JOE BONAMASSA: Blues of desperation

Bonamassa 2016Hard rock, USA (Provogue, 2016)

Oh, ce bonheur d’écouter Blues of deperation! This train, qui ouvre l’album, est une véritable locomotive entraînant dans son sillage les 10 wagons de ce train de rock, de blues, de tripes et de vie. Cette introduction au rythme endiablé est une ouverture sur la suite, plus nuancée, qui nous ramène au pays du blues rock. Pas celui sec et plat, non, celui gras et généreux. Mountain climbing, plus foncièrement rock, est suivi de Drive qui ralentit un peu la cadence, mais le message est clair: ce disque est varié et, surtout, propose un paquet de soli que seul des grands de cet acabit sont capables de nous offrir (ah, ces passages sur No good place for the lonely et Blues of desperation!). Joe Bonamassa nous entraîne donc dans un voyage au(x) pays du blues, de Memphis, Tenessee, aux bayous de Louisiane. Le décor change donc régulièrement, se faisant ici rock (toujours), puisant là dans la soul ou le gospel (la ballade The valley runs low, ainsi que la plupart de choeurs), ou encore dans l’esprit rock des 60’s (You left me nothin but the bill and the blues). Pas un morceau n’est ici plus faible que l’autre, démontrant, s’il en était besoin, que la bonne musique n’a pas d’âge et n’est jamais dépassée quand elle sait rester simple et venir du fond de ses tripes ou de son âme. Ca, Joe l’a bien compris et c’est un grand, très grand disque que nous propose maître Bonamassa. Malgré son titre, ce Blues of deperation est lumineux, ensoleillé et enchanteur.

Note: 9,5/10

Titre que je retiens: This train

THE BROWNING: Isolation

browning 2016Thrash, USA (Spinefarm, 2016)

A la base, The Browning, c’est pas mon truc. Le chant hurlé de Johnny MacBee, fondateur et seul rescapé de la formation originaire de Dallas, Texas, a tout pour me rebuter. Mais il y a, sur ce troisième album, Isolation (précédé en 2011 de Burn this world et en 2013 de Hypernova) ce petit quelque chose qui me pousse à écouter au-delà de ce chant. Car The Browning ne fait pas que bourriner et taper dans le tas. En intégrant à son thrash sans concession, proche du death, des tonalités électro totalement assumées, en modulant le chant avec des sons « robotisés », The Browning parvient à créer un univers sonore organique que je définirais volontiers comme, permettez-moi – modeste que je suis – d’inventer un mot, de l’electhrash. Le mariage des deux univers peut sembler surprenant, certes, mais s’inscrit parfaitement dans l’esprit explorateur du rock et du metal. On ne pourra pas accuser The Browning de ne pas renouveler le genre. Simplement, à trop vouloir se distinguer, il est probable que le quatuor perde de vue la nécessité d’accrocher son auditeur sur la durée. Là, je décroche, et n’ai guère envie d’écouter plus de trois chansons d’affilée. Un album qui ne s’apprivoise pas facilement, et qui nécessite plus d’une écoute, Isolation fait partie de ces albums d’une repoussante séduction: une bête à apprivoiser.

Note: 7/10

Titre que je retiens: ?

VICIOUS RUMOURS : Concusion protocol

vicious rumours 2016Heavy Metal, USA (SPV, 2016)

Dans la famille « Tenace », je demande le père (fondateur)!  Lorsque le guitariste Gary Thorpe fonde Vicious Rumours à la fin des années 70, il ne s’imagine certainement être encore présent en 2016. Encore moins que son groupe sera un lieu de passage encore plus « ouvert » qu’un moulin. On ne compte en effet plus le nombre de ses collaborateurs. Cependant, Vicious Rumors a, dès ses débuts, proposé un heavy metal rentre dedans, direct, qui s’est retranscrit, entre 1986 et 1991, au travers de 4 albums remarqués, ensemble conclu par l’enregistrement à Tokyo d’un live, Plug in and hang on en 1992. Ensuite, ce fut la bérezina… Le public s’est orienté vers d’autres sons, le groupe, sans doute à cause d’un manque de stabilité du line-up, a perdu en créativité, s’est cherché, mais Thorpe, vaille que vaille, a maintenu le cap. Seule une lueur d’espoir vient rassurer le fondateur avec l’explosif Warball (1996), mais le groupe connait une nouvelle longue période de veille de 5 ans. pourtant, depuis 2011, la confiance semble revenue, la créativité également, grâce à 2 albums remarquables, Razorback killers en 2011, puis Electric punishement paru en 2013, qui voit l’arrivée du vocaliste Tilen Hudrap. Aujourd’hui, en 2016, Concusion protocol vient nous rassurer quant à l’efficacité de Vicious rumors. les Américains optent ici pour une variété sonore dont le point commun reste l’énergie. En alternant entre titres (très) rapides (Concusion protocol, Chasing the priest, 1000 years, Every blessing’s a curse) morceaux plus heavy mid tempo (Victims of a digital world, Bastards sans doute le morceau le moins efficace de l’album) voire popisant (Last of our kind), en s’offrant la heavy ballad « obligatoire » (Circle of secrets) ainsi que LE titre prévu pour faire chanter le public en concerts (Take it or leave it), en évoquant en filigrane les grands de sa génération (en vrac, Accept, Iron Maiden Slayer, Metallica) ou de plus jeunes (on croirait entendre le chanteur des Dannois de Serpent Saints), Vicious Rumors s’adresse à un large public. La production, sobre et tranchante, rend honneur à l’ensemble car elle n’en fait jamais trop. Concusion protocol est taillé pour lefficacité et ne doit désormais plus passer que l’épreuve de la scène. Et Vicious Rumors doit enfin s’imposer et trouver sa vraie place.

