SAXON: Let me feel your power

saxon-2016Heavy metal, Angleterre (UDR, 2016)

Bon, c’est clair: il faut absolument que j’arrête de demander aux membres de Saxon, quand j’ai l’opportunité de les rencontrer, s’il est raisonnable de publier autant de nouveautés puis de remarquer que ça s’est calmé. En réalité, non, le rythme est toujours soutenu car Saxon est hyper actif. Jamais un moment de répit, hors de question de se faire oublier. Et si l’on fait les comptes, ces cinq dernières années, Saxon aura joué, en France – et hors festivals – devant plus de monde qu’Iron Maiden. J’en vois qui sourient? Faites les comptes: Saxon tourne en France très régulièrement là où la vierge de fer ne se contente plus que d’une date à Paris… Mondialement, c’est pareil. Alors, de nouveau, ça valait bien un petit live, non? Let me feel your power se trouve être un doublé, puisque la bande à Biff profite de cette opportunité pour nous offrir deux concerts distincts, tous deux captés lors de la tournée Battering Ram, dernier album en date. Le produit proposé est composé de deux CD et d’un DVD. Le CD 1 retrace le concert de Saxon à Munich sur la tournée commune avec Girlschool et Motörhead (saloperie d’en….s de daesh qui nous auront empêchés d’assister à la date parisienne!) et comporte 13 titres plus 3 enregistrés à Brighton. Le second CD a été enregistré à Chicago, et propose 18 titres. Ceux qui ont assisté ces dernières années à un concert de Saxon le savent: Biff et ses gars sont dans une forme resplendissante et personne ne peut les prendre en défaut sur scène. Avec une ribambelle de classiques, il serait facile de rester fidèle à une setlist. Mais non, Saxon offre au public américain, outre ses indispensables standards que sont Wheels of steel, Denim and leather, Motorcycle man, Strong arm of the law, Heavy metal thunder ou Princess of the night, et quelques extraits plus récents (Battering ram, Sacrifice) des pépites qu’on n’a pas entendues depuis des lustres. On se délecte donc des This town rocks dont on avait oublié l’explosivité, Rock the nations, Just let me rock ou Solid ball of rock proposés lors de ce concert particulier. Une indication de ce qui nous attend lors de la future tournée européeenne? Le DVD quant à lui est la mise en image de ces deux concerts. Les images sont propres, le groupe visiblement heureux (Biff et Nibbs vont se décrocher la tête un jour, Paul, toujours appliqué, sait aussi aller chercher le public), les Anglais continuent de prendre leur pied sur scène. Non, ce n’est pas qu’un simple boulot. Malgré un incroyable nombre de sorties , Saxon ne se moque pas de ses fans qui peuvent, les yeux fermés, se procurer ce nouveau témoignage d’un dinosaure de la NWOBHM et du metal moderne.

Note: 8,5/10

Titre que je retiens: Just let me rock (avec en bonus non négociable un gros doigt pointé à la face de ces ignorants barbares qui veulent nous empêcher de vivre. Simplement vivre, merde!)

BLACKFOOT: Southern native

blackfoot-2016Hard rock, USA (Loud & proud, 2016)

