Vous y voyagez régulièrement ?

C’est notre culture, oui… Tu sais quoi ? J’en reviens. Il y a trois semaines, je me suis fait un trip court en Louisiane et au Tennessee pour aller suivre la route du blues, du jazz, de la naissance du rock’n’roll. J’adore… C’est ma culture musicale, et être dans ce berceau où est né le rock… Quand tu vas à Memphis et que tu rentres dans les studios, les Sun studios où sont nés les premiers morceaux d’Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Johnny Cash… C’est incroyable, émouvant… J’adore… Oui, je suis fan, et ça transparait dans notre musique.

Et les Américains sont plus dans l’entertainement que dans la culture, fameuse « exception culturelle française ». Cependant, qu’est-ce qui manque aujourd’hui à Highway pour passer au stade supérieur, vous avez une carrière qui commence à être longue, une discographie assez riche… Que manque-t-il ?

Si je le savais… Peut-être les contacts, le fait de n’avoir pas été là, au bon endroit au bon moment… Tout ce qu’on fait, on le fait avec amour, petit à petit avec les moyens qu’on a. Aujourd’hui, on croit vraiment à cet album qui peut nous ouvrir des portes vers un public pas forcément hard ou metal. Nous on continue, on sait qu’on va rencontrer quelqu’un qui va nous permettre de franchir une nouvelle étape. Comme ça a été le cas à chaque album, on a rencontré des gens qui nous ont permis de franchir une nouvelle étape. On verra où nous emmènera ce nouveau voyage… « It’s a long way to the top » … J’ai déjà accompli beaucoup de rêves avec ce groupe depuis qu’on l’a fondé – des tournées européennes, avec Schenker, rencontré des gens géniaux partout en Europe, faire des journées promo à Paris… Je ne pensais pas qu’on serait encore là 20 ans après !

Quelle pourrait être la devise de Highway aujourd’hui ?

La devise ? Je crois que c’est toujours la même chose depuis le début : « Enjoy, have fun ». Profite, quoi. Eclates toi et ne pense pas au passé ou au futur, éclates toi aujourd’hui.

As-tu une dernière chose à ajouter puisque nous arrivons au terme de cette interview ?

Surtout, merci à toi qui nous soutiens depuis nos débuts, tu fais partie des premiers à avoir écrit à notre sujet, à avoir fait des chroniques. On va monter une tournée, et on va partout, alors s’il y a des organisateurs intéressés, n’hésitez pas !

 

Plus d’infos sur le site du groupe: www.highwayrocks.com

 

Interview SLEEPING ROMANCE

Interview SLEEPING ROMANCE : entretien avec Lina (chant) Propos recueillis par téléphone le 23 janvier 2023.

Metal Eyes : C’est la première fois que nous échangeons, et comme je découvre Sleeping Romance avec ce nouvel album, peux-tu me raconter l’histoire du groupe ?

LinaSleeping Romance est un groupe qui a été fondé en 2013 par Frederico. C’est un groupe italien à la base de metal symphonique, avec une touche de power metal. Deux albums sont sortis et en octobre nous avons publiés le troisième, We are all shadows qui cherche une autre identité musicale, un peu plus new metal. On est un groupe de 5 personnes, deux guitaristes, un bassiste, un batteur, et moi-même au chant depuis 2020.

Ton parcours avant de les rejoindre, c’était quoi ?

J’ai toujours chanté, mais avant j’étais avec un groupe parisien, en 2016. C’était plus un groupe de heavy mélodique, on n’avait pas de grandes ambitions, on jouait avant tout pour nous. Et un moment est arrivé où je me suis posée des questions, je me suis demandé si je n’allais pas approfondir tout ça, et c’est à ce moment que j’ai vu l’annonce qu’ils ont postée, après la séparation avec l’ancienne chanteuse. Jusque-là, tout se passe super bien. Je suis en contact avec eux depuis le premier confinement, on a annoncé que j’avais rejoint le groupe en novembre 2020, mais ça faisait déjà 6 mois qu’on travaillait ensemble. Et tout se passe vraiment bien, tout le monde participe, chacun a son rôle…

We are all shadows est sorti en octobre. Pourquoi n’en faire la promo que maintenant ?

On s’est dit qu’avec toutes les sorties qu’il y a en ce moment, on risquait d’être noyés sous la masse. On n’est pas un gros groupe. Donc on a préféré garder la promo pour le moment où on jouerait en France. Et comme on a des dates les 25, 27 et 28 février, à Nice, Lille et Paris, on a préféré axer la promo maintenant. A Nice, ce sera à l’Alterax, à Lille, la BratCave et à Paris, on sera à l’International. Des petites salles, mais comme ce sont nos premiers concerts en France, on préfère ne pas être trop ambitieux, on fait ça de manière conviviale. On a aussi un concert prévu aux Pays Bas, au Female Metal fest, le 30 avril. On a joué aux Pays bas en 2022, j’ai beaucoup aimé et j’ai hâte d’y retourner. On jouera aussi au festival 666 à Cercoux cet été. Là aussi un festival qui prend de l’ampleur. Et puis il y a un autre festival prévu, mais je n’ai pas encore le droit d’en parler…

Tu n’as pas le droit d’en parler, ok. C’est un festival en France ou ailleurs ?

En France.

Bon, ça nous donne déjà une indication même si on ne va pas tout miser sur un seul nom… Un concert de Sleeping Romance, ça donne quoi ?

Ouf ! On bouge tout le temps, c’est très explosif, il y a beaucoup de headbang. Les nouveaux morceaux prennent une tout autre ampleur en live et je pense vraiment que ça vaut le coup de venir voir ce que ça donne. Ce n’est pas un moment qui vient illustrer l’album, c’est plutôt un moment qui ajoute quelque chose aux morceaux.

Si tu devais décrire la musique de Sleeping Romance à quelqu’un qui ne vous connait pas du tout, que dirais-tu ?

Je dirais que c’est un Evanescence en plus moderne puisqu’il y a aussi, à certains endroits, du chant saturé, avec un peu moins de touches électro qu’Evanescence n’en a. C’est une sorte de mix entre le Evanescence d’avant et d’aujourd’hui en un peu plus saturé.

Il y a aussi des touches de Rammstein selon moi. Qu’en penses-tu ?

Alors… Rammstein n’est pas une influence que m’a citée Frederico, mais les groupes qui l’ont influencé ont, eux, une influence Rammstein. C’est probable qu’il y ait un lien, oui ! Architects, Katatonia, Leprous… Tout se rejoint.

Il y a aussi un peu d’Apocalyptica dans les constructions mélodiques…

Oui, c’est vrai. Maintenant, on a aussi du violoncelle, on a travaillé avec un quatuor à cordes, donc, oui, le lien est normal. Mais il y a tellement de choses dans notre musique. Quand on n’a que quelques minutes pour parler de nous, on préfère mettre l’accent sur ce qui nous réunit.

Vous faites des économies de temps, ok, mais aussi d’encre puisque vous avez décidé d’intituler vos chansons par l’acronyme de chacune d’elle (elle rit). En dehors de l’esprit prog, il y a une raison particulière à ce choix ?