Note: 8,5/10

Titre que je retiens: Chasing the priest

GOV’T MULE: the tel star sessions

Gov't mule 2016« Marty, viens voir! Si tu règles le tableau de bord, tu fonces à 88 miles à l’heure… Et tu voyages dans le temps! »

Pas besoin de Doc, pour ça, il suffit de se munir de la dernière sortie de Provogue, ce The Tel star sessions de Gov’t Mule pour nous retrouver projetés plus de deux décennies en arrière. Car cet album, s’il est « nouveau », contient 9 morceaux d’anthologie, 9 chansons d’un hard rock sudiste et couillu composées en 1994 par le trio formé alors de Warren Haynes (chant et guitare), Matt Abts (batterie) et Allen Woody (basse), malheureusement décédé en 2000. Si Warren Haynes impose sa patte et son savoir faire acquis au sein du Allman Brothers band, c’est un groupe jeune et ambitieux que l’on retrouve ici. Et il ne fait aucun doute que les amoureux de ce genre terre à terre, poussiéreux, que ceux qui aiment le whiskey et la cendre froide, voire le goudron et les plumes, ceux-là vont être servis! Production minimaliste ou presque, fioritures inexistantes, Blind man in the dark, Mother earth, Rocking horse sont autant d’hymnes en devenir menée par la voix chaleureuse du sieur Haynes sur des mélodies souvent surprenantes (z’ont fumé quoi, z’étaient dans quel état les gars???) mais plus encore entraînantes. Un joli retour en arrière qui explique bien des choses. Et surtout une très bonne idée d’avoir ressorti ces démos, les avoir dépoussiérées pour les offrir au public.

BLACKRAIN: Released

blackrain 2016Hard rock, France (UDR, 2016)

Metal-Eyes a vu le jour au moment de la sortie du dernier album de BlackRain, ce qui explique pourquoi il n’a pas été chroniqué plus tôt. Pourtant, au regard (à l’écoute, plutôt) de ce nouvel opus, il n’est que justice de réparer cet « oubli », d’autant que nos glammers frenchies viennent de confirmer leur potentiel lors du récent Download festival à Paris. Released, donc? Paru en mai dernier et une nouvelle fois produit par Jack Douglas, ce disque est le premier depuis la séparation des Savoyards d’avec leur management. Le résultat est net: Released porte bien son nom, et se présente, sinon comme celui de la libération, comme l’album de la renaissance. BlackRain se retrouve, se reconstruit et teste de nouvelles choses, va explorer la musique sans se poser de limites pour nous offrir un condensé de ce qu’il est vraiment: un groupe de rock, direct et enjoué. Qui, au passage, règle quelques comptes (même si le chant anglais de Swan n’est pas toujours compréhensible, on retient cependant « Im back from the dead (…) it’s amazing to survive » sur Back in towwn, « Mind control, no more no more! » sur Mind control ou encore « I do as I please, I do what I want, I say what I want, That’s the way it goes and I like it, I’m not a puppet on a string » sur Puppet on a string). Bref, BlackRain enterre ce qui ressemble à une période douloureuse pour mieux repartir et propose une palette musicale variée, toujours rock. On retrouve ainsi un étrange mariage de mélodie mid tempo avec fond de double grosse caisse sur Killing me, des ambiances de cirque sur Eat you alive, un tube potentiel, soft, entraînant, au refrain imparable avec Run tiger runReleased fait partie de ces disques qui proposent tout ce qui transforme un album de rock en un excellent album tout court: des mélodies mémorisables, des alliances sonores parfois improbables et convaincantes, un ou deux hits en puissance, l’ensemble très bien mis en son par un maître du genre nommé plus haut. BlackRain grandit et est aujourd’hui un groupe mature qui, on l’espère, rencontrera bientôt le succès qu’il mérite . Released, oui, reborn aussi!