 Pour beaucoup, Blackfoot est avant tout le groupe du chanteur guitariste Rickey Medlocke. Accompagné de Charlie Hagrett (guitare), Greg T. Walker (basse) et Jackson Spires (batterie), Rick, comme on l’appelait dans les 80’s, avec ses complices de Blackfoot proposaient un rock sudiste efficace et sans fioriture. Le quatuor a même offert au cours de cette décennie l’indispensable trilogie animalière composée de Strikes, Tomcattin’ et Maurauder, ainsi que l’un des meilleurs albums live de l’époque, Highway song live. Medlocke est ensuite allé rejoindre les rangs de Lynyrd Skynyrd, en conservant les droits du nom de Blackfoot. Et ce que Kiss avait un temps envisagé, Medlocke le réalise aujourd’hui: après quelques années d’absence, Blackfoot revient, réinvestit les studios et propose un nouvel album. Chouette! (non, ce n’est pas la suite de la trilogie mentionnée plus haut!) Mais, oh, surprise!, Blackfoot n’est aujourd’hui composé que de nouvelles têtes: Rickey a décidé de remettre le destin de son groupe entre les mains d’un jeune quatuor composé de Tim Rossi (chant et guitare), Brian Carpenter (basse) Matt Anastasi (batterie) et Rick Krasowski (guitare et chant) qui nous proposent aujourd’hui Southern native. Simplement, ils ne sont pas lâchés dans la nature seuls: Medlocke est partie intégrante de la composition (il cosigne 6 des 10 morceaux) et produit l’album. Il se pose en guide pour le futur et gardien du passé et de l’esprit Blackfoot. On remarque aussi que Al Nalli, producteur du Blackfoot classique, est producteur exécutif; l’ancienne garde veille donc au grain. Tim Rossi s’implique également en nouveau leader en co signant 4  titres plus 1 dont il est entièrement responsable: Diablo loves guitar, instrumental doux placé en dernier. Le résultat est, de prime abord, parfaitement probant: Need my ride met les choses au poing – « on fait du rock, mec! », Southern native, s’oriente plus vers la mélodie sudiste, Everyman piochant dans le blues. Call of a hero, plus intimiste, est un joli clin d’oeil puisque la chanson traite de l’émancipation d’un jeune homme, de son passage à l’age adulte. Whiskey train, Take me home, Satisfied man ou Ohio, une reprise de Neil Young, propose tout autant de variété. C’est sans doute la faiblesse de cet album: Blackfoot semble ne pas encore avoir choisi quelle orientation musicale adopter. Rock, oui, mais plus hard ou plus southern? La première moitié est efficace, la sortie également, mais il y a un léger flottement, une petite lassitude à mi chemin. Reste que la production est moderne, mettant en avant la fraîcheur du jeu des musiciens. Le nouveau Blackfoot semble sur de bons rails, l’héritage de la tribu d’origine en de bonnes mains.

Note: 7,5/10

Titre que je retiens: Need my ride

SODOM: Decision day

sodom_decisiondayThrash, Allemagne (SPV, 2016)

Lors de notre rencontre au Hellfest 2015, je demandais au bassiste chanteur si « Tom continuait de déchirer les anges ». Une question naturellement en rapport avec son nom de scène. Quelle que fut alors sa réponse importe peu: Decision day vient le confirmer en 11 déflagrations, 11 morceaux d’un thrash sans concession, au chant de souffrance, proche du black. Le genre à, oui, choper un ange et lui arracher les ailes sans procès ni pitié. Troisième album avec la même formation (Bernemann à la guitare depuis bien tôt 20 ans et Makka à la batterie depuis 2010), Sodom confirme, à la force de riffs affûtés et tranchants comme un scalpel, être en pleine forme. In war and pieces (2010) et plus encore Epitome of torture (2013) rouvraient la voie de ce géant allemand du thrash après quelques années de doute du public, bien que les productions précédentes fussent pourtant de haute volée. Ici, malgré quelques moments de pause, ou, plus exactement de calme relatif,  on retrouve ce qui fait l’essence de Sodom: des lignes mélodiques efficaces sur fond de rythmes endiablés et chant hargneux traitant d’histoire: Caligula, pas besoin de dire de quoi traite ce titre, Decision Day, qui parle du débarquement, Belligerence, plus politique, tout comme Blood lions... La forme est là, tout autant que le fond, tant musical, d’ailleurs, que le produit fini lui-même: SPV s’efforce de proposer des CD au design poussé, ses récentes sorties (Vardis, Vicious Rumors, Running Wild parmi d’autres) comportant toutes, en plus du cd, un livret richement illustré ainsi qu’un poster. Ce qui importe, cependant, reste le contenu musical, et Sodom, avec son lot de décibels savamment organisés et arrangés pour secouer les neurones, nous apporte entière satisfaction. Son thrash old school est parfaitement d’actualité.

Note: 8/10

Titre que je retiens: Sacred warpath

VOLA: Inmazes

vola-2016Metal progressif, Danemark (Mascot, 2016)

Formé au Danemark en 2008, Vola publie son premier album en 2015. Repéré par Mascot records qui leur propose un contrat, Vola voit Inmazes, le susmentionné premier CD, reboosté en 2016 par ce label amoureux de belles et puissantes mélodies. Maintenant, Vola, c’est quoi? Musicalement, les Danois proposent un metal progressif rusé et intrigant. Hanté par l’esprit d’un Pink Floyd dans ses errances les plus planantes, on ne peut s’empêcher de penser bien souvent à Dream Theater sans ses circonvolutions parfois trop intellectualisées (Your mind is a hopeless dreamer), ou naturellement, Rush. Et par ses touches modernes, le groupe invoque aussi, assurément, Rammstein. Vola apporte toutefois sa personnalité, par un chant clair, parfois mélancolique, des guitares saturées et trépidantes, à la fois terriennes et aériennes (The same war, Owls) mais surtout grâce à l’apport de touches plus électro ou brutales. Le groupe cherche à sortir des sentiers battus, à séduire le public le plus large possible en le surprenant parfois, comme c’est le cas avec la très douce et épurée chanson d’amour Emily ou avec l’étonnant Feed the creatures. Une jolie et prometteuse découverte, en somme.

