JIRFIYA: Wait for dawn

France, Metal (Ep, autoproduction, 2019)

Sur fond de guitares furieuses et d’un partage vocal masculin (Jérôme Thellier, également guitariste et co-fondateur) et féminin (Ingrid Denis, co-fondatrice) Jirfiya, quatuor hexagonal, nous invite, avec ce premier Ep, Wait for dawn, dans son univers sonore qui explore aussi bien des tonalités orientales (The report card), la fureur metal pure et dure, s’engage également sur les terres progressives (Under control) . La rage vocale de Jérome Thellier, également membre de Born From Lie (ainsi que le bassiste Patrick Davoury) apporte une touche extrême contrebalancée par la douceur de celle d’Ingrid. Le propos est diversifié (To be saved est aussi speed et furieux que mélodique, suivi de son opposé, la ballade A part of light, titre qui monte en puissance et en hargne sur sa seconde partie). Waiting for your fall, qui clôt ce premier essai, est un parfait mix de tout ce que Jirfiya a présenté. Ingrid en profite même pour présenter une facette vocale bien plus hargneuse… En 5 morceaux, les Français démontre l’étendue de leurs influence et prouvent un réel savoir faire, doté d’une vraie personnalité.

WILD MIGHTY FREAKS: Rhythm ‘n blood

France, Metal (Bemavo records, 2019)

Wild Mighty Freaks parlera sans doutes aux plus fidèles d’entre vous qui ont découvert ce groupe déjanté en 2017 avec son premier Ep, Guns n’cookies. Si les guitares furieuses sont toujours, sur ce premier album, Rhythm ‘n blood, présentes, au même titre que les inspirations rap/hip hop, les Franciliens font un pas en avant de plus en incluant d’autres sonorités, plus dance, électro et lorgnent même du côté du metal extrême et de toute la fureur qu’on peut y trouver. Dix titres variés, avec des arrangements parfois contre nature mais qui marchent! Body Count n’est pas loin, même si WMF se démarque de cette illustre comparaisons avec un look complètement déjanté qui promet un show haut en couleurs. On rêverait presque d’un festival regroupant tous ces groupes français qui développent le visuel autant que le propose musical. Remarquons enfin que le groupe a trouver une solution au gros écueil de sa précédente production: Crazy Joe a su travailler son anglais, et même si son accent reste perfectible, ses mots sont déjà plus compréhensibles. Et la prod sait mettre sa voix en valeur. Une vraie progression qui mérite qu’on se penche sur ces freaks là.

HOLLIS BROWN: Ozone park

USA, Rock (Cool green recordings, 2019)

Il est des disques, des chansons comme ça dont le message apporte un éclairage à son auditeur. Hollis Brown, groupe New Yorkais formé en 2009 par le chanteur guitariste Mike Montali et le guitariste Jonathan Bonilla. Le nom du groupe vient d’une chanson de Bob Dylan (The ballad of Hollis Brown… Ça ne vous rappelle pas quelque chose, plus metal?) Signés sur Cool Green Recordings, la nouvelle (je crois) branche du prolifique label Mascot, Hollis Brown nous offre un Ozone park (titre étonnemment en lien avec le nom de son label…) d’une fraîcheur revigorante. Les 10 chansons proposées sont pleines de tendresse, de légèreté aussi, tout en restant profondément ancrées dans ce rock romantique qui fait rêver. Mike Montalli, au travers des Blood from a stone, Stuborn man, Forever in me, fait preuve d’une touchante sensibilité vocale qui évoque à tous les coups les grands malheureux de la soul. Oui, Ozone park est un album pleins de ces sentiments qui font de la vie ce qu’elle est: l’amour et les souffrances qu’il nous inflige.

ROYAL REPUBLIC: Club majesty

Rock, Suède (Nuclear Blast, 2019)

Depuis ses débuts, Royal Republic est parvenu, avec chacun de ses 3 précédents albums, à surprendre ses fans avec des chansons foncièrements rock, entraînantes à souhaits, joyeuses et vivantes. Et le quatuor ne s’est jamais géné pour proposer des morceaux complètement déjantés (Underwear ou Full stream speed machine, sur We are the royal, Everybody wants to be an astronaut sur Save the nation ou encore People say I’m over the top ou Kung fu lovin sur Week end man, parmi d’autres). Avec leur nouvel opus, Club Majesty – qui aurait pu être le nom du groupe, grand bien leur a pris! – les Suédois réussissent encore à surprendre. En fait, tout est dit dans le titre. La notion de club est en effet prédominante tout au long des 11 nouveaux morceaux proposés, et cela dès Fireman & dancer, malgré le hurlement introductif d’Adam. Malgré l’omni présence de guitares, l’esprit disco domine. Celui des 70’s, pas celui de techno actuelle… Le dancefloor est en feu, et le titre suivant confirme l’orientation générale de l’album. Comment pourrait-il en être autrement quand on nomme une chanson Can’t fight the disco? Seulement voilà: Royal Republic a sans doute trop orienté ce nouvel album et si l’on reconnait sa marque de fabrique, un peu plus de rock direct aurait été bienvenu. On retrouve cependant tout au long de l’album les « gimmicks » propres aux Suédois: ce chant si particulier, ces guitares claires et saccadées, ces refrains qui tournent comme un manège, ces mélodies qui ne laissent pas de marbre. Royal Republic explore et tente, garde son identité même s’il se perd quelque peu dans son propos. A voir en live, car sur scène, le groupe est imbattable. Et c’est sans doute là que ces nouveaux titres prendront toute leur dimension.