C’est complètement l’esprit prog ! C’est parti d’une réflexion : à chaque fois qu’on parlait des titres entre nous, on ne les appelait jamais par leur nom complet, on n’utilisait que les initiales. Smoke and mirrors, on disait SAM… On a gardé cette habitude et on s’est dit que ce serait marrant de le mettre aussi sur la pochette de l’album. En plus, c’est vrai, ça fait un peu prog !

Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de cet album pour présenter votre musique, lequel choisirais-tu ? Pas ton préféré, seulement le plus représentatif de l’esprit de Sleeping Romance.

Sans hésiter Smoke and mirrors. Parce que je pense que c’est le plus efficace et le plus complet de ce que l’on fait, il y a du prog, des passages un peu plus… vulnérables, d’autres plus agressifs, et il montre qu’on ne veut pas rester dans une structure figée. Pour moi, c’est le plus complet tout en restant efficace. Je trouve qu’il y a beaucoup de groupes de prog qui peuvent être difficiles à appréhender pour quelqu’un qui ne s’y connait pas, et ce titre permet cette accessibilité.

SI tu devais maintenant penser à une devise pour le groupe, pas un acronyme, s’il te plait, ce serait quoi ?

Je dirais simplement « surprise ! » Parce que, clairement, depuis que Federico a décidé d’aller dans cette nouvelle direction, il cherche à surprendre, à aller là où on ne l’attend pas. On a dit pendant longtemps sur les réseaux sociaux qu’on allait changer de direction, et les gens ont quand même été surpris quand on a sorti l’album ! Je pense même que les gens ne sont pas au bout de leurs surprises.

 

WORKING KLASS HEROES: No excuses, no remorses

France, indus/electro (Autoproduction, 2022)

Interview Working Klass Heroes. Entretien réalisé le 5 décembre 2022 avec Fabien (guitare)

Working Klass Heroes s’est « formé en juin 2010 à Perpignant. Jusqu’en 2015, on était un groupe plus power rock dans le style de Bukowski un peu teinté de metal. Il y a ensuite eu un changement de line-up avec l’arrivée d’un nouveau chanteur, d’un nouveau bassiste et d’un batteur. » C’est ce line-up qui, trois ans plus tard, publie son premier album. Mais arrive 2020 et le confinement pendant lequel « le bassiste et le chanteur sont partis. Ils ont voulu arrêter. Le chanteur à la base est batteur dans un autre groupe et il a préféré retourner vers la batterie. De notre côté, on a profité de la période pour commencer à recomposer et il y a eu l’arrivée d’Adrien, le nouveau chanteur et du nouveau bassiste, Chris, qui est le cadet du groupe, un p’tit jeune de 20 ans. »

L’album est sorti au mois de mars, il est donc assez étonnant de n’en faire la promo que maintenant… Fabien s’en explique : « notre batteur est tombé malade à cette période. Il a eu un cancer de la peau et il a dû se soigner, de la chimio, des laser… Nous, avant d’être un groupe, on est une grosse famille. On a un peu levé le pied et on l’a laissé se soigner. Il va aujourd’hui beaucoup mieux, et on a décidé ensemble de reprendre la promo. »

WKH a intitulé cet album, composé de 11 titres brutaux et très teintés indus/electro agrémentés de quelques touches de death, No excuses, no remorses (ce qui fera sans doute sauter n’importe quel anglophone, Remorse étant généralement à la fois singulier et pluriel dans la langue de Shakespeare et ne prenant la marque du pluriel que pour exprimer divers type de remords. Fin de la leçon, penchons-nous plutôt sur le contenu musical). Comment Fabien décrit-il la musique de Working Klass Heroes ? « Je dis qu’il s’agit d’électro dance metal ! On s’est penché sur le côté electro parce que, dès le premier album, on avait un clavier/machiniste dès le premier album et on n’avait pas exploité toutes les capacités de l’electro. Nos influences font qu’on s’est dirigés dans cette voie. Nos influences ? Ça va de Mass Hysteria à Ministry, en passant par Crossfaith et Prodigy… » On pourrait aussi affilier WKH à ses compatriotes de 6/33, Herrschaft, Punish Yourself, Shâargot… « Oui, mais on a aussi ce côté un peu plus metal qu’on retrouve chez Mass Hysteria ou Sidilarsen. Maintenant, dans le groupe, on a tous des influences différentes, comme Red Hot Chili Peppers, le rock 70’s… on a mis nos influences en commun et ça a donné cet album, un disque plus festif que le précédent. Ce qu’on veut, c’est nous amuser ». S’amuser, oui, mais ça reste dans l’ensemble un disque violent avec quelques passages fédérateurs comme ces « oh oh oh », sur Holy diva qui cache un passage en français – ou celui qui sera obligatoirement bippé et censuré si l’album sort aux USA puisque Children of the porn débute avec un « Come on fuck me » provocateur. Reste que, au-delà de cette brutalité, les guitares sont incisives, la rythmique enlevée et beaucoup de passages sont assez hypnotiques comme une invitation à la transe, d’autres se faisant plus groovy comme sur the end is nigh.

Contrairement à ce que le nom du groupe évoque – les héros de la classe laborieuse – les textes n’abordent pas de sujets politique, mais plutôt des choses du quotidien, la fête et la vie. D’ailleurs, si Fabien devait ne retenir qu’un titre de cet album pour convaincre d’écouter cet album, il retiendrait « The queen of the dancefloor, justement parce que c’est la fête, un titre qui dit qu’on est là pour s’amuser, pour le partage ». Dans le même ordre d’idées, quelle pourrait être la devise de Working Klass Heroes ? « Comme je le dis toujours, ce serait « venez prendre de l’amour dans nos concerts » simplement ! ». Ah, ouais ? Mais il est brutal, l’amour là ! (il rit) « Oui, mais ce n’est que de l’amour, rien d’autre ! »

AIRBOURNE live au Zénith Paris la Villette – le 28 novembre 2022 (avec Blues Pills)

Oh, la, la… Attention les cocos… On nous avait parlé d’embouteillages au portillon, on ne nous avait pas menti. Après deux années de disette, les voici tous qui déboulent pour donner des concerts et le choix est rude… La veille, Bercy accueillait Evanscence et Within Temptation tandis que le Zénith recevait Powerwolf,  Deux concerts apparemment complets sans compter que, le lendemain, c’est Nightwish qui investit aussi Bercy…. Et ce soir, oh, ce soir! Ce soir, dès l’approche du Zénith Paname La Villette, ça sent la testostérone, la bière et le poil viril dans ce Zénith qui accueille, en petite configuration, les Australiens d’Airbourne. Un groupe qu’on ne vient pas voir par hasard. Airbourne, c’est la garantie d’une soirée rock’n’roll simple et directe, et on sait ce qu’on vient chercher.

Initialement annoncés, Crobot n’est pas à l’affiche de ce soir. Heureusement, le peu de douceur féminine prévue est bien présent avec les Suédois de Blues Pills mené par Une Elin Larsson en toujours très grande forme. La chanteuse se dépense sans compter dès ses premiers pas sur scène, allant chercher le public où il se trouve avec force sourire et pêche énergisante.

Et une tenue quelque peu plus sobre que celle portée au Hellfest en juin dernier (rappelez-vous ce superbe justaucorps rouge transparent!) Toute de noire habillée, Elin danse, chante et se déhanche sur ces morceaux ultra groovy que sont Low kiss, Kiss my past goodbye ou Devil man.