Note: 8/10

Titre que je retiens: Owls

RUNNING WILD : Rapid foray

running wild 2016Heavy Metal, Allemagne (SPV, 2016)

Des guitares rapides, un esprit typique du metal 80’s, des chansons joyeuses et une voix éraillé, typique de Rock’n’Rolf… Pas de doute, les pirates allemands de Running Wild sont de retour et ont décidé d’un passage en force, d’une attaque surprise avant de rentrer au port. Depuis son retour aux affaires en 2011, l’un des plus anciens groupe allemands tourne avec un line-up scénique stable – autour de Rolf on trouve un second guitariste, Peter Jordan, et la section rythmique composée du bassiste Peter Pilch et du batteur Matthias Liebetruth – mais, malgré ce troisième album depuis 2011 (et le 16ème en studio), bien qu’il n’y ait pas de groupe véritable, sans doute une faiblesse pour Rolf. Le capitaine est seul maître à bord. Voire même préfère-t-il être seul à bord. Si le quatuor aujourd’hui se connait parfaitement, et collabore toutefois en studio, il n’empêche: avec Rapid Foray, Running Wild n’invente rien et se fait simplement plaisir en proposant des compositions pleines de vie, d’entrain, de bonne humeur. Si les deux premières salves sont rapides et déterminées (Black skies, red flag et Warmongers), la suite est souvent joyeuse et, surtout, festive. Ainsi, le plus direct Stick to your guns garanti sa dose de headbanging cadencé, tandis que Rapid Foary, The blood in you ou Black Bart, pour ne citer que ceux-là, nous entraînent dans le sillage de joyeux pirates venus se battre en rigolant. On se croirait presque, parfois, au royaume du happy metal à la Freedom Call! Mais Running Wild a sa propre personnalité et s’en sort très bien. Au milieu, l’instrumental In the depths of the sea (Nautilus), nous permet de naviguer et d’affronter la mer dans tous ses états: oppressante, lourde, calme, tempétueuse ou déchaînée. tandis que The last of the Mohicans vient conclure – en 11 minutes – ce nouvel opus. Puissant et bien produit, Rapid foray souffre cependant d’une difficulté majeure: il n’y a rien de très novateur, peu de prise de risques. Bien que sans surprise, et classique, Rapid foray est un album enjoué, entraînant et frais qui se laisse écouter facilement et sans modération. Gardez le cap moussaillons!

Note: 8/10

Titre que je retiens : Black Bart

Interview: HAMMERFALL

Rencontre avec Joacim Cans (chant) et Pontus Norgren (guitare) (HAMMERFALL). Propos recueillis à Paris, le 6 septembre 2016

hammerfall-logo

Metal-Eyes : Selon vous, Hammerfall en 2016, c’est quoi ?

Joacim : Ouh… Je pense que nous sommes en réalité plus forts que jamais. (r)Evolution était une vrai claque, même pour nous, et revenir avec autant de…hargne, tant d’énergie. Nous avons conservé cette énergie et l’avons retranscrite sur ce nouvel album, et je crois que c’est ce que nous sommes. C’est ici et maintenant. Nous sommes une bande de jeunes hommes en pleine forme, voilà ce que nous sommes.

Pontus : Pour moi, c’est pareil. Nous avons trouvé une recette pour conserver cette énergie. Comme l’a dit Joacim, après le break, nous avons trouvé ce rythme, et cette formule, pour renforcer cette énergie, éviter de retomber dans les vieilles habitudes, et ce genre de choses. Faire un pas en avant.

Metal-Eyes : Ce break était donc nécessaire pour la survie de Hammerfall ?

Joacim : Plus qu’on ne pourrait jamais l’imaginer…

Metal-Eyes : Dans deux ans, Hammerfall célèbrera son quart de siècle, Joacim, tu fais partie du groupe depuis maintenant 20 ans. Pouvais-tu imaginer toujours faire partie de Hammerfall il y a 20 ans ?