Note: 8,5/10

Titre que je retiens: Run tiger run

BLINK-182: California

Blink-182_-_Calfornia 2016Punk pop, USA (BMG, 2016)

Si depuis sa formation en 1992 les Californiens de Blink-182 se revendiquent « punk », c’est de plus en plus du pop rock que le trio nous propose. California, leur dernier album, n’a plus rien de dangereux, malgré certaines tentatives rythmiques qui figurent ici et là (Los Angeles). Oh, comprenez moi bien: les compositions sont carrées, accrocheuses, et, somme toute, efficaces. La production de John Feldman (on ne compte plus ses participations!) rend l’ensemble facilement écoutable. C’est ça! on est dans l’empire du « easy listening »! Ca tchaque, ça boume, ça chante des « na nana na na na » que le public se fera une joie de reprendre en concert, ça évoque Green Day et The Offspring… Bref, c’est cool, mais, comme un costard de star du petit écran, taillé sur mesure et sans faux plis. Blink-182 va encore cartonner, c’est sûr, et c’est prévu pour, mais, au final, on en retient quoi?

Note: 7/10

Titre que je retiens: Left alone

BERSERKERS – Lock & load

Berserkers-Lock-Load 2016Hard rock, France (Autoproduction, 2016)

Rien ne semble pouvoir venir à bout de la passion qui anime les Bordelais de Berserkers… Julius (chant et basse) et sa bande (Arthur Orsini, Léo Calzetta et Valentin Sarthou respectivement à la guitare, batterie et aux claviers) nous reviennent avec une troisième offrande toujours fortement inspirée par le gros et gras hard rock fin 70’s/début 80’s. Dès Outlaw, le programme est clair: ce Lock & load nous propose une collection de 9 nouvelles chansons efficaces, qui évoquent autant Deep Purple que AC/DC ou Motörhead. Dédié à la mémoire de (entre autres) Lemmy, cela n’a rien de surprenant, me direz-vous, de même qu’il semble logique que ce Hangöverhead rende hommage au grand Monsieur. L’ensemble est consistant, direct, entraînant et sans concession. Berserkers respire l’amour de la vie, du rock et du metal, et reste persuadé de l’esprit salvateur de l’ensemble (Rock will save the world: on a envie de vous croire!), et l’on n’attend plus qu’une chose désormais: que les 4 décident enfin de tourner pour vraiment sortir de l’anonymat. Tourneurs: à vos contrats!

Note: 8/10

Titre que je retiens: It’s up to you

MESHIAAK : Alliance of thieves

MESHIAAK 2016Thrash, Australie (Mascot, 2016)

L’habit ne fait pas le moine… Mascot nous a habitués à nous proposer des formations de hard rock plutôt traditionnel, alors les guitares saturées et doubles-grosses caisses qui accompagne ce chant enragé dès Chronicles of the dead peuvent surprendre. Cependant, le message est clair: Meshiaak s’en va chasser sur les terres fertiles du thrash metal des (presque) débuts. Si Metallica ou Slayer ne sont jamais très loin, le groupe semble bien plus inspiré par la rugosité d’un Machine Head à ses débuts. S’il est naturel de se laisser guider par ses mentors, il est souvent judicieux de chercher à poser aussi tôt que possible les jalons de son identité. C’est ce que fait Meshiaak dès ce premier album, Alliance of thieves. Un titre fort à propos puisque le vocaliste et fondateur, Danny Camilleri, s’est entouré de Dean Wells (guitariste de Teramaze), Nick Walker (basse) et Jon Dette (qui a, entre autres, prêté ses baguettes à Testament, Slayer ou encore Anthrax). Un quatuor qui ressemble assez à une association de malfaiteurs, ceux qui braquent les double-croches! Le résultat est sans appel: l’ensemble, souvent agrémenté de sonorités électro et plus actuelles sans dénaturé l’esprit thrash, est compact, dans ta face et sans concession. On notera aussi, surtout, une production qui n’en fait jamais trop, mettant en avant les arrangements malicieux et une voix puissante. Ça va bouger dans les chaumières!