Les 45 minutes allouées au quatuor passent à grande vitesse. A peine le temps d’interpréter 9 titres, soit une chanson de plus qu’au sus mentionné Hellfest, les 8 autres identiques mais joués dans un autre ordre, à peine le temps de se mettre en jambe que déjà, les 4 tirent leur révérence sous les acclamations d’un public largement conquis. Une belle et très joviale prestation, en somme. Et on se demande vraiment quand ce groupe passera au stade supérieur et sera autre chose qu’une simple première partie…

Mais le public est avant tout là pour Airbourne. La musique de Terminator et les balayages rouges annoncent l’arrivée des frangins O’Keefe et de leurs compagnons de jeu. Comme (presque) toujours, c’est sans surprise Ready to rock qui ouvre les hostilités (autrement, c’est Raise the flag. Pas d’autre choix…).

Si Joel O’Keefe, toujours simplement vêtu d’un jean noir arraché aux genoux, attire à lui la très grande majorité des regards, Justin Street (basse) et Harry Harrison (guitare) se démènent pour ne pas être en reste. Ca headbangue, ça tape du pied et ça court dans tous les sens, déployant une énergie folle, Joel s’offrant même, ça nous rappelle l’ancien temps de qui vous savez, un tour dans le public perché sur les épaules d’un roadie.

La setlist a quelque peu évolué depuis les deux passage au Hellfest d’Airbourne en juin dernier puisque la veille, à Tourcoing, deux titres ont été interprétés pour la première fois: Firepower et Rock n roll for life et sont intégrés aux désormais classiques du groupe. Des classiques qui, eux, n’évoluent guère en live, puisqu’on retrouve, pêle-mêle, Girls in black, Too much, too young, too fast, Breakin’ outta hell, Stand up for rock n roll parmis d’autres.

Tout au long du concert, Joel interpelle Paris et rappelle à quel point il est heureux, ils sont heureux, d’être de retour. En France et sur les routes en général. Si on sait à quoi s’attendre, Airbourne me surprend avec ce roadie qui monte sur scène en poussant un trolley sur lequel sont posés gobelets et bouteilles. Et voici Joel qui pose sa guitare, demande une première fois au public s’il a soif, s’empare d’une bouteille de Jack qu’il vide dans 4 gobelets. Puis s’empare d’une canette de coca qu’il vide également avant de tendre un gobelet à chacun des musiciens qu’il présente. Voici les 4 qui s’avancent devant la scène, lèvent leurs verres et se mettent à boire. Une gorgée symbolique avant de tendre les gobelets à des personnes dans le public.

Dans la série fun, plus tard ce sera un lancer de gobelets pleins – Jack ou bière? qui sait – dans le public. Certains, plus habiles ou mieux placés, réussissent à rattraper un des ovnis avant qu’il ne se soit entièrement vidé, mais c’est rare… Les autres terminent en éclaboussant le public dont certains membres ont dû se faire sermonner en rentrant… « Mais ma moumoune, non, je te jure, j’étais pas au bar, c’est ce con de Joel qui a balancé des seaux de bibine dans le public… – Mais oui, bien sûr, va te laver et me touche pas! – Mais moumoune… – Au lit et dodo, crasseux! » Fun, et rock n roll.

Stand up for rock n roll à peine terminé, Airbourne quitte la scène. Je regarde ma montre. Naaaan…! il est seulement 22 heures, ils se barrent après à peine une heure de concert? Ok, ils courent partout, mais une petite heure de jeu, c’est court pour une tête d’affiche dans une salle comme le Zénith. Ca me rappelle les derniers concerts d’un Motörhead en fin de course, d’un Girlschool essoufflé, d’anciens (que j’admire cependant) quoi. Mais pas d’un groupe dans la fleur de l’âge. D’autres anciens, Saxon, Maiden, Megadeth et consorts quittent la scène après 90’…

Naturellement, le rappel est là et Ryan O’Keefe vient taquiner la sirène d’alarme annonciatrice d’un Live it up qui voit son frangin s’installer en hauteur. Efficace artifice mais désormais incontournable. La surprise du chef, c’est l’introduction (déjà joué la veille pour la première fois) du nouveau crédo du groupe, Rock n roll for life, imparable, avant un conclusif Runing wild. Sans conteste Airbourne fait le job, et le fait bien. Simplement, malgré toute l’énergie et le fun développé ce soir, on pourrait s’attendre à 1/ un concert qui dépasse les 90′ syndicales et 2/un peu plus de spectacle dans ce type d’enceinte. A peine plus de titres interprétés que lors de son second passage au Hellfest cette année… Déceptions cependant compensées par la qualité de cette prestation plus qu’énergique de nos trois mousquetaires du rock pur jus qui nous ont offert une belle soirée.

Merci à Olivier Garnier (Replica promo) et Olympia Production d’avoir rendu ce report possible.

Interview: MAGOYOND

Entretien avec Bruno (MAGOYOND) – entretien réalisé le 9 novembre 2022

Photo promo

Metal-Eyes.com: Kryptshow est sorti en 2019, c’est un double album et celui avec lequel j’ai découvert votre univers. Justement, comment le décrire, cet univers de Magoyond ?

Bruno: C’est une bonne question parce qu’on n’arrive pas nous-mêmes à nous mettre dans une case… On est très fans de tout ce qui est « horreur » ou horrifique, que ce soient des choses qui font peur ou d’autres plus légères comme l’univers de Tim Burton…

Un peu « Contes de la crypte »…

Complètement, et le nom du précédent album vient entièrement de là, entièrement inspiré de cette série qu’on regardait à la télé étant gamin, avec sa mascotte en plastique qui veniat et présentait les épisodes. Magoyond, je le classerais dans le metal, le cinéma d’horreur et fantastique. C’est plusieurs choses qui font que ce groupe est aujourd’hui.

Si tu devais décrire la musique de Magoyond à quelqu’un qui ne vous connait pas du tout, tu en dirais quoi ? Il y a ce côté légèrement horrifique, mais la musique ?

On s’efforce maintenant d’envisager chaque chanson comme une histoire différente. Une histoire dans laquelle on cherche à faire rentrer l’auditeur ; On reste dans la thématique metal, avec des grosses guitares, un gros chant, mais avec un petit plus. Il va y avoir de l’orchestration, une petite chorale… On inclut plusieurs styles et quelqu’un qui, à la base, n’écoute pas de metal va pouvoir être transporté. On pense un peu notre musique comme une BO de film, on essaie de transporter l’auditeur vers ce que lui va pouvoir imaginer.

Il y a effectivement ce que lui peut imaginer, mais Necropolis est surtout une histoire qui lui est racontée, il y a de la narration. Julien met en place tout l’univers un peu inquiétant et accessible à tous les publics.

Exactement, et tu fais bien de le préciser parce qu’on s’en rend vraiment compte avec les concerts, on a aussi bien des enfants que des parents… Il y a toutes les tranches d’âge possible. On n’a pas encore eu de morts-vivants… l’album est sorti le 28 octobre, et il nous a semblé évident de faire une double date pour halloween pour la release party. Ça s’est fait au Zèbre de Belleville à Paris, les 31 octobre et 1er novembre dans une thématique qui correspond à 100% à ce qu’on veut faire.