Joacim : Non… En fait, ce n’est pas évident… J’essaie de vivre une année à la fois. Quand nous avons publié le second album (Legacy of kings en 1998) je me suis rendu compte que quelque chose de spécial se passait. J’ai pris, dès lors, les choses un album à la fois. Je ne pense pas qu’on s’attendait à être à ce niveau, en tout cas. Que Hammerfall soit toujours présent, oui, mais continuer de tourner à travers le monde, pour des gens qui nous aiment vraiment… Nous avons su nous distinguer, faire évoluer ce genre, c’est ce que nous sommes. Je suis toujours aussi fier d’être présent après 20 ans !

Metal-Eyes : Dans quel sens vous distinguez vous?

Joacim : Nous faisons la musique que les gens veulent entendre. Notre dernière tournée est celle qui a rencontré le plus de succès. Aujourd’hui, il y a déjà beaucoup de places vendues pour notre tournée à venir… Les gens ont envie de vois Hammerfall.

Metal-Eyes : A ce sujet, il n’y a pas de date prévue en France. J’imagine que d’autres concerts vont être ajoutés ?

En choeur : Oui !

Joacim : Le Stade de France n’était pas libre… (rires) On veut garder un certain niveau, et ce n’est pas toujours facile. On a une grosse production, un camion… Et dans certaines salles, on ne peut rien utiliser. C’est très frustrant, tant pour nous que pour les fans. Il vaut mieux qu’ils se déplacent, pas trop loin, parfois. On cherche une salle de bonne taille à Paris. Il reste une date libre sur le planning, pour Paris.

Metal-Eyes : Comment décririez-vous, tous les deux, l’évolution de Hammerfall entre (r)Evolution et Built to last ? Le break fut nécessaire, vous êtes revenus avec énergie, cependant, il y a une évolution entre ces albums.

Joacim : C’est comme un bon champagne (rires)! Nous avons mûri pendant deux ans, maintenant nous sommes devenus vintage (rires des deux) !

Metal-Eyes : Bon, au revoir alors!

Joacim : Non, sérieusement…Je pense que… C’est difficile à décrire. On vieilli et plus on vieilli, mieux on sait ce que l’on souhaite faire et obtenir. Je pense que nous avons simplement développé… La formule que nous avions développée sur (r)Evolution, nous l’avons reprise et poussée plus loin. Disons à tous les niveaux : la composition, les différents producteurs impliqué… Qui fait quoi, à quel moment, qui s’occupe de la batterie, de la guitare, du chant ? Qui s’occupe du mixage ? Et, aussi, le fait que nous ayons changé de label nous a donné une nouvelle énergie. Nous avons besoin d’un label qui croit que Hammerfall est encore un groupe d’avenir. La différence principale, c’est qu’aujourd’hui nous savons ce que nous voulons faire pour le reste de nos vies en tant que musiciens.

Metal-Eyes : Au sein de Hammerfall ? J’imagine que cette « recette » dont vous parlez ne serait pas utilisée au sein d’un autre projet.

Joacim : Au sein de Hamerfall, oui. Hammerfall, c’est Hammerfall. Oskar a formé ce groupe en 1993, je suis arrivé en 1996 et nous avons en quelques sortes tout redémarré. Nous l’avons fait parce que nous adorons le heavy metal. On nous demande souvent « pourquoi ne jouez-vous pas la musique que le public veut entendre ? » Eh bien, parce que nous jouons la musique que nous aimons. A mon avis, c’est ça, cette recette, celle du succès.

Metal-Eyes :Une nouvelle fois, le titre de l’album sonne comme un message, « Hammerfall n’est pas près de disparaitre ».

Joacim : Oui, mais pas que… L’album est constitué de 10 chansons solides, 10 chansons qui ne seront pas oubliées de si tôt. Cet album, je l’espère, est là pour rester, et on s’en souviendra après la disparition du groupe. Hammerfall a pour principe de se battre pour le metal et rien d’autre. Cela aussi est fait pour durer. Ça fait 20 ans que ça dure.

Metal-Eyes : Comme je vous l’ai dit avant de débuter cette interview, je n’ai pas encore eu le temps de vraiment écouter Built to last. Que pouvez-vous me dire pour me convaincre de l’acheter ?

Joacim : Dans ce cas, normalement, tu sais ce qu’est Hammerfall. Mais si tu n’as jamais écouté le groupe auparavant, alors, voici : il s’agit de pur heavy metal, avec des mélodies, de l’émotion. Si tu veux des chansons accrocheuse, des mélodies entraînantes, de solos de guitares bien exécutés, du gros son, alors tu devrais écouter Hammerfall. Nous sommes un de ces groupes qui étaient présents au milieu des années 90 pour ouvrir les portes à une nouvelle vague de… à la « nouvelle vague de la nouvelle vague du heavy metal » pour ainsi dire !