DEWOLFF: Live and outta sight

Pays-Bas, Hard rock (Mascot, 2019) – sorti le 1er mai 2019

Incontestablement, le renouveau du renouveau du rock/hard rock 70’s passe par le trio néerlandais de Dewolff. très orienté rock sudiste, le trio se plie aujourd’hui à l’exercice du témoignage live.  Il était d’ailleurs temps de le faire après l’excellent Thrust paru l’an dernier. Sur Live & outta sight, le trio laisse exploser sa passion du rock old school. De Jimi Hendrix à Deep Purple, en passant par le southern rock, le blues et le psyché, Dewolff offre un concert haut en couleurs et en émotions. Après un Big talk qui met en appétit et en jambe, les frangins Van de Peol, Pablo (chant et guitare) et Luka (batterie) et Robin Piso (chant et claviers) semble se mettre en mode impro dès Sugar moon. Une impression confirmée par Medecine, sur lequel on est persuadé que ce ne sont pas des pilules de médicaments que les gars ont ingurgités… Les choeurs parfaitement américanisés passent superbement bien tout au long de cet album tout en sensibilité et finesse. Avec ce Live & outta sight, Dewolff parvient à faire fonctionner la machine à remonter le temps et nous plonger au coeur de ces concerts uniques des 70’s sans lasser l’auditeur un seul instant, malgré des morceaux à rallonge – Medecine avec ses 8′ étant le plus court d’entre eux: Deceit and woo et Tired of loving you tournent autour des 11′ et Love dimension qui conclue le concert dépasse les 9′! Une expérience à découvrir en urgence.

RAMMSTEIN

Allemagne, Metal (Universal, 2019)

Dix ans après la sortie de son dernier album, Liebe ist für alles da, les Allemands de Rammstein reviennent avec un nouvel album sans titre, une pochette blanche ornée d’un seul indice: une allumette. Rammstein a toujours joué avec le feu, et c’est sans surprise que les fans attendent de pied ferme ce nouvel effort studio. Seulement, une décennie, c’est long, très long… Démarrant avec Deutchland – titre clin d’oeil à Amerika sans doute – un morceau froid et martial comme la bande à Till aime nous en proposer, ce nouvel opus démarre sous les meilleurs auspices. Ayant pris le contrôle de la production ( Jacob Hellner, producteur historique du groupe n’est cette fois pas de la partie, la prod étant officiellement attribué à Olsen Involtini) Rammstein s’amuse à parsemer son album de références à tout son passé en agrémentant son propos de claviers bien plus présent qu’à son habitude. Flake est aux anges, sans aucun doute, et s’éclate notamment sur le très dance Auslander. On est également surpris par l’inhabituelle virulence de Till Lindemann sur Puppe. Là où l’on aurait pu s’attendre à un album frisant la perfection, Rammstein se fait cependant paresseux sur des titres plus évidents comme Sex ou Weit weg (sur 11 titres, 2 ou 3 plus paresseux, à ce niveau, ça fait beaucoup quand même…) A part ces moments plus faibles, les Allemands parviennent, tout en puisant naturellement dans leur passé, à nous surprendre avec de nouvelles explorations sonores. Un très beau retour en somme.

TERAMAZE: Are we soldiers

Progressif, Australie (Music theories, 2019) – sortie le 21 juin 2019

Malgré 5 albums au compteur depuis la formation du groupe à Melbourne en 1994, je ne découvre Teramaze qu’avec ce Are we soldiers au son résolument moderne. L’album de 10 titres explore au travers de morceaux peu radiophoniques par leur durée (de 5’10 à 11’58!) divers horizons progressifs, certes, mais cependant très orientés modern US metal: un son propre, des mélodies entraînantes et des refrains très faciles à faire chanter au public. Les amateurs trouveront des guitares travaillées à la Satriani, avec les quelques démonstrations que cela implique, de forts accents heavy pop (Are we soldiers) ainsi qu’un peu de rage bienvenue (Control conquer collide, From saviour to assassin). Le chant est souvent très, trop, sage et mériterait par instants un peu plus d’agressivité. L’ensemble propose toutefois un beau relief musical, qui, selon moi, reste trop pop. Ce qui sans aucun doute séduira les amateurs du genre.