Justement, un concert de Magoyond, il faut s’attendre à quoi ? C’est tellement imagé comme musique qu’on peut imaginer que vous développez un univers particulier sur scène…

Oui, on est un peu obligés… Il y a plus que de la batterie/basse/guitare et chant, et sur scène, malheureusement, on ne peut pas faire entrer tout le monde, sinon il faudrait le Stade De France, et on n’en est pas encore là. Magoyond sur scène ? En gros, on reproduit ce qu’on a sur album, avec un show lumières et des ambiances pour accompagner notre musique. Aussi, tout ce qu’on entend sur l’album, on va le retrouver sur scène : ce qu’on ne peut pas faire directement en live – les chœurs, l’orchestre – on le fait sur bandes, que tout soit vraiment callé à la perfection. On veut coller au maximum à ce qu’on a enregistré.

Puisque nous avons abordé le sujet, Necropolis est sorti il y a quelques jours. Trois mots : vends-le-moi.

Alors… Folie, émotion, allez un troisième…

Non, « en trois mots » : Vends. Le. Moi. Toi, tu peux utiliser des phrases si tu veux ! Je me suis mal exprimé !

Oui, c’est toi qui as dit 3 mots ! Alors, pour faire simple, avec Kryptshow, on avait placé la barre assez haute, on est aussi passé par le financement participatif pour l’album. On avait pensé avoir atteint un palier musicalement, et en fait, le guide de Necropolis c’était de faire mieux et plus aboutit, et faire ce dont on rêvait depuis des années : travailler avec l’orchestre. Là, c’est du Magoyond puissance 1000 parce qu’il y a eu un travail de fignolage tel… Quelqu’un qui découvrirait, je dirais « venez écouter et découvrir le travail de gens passionnés ». On s’efforce de faire mieux à chaque album.

Alors « mieux » et « plus abouti », « du Magoyond puissance 1000 » ; vous voulez faire mieux à chaque album… C’est le troisième, vous avez de l’ambition et c’est très bien. Mais si on a là du Magoyond puissance 1000, le prochain, ça va donner quoi ?

Ben, Magoyond puissance 10.000 ! On fera tout pour, en tous cas. Là, on est déjà super contents du résultat et on réfléchit déjà à la suite, mais pour le moment, l’heure est à défendre Necropolis sur scène. Ce sera déjà une belle chose.

Tu viens de nous parler de l’esprit de Magoyond. Si tu devais ne retenir qu’un titre de Necropolis pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Magoyond, lequel serait-ce ? Pas to préféré, le plus représentatif.

Avec un seul titre ? Je t’en aurais bien donné deux…

C’est pour ça que je ne t’en demande qu’un.

Oui, bien sûr. Je pense que ce serait la chanson éponyme, Necropolis, qui reprend des thèmes de nos anciens albums autant que de celui-ci, tant musicalement que dans la narration. Ce n’est pas le morceau le plus complexe mais je pense que c’est celui qui vient le plus s’inscrire dans la ligné de ce qu’on a fait depuis nos débuts et ce vers quoi on se dirige. Il y a le côté narration, le côté metal…. Necropolis serait le plus représentatif de ce qu’on fait aujourd’hui.

Une chose m’intrigue, vous l’avez depuis longtemps, c’est ce Z. Il représente quoi ?

Ça remonte à Pandemia, notre premier album et c’est lié à l’histoire avec notre mascotte Hector Zam. C’est en fait le virus Z, qu’on pourrait décrire comme un virus zombie, mais aussi, on retrouve le Z de Zam. C’est le fameux virus qui a commencé a décimé la population dans tout l’ordre Magoyond décrit dans nos trois albums.

Et il y a un autre « virus » qui veut décimer la population ukrainienne et qui s’identifie aussi avec un Z…

Ça, malheureusement… Nous, on était là avant… C’est le fruit malheureux du hasard, les Russes se sont approprié cette lettre, mais que les gens soient rassurés, nous n’avons aucune affiliation, nous ne faisons que de la musique, pas de la politique (rires) !

Vous avez travaillé avec un orchestre sur plusieurs morceaux. Comment avez-vous travaillé ensemble et comment les avez-vous convaincus de travailler avec vous ?

Dans le groupe, on a Aspic, le bassiste actuel, qui, en dehors de Magoyond, est un vrai musicien professionnel. Ce qui implique qu’il sait aussi bien diriger un ensemble, un orchestre que, et c’est lui qui s’en occupe, de se charger de la prod, des enregistrements aux arrangements. Aspic, c’est vraiment l’homme à tout faire. Pour cet album, on est passé d’un orchestre numérique à du « full » orchestration. Il a tout simplement écrit les partitions. On a démarché des centres où on peut enregistrer des orchestres. Là, c’était à la Seine Musicale qui a des orchestres à disposition avec qui on se met d’accord sur le nombre de musiciens nécessaires, la durée de jeu… Ça s’est fait comme ça. Le jour de l’enregistrement, Aspic arrive avec les partitions, les musiciens sont briefés, il enregistre le tout depuis sa cabine, il écoute, est-ce bien joué comme ce qu’il imaginait, il va voir les musiciens pour quelques directives… C’est vraiment lui qui a dirigé toute cette partie symphonique et sans lui, on n’aurait pas ce résultat.

Contrairement à ce que tu disais, là, c’est plus qu’une « petite chorale »…

Non, en effet, mais je ne sais pas exactement combien de musiciens il y avait. Tu peux les compter, si tu veux, ils sont sur le livret…

On peut imaginer que vous souhaitiez, à terme, pouvoir présenter un concert avec tout ce monde sur scène. Y a-t-il quelque chose de prévu en ce sens ?

De prévu, malheureusement, avec les moyens que sont les nôtres aujourd’hui, on est un peu limités. Et d’un point de vue logistique, c’est une organisation qui est très gourmande, autant financièrement que pour réunir tout le monde. Mais, oui, c’est un rêve qu’on a de pouvoir réunir tout ce monde, tout comme c’était un rêve d’enregistrer avec un vrai orchestre, qui date de notre premier album… Il a fallu 10 ans pour le faire. Monter sur scène avec un vrai orchestre, c’est un rêve, mais pas possible aujourd’hui. Magoyond, c’est nous 4, on fait tout nous-mêmes, de A à Z…

Le voilà ce fameux Z !

Oui, bien vu, très bon rebond ! Si un jour on devait faire un concert comme ça, il faudrait la garantie d’une structure et des moyens pour gérer ça. Peut-être une date unique pour un énorme concert…

Comment décrirais-tu l’évolution de Magoyond entre Kryptshow en 2019 et Necropolis en 2022 ?

Eh bien, c’est une suite logique. On a tous un peu grandi avec ce qu’on a vécu et le temps passé chez soi avec cette pandémie… On n’était pas précurseurs, mais le thème s’y prêtait bien ! Petit à petit, autant dans nos attentes musicales que visuelles, on s’est vraiment posés pour faire évoluer le projet dans le bon sens et surtout offrir une œuvre à la hauteur de la contribution des gens qui nous ont fait confiance et de ce que nous nous avions en tête depuis un bon moment, l’orchestre, la chorale, toutes ces choses qui ont permis à notre son d’évoluer et proposer des choses de meilleure qualité que ce qu’on a fait jusque-là.