Pontus : Hammerfall a toujours fait la même chose, a publié son premier album taillé dans le roc, et ce fut comme une déclaration : du metal avec des mélodies.

Metal-Eyes : Il y a en effet des chansons qui sont taillées pour la scène et écrites pour faire participer le public.

Joacim : Oui, le premier single qui sort en septembre, Hammer high, est selon moi un titre très efficace. Quand le public écoutera cette batterie au début puis la mélodie, les fans vont devenir dingues !

Metal-Eyes : Si vous ne deviez retenir qu’un titre de ce nouvel album pour décrire ce qu’est Hammerfall aujourd’hui, quel serait-il?

Joacim : Encore une question difficile… Nous avons publié cette lyric video il y a quelques semaines, pour Sacred vow. Je pense que ce morceau possède l’énergie, la variété, les chœurs, le chant haut perché, je pense que cela résume plutôt bien ce que nous sommes aujourd’hui.

Metal-Eyes : Pontus, ton avis?

Pontus : Je suis d’accord, parce que cela donne une bonne idée de ce qui arrive. De ce que les fans vont découvrir, bientôt.

Joacim : oui, Sacred vow représente bien le groupe.

Metal-Eyes : PArlons de vos concerts: il y a toujours un spectacle avec Hammerfall, prévoyiez vous quelque chose de spécial ? Pour votre passage au Stade de France ?

Joacim : (rires) Nous devons rester simples… Comme tu l’as dit, nous avons toujours quelque chose de particulier, de théâtral. Quand nous avons commencé à tourner, en tête d’affiche, nous utilisions de la pyrotechnie, ce que personne, à l’époque, ne faisait. Maintenant, tout le monde es’en sert, alors on s’est dit « trouvons autre chose ». Alors, bien sûr, nous défendons un nouvel album, nous allons inclure de nouveaux titres, et c’est une bonne chose pour de nombreuses personnes. Il y a toujours une nouvelle génération de fan qui assiste à nos concerts, des gens qui voient Hammerfall pour la première fois. Nous devons simplement leur montrer ce qu’est Hammerfall : de l’énergie, et nous invitons les fans à participer, à faire partie du spectacle, ce qui est, je pense nécessaire. Car ils nous donnent quelque chose, et nous leur rendons, ça nous booste tous. C’est un échange. Si tu ne comprends pas le concept, sans doute devrais-tu plus participer, t’investir…

Metal-Eyes : Qui dessine vos costumes? Et comment décidez-vous de ce que vous porterez sur scène ?

Joacim : (à Pontus) Comment choisis-tu, toi ?

Pontus : Moi, un string en cuir ! (rires) avec des piques !

Joacim : à l’intérieur !

Pontus : On travaille avec plusieurs designers. Bien sûr, nous avons des idées, chacun de nous ; Je travaille, Joacim aussi, avec un gars de Malmö, en Suède, qui nous aide à finaliser nos idées. A la base, les idées viennent de nous, plus ou moins. Même s’il s’agit de cuir. Nos costumes de scène sont individuels, mais partent d’une idée, plusieurs que l’on met en commun.

Metal-Eyes : Toujours, j’imagine, dans l’esprit visuel de ce qu’est Hammerfall?

Joacim : Oui, nous avons besoin de… On ne pourrait pas monter sur scène n’importe comment.

Metal-Eyes : Vous ne pourriez pas monter sur scène en string…

Joacim : Sous nos pantalons en cuir, oui! On doit trouver ce qui correspond à l’image de Hammerfall. Plus tu vieillis, plus délicat tu deviens… Je ne peux pas ressembler à quelqu’un qui va au carnaval !

Metal-Eyes : Certains l’ont fait…

Joacim : Et beaucoup se sont plantés… Dans le groupe, nous avons des personnalités très différentes. Oskar aime porter du cuir, des chaines et ce genre de choses, et ça marche pour lui. Si je portais ça, j’aurai l’air ridicule, parce que je suis un peu plus… disons bien habillé, version metal.

Metal-Eyes : Conventionnel, donc?

Joacim : Oui, c’est ça.

Metal-Eyes : Hammerfall dispose désormais de 10 albums dans lesquels choisir ses morceaux. Comment décidez-vous de votre setlist ?

Joacim : Autour d’un verre de champagne et de gants de boxe !

Metal-Eyes : Et celui qui gagne…

Joacim : Impose aux autres!

Metal-Eyes : J’imagine que pour votre plaisir, il faut renouveller les chansons, certaines doivent être jouées, parce que le public les attends. Comment choisissez vous les autres ?