BOKASSA: Crimson riders

Norvège, Metal (2019, Queens of stonepunk records)

Après un prologue heavy et instrumental, Crimson riders, le second album des Norvégiens de Bokassa, démarre avec un riff hypnotique et un chant rageur et rugueux. Charmed & extrermely tracherous est-il à l’image du reste de l’album? En tout cas, Bokassa parvient à surprendre tant avec sa détermination musicale qu’avec les chœurs très mélodique du refrain. Puis avec ce Vultures, beaucoup plus rock, dotés de quelques cuivres, qui évoque sans complexe The Offspring à sa meilleure période ou Sum 41. Les Norvégiens ont parfaitement intégré et assimilé l’exemple des Américains, tant dans la recherche du riff simple et efficace, de l’énergie salvatrice, de l’impertinence contrôlée (le côté politiquement correct gentiment rebelle de tous les neo punks…) et de la mélodie entraînante ou du refrain imparable à reprendre en cœur. Si certains pouvaient légitimement se demander comment Bokassa a pu se retrouver à l’affiche de la dernière tournée  de Metallica, la réponse se trouve déjà en partie dans ces premiers titres, variés et déterminés. Le morceau titre tape fort avec son alternance entre passages calmes et très speedé évoque (tout comme Immortal space pirate 2: the last shredi) aussi un certain… Metallica – tiens donc! Captain cold one (cf. le clip ci dessous) vire de bord et explore une lourdeur lente et joyeuse (toujours ces « Oh Oohh »). Bokassa est une découverte rafraîchissante dont on n’attend plus que de les retrouver sur scène pour confirmer qu’une vraie carrière est possible.

TUNGS10: The lost manuscript

France, Metal indus (Autoproduction, 2019)

Un look post apocalyptique à la Mad Max, un titre aussi mystérieux qu’un roman de Dan Brown… Il ne fait guère de doute, dans mon esprit, que Tungs10 évolue dans un domaine indus, sans doute influencé par Ministry, Marilyn Manson et consorts. The lost manuscript, l’album des Français qui vient de paraître, confirme rapidement cette impression. Les machines sont judicieusement utilisées, les guitares et la section rythmique sont hypnotiques et saccadées. Et le chant surprend. De prime abord, tu n’irais pas lui chercher des noises à Madeleine Kowalczyk… Cependant, sa voix douce et enfantine donnerait parfois l’impression d’une échappée de Barbie girl… Cette douceur est contrebalancée par la rage vocale du compositeur et guitariste Cédric Andreolli, qui vient quand même rappeler qu’il s’agit de metal. Si l’ensemble est bien fait, si le son est pile comme il faut pour le genre, je n’arrive cependant pas à accrocher sur la durée. Sans doute parce qu’il ne s’agit pas de mon genre de prédilection… Mais les amateurs d’indus sauront trouver dans ce The lost manuscript ce qu’il faut pour les satisfaire. Et confirmer qu’il existe, en France, des groupes dignes d’intérêt tant visuellement (une affiche avec Tungs10, Punish Yourself et Shaârghot, ça pourrait le faire, non?) que musicalement.

TIGERLEECH: The edge of the end

France, Stoner (Autoproduction, 2019)

Formé à Paris en 2013, Tigerleech évolue dans un rock stoner, lourd et pas fin – dans le bon sens du terme, s’entend. Avec The edge of the end, son premier album, Tigerleech travaille des ambiances pesante sinon oppressantes. Seul le chant, pourtant puissant, manque de précision. Pour le reste, les guitares saturées laissent une large place aux power chords et la section rythmique bourine sévère. Les gars (Sheby au chant, Fabien à la guitare, Gabor à la basse et Oliv à la batterie) parviennent à diversifier leur propos comme sur ce An experience called life qui mêle guitares claires et hurlantes. Et comment passer à côté d’un titre aussi évocateur que Sexe dur sans s’interroger? Pourquoi ce titre alors que l’ensemble de l’album est chanté en anglais, hein? Tigerleech s’affranchit cependant des codes du genres en incluant diverses influences à ses compos, principalement piochées dans la musique extrême, et le punk n’est pas en reste. Ce qui l’en différencie toutefois, c’est la durée des chansons: sur 10 titres, seul Jungle punk s’affiche crânement, avec 3’30, sous la barre des 5’45. Il semble que le seul objectif des Parisiens soit de proposer un défouloir hypnotique à son auditoire. En l’occurrence, c’est réussi et l’ensemble me rappelle quelque peu Already Salted (d’autres irrévérencieux franciliens légèrement déjantés). Un groupe direct, sans concession, certainement à découvrir sur scène.