Kryptshow était déjà de grande qualité…

Oui, oui, on ne le renie pas du tout mais on a voulu faire mieux. Et on en est satisfaits, on espère que le public le sera aussi…

Si tu devais penser à une devise pour Magoyond, ce serait quoi ?

Ouh là là ! C’est les petites questions piège…

Non, non, il n’y a pas de piège…

Non, c’est vrai, c’est bien ces questions un peu inopinées… Une devise pour Magoyond ? « Mangez sain, mangez des humains » ? En rapport avec les zombies, on va rester sur une petite note d’humour…

 

MESSALINE: Vieux démons

France, Heavy metal (Brennus music, 2022)

Chronique/Interview MESSALINE – Entretien avec Mathieu (guitare) réalisé le17 octobre 2022

Messaline n’a pas sorti d’album studio depuis Illusions barbares en 2015, et son line-up a depuis fortement évolué. Ne reste en place que son fondateur, le chanteur Eric Martelat qui s’est entouré, notamment, d’un vieux briscard de la guitare, Mathieu, qu’il connait depuis le lycée. Leurs chemins se recroisent en 2010 via un tribute à Black Sabbath, puis plus tard, en 2017, avec une formation hommage à HF Thiéfaine. Ce n’est qu’en 2018 qu’il intègre Messaline en tant que guitariste accompagné d’Alain Blanc, le nouveau batteur. Vieux démons déboule avec un line up nouveau qui intègre également 2 choristes et fleure bon le vintage. « Il y a beaucoup de chœurs féminins sur l’album et on veut que ce soit une dominante en live. Aujourd’hui, Messaline, c’est donc 6 personnes. Un groupe qui a fait peau neuve. Le groupe continue ce qu’il faisait avant, mais avec de nouvelles couleurs du fait qu’il y a de nouveaux musiciens.» Vieux démons est un album résolument orienté rock et hard rock 70’s. Ce que Mathieu confirme : « Eric considérait être arrivé au bout de certaines choses et a voulu revenir aux fondamentaux des années 70. On s’est dit qu’on allait rendre des hommages à tous ces groupes avec qui on a appris la musique, les Led Zep, Deep Purple, en allant chercher dans leurs répertoires des riffs emblématique qu’on a remanié à notre sauce. L’idée c’était que les gens se disent « Merde, ça me dit quelque chose mais j’arrive pas à savoir quoi ! » »  Des références totalement assumées, donc, pas du pompage pur et simple…  C’est souvent d’ailleurs tellement évident qu’on ne peut se tromper : on retrouve l’esprit de Black Sabbath sur Black shaman, les envolées de Robert Plant sur Immigrant song sur Je voulais te dire, Le jardin des délices a des touches de rock sudiste, un clin d’oeil tout aussi évident à AC/DC avec un « Highway pour l’enfer »… Les amateurs du groupe retrouveront même des références à… Messaline, puisque sur le morceau titre, Eric chante les mots « Eviscérer les dieux » qui est aussi le titre d’un ancien album du groupe. « Il y a des récurrences dans tous les albums de Messaline de tout ce qui a été fait avant, et on n’a pas voulu déroger à la règle, donc il y a aussi, des références à Messaline sur cet album ! »

Le nouveau line-up a-t-il apporté une nouvelle façon de composer ? « Une guitare sèche, le chant… On a vraiment composé à l’ancienne : j’enregistrais chez moi des parties de guitare, on est parti sur une base de, je crois, 24 à 27 riffs ou morceaux différents – on est assez boulimiques de travail avec Eric – on a pris les morceaux qui semblaient le plus inspirer Eric au niveau du chant mais aussi qui soient en lien avec ce que faisait Messaline avant. On a fait des prémaquettes, on a élaboré le squelette de l’album, enregistré basse et guitares, envoyé tout ça au studio avant de tout réenregister. » Ça reste donc assez organique comme façon de procéder, à l’ancienne, comme les références qu’on retrouve sur cet album. Dès Les 3 stryges, une ambiance est posée, un peu « fin de vie » avant un retour à la vie assez jazzy, prog à la Magma et Ange (référence ultime pour Eric Martelat) dont le fondateur, Christian Descamps intervient sur Black Shaman. Il y a d’autres invités, sur ce disque : « il y a des invités qui interviennent sur endroits : d’abord des invités qui n’ont pas forcément une grande reconnaissance, des gens avec qui on a joué dans des groupes, de très bons musiciens qui ont apporté des couleurs qu’on recherchait sur divers morceaux : de la guitare flamenco, de l’orgue Hamond, du slide, de l’harmonica… C’est vraiment des potes qui sont venus nous prêter main forte. Après il y a un instrumental qui fait une transition, et à la fin il y a la reprise de Ange qui est en fait un medley de 4 morceaux qu’on a réassemblés, réorganisés pour pouvoir faire cet hommage. Et puis il y a ces chanteurs : Jo Amore de King Crown, renaud Hantson, Christian Descamps… » Il y a également deux interludes, deux « marque page » qui permettent à l’auditeur de souffler un peu. Maintenant, quel est le morceau le plus représentatif du Messaline de 2022 selon Mathieu ? « Sans hésiter, Les 3 stryges. Parce qu’il y a un riff mémorable, résolument rock hard. Et puis un refrain très progressif qui devient de plus en plus grandiloquent avec l’avancée du morceau, et surtout, il y a cette espèce d’introduction qui dure 2’ et qui annonce les thèmes abordés dans le morceau. Ce titre a une vraie plus-value sur son ensemble ». On remarquera aussi la pochette – une nouvelle œuvre signée Stan W. Decker – où les membres de Messaline se mettent également en scène : « On a voulu aller jusqu’à la référence sur la pochette où il y a des clins d’œil à Rainbow, au Love gun de Kiss, et à la peinture de la fin du XIXème. Eric, qui est prof de dessin, avait fait le croquis de base de ce qu’allait devenir la pochette. Il était déjà en contact depuis un certain temps avec Stan qui a accepté de faire cette superbe pochette, à l’image de ce qu’on voulait véhiculer. » Un groupe c’est aussi la scène, et si quelques concerts sont prévus, Messaline devrait retrouver la route à partir du mois d’avril. Terminons avec le classique de Metal-Eyes : quelle pourrait être la devise de Messaline, selon Mathieu ? « Ouh, là…. Allez, Carpe diem » lâche-t-il en riant. Ce qui ne devrait pas s’avérer trop compliqué, Messaline s’étant toujours adressé aux amateurs de mélodies puissante et de riffs efficace. Le retour à un esprit « classic hard rock » développé sur Vieux démons saura trouver son public.

Interview: RED MOURNING

Interview RED MOURNING – Entretien téléphonique avec JC (chant) le 11 octobre 2022

En regardant votre discographie, on se rend compte que vos 3 derniers albums sont séparés de 4 ans. Tu ne peux pas utiliser l’excuse Covid pour les précédents, alors c’est dû à quoi ? De la flemme, manque de créativité, autre chose ?

Non, non (il rit)… Ce n’est pas de la flemme… On est plutôt des bosseurs, des compositeurs acharnés. Nous, ce qui nous intéresse, c’est de sortir de beaux albums. On passe beaucoup de temps à fignoler, on est extrêmement exigeants avec nous-mêmes, on bosse avec Francis Caste qui est lui-même exigeant… On ne se permet pas de dire tous les ans ou tous les deux ans on va sortir des morceaux au kilomètre, on en peaufine un ou deux et le reste c’est du « filler ». On préfère prendre plus de temps et faire les choses bien.