Joacim : Parfois, tu dois faire des sacrifices. Pour moi, on se pose la question : allons-nous faire une tournée « greatest hits » ? Chaque tournée est un « greatest hits tour », car nous jouons au moins une chanson de chaque album, ou deux. Evidemment, nous mettons en avant le dernier album, avec deux chansons au début du concert, pour ensuite explorer les morceaux plus anciens, et le concert termine avec cette explosion de hits – si on a des hits…J’aime aussi surprendre le public comme sur la dernière tournée ou nous avons joué This enemy is necessary qui est un de nos gros succès. Elle a été jouée en seconde position, ce qui a fait délirer les gens. Maintenant, avec 10 albums, nous devons retirer quelques chansons, mais on doit rendre les gens contents, nous devons trouver de la satisfaction…

Pontus : et garder assez d’énergie sur l’ensemble du concert.

Joacim : Les gens doivent être surpris.

Metal-Eyes : Techniquement, y a-t-il des chansons que tu ne peux plus interpréter ? Et, pour tous les deux, y a-t-il des chansons que vous voudriez ne plus jouer car vous vous en lassez ?

Joacim : Je ne suis lassé d’aucune chanson. On a joué Hearts of fire tant de fois, mais, à chaque fois que nous la jouons, les fans deviennent dingues. Et cette réaction, ils chantent, dansent, c’est pour ça que nous avons écrit cette chanson. Et nous en sommes fiers !  Bien sûr, il y en a qui sont plus compliquées à interpréter live, comme celles avec un chant très haut. Elles pourraient me faire du mal vocalement, mais…

Metal-Eyes : Tu peux encore toutes les chanter aujourd’hui, donc ?

Joacim : Oui… Peut-être pas Sacred vow, en fait

Metal-Eyes : Pontus, ça fait moins longtemps que tu es dans le groupe, y a-il des chansons, auxquelles tu n’as pas participé, par exemple, que tu voudrais ne plus interpreter?

Pontus : Ca n’a pas d’importance… Je suis arrive dans le groupe en 2009, et, si je regarde les anciens titres… Il y en a tant! Et je ne crois pas que nous ayons tout interprété.

Joacim : Il y a encore des chansons qui n’ont pas été jouées live…

Metal-Eyes : Ca pourrait constituer une belle surprise pour le public…

Joacim : Oui, ça pourrait l’être. On en a parlé récemment, d’ailleurs…

Pontus : Jouer des morceaux que personne ne veut entendre !

Joacim : Exactement (rires) !

Metal-Eyes : Sans doute le public apprécierait-il de les entendre live aussi.

Pontus : Nous pourrions jouer n’importe quelle chanson live, aujourd’hui, sans probleme mais, comme nous l’vons dit, trouver une setlist signifie trouver le bon rythme, le bon équilibre. On ous reprochera toujours de n’avoir pas joué telle chanson, on nous demandera pourquoi telle autre n’a pas été jouée, et c’est normal : nous avons désormais presque… 120 chansons ! Le truc c’est de trouver… Je crois que nous avons surpris le public la dernière fois en jouant un medley, ce que nous n’avions jamais fait avant. Extraire de très bonnes parties de chansons que nous n’aurions pas le temps de jouer en entier…

Joacim : Et là, il s’agissait principalement d’un medley de riffs de guitars, sans chant, et le public, malgré tout, est devenenu dingue.

Pontus : Et ils ont pug outer des chansons impossible à jouer, ells durent 6, 7 minutes et ça bouffe trop  de temps. Il y a des obligations, un timing, et ce genre de choses. On verra ce que nous ferons pour la prochaine tournée. Peut-être ferons  quelque chose de similaire…

Joacim : Au moins, nous devons montrer que nous osons tenter quelque chose de neuf, live. On n’a pas besoin d’ajouter de la pyrotechnie, des explosions de gaz, il y a d’autres moyens d’innover pour un spectacle.

Metal-Eyes : Quand vous n’êtes pas en tournée, comment aimez-vous occupier votre temps?

Joacim :Boire du champagne, beaucoup de champagne! (rires)

Metal-Eyes : Celui-ci est ton champagne, c’est ça? (je désigne sa pinte de bière)

Pontus : (rires) Oui, c’est mon champagne!

Joacim : Un très mauvais champagne…. Je cours beaucoup, j’essaie de courir trois fois par sempaine pour rester en forme. J’ai vu mes amis, à l’age de 45 ans, grossir, vraiment… Avoir des problèmes  cardiaques, de cholestérol… ; J’ai décidé de m’assagir et de prendre soin de moi. Mais : j’adore le champagne et c’est devenu un nouveau hobby.