Note: 9/10

Titre que je retiens: Chronicles of the dead

TARJA: The shadow self

shadow-self-tarja 2016Metal, Finlande (E.a.r music, 2016)

Après un remarquable Colours in the dark et sa couverture flamboyante, Tarja revient avec The shadow self, album au visuel sobre, uniquement composé d’ombres et de lumières. Question: le contenu musical est-il aussi contrasté? Dès la première écoute, une chose semble évidente: Tarja, si l’on reconnait son style aisément, n’aime pas se répéter. Elle apprécie d’entraîner l’auditeur en terrain à la fois familier et partir en explorer d’autres. Innocence, parfait titre pour débuter ses prochains concerts, a des relents pop, la voix de la belle étant mise en lumière par les claviers et des chœurs légers. Le break, divagation pour piano solo, est suivi d’une reprise musicale évoquant une BO de film. Cette impression revient régulièrement (Supremacy, The living end ou Undertaker), mais Tarja sait aussi surprendre et prendre le risque de dérouter, comme avec Demons in you, qui débute avec une guitare très funky avant de devenir grosse et monstrueuse. Le chant plus pop que lyrique rencontre même ici son double démoniaque puisque des growls malsains viennent gêner la pureté du chant de la belle. Cet album est plein de surprises et nombre de titres de The shadowself semblent être le pendant de chansons figurant sur Colours in the dark: Demons in you évoque Victim of ritual, Supremacy rappelle les airs James Bondien de Deliverance, tandis que Diva pourrait être la suite de 500 letters et Falling from the wild a la sauvagerie et la rugosité de Never enough. Chacun de ces titres développe cependant une personnalité qui le rend unique. Tarja se fait aussi personnelle comme sur le très rock No bitter end, véritable appel au pardon (« Il y a une route pour chacun, car tous les cœurs peuvent pardonner ce qui a été fait, un vœu pieux, pour changer ») ou se fait règlement de compte, et c’est une évidence avec Diva (« On peut en rire maintenant, je me moque de poignards brûlants, de ceux qui me maudissent, me façonnent. Les lames se retournent contre vous »). Tarja pourrait se reposer sur ses acquis, sur ce que son public aime, mais non, elle réussit encore à surprendre, étonner et varier les plaisir. On ne peut pas dire que ses albums se suivent et se ressemblent, non, et The shadow self est là pour le démontrer. Un album aboutit, varié qui offre une belle palette musicale. En deux mots: une réussite.

Note: 9/10

Titre que je retiens: No bitter end

SCORPIONS: Return to forever tour edition

scorpions tour edHard Rock, Allemagne (Sony music, 2016)

On ne va pas revenir sur le contenu de Return to forever, album originellement paru en 2015 et décortiqué par tous les médias de la planète metal. Nous ne reviendrons pas non plus sur le fait que souvent il est préférable de se taire avant d’annoncer sa retraite… Cependant, Scorpions a décidé de faire les choses en grand; Déjà, ce « tour edition » se décline en plusieurs modèles/formats: un cd simple, orné du drapeau français, contenant 19 titres. C’est déjà 7 de plus que sur l’album d’origine, une beau cadeau, en somme. Ensuite, le modèle qui nous intéresse aujourd’hui: cette édition comportant les 19 titres et agrémentée de 2 dvd live: le premier enregistré à New York fin 2015, le second – cocorico! – capté lors de notre Hellfest national en juin 2015. Autant dire que les amoureux des Allemands sont servis. N’est-ce pas un peu beaucoup, cependant? Car aussi efficace puissent-ils être sur scène, la bande de Klaus Meine et Rudolf Schenker est parfaitement rodée. Les concerts sont calibrés et donc ne proposent pas de grandes différences et les setlists sont quasi identique, ainsi que les prestations, au delà d’un concert (NYC) en intérieur, et l’autre (Hellfest) en plein air. Seuls Rock n roll band et Blackout sont remplacés sur le second par Big city nights et Crazy world. On notera quand même l’extraordinaire participation de ce gamin de 12 ou 13 ans qui accompagne Matthias Jabs à la guitare et se lache malgré la pression qu’on l’imagine subir! Les bonus du DVD sont moyennement intéressants, exception faite de ce documentaire « on the road in America », avec plein de témoignages de fans, un Meet and greet sans grand intérêt (surtout si les fans, ce qui est aujourd’hui le cas, payent…), tandis que celui du HF ne présente que peu d’intérêt puisqu’il ne s’agit que d’une interview promo de Return to forever. Oui, on aurait souhaité plus de surprises comme des images backstage, des témoignages de fans ou autres prises lors de ce festival désormais incontournable, mais ne chipotons pas… Au final, l’intérêt réside véritablement en ces concerts, dotés de belles images, dispensés par un groupe loin, très loin de prendre sa retraite. Les fans sont, si l’on prend aussi en compte les rééditions de l’an dernier, sacrément mis à contribution, mais quand on aime…

Note: 8/10

Titre que je retiens: Live at Hellfest 2015 (chauvin, moi?)