Peux-tu nous raconter la genèse de ce nouvel album, Flowers and feathers ?

C’est le 5ème album du groupe, et c’est un peu la continuité du reste. Comme je te le disais, on compose beaucoup, on a continué à avancer, à sélectionner nos morceaux – on compose pas mal, mais on en jette pas mal aussi. Et puis, on a bien réfléchi aux différents arrangements – pendant la période de confinement, on s’est bien concentrés là-dessus. A un moment, comme on a fait sur les précédents, on s’est arrêtés, regardés et on s’est dit « ok, là on a vraiment de quoi faire un bel album ». Il fa fallu ensuite booker le studio, voire quand Francis était disponible et mettre tout ça en boite avec les changements qu’il peut y avoir en enregistrant aussi.

Tu dis que vous prenez le temps nécessaire pour fignoler et donc être totalement satisfaits de votre album (il confirme). Le précédent, Under punishment’s tree, est sorti il y a 4 ans – devrais-je le rappeler ? Comment analyserais-tu l’évolution de Red Mourning entre ces deux albums, Punishment et Flowers and feathers ?

Chacun d’entre nous a évolué, dans sa pratique et dans sa vie perso, naturellement. Mais au-delà, il y a eu un changement de line up il y a maintenant 5 ans. Ce nouvel album est le premier qu’on a composé et enregistré avec le nouveau guitariste, Alex. Forcément, ça change les choses… Aurélien aussi, notre batteur, s’est beaucoup plus impliqué dans la phase de composition, donc avec des compositeurs un peu différents on retrouve des structures de morceaux qui sont aussi différentes avec notamment des structures rythmiques un peu plus complexes, des structures de morceaux un peu plus progressives, plus compliquées… Et on a aussi continué d’expérimenter avec différents instruments comme l’harmonica, l’orgue, le piano, le banjo, etc. On a aussi ajouté de nouveaux instruments. Ce sont des « petites » choses qui font qu’on a un album qui marque une vraie évolution par rapport au précédent. En tout cas, c’est notre ressenti.

Je ressens une plus grande liberté d’expression dans des tonalités bluesy. Sur les albums précédents, c’était plus « doom des bayous ». Il y a ici des morceaux plus blues tout comme ton chant, tu te permets plus de variété et d’exploration vocale.

Oui… avec la maturité, personnelle et de groupe, on se laisse plus de libertés, les barrières, souvent psychologiques, tombent les unes après les autres. On se rend compte que, parfois, on s’obligeait à faire comme ça parce que c’est les codes du metal. Mais en fait, il n’y a aucune raison de se restreindre et il faut se libérer de ces carcans et expérimenter, faire avancer le schmilblick…

Pour ces nouvelles expérimentations, vous avez changé votre manière de composer au cours de ces 4 dernières années ?

Oui, ça a un peu évolué. Aurélien et Alex on beaucoup plus composé sur cet album et leur manière de faire c’est de composer un morceau en entier chez eux. Après, il y a des phases d’adaptation, de retravail, mais ils ont plus l’habitude d’arriver avec des choses toutes faites. Dans le passé, on composait beaucoup en répètes, on jamait et il en ressortait des choses qu’on modifiait sur place. Là il y a peut-être une approche plus réfléchie, un peu moins…

Bourrine…

(Rires) oui, moins bourrine, moins « on fait les choses au hasard et on verra ce qu’il en ressort ». Je caricature, mais il y a un peu de ça, c’est une approche différente.

J’ai écouté l’album plusieurs fois et, pour moi, il y a10 titres et 10 ambiances différentes. C’est très varié, d’où une question pas évidente : si tu devais ne retenir qu’un titre de Flowers and feathers à faire écouter à quelqu’un qui ne vous connais pas, lui dire « écoute ce morceau, c’est ce que nous sommes », lequel serait-ce ?

Ah, ah, ah ! Bon, dans ta question, il y a une partie de la réponse…  C’est forcément impossible. Il y a des questions de préférence, d’ambiance…

Au-delà de tes préférences… Tu as 5 minutes pour me convaincre d’écouter le reste…

Elle est très difficile ta question… Je vais essayer de te répondre quand même : un titre comme Six pointed star, je le trouve très original : il est entièrement joué au lap-steel, y compris les parties metal. Il y a des harmonies vocales, de la violence aussi, donc je mettrais sans doute celui-là… Mais, comme tu le disais, l’album est très varié, donc la réponse est difficile.

Je suis assez d’accord avec toi, il vous représente bien. En revanche, un morceau qui n’est pas représentatif de l’esprit Red Mourning mais qui peut indiquer ce vers quoi vous tendez, c’est Blue times…

C’est marrant, parce que ce morceau-là est le seul qu’Aurélien a composé de A à Z, y compris les paroles. C’est moi qui le chante, mais oui, il change un peu. On s’autorise l’acoustique, et on aime intégrer ce genre de choses de plus en plus. Il est beau, ce titre…

Et ton chant est beaucoup plus « passe partout », ta voix est plus douce…

Oui, je me suis aventuré un peu sur d’autres façons de chanter. D’ailleurs, on sort un clip pour ce morceau en novembre.

La pochette également est assez sobre. Il y a une volonté de votre part de montrer une Red Mourning plus sobre ?

Oui, tout à fait. On avait envie aussi de montrer qu’on explore autre chose dans notre identité visuelle, que là aussi on veut s’affranchir des codes. On a voulu quelque chose de plus clair tout en restant organique, quelque chose de simple et agréable, qui soit chaud, on en sent la matière. On a travaillé avec Morgane qui est graphiste et qui avait déjà fait des designs pour nous, des T-Shirts… Oui, il y a une volonté d’aller vers quelque chose de plus clair et différent.

Au niveau des textes, il y avait un thème assez clair sur l’album précédent, y a-t-il ici aussi un thème, y a-t-il des choses qui ressortent plus particulièrement ?

Oui, il y a des thèmes qui ressortent. Ça reste principalement des sujets de préoccupations personnelles qu’on retrouve sur tous les albums. Les textes sont écrits par rapport à des expériences personnelles à différents moments de ma vie, qui tournent autour de choses qui changent, qui disparaissent, qui n’ont plus de sens… Avec l’expérience du Covid, il y a plein de gens qui se sont posés des questions sur leur vie, sur ce qui avait du sens pour eux… et c’est un questionnement qui peut toucher tout le monde : qui on est, pourquoi on accorde de l’importance à certaines choses.

Et y a t-il, au contraire, des thèmes que vous n’aborderiez pas, qui n’ont pas leur place dans le groupe ?

(Il réfléchit) En fait, on ne s’est jamais vraiment posé la question… C’est moi qui arrive avec mes textes et, systématiquement, quand j’écris, c’est toujours sur des ressentis personnels. On n’est pas un groupe politique, donc on ne va pas aborder de thématiques politique contemporaine, même si on a naturellement nos convictions – là, j’ai mon T-shirt Ukraine, je le porte sur scène mais ce ne sont pas des sujets que j’aborde.

Pour terminer, quelle pourrait être la devise de Red Mourning ?