Metal-Eyes : (à Pontus, toujours en désignant sa bière) Et toi, comme le dissent les Américains, tu pourrais dire “Older, Budweiser”…

Pontus : Excatement, exactement. (rires)

Metal-Eyes : Qu’aimes-tu faire?

Pontus : Je suis un dingue de technologie, je m’occupe beaucoup de musique: je produis beaucoup, j’ai mon proper studio, je fais beaucoup d’enregistrements live en accompagnant d’autres groupes. Je suis dans le business tout le temps quand je suis  off. Lorsque je suis à la maison, je travaille avec des entreprises spécialisées dans le son…

Metal-Eyes : Une dernière chose: y-a-t-il des endroits dans Paris où vous aimez passer un peu de temps quand vous avez un peu de repos?

Joacim : On n’a jamais de pause quand on vient à Paris, malheureusement. J’aime marcher dans Paris, flaner, c’est une ville faite pour marcher. A chaque fois que je veux aller aux catacombes, c’est fermé ! Mais c’est un lieu que je veux vraiment visiter. J’aime marcher le long de la Seine, observer, c’est… superbe.

Pontus : Oui, Paris est une ville faite pour la marche, c’est vrai. On a vu Montmartre, mais n’avons jamais visité…

Joacim : Ah, si, j’adore les terrasses d’angles de Paris, c’est genial!

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui les rend si particulières?

Joacim : Parce que ça n’existe pas en Suède! Tous les bars, petits restaurants avec ces terrasses en angles, ou même, ces tables intérieures qui te permettent d’observer deux côtés… On n’a pas ça en Suède. C’est limité, « non, non, non … »

Metal-Eyes : Merci à tous les deux. Avez-vous une dernière chose à dire pour nos lecteurs ?

Joacim : J’espère que vous aimerez le nouvel album. Dans le cas contraire…. « Shit happens ! » (rires). Non, comme je l’ai dit, nous sommes encore jeunes d’esprits et…

Pontus : … avons la chance de pouvoir continuer de faire ce que nous faisons.

Joacim : Mais jamais sans les fans !

EPICA: The holographic principle

epica-2016Metal symphonique, Pays-Bas (Nuclear Blast, 2016)

Plus qu’une confirmation, The holographic principle, le dernier album d’Epica, est un aboutissement. Avec aujourd’hui 5 compositeurs dans le groupe, on aurait pu croire que les Bataves se disperseraient; il n’en est rien. Au contraire, on sent une plus grande maturité et une unité sans doute jamais atteinte par Epica dont les compositions sont riches, ingénieuses et percutantes. Variées, aussi. Avec des durées allant de moins de 3′ à plus de 11′ (Eidola et The holographic principle – a profound understanding of reality, respectivement en ouverture et en fermeture de l’album), Epica ne vise pas les radios. Le groupe cherche au contraire à ravir de nouveaux fans, en proposant des compositions à la fois familière et novatrices. En ceci, l’appel à de vrais instruments est remarquable car la différence avec les samples est nette. On retrouve certaines marques de fabrique d’Epica, les growls de Mark Jansen, la grandiloquence vocale de Simone Simons… En travaillant autour du thème de la réalité virtuelle (le principe holographique nous est expliqué par Mark dans cette interview), Epica continue dans la veine scientifique entamée plus tôt.  Sans être spécialement calibré pour séduire les radios, The holographic principle s’adresse au plus grand nombre, (on pense aux accents orientaux de A phantasmic parade, par exemple)en dépit d’une légère perte de vitesse à mi parcours (deux trois morceaux, à partir Divide and conquer) ou le morceau de cloture, sans doute trop long pour être vraiment digeste. une telle oeuvre aurait sans doute bénéficié d’un temps raccourci et Epica aurait certainement évité le côté parfois fouillis de la chose. Reste que ce The holographic principle est suffisamment varié pour qu’Epica ne perde pas l’auditeur en cours de route et que cet album remplit parfaitement son rôle: faire avancer Epica d’un grand pas.