Euh… « Soyons fidèles à nous-mêmes ». Cette musique qu’on fait, on s’exprime et on laisse s’exprimer qui nous sommes. Il faut se regarder en face et pas essayer d’aller reproduire autre chose que ce qui nous correspond.

 

Interview : MALEMORT

Interview Malemort, entretien avec Xavier Malemort (chant). Propos recueillis au téléphone le 9 septembre 2022

Metal-Eyes : Comment se passe cette journée de promo, le jour de la sortie du troisième album de Malemort ?

Xavier Malemort : Ça se passe très bien, c’est en effet aujourd’hui que sort Château-Chimères, et c’est le jour de la promo, comme quoi, les choses sont plutôt bien faites ! C’est un peu comme une libération, on arrive à ce moment où le disque arrive au stade pour lequel il a été fait, c’est-à-dire être écouté. En plus, ces dernières années ont été compliquées pour tout le monde et pouvoir faire parler la musique, oui, c’est assez libératoire.

Nous nous étions rencontrés la première fois au Glazart, à Paris, puis lors de votre passage remarqué au Hellfest en 2018. Il y a eu beaucoup de changements au sein du groupe depuis. Que s’est-il passé pour qu’il y ait une telle implosion ? L’impact du Hellfest ?

Je ne pense pas que ce soit le Hellfest, non. C’est surtout des histoires de groupe… Un groupe, c’est des musiciens, des caractères et quand on est mis à l’épreuve des difficultés, il y a des choses qui se font et se défont. Là, ça s’est plutôt défait, donc pour la santé du groupe et surtout pour pouvoir un jour créer un troisième album, il n’y avait pas d’autre solution que de se séparer d’un certain nombre de personnes du groupe. Il reste avec moi les deux Sébastien avec qui j’avais déjà écrit Ball Trap. La base des musiciens qui ont créé l’album précédent est là. Après, c’est comme dans les couples : un groupe, c’est parfois des moments difficiles à passer et là c’était devenu indispensable. Mais pour nous tous.

Peux-tu justement présenter tes nouveaux partenaires de jeu ?

Alors… C’est très particulier… Sur cet album-là, on a décidé de ne pas avoir à nous limiter en termes d’écriture du fait du choix de tel ou tel musicien. Donc on a travaillé avec des gens qu’on connait et dont on connait le talent depuis longtemps. On a donc travaillé avec des gens qui ont une histoire avec Malemort et qui étaient très bon sur ce qu’on voulait. Aurélien Ouzoulias, par exemple, était très intéressé par la tournure que prenait cet album et Shob à la basse nous avait été chaudement recommandé, notamment par Aurélien. On avait là des partenaires de jeu hyper solides, ce qui nous a laissé carte blanche pour penser l’écriture du disque et ne pas se limiter.

Est-ce eux qu’on aperçoit sur la vidéo de Je m’en irai ?

Non, pas du tout (rires) ! Ceux que tu aperçois, ce sont deux personnes qu’on aime beaucoup et qui pourraient… On verra bien, mais en tout cas, c’est une incarnation possible live de Malemort. Il y a Romain qui est le batteur de Bukowski et Joe qui joue aussi avec Romain dans un autre groupe. On est tous du Val d’Oise, c’est toute une bande de musiciens, on se connait, on se croise depuis des années. On savait qu’ils feraient super bien l’affaire, au-delà du côté humain.

Puisqu’on parle de clip, il y a aussi le premier, Quelle sorte d’homme, où on te voit marcher seul – ou presque puisqu’il y a des accessoiristes qui sont là pour t’aider. L’idée de ce clip c’était quoi ?

L’idée était d’illustrer la vie de Michel Magne, qui est celui qui a créé le studio dans ce château d’Hérouville assez mythique et qui est un immense compositeur de musique de films, notamment. J’ai illustré ça par des allusions à des titres de films dont il avait écrit la musique. C’est beaucoup de films des années 50, 60 et début des années 70. Il y a aussi beaucoup de musique de polar, et c’est un esprit que j’ai voulu illustrer, mais avec un côté second degré. Il y a ce type qui se voit en héros de polar et que tu retrouves à la fin en train de lire un OSS 117, à moitié à poil.

Tu l’as dit, Château-Chimères est un album concept qui traite de la vie de Michel Magne qui a donc transformé ce château en studio. Qu’est-ce qui a inspiré ce concept ? Le château d’Hérouville est dans le même département que vous…

Tu ne crois pas si bien dire ! Il est à 3 km de chez moi. Quand je suis arrivé dans la région il y a une dizaine d’années, j’ai découvert l’histoire du château, ça m’a passionné et j’ai toujours senti qu’il y avait quelque chose à faire avec cette histoire. Mais en même temps, j’avais peur d’abimer les choses par une annotation maladroite, par exemple. A l’époque de Ball Trap je me posais la question de savoir si je tentais le coup, mais je ne le sentais pas. Je me suis donc laissé tenter par mon autre passion que sont les années folles.

Et là, tu t’es senti suffisamment adulte et mûr pour aborder l’histoire du château d’Hérouville…

Adulte et mûr, je ne sais pas (rires), en tout cas, artistiquement, j’ai trouvé quel angle prendre. Le problème c’est que c’est un studio dans lequel on a enregistré de la musique des années 70, qui n’est pas celle que joue Malemort. Il n’était pas questions qu’on fasse de la pale copie de la musique des années 70. J’ai donc trouvé l’idée de ces vignettes, 12 épisodes qui racontent en filigrane l’histoire du château à travers les personnalités fortes qui ont marqué son histoire, mais en fantasmant un peu tout ça, tout en faisant en sorte que l’auditeur qui n’aurait pas forcément envie de se plonger dans cette histoire – il aurait bien tort, même si ça peut se comprendre – ne soit pas obligé de le faire non plus. Tu peux très bien écouter le disque en interprétant les paroles différemment. Pour bien comprendre les paroles, il faut avoir le grimoire qui va avec.

Comment le décrirais-tu ce nouvel album ? On reconnait ta marque vocale, ton écriture. Mais comment vendrais-tu cet album à quelqu’un qui ne connait pas Malemort ?

Je lui dirais qu’on navigue entre le metal, le rock et la chanson. Pour quelqu’un qui connait déjà un peu Malemort, je lui dirais qu’on a voulu mettre dans ce disque plus de profondeur que dans le précédent. On en était très contents, mais on avait le sentiment de ne pas être totalement au bout. Là, je pense que c’est un album qui pourra résister à beaucoup d’écoutes et qui pourra distiller des saveurs pendant longtemps.

Il y a quand même de grosses différences entre Ball Trap et Château-Chimères. Comment décrirais-tu, en dehors des changements de musiciens, l’évolution de votre musique entre ces deux disques ?

Elles se lisent à plusieurs niveaux, et des choses assez paradoxales : il y a une place qui est faite à la guitare et aux soli qui est plus grande, mais on a veillé à ce que cela serve le propos. On a beaucoup plus arrangé l’ensemble, et on s’est interdit moins d’influences… Je crois qu’il y a plus d’influences variées que sur Ball Trap, on n’a pas le sentiment de se limiter. Même lorsqu’on va au-delà de ce que les gens peuvent imaginer, la production permet d’éviter un côté hétérogène. Du côté du chant, j’ai beaucoup travaillé le phrasé, des textes un peu plus concis et légers… Ça a l’air d’être une somme de détails, mais c’est un peu ça… Toi, comment tu l’as vu, comment tu l’as perçu ?

Vu… Je le vois en noir et blanc (il rit). Comment je l’ai perçu ? Comme un album très varié – encore une fois, on reconnait ton chant qui reste assez unique, et il y a une variété de morceaux comme Pyromane blues qui sont assez explosifs là où d’autres, Magnitude pop ou La garçonne, ont des airs plus funs et pop. Il y a une belle variété de styles tout en restant dans l’esprit de Malemort et cohérent.

Tu viens de le dire mieux que moi, en fait (rires) ! Tu sais, j’aime bien ces groupes qui sont capables d’avoir des propos variés sur un même disque, ça te permet de les écouter dans un état d’humeur différent. On peut parler des Beatles, de Queen. Dans les années 70, c’est fou ce qu’ils ont fait ! Les medias mainstream ont détesté Queen pendant sa carrière, mais les fans adoraient. Ils adoraient le fait que Queen puisse passer par tous ces styles, du hard rock au funk, et c’était Queen.

Revenons-en à Malemort. Pour quelle raison le château d’Hérouville est il nommé Château-Chimères sur cet album ?

Parce que je pense que « Château d’Hérouville » c’est un peu trop ciblé, ça nous éloigne du rêve…

Mais une chimère, c’est illusoire…

Oui, mais, même si les albums on les a toujours, le Château d’Hérouville, pour moi, représente cette décennie durnat laquelle on a cru que la musique allait révolutionner le monde, allait tout changer. Les musiciens étaient les premiers à le croire et les fans pensaient aussi que la musique allait changer leurs vies et la société. C’est une croyance fabuleuse qui a généré d’immenses albums et qui s’est écroulée avec l’arrivée des années 80 où finalement la réalité a repris le pas sur les illusions. Tu sais, c’est souvent les utopies qui finissent par foirer qui fascinent. Le château d’Hérouville, c’est ça. C’est un parc en pleine cambrousse où vont venir Pink Floyd, David Bowie, qui vont passer un temps à enregistrer des albums énormes et qui ont aussi eu une vie complètement folle là-dedans.

Si tu devais ne retenir qu’un titre de Château-Chimères pour dire à quelqu’un qui ne vous connait pas : « voilà ce qu’on fait. Malemort, c’est ça », ce serait lequel ?

Mmmhhh… C’est difficile, chacun des morceaux a été pensé et composé comme une entité différente… Non, franchement, je ne peux pas répondre à ça, c’est trop compliqué…Je suis désolé, je voulais faire l’effort mais finalement on induirait la personne sur une piste qui sera fausse. C’est pour ça aussi qu’on a sorti deux singles différents, pour représenter la variété de ce qu’on fait. Le troisième clip, si on arrive à trouver un peu de blé pour le faire, représentera une autre facette du disque.

« Un peu de blé »… Vous êtes passés par le financement participatif, est-ce que ça a répondu à vos attentes ?

On a eu beaucoup de chance, en plus c’était une période difficile pour tout le monde, mais il y a beaucoup de personnes qui nous ont fait confiance, qui nous ont soutenus. De notre côté, tout était prêt, je ne me voyais pas demander aux gens de participer si on n’avait rien, comme c’est parfois le cas dans ces trucs-là… Je savais qu’on avait un album de valeur, il était prêt, on avait tout enregistré, tout masterisé, on avait simplement ce problème de blé, qui est toujours un problème, d’ailleurs, parce que même si on peut dire que le crowdfunding a très bien marché, on est très loin des sommes qu’il aurait fallu récolter pour compenser ce qui a été dépensé. Mais je trouve ça magnifique ce qui s’est passé, ce rapport direct entre les artistes et leur public. On avait promis à ceux qui nous ont donné un coup de main de pouvoir découvrir le disque quelques jours avant sa sortie, et c’est le cas. On reçoit plein de messages, de témoignages de la façon dont les gens vivent leur découverte de ce nouveau disque. C’est ça qui est beau, là, tu te dis que c’est pour ça que tu fais ça, tu vois que tout ce que tu as créé contribue à apporter du plaisir à d’autres.

Et toi, quelle sorte d’homme voudrais-tu célébrer ?

Je dirai un homme qui croit encore un peu aux idéaux, qui pense encore que l’altruisme peut être une voie, qui pense qu’on peut encore faire des choses ensemble. Et puis, en tant qu’homme, un homme qui ont de l’allure, qui peuvent encore t’emporter quelque part, des Gabin, Ventura, Blier, quoi… Ca fait pas du tout 2022, mais personnellement, ce sont ces gens-là qui me font rêver.

J’ai le dernier Rock Hard en mains, je suis à la page 107, je vois Album du mois Megadeth avec 8,5/10. Je tourne 3 pages avant, page 104, je vois Malemort Album du mois avec 9/10. Deux choses : « album du mois », ça fait quoi ? Et avoir une note plus élevée que Megadeth, ça fait quoi ?

(Il rit) Alors là, tu vas toucher le point sensible… Tout le monde ne le lit pas forcément comme tu viens de le faire, mais… Depuis l’adolescence, j’ai toujours été un grand lecteur de la presse metal. C’est quel =que chose qui m’a forgé, qui a forgé ma culture, et les noms des journalistes, ceux qui écrivent ces articles, ça m’a toujours touché. J’ai un rapport très fort avec ça. Donc, pour moi, la presse papier – et Rock Hard a pris la suite de magazines qui ont disparu – je le lis tous les mois depuis le départ et pour moi, c’est une sorte d’accomplissement. Tu parlais « d’album du mois » … Je crois en la parole de ces gens-là, pour d’autres groupes que le mien, donc il n’y a pas de raison que je n’y crois pas lorsqu’il s’agt de Malemort. En plus, ce qui me fait plaisir, la chronique est co-signée par Phil Lageat et Arno Strobl alors qu’ils peuvent avoir des goûts très différents, à l’opposé l’un de l’autre… ce binôme là me parle beaucoup. Quant au 9/10, je suis suffisamment électeur de Rock Hard pour savoir que ce n’est pas une note attribuée en permanence. Donc, oui, j’en suis immensément fier, c’est le moment où je me suis dit « Allez, Xavier, savoure ce moment, pose toi 2 minutes et savoure l’instant … »

Un groupe de rock, c’est aussi la scène. Quels sont vos projets à venir ?

Les projets ? D’abord attendre que tout ce bordel se calme… On a un album qui, je le pense, est solide, qui va infuser et que les gens vont découvrir en profondeur. Je veux le défendre dans de bonnes conditions. Je n’exclus pas quelque chose d’un peu évènementiel, mais pour le reste, ce sera plutôt en 2023 avec quelque chose de solide sur printemps-été-automne. Il y a des choses envisagées, mais, aussi, la réception du disque aura un impact, ce ne sera pas anodin dans ce qui va se passer ensuite.

Une toute dernière chose : quelle pourrait être la devise de Malemort en 2022 ?

Euh… « Toujours plus libre ».

En 2018, tu disais « Liberté égalité fraternité et va te faire… » (rires) Tu concluais en disant « Metal libre ». Donc on rejoint aussi cette idée de liberté cette année encore.

Voilà, on y revient toujours !