Note: 8/10

Titre que je retiens: Tear down your walls

 

Bun E. CARLOS: Greetings from Bunezuela

bun-e-carlos-greetings-from-bunezuelaRock, USA (SPV, 2016)

Bun E. Carlos fait partie de ces icônes que seuls les USA sont capables d’offrir au monde. Musicien passionné, amoureux de la vie, le batteur est avant tout célébré pour sa vie passée au sein de Cheap Trick. Mais un groupe n’a jamais été assez, et le gaillard a passé sa vie à frapper ses fûts pour qui le souhaite. La carte postale de vacances qu’il nous offre aujourd’hui avec Greetings from Bunezuela est une bouffée de fraîcheur bienvenue. Bien qu’offerte en début d’été, cette escapade permettra à chacun de prolonger un peu ses vacances. Car un mot s’impose comme unique fil conducteur tout au long des 13 chansons : fun. Avec une pléiade d’invités certainement de marque (je ne connais que Hanson…) ce sont des rythmes universels qui viennent égayer notre quotidien. Jamais sérieux, comme avec son groupe « de tous les jours », les bons mots flirtent avec de jolies mélodies, simples, directe, entraînantes. Ce n’est ni hard, ni rock, ni rien, c’est un peu tout, et surtout, c’est pop et passe partout. Les Français s’amuseront naturellement de cette hilarante reprise de Jacques Dutronc, Les cactus, dans un français à l’accent charmant et hilarant. Bun E. Carlos se fait plaisir sans chercher plus. Ce Greetings est un moment de plaisir pur. Il se délecte, mais ne dure qu’un moment. A écouter entre potes en grignotant une pizza.

DIVE YOUR HEAD: Le prix du sang

dive your head 2016Metal, France (Autoproduction, 2016)

Qu’on se le dise (en tout cas, pour ceux qui ne connaissent pas mes goûts): j’aime pas quand ça gueule. J’aime les chanteurs. Pas les hurleurs. Pas ceux qui passent leur vie à faire des vocalises, non, ceux qui chantent. Alors je reste quelque peu mitigé avec Le prix du sang, premier album des Français de Dive Your Head (euh… ça signifie quoi « plonge ta tête???) Le groupe, formé en 2012, s’oriente dans une veine neo metal revendicative. Et son vocaliste, Luca, décide de jouer sur les deux tableaux, chant clair (et agréable à mes oreilles) et cris d’une rage non contenue. Musicalement, rien à dire, pour ceux qui apprécient ce style: les gars savent où ils vont, et y vont avec envie. Littérairement, les textes sont réfléchis et foutrement actuels (Avaritia, IRA) ou partent dans des délires d’amateur de jeux vidéo (l’histoire du gaming revisitée et un autre regard posé sur le monde avec Inviola). Donc, oui, il y a beaucoup à découvrir sur cette carte de visite ensanglantée, et l’énergie vocale s’explique aussi par la colère des propos. J’aime pas ça, mais je le comprends. Et d’autres y trouvent leur compte aussi.

Note: 7,5/10

Titre que je retiens: Avaritia

BARB WIRE DOLLS: Desperate

Barb-Wire-Dolls-2016Metal/Punk (?), Grèce (UDR, 2016)

Barb Wire Dolls, un nom qui vous est sans doute déjà familier? Le groupe formé en Grèce vient de publier son 3ème album, Desperate, après Fuck the pussies en 2011 et Slit en 2012. Il aura donc fallu 4 années à Isis Queen et sa troupe, repérés par Mr Lemmy himself, pour nous offrir cet album paru chez UDR qui, décidément, a décidé de se diversifier. Personnellement, je ne sais pas si c’est la meilleure politique commerciale, mais cela, l’avenir nous le dira. Revenons au sujet principal: ce Desperate nous présente des aspects grungy , Isis adoptant un chant punkisant, hargneux, qui se veut quelque peu irrespectueux. Le look des musiciens est à l’identique. Jusque là, BWD n’invente rien. Musicalement… non plus, l’ensemble manque de pêche, reste dans une veine pop rock ou gentiment punk. Si Drown est une ouverture joliment entraînante, la suite évoque ici Police (Surreal), un sombre Nirvana (Desperate, ça tombe bien!). C’est sympathique, mais… il faut attendre Darby crash, qui suit une ballade 1000 fois entendue (I will sail), pour qu’enfin les choses commencent à bouger sérieusement avec ce titre ouvertement punk. Dommage, c’est le 8ième… Quelque chose cloche, car, dans le fond, les guitares sont bien présentes et cherchent à tout ravager, et le groupe veut marquer. Mais, quoi? C’est sans doute la faute à une production qui rend cet album quelque peu trop « radio friendly ». Dans l’ensemble, ce Desperate se laisse donc écouter aisément sans toutefois être vraiment marquant. Sans être un faux pas du label, c’est un pari qui me semble sans grand intérêt.

Note : 6/10

Titre que je retiens; Darby crash